Modèles didactiques et formation des enseignants : quelles fonctions ? quelles tensions ? (I)
Le développement de la didactique du français en tant que discipline scientifique de recherche s'est accompagné de la construction de nombreux modèles. Ces modèles peuvent porter sur l'ensemble du champ de la discipline, sur des objets d'enseignement, sur l'articulation entre domaines d'enseignement ou sur l'agir enseignant. Certains d'entre eux permettent de rendre compte des évolutions historiques de l'enseignement du français. Le concept de modèles disciplinaires en actes traite des tensions entre différents modèles qui peuvent être observées dans les pratiques enseignantes. Ce numéro 71 de la revue Repères questionne la complexité du concept de modèle en didactique du français. Cette complexité s'illustre aussi bien dans les nombreuses définitions qui en sont données que par la diversité de ses fonctions. Ce numéro constitue ainsi un point d'étape pour une clarification épistémologique: un certain nombre de modèles conçus par des didacticiens du français pour différents domaines de l'enseignement du français (didactique de la littérature, de l'écriture, de la grammaire…) sont exposés et mis à l'épreuve de l'analyse de données relatives à des pratiques d'enseignement ou de formation. Les phénomènes d'articulation ou de conflits entre plusieurs modèles et de sédimentation des pratiques sont analysés dans des situations de formation (initiale ou continue) des enseignants. Dans une visée compréhensive et épistémologique, les contributions de ce numéro cherchent ainsi à mieux cerner le concept de modèle et à en montrer l'intérêt heuristique pour la recherche et pour la formation.
Objets d'enseignement et sujets apprenants à l'école maternelle : le défi de la diversité
Ce volume de Repères s'intéresse aux objets d'enseignement et aux sujets apprenants à l'école maternelle. Face à l'abaissement de l'âge d'instruction obligatoire dans plusieurs pays francophones, dans un contexte d'émergence d'attentes concernant les apprentissages langagiers et linguistiques et l'entrée dans l'écrit, il pointe des nouveautés dans la recherche. Une adaptation accrue des pratiques pédagogiques et didactiques face à la diversité des élèves, notamment à travers l'usage d'albums y compris plurilingues et d'activités langagières pour favoriser les compétences narratives et l'accès à la compréhension des textes est ainsi mise en évidence. Le rôle du langage oral et écrit est exploré, avec des dispositifs dédiés éprouvés, des ingénieries didactiques conçues et/ou mises en œuvre avec les enseignants visant à accompagner les premiers apprentissages des élèves. Par ailleurs, une attention particulière est accordée aux interactions multimodales et à l'analyse des pratiques d'enseignement avec un intérêt pour les conditions d'appropriation des savoirs et les défis d'ajustement pour les enseignants.
À quoi servent les évaluations institutionnelles ?
À côté des évaluations que les enseignants mettent en place dans leurs classes pour réguler les apprentissages, il existe des évaluations définies institutionnellement, dont ils n'ont pas l'initiative, mais qui peuvent infléchir leurs pratiques et leurs choix didactiques. Ce numéro de Repères leur est consacré car elles jouent un rôle important, qui va croissant et pèse sur l'enseignement du français et la formation. À travers les contributions qu'il rassemble, ce dossier met en évidence les enjeux considérables auxquels sont associées les évaluations institutionnelles qui peuvent avoir différentes fonctions, parfois entremêlées: une fonction certificative lorsqu'elles servent à l'attribution d'un diplôme, une fonction sélective lorsqu'elles se présentent sous la forme d'un concours, ou bien une visée informative dans le cadre d'enquêtes, nationales ou internationales. Les analyses critiques que proposent ces articles en examinant des évaluations institutionnelles sous l'angle de leur pertinence et de la fiabilité des informations qu'elles apportent permettent de voir comment ces évaluations servent au pilotage institutionnel de l'enseignement.
Nouveaux objets et nouveaux contextes d'enseignement de l'oral
Où en est-on de l'enseignement de l'oral? Ce numéro de Repères consacré aux nouveaux objets et aux nouveaux contextes d'enseignement de l'oral se propose de faire le point sur les avancées concernant cet enseignement. À travers deux études comparatives entre pays francophones d'une part et des pays lusophones d'autre part une rétrospective de cet enseignement est proposée pour éclairer son évolution autant dans le champ de la recherche, que celui des pratiques enseignantes, mais aussi à travers les textes officiels. Les nouveaux objets se formalisent à travers des recherches design ou encore des recherches collaboratives qui développent des leviers de transformation des pratiques en impliquant les enseignants dans le travail d'élaboration des séquences ou des dispositifs. Enfin, les recherches sur l'analyse des pratiques enseignantes et celle des outils didactiques viennent éclairer comme la lecture à haute voix se met en œuvre dans le premier degré, en formation des enseignants et en lycée professionnel.
Quelles mutations dans le champ de la didactique du français, à l'école primaire ?
Le dossier examine la manière dont la didactique du français traite la question des mutations de l'école. Les travaux dans ce domaine qui observent et analysent ces mutations sont au centre de la réflexion. Celle-ci concerne autant les problématiques d'apprentissage, d'enseignement que de formation. L'ensemble des articles de ce dossier regroupés en quatre parties s'inscrit dans l'analyse systémique des mutations. La première partie analyse les mutations des outils et documents d'accompagnement et conduit le lecteur à s'interroger sur les effets de ces changements sur les supports pédagogiques, les formations et l'activité des enseignants. La deuxième est consacrée à la redéfinition des dispositifs d'enseignement induite par les mutations des collaborations entre les enseignants et les chercheurs. Ensuite, une troisième partie met en lumière les mutations des méthodologies et des objets de recherche. Enfin, sont analysées les mutations des publics et des contextes d'enseignement et les potentiels que celles-ci présentent pour les pratiques enseignantes.
Ce dossier se donne pour objet le commentaire de texte tel qu'il est scolarisé de la fin du primaire au début du supérieur, et tel qu'il est abordé en formation des enseignants. Dans une partie des contributions, le commentaire est défini au sens large comme genre de discours métatextuel, regroupant des formes différemment normées d'écriture de la lecture, pratiquées aux différents niveaux du cursus. Dans les autres articles, il est étudié en tant qu'exercice scolaire ou universitaire, évalué aux examens et concours d'enseignement. Le dossier interroge, dans divers contextes francophones, les liens de solidarité entre ces différentes formes d'écriture métatextuelle mais aussi leur compatibilité, compte tenu des conceptions différentes de la lecture et de l'écriture qui les sous-tendent. Il questionne le maintien d'exercices certificatifs de commentaire promouvant une lecture très distanciée, compte tenu notamment de l'émergence, dans les pratiques, de la lecture littéraire, définie comme transaction d'un sujet lecteur avec le texte. Les auteurs réunis ici mobilisent différents cadres théoriques et méthodologiques, et, souvent, effectuent des comparaisons entre époques, systèmes scolaires, niveaux du cursus, pour observer dans quelle mesure la pratique du commentaire scolaire peut former un lecteur capable d'appréhender les enjeux de sens et d'effets des textes étudiés, mais aussi de trouver dans ses lectures de quoi se former personnellement.
Élèves plurilingues en classes ordinaires : outils et questions pour la didactique du français
Ce numéro concerne la didactique du français ainsi que la didactique des langues et la sociolinguistique: il regroupe des recherches actuelles sur le plurilinguisme dans les classes dites monolingues ainsi que sur les pratiques de classe et de formation y afférant. Les enjeux sont importants en termes d'inclusion et d'efficacité de l'enseignement, surtout en France, pays dans lequel l'idéologie monolingue dominante est très fortement implantée.Les onze articles constituant ce numéro montrent une dynamique, voire une effervescence des questionnements et des expérimentations. Ils s'intéressent aux pratiques ordinaires et analysent des expérimentations ainsi que des démarches de formation pour les enseignants. Ils ont en commun d'affirmer la nécessité de valoriser la diversité linguistique et de faire du plurilinguisme un atout et un levier pour tous les élèves. Les contributions concernent différents niveaux scolaires avec une prédominance pour le premier degré. Elles traitent aussi de différents contextes sociolinguistiques francophones: la France métropolitaine, la Guyane, Mayotte, le Québec, soulignant le fait que la problématique est cruciale, en particulier dans les établissements scolaires où les inégalités sociales sont les plus marquées.
Lire des œuvres en extraits, quels enjeux pour l'enseignement de la littérature ?
La relation entre l'œuvre et l'extrait, qui est l'objet de ce dossier, peut être abordée à la fois comme moyen et produit de la scolarisation de la littérature. D'une part parce que les extraits contribuent à transformer des objets culturels en objets à enseigner, d'autre part parce qu'ils sont créés par l'école qui élabore et transmet, à travers eux, une certaine représentation de la littérature. L'école est ainsi l'une des instances de fabrication du littéraire, l'un des lieux où s'instituent les corpus, où les œuvres entrent dans un patrimoine national ou mondial.Partant du constat que l'extrait influence l'enseignement de la littérature et la scolarisation des œuvres, les différents articles tentent de saisir les relations qui se nouent entre l'œuvre et les extraits. Tout d'abord en soulignant le rôle des extraits sur la lecture des élèves. Ensuite, en révélant l'importance des extraits dans les processus de patrimonialisation des œuvres. Enfin, à travers ces articles, nous découvrons comment les extraits révèlent les enjeux de l'enseignement de la littérature.
La place de la vulgarisation dans la culture professionnelle des enseignants
Ce numéro de Repères s'intéresse à la vulgarisation dans un contexte où le français, son enseignement et son apprentissage font l'objet de discours hétérogènes, cacophoniques et parfois contradictoires, où les frontières se floutent entre la figure du savant, du spécialiste, du praticien éclairé, et où la légitimité de la science doit composer avec le fait qu'elle est çà et là invoquée comme caution de façade. La question de la vulgarisation est ainsi abordée en termes de médiations, de transmissions et d'appropriations dans la circulation des discours. À travers les formes, les usages, la réception et la production de la vulgarisation, il est question de discours, de discours sur les pratiques et de pratiques. Les contributions permettent de caractériser la vulgarisation et d'interroger son influence du point de vue de l'adhésion des enseignants et de l'utilité qui lui est attribuée pour piloter leur action. Elles s'intéressent à la manière dont se construit dans et en dehors de la formation la culture professionnelle des enseignants. Elles mettent enfin l'accent sur l'engagement de chercheurs dans l'élaboration de dispositifs de formation. Ce numéro est ainsi l'occasion d'interroger à nouveaux frais la didactique du français et la formation des enseignants.