Fondée en 1971 par un groupe de médecins et de journalistes à Paris, Médecins Sans Frontières (MSF) est passée de quelques volontaires à plus de 70'000 personnes avec un budget supérieur à deux milliards d'euros. Néanmoins, l'organisation transmet encore aujourd'hui sa mythologie, soit "une parole choisie par l'histoire", où des French doctors s'opposent au silence du Comité International de la Croix-Rouge pendant la guerre du Biafra.Figure du héros sauveteur souvent mise en image dans une communication qui se veut aujourd'hui plus inclusive, principes fondamentaux alliant neutralité, impartialité et indépendance, cette iconographie est aujourd'hui battue en brèche. À l'ère post Covid, une autre réalité s'opère, qui associe crispation souverainiste des États, baisse des financements des principaux bailleurs de fonds, présence d'acteurs non étatiques dans un contexte de lutte contre le terrorisme, voire criminalisation de l'aide humanitaire. De nouvelles problématiques émergent, telles que les questions de sécurité sanitaire, les défis autour du changement climatique ou la protection des données personnelles des patients.Il apparaît donc indispensable de s'interroger sur la place de l'aide humanitaire face à ces enjeux et de réfléchir aux adaptations nécessaires pour maintenir un impact essentiel auprès des populations les plus vulnérables. Cet ouvrage propose un examen critique de MSF, dont on peut espérer qu'il fera écho aux préoccupations d'autres agences du secteur de l'aide et du grand public.
Immanuel Wallerstein est l'auteur d'une œuvre prolifique et tentaculaire qui transcende les clivages disciplinaires entre les différentes sciences sociales (sociologie, économie, science politique et histoire) et culmine dans une histoire multiséculaire du capitalisme et de la modernité du xve siècle à nos jours et à l'échelle globale – ce qu'il nomme le système-monde moderne.Pourtant, Immanuel Wallerstein a été peu traduit en français, et les quelques traductions parfois anciennes et sont peu accessibles, éparpillées dans diverses revues. Plus encore, certains de ses textes les plus importants, qu'il s'agisse de textes fondamentaux sur le système-monde moderne et ses tendances ou sur l'épistémologie des sciences sociales, étaient restés inédits.C'est pour réparer cette lacune que les Éditions de la MSH ont décidé de publier ce recueil de traductions inédites. Qui sait, par exemple, qu'au cours du temps, Wallerstein a consacré de plus en plus d'écrits à l'étude de la crise du système historique dans lequel nous vivons et opéré un travail prospectif sur le déclin de l'hégémonie étatsunienne et la crise du capitalisme? Qui sait qu'il avait anticipé certaines des recompositions géopolitiques actuelles dès les années 90 et cela non pas intuitivement mais par application d'une méthode originale et novatrice d'analyse de la réalité sociale historique globale, l'analyse des systèmes-monde?Il est donc urgent de redécouvrir – ou de découvrir – la fécondité intellectuelle d'un auteur majeur dans le champ des sciences sociales du xxe siècle au travers cet ouvrage qui peut tout autant servir d'introduction aux sciences sociales à venir qu'à comprendre les bouleversements actuels tant dans le domaine du savoir que de la géopolitique mondiale.
Le doctorat n'est pas un diplôme comme les autres: puisque la thèse sert à prouver la capacité à produire des savoirs nouveaux, la soutenance est le seul examen où le jury en sait moins sur le sujet traité que le ou la candidat·e. Mais comment un grade universitaire en est-il venu à certifier l'originalité et la nouveauté, plutôt que la conformité et la maîtrise de savoirs acquis? Quelles en sont les conséquences sur le travail intellectuel et ses pratiques, sur l'organisation des mondes savants et sur la structuration des disciplines? Qui s'engage dans une telle aventure, avec quels objectifs et pour quels résultats?
Trente-cinq ans après la consécration du concept de "?développement durable?" dans le rapport Brundtland et à mi-parcours de l'agenda 2030 de l'ONU sur les Objectifs du développement durable (ODD), les initiatives dans le domaine de la recherche et de l'enseignement supérieur visant à leur réalisation sont foisonnantes. De fait, le nombre des publications sur le développement durable a crû de manière exponentielle. Les formations en Sustainability Studies ou Sustainability Science prolifèrent et les programmes de recherche et les chaires dédiées se multiplient dans les universités. En France et dans le monde, un nombre croissant d'établissements se placent sous les bannières de la durabilité?; certains en font leur raison d'être.
La crise climatique, l'effondrement de la biodiversité, la vulnérabilité des systèmes agricoles et alimentaires, la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques croissantes, tous ces phénomènes concourent à la fois à produire un sentiment d'urgence et à promouvoir des approches de la science à la fois systémiques et tournées vers l'action.
Mus par le souci de leur responsabilité, des chercheurs de plus en plus nombreux s'alarment du déni des connaissances scientifiques dans le débat public et de la faiblesse de l'action publique au regard des urgences de notre temps.
Le projet de ce livre, fondé sur une enquête approfondie dans les textes fondateurs des sciences de la durabilité et auprès des porteurs de la mémoire et des dynamiques actuelles de ce champ, est de donner à comprendre au grand public la genèse, le développement et l'affirmation de la communauté internationale des sciences de la durabilité comme réponse inédite des mondes de la recherche à la crise écologique globale qui affecte l'habitabilité de notre Terre.
Les sciences humaines et sociales sont longtemps restées silencieuses sur leurs sources et leurs conditions de financement. Qu'elles proviennent de ministères, d'organisations intergouvernementales, régionales ou mondiales, de fondations philanthropiques, elles sont pourtant variées et riches d'enseignements. Pour l'historiographie présente, cette richesse l'emporte sur le soupçon ou la volonté de dévoilement.Ce dossier pose ainsi la question de ce que ces financements publics ou privés font de, et à, l'ordre disciplinaire des sciences humaines et sociales. Si certains de ces financements peuvent contribuer à consolider cet ordre, en renforçant une discipline – l'économie, par exemple – dans une dynamique institutionnelle structurante, d'autres, au contraire, peuvent tendre à le remodeler, dans une logique interdisciplinaire, en relayant une demande sociale extérieure au champ académique, comme c'est le cas des études aréales ou des relations internationales.Les études ici réunies sont consacrées à la France et aux États-Unis. Bien que s'inscrivant dans la même période d'après-guerre, elles présentent de forts contrastes liés aussi bien aux différents contextes nationaux qu'au degré d'institutionnalisation de ce qui n'a pas toujours été une ou des " disciplines " instituées, que l'on pense à la science politique, à l'économie, aux relations internationales ou aux Comparative Legislative Studies.
Cet ouvrage collectif interroge le champ du design en privilégiant une approche pluridisciplinaire et en questionnant ses fondements épistémologiques. Cette contribution au design se consacre à ses enseignements et plus précisément aux compétences et aux valeurs indispensables à tout système démocratique. Dans cette perspective, nous proposons des débats menés au sein des différents chapitres sur la nécessité de former des citoyens et des citoyennes capables d'agir dans nos démocraties pétries d'enjeux techniques. C'est en ce sens qu'enseigner le design implique de revenir sur les formations des concepteurs et des conceptrices et, de ce fait, sur l'activité de conception comme enjeu profondément démocratique.Cette activité considérée comme complexe se situe au cœur de l'enseignement du design. Son apprentissage est développé dans cet ouvrage en interrogeant les enjeux d'une démocratie technique et en approfondissant ses possibles compétences et valeurs. Celles-ci participent au développement d'une posture citoyenne amenée à concevoir des artefacts et des systèmes techniques.Auteurs: Pierre Baumann ; Gwenaëlle Bertrand ; Suzanne Boulet ; Marcelo Falcon Roberto ; Maxime Favard ; Joëlle Forest ; Claire Griffon ; Anja Küttel ; Marie-Pierre Labrie ; Martin Lalonde ; Mathieu Laporte ; Pierre Litzler ; Guillaume Massy ; Christophe Moineau ; Émeline Roy ; Apolline Torregrossa ; Eric Tortochot ; Frédérique Vuille
Une histoire de l'Université de Technologie de Compiègne (UTC)
Pourquoi des étudiants choisissent-ils l'UTC en 1973, sans locaux, sans diplôme? Non pas le rêve, mais peut-être la promesse d'être les artisans du changement, de le faire advenir, d'être dans la course d'un monde où l'évolution technologique modifie les praxies sociales, les repères spatiotemporels… L'UTC affirme la technologie au plus haut niveau de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ni école, ni université de science, entre-deux institutionnel, l'UTC opère une convergence entre ingénierie et recherche, université et entreprise sur le registre de l'action. Écho à l'urgence de transformer les institutions en décalage avec la dynamique du corps social, elle bouscule la tradition du système français. L'UTC est une unité active de convergence (UAC) c'est-à-dire transformatrice de son environnement par des collaborations improbables. Elle émerge avec une mission d'expérimentation pédagogique, directement en prise avec l'évolution des politiques publiques.Cette histoire est d'abord celle d'une aventure collective qui inscrit progressivement la recherche technologique et la formation de " technologues " comme une évidence des écosystèmes d'innovation. Des entrepreneurs académiques et institutionnels s'emploient à réussir le pari, soutenus au départ par des parrains industriels, politiques, chercheurs et hauts-fonctionnaires. À l'inverse, opposition ouverte ou dissimulée, désaccords plus diffus, l'inertie des systèmes de la configuration académique bride le développement de l'organisation, tout en s'en inspirant. Entre innovation organisationnelle, intégration territoriale et légitimité institutionnelle (phénomène d'isomorphisme...), elle semble suivre un cycle pour devenir une institution intermédiaire. C'est cette saga que nous livrent les témoignages, archives, presse… L'étude s'est concentrée sur l'émergence de l'institution jusqu'aux alentours de 2005, pour ne suivre ensuite que quelques pistes et tenter de clôturer ce premier cycle de développement.
Nous avons choisi de centrer notre premier volume sur les archives périssables du militantisme artistique que nous avons intitulé L'inarchivable en résistance. Il s'agit de réfléchir à la façon dont l'archive interagit avec des contextes en tension, en période de troubles politiques, en temps de guerre ou de censure, mais aussi lorsque le média ne permet qu'un processus d'archive à la marge. Qu'est-ce qui fait archive dans ces conditions et, son corollaire, qu'est-ce qui fait œuvre ?Maël Forlini questionne l'archive au regard de la mort et plus particulièrement dans le contexte de la pandémie de VIH ou dans l'univers carcéral. Que peut l'archive dans ces situations extrêmes et que peut-elle faire de sources vocales et sonores qui sont par essence fragiles et évanescentes ? Raphaël Forment apporte une contribution sur le hacking et le live coding au prisme de l'archive et analyse comment l'archive se renouvelle en contact avec les nouveaux médias et la dématérialisation de certains aspects de la création. Alexandre Michaan propose d'expliquer la fabrication d'une archive a posteriori pour documenter les états d'une œuvre en devenir de par l'obsolescence de ses matériaux de constitution. Roberta Trapani aborde ainsi la mise en œuvre d'art et en patrimoine d'environnements singuliers et leur classement en archives dans des contextes de politiques territoriales parfois contradictoires. Enfin, Maurane Charles fait de l'archive ou de l'inarchivable une question de terrain en étudiant un festival de littérature indépendante, entre marge et tentation d'institutionnalisation.Ces cinq contributions interrogent la transformation des processus de création en " objets patrimoniaux " et réfléchissent à la question de ce qu'il convient et de ce qu'il est possible de conserver sans altérer l'œuvre. Demeure-t-il un chemin alternatif entre une dimension institutionnelle revendiquée et les pièges de l'hyperpatrimonialisation actuelle ?
Genre devenu majeur, la bande dessinée, comme le manga, est présente dans toutes les bibliothèques, et fait l'objet d'une intense activité de consultation et d'emprunt de la part des usagers. Pour autant, l'étendue de la production éditoriale et la remarquable bibliodiversité du secteur méritent une attention professionnelle particulière, de même que ses modalités de valorisation. Ce volume présente les grandes évolutions du domaine et ses frontières, apporte un éclairage sur la richesse des mangas, et offre un panorama des médiations mises en œuvre par les bibliothécaires. Un livre de référence pour élargir ses connaissances, et découvrir les expériences d'établissements variés.
Le monde scientifique est composé d'une myriade de spécialités, réunissant chercheurs et techniciens autour de problèmes, de méthodes ou d'objets particuliers. Mais comment ces spécialités se définissent-elles? Comment penser l'appartenance des scientifiques à des communautés spécialisées? Comment analyser l'articulation de leur organisation sociale avec les projets épistémiques qu'elles portent? Et comment évoluent ces spécialités? Qu'est-ce qui les relie et les distingue? La réponse à ces questions est déterminante pour notre compréhension du monde scientifique, de ses dynamiques et de son inscription dans nos sociétés.L'ambition de ce livre est de donner les clés d'une sociologie des sciences contemporaines menée au plus près de ces communautés de chercheurs et de techniciens. Un bref panorama des science studies permet de discuter à nouveaux frais des apports de grands auteurs et grandes autrices de ce champ, mais aussi de dessiner les axes et les contours d'une approche originale en la matière. Cette approche, intégrative et processuelle, associe des descriptions de la science " en action " à des analyses menées à grande échelle, afin d'éclairer l'évolution des conditions de production des connaissances scientifiques et de rendre compte de la façon dont ce travail est pris en charge par divers collectifs.
Nuisances sonores, chimiques, particules fines, COV, ondes électromagnétiques, bruits de fond, réseaux telluriques, sables du désert...A l'heure du régime climatique, comment naissent et se cultivent d'autres formes de sensibilité? Jusqu'où peut-on faire varier nos seuils de perception?Avec ou sans technologie, comment arpenter les limites du phénoménal et se rendre sensible à de nouvelles composantes du monde?
" Penser données " ? Pourquoi et comment ? Tel est le défi, le nouveau paradigme, qui s'impose depuis trois décennies aux professionnels de l'information et des bibliothèques, et au-delà à l'ensemble de la société numérique et du marché du travail.Étayé par un propos clair, structuré et pédagogique, cet ouvrage de référence, très attendu par la profession, nous livre une vision panoramique synthétique aussi complète qu'accessible des enjeux de la donnée dans les organisations : bibliothèques dans la cité ou dans l'université.Préfacé par Emmanuelle Bermès, écrit par Véronique Mesguich, experte des enjeux de l'information et des stratégies numériques, ce vade-mecum permettra aux filières de l'information et du numérique, aux étudiants en préparation de concours comme aux tutelles de l'enseignement supérieur et de la recherche et des collectivités territoriales qui portent les politiques de gestion de la donnée, d'acquérir les indispensables codes, les compétences de base et les méthodes d'appropriation pour appréhender pas à pas et avec confiance le vaste monde des données.Avec l'objectif d'aborder l'ensemble des enjeux professionnels, de la transition bibliographique, du web sémantique, des données d'usage, de l'open data et l'open science, des données et métadonnées de la recherche, l'ambition de l'ouvrage est avant tout d'éclairer chaque face du monde des données, des technologies mobilisées aux politiques publiques, des législations en vigueur aux acteurs en présence et aux organisations pilotes, pour se conclure sur une cartographie des métiers et des compétences, sans jamais se départir d'un esprit critique sur les biais, les limites et les risques éthiques de la gouvernance par les données.