Fondée en 1971 par un groupe de médecins et de journalistes à Paris, Médecins Sans Frontières (MSF) est passée de quelques volontaires à plus de 70'000 personnes avec un budget supérieur à deux milliards d'euros. Néanmoins, l'organisation transmet encore aujourd'hui sa mythologie, soit "une parole choisie par l'histoire", où des French doctors s'opposent au silence du Comité International de la Croix-Rouge pendant la guerre du Biafra.Figure du héros sauveteur souvent mise en image dans une communication qui se veut aujourd'hui plus inclusive, principes fondamentaux alliant neutralité, impartialité et indépendance, cette iconographie est aujourd'hui battue en brèche. À l'ère post Covid, une autre réalité s'opère, qui associe crispation souverainiste des États, baisse des financements des principaux bailleurs de fonds, présence d'acteurs non étatiques dans un contexte de lutte contre le terrorisme, voire criminalisation de l'aide humanitaire. De nouvelles problématiques émergent, telles que les questions de sécurité sanitaire, les défis autour du changement climatique ou la protection des données personnelles des patients.Il apparaît donc indispensable de s'interroger sur la place de l'aide humanitaire face à ces enjeux et de réfléchir aux adaptations nécessaires pour maintenir un impact essentiel auprès des populations les plus vulnérables. Cet ouvrage propose un examen critique de MSF, dont on peut espérer qu'il fera écho aux préoccupations d'autres agences du secteur de l'aide et du grand public.
Le doctorat n'est pas un diplôme comme les autres: puisque la thèse sert à prouver la capacité à produire des savoirs nouveaux, la soutenance est le seul examen où le jury en sait moins sur le sujet traité que le ou la candidat·e. Mais comment un grade universitaire en est-il venu à certifier l'originalité et la nouveauté, plutôt que la conformité et la maîtrise de savoirs acquis? Quelles en sont les conséquences sur le travail intellectuel et ses pratiques, sur l'organisation des mondes savants et sur la structuration des disciplines? Qui s'engage dans une telle aventure, avec quels objectifs et pour quels résultats?
Trente-cinq ans après la consécration du concept de "?développement durable?" dans le rapport Brundtland et à mi-parcours de l'agenda 2030 de l'ONU sur les Objectifs du développement durable (ODD), les initiatives dans le domaine de la recherche et de l'enseignement supérieur visant à leur réalisation sont foisonnantes. De fait, le nombre des publications sur le développement durable a crû de manière exponentielle. Les formations en Sustainability Studies ou Sustainability Science prolifèrent et les programmes de recherche et les chaires dédiées se multiplient dans les universités. En France et dans le monde, un nombre croissant d'établissements se placent sous les bannières de la durabilité?; certains en font leur raison d'être.
La crise climatique, l'effondrement de la biodiversité, la vulnérabilité des systèmes agricoles et alimentaires, la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques croissantes, tous ces phénomènes concourent à la fois à produire un sentiment d'urgence et à promouvoir des approches de la science à la fois systémiques et tournées vers l'action.
Mus par le souci de leur responsabilité, des chercheurs de plus en plus nombreux s'alarment du déni des connaissances scientifiques dans le débat public et de la faiblesse de l'action publique au regard des urgences de notre temps.
Le projet de ce livre, fondé sur une enquête approfondie dans les textes fondateurs des sciences de la durabilité et auprès des porteurs de la mémoire et des dynamiques actuelles de ce champ, est de donner à comprendre au grand public la genèse, le développement et l'affirmation de la communauté internationale des sciences de la durabilité comme réponse inédite des mondes de la recherche à la crise écologique globale qui affecte l'habitabilité de notre Terre.
Les sciences humaines et sociales sont longtemps restées silencieuses sur leurs sources et leurs conditions de financement. Qu'elles proviennent de ministères, d'organisations intergouvernementales, régionales ou mondiales, de fondations philanthropiques, elles sont pourtant variées et riches d'enseignements. Pour l'historiographie présente, cette richesse l'emporte sur le soupçon ou la volonté de dévoilement.Ce dossier pose ainsi la question de ce que ces financements publics ou privés font de, et à, l'ordre disciplinaire des sciences humaines et sociales. Si certains de ces financements peuvent contribuer à consolider cet ordre, en renforçant une discipline – l'économie, par exemple – dans une dynamique institutionnelle structurante, d'autres, au contraire, peuvent tendre à le remodeler, dans une logique interdisciplinaire, en relayant une demande sociale extérieure au champ académique, comme c'est le cas des études aréales ou des relations internationales.Les études ici réunies sont consacrées à la France et aux États-Unis. Bien que s'inscrivant dans la même période d'après-guerre, elles présentent de forts contrastes liés aussi bien aux différents contextes nationaux qu'au degré d'institutionnalisation de ce qui n'a pas toujours été une ou des " disciplines " instituées, que l'on pense à la science politique, à l'économie, aux relations internationales ou aux Comparative Legislative Studies.
Cet ouvrage collectif interroge le champ du design en privilégiant une approche pluridisciplinaire et en questionnant ses fondements épistémologiques. Cette contribution au design se consacre à ses enseignements et plus précisément aux compétences et aux valeurs indispensables à tout système démocratique. Dans cette perspective, nous proposons des débats menés au sein des différents chapitres sur la nécessité de former des citoyens et des citoyennes capables d'agir dans nos démocraties pétries d'enjeux techniques. C'est en ce sens qu'enseigner le design implique de revenir sur les formations des concepteurs et des conceptrices et, de ce fait, sur l'activité de conception comme enjeu profondément démocratique.Cette activité considérée comme complexe se situe au cœur de l'enseignement du design. Son apprentissage est développé dans cet ouvrage en interrogeant les enjeux d'une démocratie technique et en approfondissant ses possibles compétences et valeurs. Celles-ci participent au développement d'une posture citoyenne amenée à concevoir des artefacts et des systèmes techniques.Auteurs: Pierre Baumann ; Gwenaëlle Bertrand ; Suzanne Boulet ; Marcelo Falcon Roberto ; Maxime Favard ; Joëlle Forest ; Claire Griffon ; Anja Küttel ; Marie-Pierre Labrie ; Martin Lalonde ; Mathieu Laporte ; Pierre Litzler ; Guillaume Massy ; Christophe Moineau ; Émeline Roy ; Apolline Torregrossa ; Eric Tortochot ; Frédérique Vuille
Nous avons choisi de centrer notre premier volume sur les archives périssables du militantisme artistique que nous avons intitulé L'inarchivable en résistance. Il s'agit de réfléchir à la façon dont l'archive interagit avec des contextes en tension, en période de troubles politiques, en temps de guerre ou de censure, mais aussi lorsque le média ne permet qu'un processus d'archive à la marge. Qu'est-ce qui fait archive dans ces conditions et, son corollaire, qu'est-ce qui fait œuvre ?Maël Forlini questionne l'archive au regard de la mort et plus particulièrement dans le contexte de la pandémie de VIH ou dans l'univers carcéral. Que peut l'archive dans ces situations extrêmes et que peut-elle faire de sources vocales et sonores qui sont par essence fragiles et évanescentes ? Raphaël Forment apporte une contribution sur le hacking et le live coding au prisme de l'archive et analyse comment l'archive se renouvelle en contact avec les nouveaux médias et la dématérialisation de certains aspects de la création. Alexandre Michaan propose d'expliquer la fabrication d'une archive a posteriori pour documenter les états d'une œuvre en devenir de par l'obsolescence de ses matériaux de constitution. Roberta Trapani aborde ainsi la mise en œuvre d'art et en patrimoine d'environnements singuliers et leur classement en archives dans des contextes de politiques territoriales parfois contradictoires. Enfin, Maurane Charles fait de l'archive ou de l'inarchivable une question de terrain en étudiant un festival de littérature indépendante, entre marge et tentation d'institutionnalisation.Ces cinq contributions interrogent la transformation des processus de création en " objets patrimoniaux " et réfléchissent à la question de ce qu'il convient et de ce qu'il est possible de conserver sans altérer l'œuvre. Demeure-t-il un chemin alternatif entre une dimension institutionnelle revendiquée et les pièges de l'hyperpatrimonialisation actuelle ?
Genre devenu majeur, la bande dessinée, comme le manga, est présente dans toutes les bibliothèques, et fait l'objet d'une intense activité de consultation et d'emprunt de la part des usagers. Pour autant, l'étendue de la production éditoriale et la remarquable bibliodiversité du secteur méritent une attention professionnelle particulière, de même que ses modalités de valorisation. Ce volume présente les grandes évolutions du domaine et ses frontières, apporte un éclairage sur la richesse des mangas, et offre un panorama des médiations mises en œuvre par les bibliothécaires. Un livre de référence pour élargir ses connaissances, et découvrir les expériences d'établissements variés.
Le monde scientifique est composé d'une myriade de spécialités, réunissant chercheurs et techniciens autour de problèmes, de méthodes ou d'objets particuliers. Mais comment ces spécialités se définissent-elles? Comment penser l'appartenance des scientifiques à des communautés spécialisées? Comment analyser l'articulation de leur organisation sociale avec les projets épistémiques qu'elles portent? Et comment évoluent ces spécialités? Qu'est-ce qui les relie et les distingue? La réponse à ces questions est déterminante pour notre compréhension du monde scientifique, de ses dynamiques et de son inscription dans nos sociétés.L'ambition de ce livre est de donner les clés d'une sociologie des sciences contemporaines menée au plus près de ces communautés de chercheurs et de techniciens. Un bref panorama des science studies permet de discuter à nouveaux frais des apports de grands auteurs et grandes autrices de ce champ, mais aussi de dessiner les axes et les contours d'une approche originale en la matière. Cette approche, intégrative et processuelle, associe des descriptions de la science " en action " à des analyses menées à grande échelle, afin d'éclairer l'évolution des conditions de production des connaissances scientifiques et de rendre compte de la façon dont ce travail est pris en charge par divers collectifs.
Nuisances sonores, chimiques, particules fines, COV, ondes électromagnétiques, bruits de fond, réseaux telluriques, sables du désert...A l'heure du régime climatique, comment naissent et se cultivent d'autres formes de sensibilité? Jusqu'où peut-on faire varier nos seuils de perception?Avec ou sans technologie, comment arpenter les limites du phénoménal et se rendre sensible à de nouvelles composantes du monde?
Ce volume constitue le numéro ultime de la revue Cahiers du CAP aux Éditions de la Sorbonne. La publication réunit neuf essais de jeunes chercheurs de haut niveau qui privilégient la transversalité pour atteindre de nouveaux chantiers de recherche, moins par des thèmes généraux que par des manières originales de penser, de travailler et d'explorer leurs domaines respectifs. Sous la forme d'un ouvrage collectif ayant pour thématique " Matières à inventer ", les auteurs ont su se ménager un espace d'expression personnel tout en dialoguant entre disciplines (histoire de l'art, du cinéma, de l'architecture, anthropologie, archéologie), pour tenter d'apporter des éclairages originaux et inédits. À chacun des neufs textes qui composent ce numéro correspond un terme qui résume et symbolise, en quelque sorte, le projet d'étude envisagé. À cet égard, dans les conditions actuelles de travail et de recherche singulièrement dégradées, ce dernier numéro des Cahiers du CAP veut d'abord rappeler que les pratiques de jeunes historiens, historiens de l'art et de l'architecture, anthropologues et archéologues, relèvent d'une forme vivante d'invention. Trois axes de réflexion sont développés à partir des notions-clés dans la revue: " fragments ", " frontières ", " héritage ".
Que se passe-t-il dans une bibliothèque ? Peu de choses en apparence, et pourtant… L'ouvrage de Joëlle Le Marec offre une analyse fouillée et percutante de ce qui se joue dans la fréquentation des établissements qui mettent à disposition du public des collections de livres, de documents d'information. Plus précisément, l'ouvrage fournit des réponses aux questions posées régulièrement dans les études de publics : pourquoi les bibliothèques sont-elles investies selon une temporalité débordant les limites attendues du simple prélèvement documentaire ? Pourquoi ces établissements sont-ils devenus des sortes d'extension de la maison, du bureau, autant de " territoires du soi " pour reprendre le fameux concept d'Erving Goffman ? Dans cet essai, nourri de ses recherches pratiquées dans les institutions culturelles, l'auteure montre que la bibliothèque contemporaine apparaît très nettement comme un haut lieu d'articulation entre pratiques de savoirs, souci de soi, et milieu de vie.
Prisonnières de conceptions binaires opposant l'intérêt particulier à l'intérêt général, le local au global, la vérité scientifique à la volonté politique, la nature à l'humanité, nombre d'approches censées porter remède à la crise écologique tiennent difficilement leurs promesses. La simplicité des diagnostics qu'elles posent se paie au prix fort: en éludant la variété et la complexité des situations concrètes, elles aboutissent souvent à des solutions impraticables et entretiennent un climat de désespoir.Loin du prêt-à-penser habituel qui entoure la question écologique, le présent essai plaide pour une réintégration du facteur humain dans la caractérisation même des problèmes. Reconnaître la richesse des relations des humains au vivant ouvre sur une tout autre lecture des enjeux et fait jaillir de nouvelles perspectives. Il faut s'affranchir du dualisme planète/humanité qui empêche de raisonner à nouveaux frais et stérilise les capacités d'engagement des acteurs.Conçu comme espace de coordination entre acteurs en vue d'objectifs partagés ou d'un projet commun, le territorial – et non le territoire – constitue un levier de changement décisif pour une prise en charge active du vivant. De la terre au ciel, de la biodiversité aux changements climatiques, des initiatives locales et territoriales aux stratégies globales, le présent ouvrage convie le lecteur à un véritable voyage. À l'issue de ce périple se précisent les conditions d'une reconquête de la qualité du vivant, dont celles du contrat territorial.