L'obligation réglementaire récente de valorisation des biodéchets traduit une évolution lente de leurs représentations, passant de simples ressources agricoles à la fin du XIXème siècle à de potentielles ressources pour une économie décarbonée au XXIème siècle. Avec 5,5 millions de tonnes produites par les ménages français en 2024, les biodéchets constituent en effet un gisement important de matières biodégradables valorisables sous la forme d'électricité, de chaleur, de fertilisant ou d'amendement. Ce numéro interroge les capacités de la gestion des biodéchets à répondre aux ambitions de l'économie circulaire.Comment tendre vers une amélioration de l'empreinte environnementale de la gestion des biodéchets par leur valorisation (compost, méthane, digestat) ou une sobriété énergétique de la gestion ? Comment réduire les biodéchets par un changement des pratiques ? Comment se territorialise la gestion des biodéchets (traitement local, une prise en compte des dispositifs existants, bouclage territorial des flux de matière, etc.) ? S'il existe différents types de valorisation socio-économique des biodéchets (méthanisation, fabrication de biocarburants, de biomatériaux ou de biomolécules, compostage), les études de cas présentées se focalisent plus particulièrement sur le compostage à travers des études de cas métropolitaines ou périurbaines en France. Ces articles mettent en lumière les enjeux et les défis posés aujourd'hui par la gestion des biodéchets.
Qu'est-ce qui peut pousser de jeunes femmes à mettre en ligne leurs selfies avec un message qui commence par ces mots : " I don't need feminism because… " ? Si le site womenagainstfeminisim.com est sûrement une version radicale de l'hostilité de certaines femmes à un mouvement dont le fondement est pourtant la défense et protection de leurs droits, il n'est ni isolé, ni sans précédent. Partout où un mouvement féministe apparaît, la résistance qu'il rencontre est aussi le fait de très nombreuses femmes. Cette résistance revêt une intensité et des formes très diverses, de l'engagement antiféministe affirmé, à des positionnements plus timides que traduisent des affirmations du type "je ne suis pas féministe, mais… ". Pourquoi ce rejet, pourquoi ce malaise ? Comment penser ces résistances de femmes aux féminismes ?L'ambition de l'ouvrage est d'analyser de façon pluridisciplinaire la constitution de ces résistances sur lesquelles les savoirs demeurent profondément lacunaires. Il présente à cette fin des synthèses inédites en sociologie politique, histoire, littérature, psychologie sociale, sciences du discours et psychanalyse. Il propose la première bibliographie pluridisciplinaire des travaux en langues française et anglaise spécifiquement consacrés à ces résistances afin de faire le point sur la recherche d'hier – ses catégories, son corpus et ses méthodes – et d'esquisser les contours de celle de demain.
Critique d'art est un guide de lecture sur l'art des XXe et XXIe siècles. L'actualité nationale et internationale des livres et des catalogues sur l'art contemporain y est référencée. Donnant accès à la fabrique de la littérature sur l'art au fur et à mesure de ses parutions, Critique d'art a référencé et chroniqué 266 ouvrages dans le n°65 de l'automne/hiver 2025. La revue fournit ainsi un accès généreux à ce qui se pense et ce qui s'écrit dans le champ de la création visuelle. Les sujets au sommaire se font l'écho d'un dynamisme critique et artistique mondial, teinté d'écologie, de politique, de questions identitaires et plus largement situé au coeur des sciences humaines. S'y retrouvent des figures nationales et internationales de la scène des arts visuels. En tant qu'outil d'évaluation, Critique d'art fait ressortir le contenu d'ouvrages récents et met à la disposition de toutes et tous un outil conçu pour cerner ce qui est publié sur la création contemporaine.
Comment la nation s'incarne-t-elle dans le quotidien des individus, au-delà des discours officiels ? Ce livre propose un renversement de perspective salutaire : plutôt que d'observer la nation depuis les sommets de l'État, il s'intéresse aux dynamiques populaires, invisibles ou ordinaires, qui participent à la fabrication de l'identité nationale.
À la croisée de la sociologie, de l'anthropologie et de l'histoire culturelle, cet ouvrage explore les représentations de la nation telles qu'elles circulent dans l'espace public, mais aussi dans les pratiques sociales, les gestes du quotidien, les objets, les émotions et les récits intimes. Dans la lignée des travaux de Michael Billig sur la "banalisation" du national ou de Ferrán Archilés sur l'"expérience de nation", il met en lumière la manière dont les appartenances nationales se construisent, se vivent et se transmettent en dehors des canaux institutionnels.
Cet ouvrage s'adresse à toutes celles et ceux qui veulent comprendre comment la nation continue de s'imposer comme une évidence… parfois à notre insu.
Francophonies en mouvement révèle comment circulent et se transforment les savoirs entre différents espaces du monde francophone, en suivant les acteurs, leurs stratégies et les contextes qui les façonnent.
Francophonies en mouvement : objets, acteurs et médiations des transferts culturels explore les circulations de savoirs à travers des terrains situés en Europe du Sud-Est, en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Le volume interroge ce qui se transfère — normes, institutions, modèles — mais aussi comment, par qui, dans quel cadre, avec quelles contraintes et quels détournements. Il met en lumière les stratégies des acteurs du transfert, les logiques d'imposition ou de coopération, ainsi que les formes de réception, entre appropriation créative et encadrement contraint.
L'expression " Trouver son chemin de Damas " est devenue proverbiale et désigne aujourd'hui un moment de révélation. Treize études retracent les différentes interprétations données à la conversion de saint Paul à travers les siècles.
Parti de Jérusalem pour persécuter les premiers chrétiens, le futur saint Paul, ébloui et interpellé par Jésus, se convertit brutalement sur le chemin de Damas pour devenir l'apôtre des nations. L'épisode est relaté à trois reprises dans le livre des Actes et évoqué dans les épîtres pauliniennes. De nos jours, l'expression " Trouver son chemin de Damas " est devenue proverbiale et désigne un tournant subit et décisif dans une vie, un changement complet d'idée ou d'orientation.
Au regard des sources bibliques qui donnent lieu à une analyse approfondie, le volume retrace l'histoire de la réception littéraire et picturale de l'épisode néotestamentaire, depuis la période patristique jusqu'à aujourd'hui, à travers treize études. Chaque article montre combien la conversion de Paul s'est auréolée d'une valeur d'exemplarité, même si, chez certains auteurs, elle reste un idéal spirituel. Quant à la peinture, elle associera bientôt à la scène un cheval que la Bible ne mentionne pas mais qui s'imposera de lui-même.
Les muses, égéries et pygmalions ont suscité de nombreuses interprétations et réinterprétations. En rassemblant plusieurs disciplines, les contributions de ce Cahier revisitent ces personnages et leurs rôles genrés en art, en littérature ou au cinéma.
Bien que les Muses, la nymphe Égérie et Pygmalion aient suscité de nombreuses réinterprétations, ces figures et leurs antonomases demeurent peu définies. Elles évoquent et symbolisent pourtant les relations entre l'artiste et son sujet, documentant ainsi le contexte de production des œuvres d'art et les conceptions d'artistes et d'inspiratrices. Examiner ces termes permet donc de considérer les rôles genrés dans la création ; celle-ci étant encore trop associée à la puissance génitrice d'un homme impulsée par la présence d'une femme. Les contributions réunies ici associent plusieurs disciplines et couvrent la période du XVe au XXIe siècle. Elles définissent et interrogent les relations qui conditionnent des rapports de genre déséquilibrés.
Comment " habiter " poétiquement le monde ? Et quel sens donner à notre vie sur terre ? À ces questions, l'écrivain suisse Nicolas Bouvier (1929-1998) apporte ses propres réponses, lui permettant ainsi de vivre pleinement la poésie. La lecture de son oeuvre nous aide à mieux saisir le grain de ce monde. Son écriture, à la fois érotique et musicale, possède une dimension universelle, soulignée par son humanisme, son écoute attentive, son humilité. Pour composer ce livre comme une musique, avec une ouverture, des mouvements et un final, l'auteur a exploré les carnets inédits et l'ensemble de l'oeuvre publiée par Nicolas Bouvier. Il analyse de manière vivante la parole créatrice du poète-musicien qui écrit : " J'ai le sentiment que le monde est fait d'éléments différents – la lumière, les couleurs, une musique qui vient de près ou de loin, une odeur qui monte d'une cuisine, une présence ou une absence, un silence – et que tous ces éléments conspirent pour créer des monades harmoniques. Le monde est constamment polyphonique alors que nous n'en avons, par carence ou paresse, qu'une lecture monodique. "
Échafauder l'avenir des territoires et leur aménagement en choisissant une démarche humaniste, émancipée des seuls cadrages d'ingénierie vis-à-vis des lieux, des terrains, des espaces et des paysages, telle est la démarche proposée ici. Celle d'une géographie humaniste parce qu'ouverte sur nos sensations et sur nos sentiments, sur l'écoute et les envies des citoyens, sur la prise en compte de la poésie des lieux, du souffle qui y est perçu, de la bigarrure des couleurs et des sons qui les traversent. Car instiller de la sensibilité et de l'aménité dans nos façons de voir l'espace et de le vivre est plus que jamais nécessaire. C'est à une position de résistance face aux changements à envisager, et contre l'affolement du temps, que nous invite cet essai. Avec sa conviction profonde : le filtre du sensible est un passeur de frontières nous permettant d'aménager les lieux, les espaces, les territoires et les paysages afin de transmettre durablement, intelligemment, précautionneusement, le legs reçu au profit de ceux qui nous succèdent.
Entre 1998 et 2007, Raymond Depardon a régulièrement filmé des paysans en Lozère, Ardèche, Haute-Loire et Haute-Saône. En résulte une " trilogie paysanne " initiée par deux films réalisés pour la télévision – Profils paysans. Chapitre 1 : L'Approche (2000) et Profils paysans. Chapitre 2 : Le Quotidien (2004) – et couronnée par un film produit pour le cinéma, La Vie moderne (2008). Avec Claudine Nougaret (au son et à la production), Depardon recueille la parole – tantôt aisée, tantôt difficile – de paysans en fin de vie et de quelques jeunes paysans en début de carrière. Marcelle Brès, Raymond et Marcel Privat, Paul Argaud, Robert et Paulette Maneval ou encore Jean-François Pantel, deviennent ainsi les protagonistes d'une trilogie portant un regard sociologique et anthropologique sur un monde paysan à bout de souffle. Cette trilogie revêt également une dimension d'ordre autobiographique puisque Depardon vient de ce milieu-là. L'ombre de la ferme du Garet où il est né en 1942, et qu'il a quittée très jeune pour assouvir sa passion pour la photographie, plane en effet sur les trois films qui visent aussi à surmonter un complexe vis-à-vis du monde paysan.