Perspectives internationales et transnationales sur l'histoire de l'éducation
Ce dossier réunit des contributions qui proposent des perspectives internationales et transnationales sur l'histoire de l'éducation à l'époque contemporaine. Couvrant une variété de thèmes, de pays et de périodes, elles offrent l'opportunité de discuter de deux évolutions historiographiques majeures qui ont marqué la discipline au cours de ces dernières années. Tout d'abord, l'internationalisation de la recherche, à travers plusieurs articles qui s'intéressent à des trajectoires éducatives dans des contextes autres que la France, notamment en Europe et dans le monde colonial. Ensuite, le dossier illustre la variété des terrains et des problématiques que le " tournant transnational " des études historiques a ouvert à l'exploration. Des enjeux tels que la place de l'État-nation, l'importance du " prisme circulatoire " et, enfin, la manière de penser et de pratiquer l'international sont notamment au cœur de la réflexion, permettant ainsi d'inscrire l'histoire de l'éducation de la France dans un espace relationnel plus large qui transcende ses propres frontières.
Outil essentiel en sciences sociales, le genre peut être croisé avec la génération au sens démographique. Car l'âge est toujours sexué: les périodes de la vie sont différentes selon qu'elles se déroulent à l'ombre du féminin ou du masculin. Ce numéro spécial est consacré à la " garçonnité ", c'est-à-dire à l'apprentissage du masculin au cours de l'enfance. Qu'ils aient grandi dans la Rome antique, les cités grecques, les villes du Moyen Âge, l'espace germanique à l'époque moderne ou la France de la Troisième République, des millions de garçons ont été éduqués et socialisés dans les codes de la masculinité, qu'ils ont acquis – ou pas.
Se soustraire à l'empire des grands. Enfance, jeunesse et agentivité (1500-1850)
Au cœur de la redécouverte d'individus privés de visibilité, le concept d'agentivité (agency) n'a encore été que rarement appliqué aux enfants et jeunes gens de l'époque moderne. Pourtant son potentiel herméneutique apparaît évident. De l'enfance à l'âge adulte, les individus sont engagés dans un processus de construction d'eux-mêmes dans lequel ils cherchent à affirmer leur individualité face aux adultes et au monde. En ouvrant la réflexion sur l'expérience enfantine et les pouvoirs d'action de la jeunesse (entre adaptation et résistance) en France et dans les pays voisins (Suisse, Allemagne), et ce sur un temps long (XVIe-milieu du XIXe siècle), et en travaillant sur un large panel de sources – des textes classiques de l'histoire de l'éducation aux écrits personnels de jeunesse – ce dossier entend mettre en lumière la façon dont les enfants ont agi au sein des structures sociales. Ce faisant, il s'attache à révéler enfants et jeunes gens comme des acteurs et actrices historiques à part entière.
École et éducation populaire en France depuis la fin du XIXe siècle
Ce dossier s'intéresse à la périphérie associative de l'école, particulièrement celle du primaire, en faisant l'hypothèse que son histoire éclaire celle de l'école et qu'en retour l'éducation populaire gagne à prendre en compte la part scolaire de son histoire, trop souvent négligée. Acteurs et initiatives étudiés prétendent compléter l'action de l'école pendant les temps de loisirs, l'étendre en direction des adultes et en faire la base d'une action culturelle élargie aux loisirs, aux sport ou au cinéma. Le périscolaire, au sens large, toujours resté un domaine facultatif, a été un lieu d'innovation pédagogique: par les colonies de vacances ou les activités physiques, il s'agit pour les enseignants à terme de modifier les pratiques dans la classe, tandis qu'en militant dans les ciné-clubs d'autres se battent pour intégrer le cinéma dans les programmes, voire même en faire une discipline. Ces initiatives relèvent d'un engagement volontaire conforme à l'idéal de la vocation enseignante, dans un cadre associatif particulier, qui mêle administration et, après la Libération, syndicalisme, au nom de de la laïcité et de la défense de l'Éducation nationale. L'émergence d'un secteur administratif spécifique à l'éducation populaire est vue avec méfiance, car l'école a vocation pour les militants des associations périscolaires à prendre en charge tous les aspects éducatifs et culturels.Les articles interrogent la notion de complémentarité éducative, appelée de leurs vœux par bien des acteurs de l'école et de l'éducation populaire mais qui semble parfois difficile à mettre en œuvre.
Regards historiques sur 40 ans de politique d'éducation prioritaire en France (1981-2020)
La politique d'éducation prioritaire a quarante ans. Depuis 1981, elle a connu des temps forts de pilotage mais aussi des temps de désintérêt ministériel. La lutte contre l'échec scolaire, objectif premier et majeur, concernait tous les territoires, qu'ils soient urbains ou ruraux. Les objectifs fixés ont évolué au gré d'orientations politiques variables. Cependant, elle a introduit dans le système éducatif français un certain nombre de transformations, qui ont été généralisées par la suite dans les écoles et collèges notamment. Elle a permis de nouvelles approches éducatives et professionnelles, à l'intérieur comme avec l'extérieur de l'école. La réussite scolaire de tous impliquait la mobilisation des acteurs à tous les niveaux hiérarchiques, du rectorat à l'établissement, une collaboration interdegrés mais aussi partenariale avec les acteurs locaux des champs éducatif, social et culturel. Pour illustrer la complexité et la diversité des zones d'éducation prioritaire (ZEP) devenues réseaux d'éducation prioritaire (REP), dans le temps et dans l'espace, les contributions de ce dossier s'appuyent sur des sources locales, récemment versées dans des Archives départementales. L'entretien final avec une actrice nationale de premier plan – elle a croisé cette politique tout au long de sa carrière et s'est fortement impliquée à certaines périodes – apporte des éléments complémentaires pour mieux comprendre cette politique éducative à vocation sociale.
Créée en 1978, Histoire de l'éducation est une revue historique à comité de lecture consacrée à l'enseignement et à l'éducation en France et à l'étranger. À travers les articles, notes d'actualité scientifique, notes critiques et comptes rendus d'ouvrages publiés dans ses deux numéros annuels, elle entend faire connaître le meilleur de la recherche dans ce domaine, rendre compte des évolutions et débats historiographiques, contribuer à l'animation de son milieu scientifique et promouvoir l'histoire de l'éducation. Histoire de l'éducation s'adresse aussi bien aux historiens et chercheurs d'autres disciplines dans le domaine de l'éducation qu'aux enseignants, aux formateurs et à tous ceux qui cherchent, dans le passé de l'éducation, l'une des clés permettant de comprendre ses problèmes actuels.
Les réformes du financement de l'éducation. France/Suède
Le financement de l'éducation met en jeu un large spectre de questions – économiques, mais aussi politiques, sociales et culturelles – investies par de nombreuses disciplines. Dans le champ de l'histoire de l'éducation, en revanche, il n'a retenu l'attention des chercheurs que par intermittence. Ce dossier, fruit d'une coopération entre le Nordic Journal of Educational History et Histoire de l'éducation, traite des réformes du financement de l'éducation au XIXe et au XXe siècle, période marquée par l'extension de l'accès aux enseignements primaire, secondaire et supérieur. Il vise à combler certaines lacunes des historiographies française et suédoise et à susciter de nouvelles recherches sur ce terrain, en ouvrant la voie à des débats méthodologiques, par-delà les disciplines et les frontières nationales. Les trajectoires de la France et de la Suède – deux exemples d'économies dites " avancées ", deux formes d'État-providence, confrontés à des défis très similaires – présentent un jeu complexe de similitudes et de différences qui donne tout son intérêt à l'étude précise des dispositifs de financement mis en place dans les deux pays, en fonction des contextes et pour répondre à des besoins particuliers: essor de l'enseignement technique, rénovation pédagogique, scolarisation dans les lieux reculés, ou encore élargissement de l'accès à l'enseignement supérieur.
L'éducation des femmes adultes au XXe siècle, travailleuses, épouses et mères, citoyennes
Au croisement de l'histoire de l'éducation des adultes et de l'histoire des femmes et du genre, le dossier se centre sur des actions d'éducation postscolaire – selon une conception large incluant l'éducation générale, sociale, syndicale et professionnelle – à destination de femmes adultes, notamment issues de classes populaires, dans des contextes très différents sur l'ensemble du XXe siècle.Cinq articles choisissent de faire porter la focale sur des femmes en tant que cibles ou bien en tant qu'éducatrices ou organisatrices de formations, à différentes périodes, en Belgique, aux USA, en Italie et en France. Chacun à sa manière soulève des questions transversales pour la recherche sur ce thème particulier. En effet, prendre en compte les femmes n'a pas pour seule ambition de compléter l'historiographie de l'éducation des adultes, mais bien de proposer un déplacement épistémologique et méthodologique. Ce dossier ouvre au moins trois axes de réflexion propres à faire bouger les lignes. Le premier concerne la question des sources qui doit être entièrement repensée, le deuxième interroge l'apport de la dimension internationale à une compréhension renouvelée de l'objet, le troisième revient en le complexifiant sur un thème récurrent de l'histoire de l'éducation des adultes: contrôle social versus émancipation, avec l'idée que le fortuit ou l'aléatoire pourraient éventuellement venir brouiller les frontières.
Les transmissions religieuses face à la sécularisation
Partant du constat que les institutions religieuses et les initiatives qu'elles portent ont une place importante dans l'histoire de l'éducation, ce dossier analyse les modalités de la transmission religieuse, en particulier en milieu catholique mais non exclusivement, et en élargissant la perspective par rapport aux institutions scolaires. Sont examinés différents lieux, acteurs et événements qui concourent, en parallèle à la construction de l'école laïque et parfois en réaction à celle-ci, à maintenir et transformer le processus de transmission religieuse (savoirs, savoir-être, rituels et identités) à l'ère de la sécularisation. Les articles traitent d'une part de l'école et de son statut – privé ou public, religieux ou laïc – avec des exemples français, ainsi que l'étude d'un cas paradoxal, celui du choix par les parents d'un établissement français en Tunisie. Ils montrent que parents et institutions (État ou Églises) négocient, depuis la Révolution, pour conjuguer transmission scolaire, morale et religieuse ou areligieuse, et sont à la recherche de fragiles et provisoires compromis. D'autre part, les articles étudient des initiatives émanant des Églises pour contrecarrer la sécularisation et la laïcisation scolaire, tant en matière de réforme du catéchisme que d'événements comme les Journées mondiales de la jeunesse. Couvrant deux siècles d'histoire, ce dossier montre que la sécularisation de la société n'élimine pas la transmission religieuse, mais amène à une diversification de ses formes, avec un réinvestissement de l'espace public par les acteurs religieux.
Regards sur l'histoire de l'éducation, une perspective internationale
L'histoire de l'éducation est un domaine de recherche foisonnant, aux contours fluctuants, dont l'analyse rétrospective est susceptible de renforcer une réflexivité critique. Les contributions de ce dossier s'y emploient, en analysant les travaux et les évolutions de la discipline en France, en Espagne, en Angleterre, au Portugal et dans les pays baltes. Elles prennent appui sur une recension des ancrages institutionnels et réseaux de communications qui conditionnent et favorisent le renouvellement des connaissances. Ces dernières sont analysées via les pratiques et productions de ceux qui se reconnaissent dans ce champ. Un accent particulier est porté sur les thèses de doctorat. À partir d'un matériau comparable, les articles montrent que les thèses permettent de cerner les logiques de positionnement d'une discipline, attestant que cette étape doctorale peut tantôt être investie comme moyen pour " cadrer " le devenir d'un champ (consolider un courant, une école de pensée), tantôt constituer un espace de renouvellement. Les bilans historiographiques confirment le dynamisme du domaine mais aussi les tensions qu'il connaît. Le rythme soutenu des changements institutionnels de la péninsule ibérique témoigne ainsi de la fragmentation de la recherche historienne. Les restructurations institutionnelles et éditoriales sont également au cœur de l'étude sur la France, pour éclairer sous un nouveau jour la vitalité du domaine. Enfin, la vision panoramique sur les évolutions depuis 1960 de l'histoire de l'éducation en Grande-Bretagne permet d'allier une historicisation de ses réseaux de communications avec celle de ses contenus.
Créée en 1978, Histoire de l'éducation est une revue historique à comité de lecture consacrée à l'enseignement et à l'éducation en France et à l'étranger. À travers les articles, notes d'actualité scientifique, notes critiques et comptes rendus d'ouvrages publiés dans ses deux numéros annuels, elle entend faire connaître le meilleur de la recherche dans ce domaine, rendre compte des évolutions et débats historiographiques, contribuer à l'animation de son milieu scientifique et promouvoir l'histoire de l'éducation. Histoire de l'éducation s'adresse aussi bien aux historiens et chercheurs d'autres disciplines dans le domaine de l'éducation qu'aux enseignants, aux formateurs et à tous ceux qui cherchent, dans le passé de l'éducation, l'une des clés permettant de comprendre ses problèmes actuels.