Ce numéro interroge les effets de l'amplification sonore sur les musiques religieuses, aujourd'hui largement transformées par les technologies de sonorisation. En s'appuyant sur la notion de " musiques amplifiées " proposée par le sociologue Marc Touché, il analyse comment ces dispositifs modifient les pratiques rituelles, les émotions, la mémoire et les expériences collectives des croyants. À travers des études de cas variées (Afrique de l'Ouest, Thaïlande, diaspora ouïghoure, confrérie des Gnawa, cantiques coptes), les contributions croisent anthropologie, sociologie et musicologie pour montrer comment l'amplification participe au renouvellement social et culturel des musiques liées au religieux.
Les marchands d'Orléans entre Cadix et Paris (XVIIe-XVIIIe siècle)
À la fin du xviie siècle, Orléans, grand port de Loire, bénéficie d'une position économique avantageuse dans le royaume de France. Carrefour stratégique entre Paris, qu'elle approvisionne, et les façades maritimes atlantiques et méditerranéennes, la ville profite pleinement de l'essor du commerce colonial ibérique. Ses grandes familles marchandes investissent avec succès les échanges entre Cadix et l'Amérique espagnole, accumulant en quelques décennies des fortunes colossales. Mais cet enrichissement rapide met à l'épreuve les structures et les solidarités du patriciat orléanais. Il suscite la convoitise de la noblesse de robe parisienne qui parvient à en accaparer une partie via des alliances matrimoniales.
Des coffres des marchands à ceux de leurs héritiers, Nicolas Lyon-Caen suit les traces de l'argent américain. D'une génération à l'autre, il reconstitue les trajectoires des grands lignages négociants d'Orléans, dont les fortunes et les ambitions se déploient entre les rives de la Loire, Cadix et Paris : une passionnante histoire européenne des circulations marchandes qui éclaire d'un nouveau jour les conséquences sociales de l'afflux de richesses et la dynamique complexe des inégalités patrimoniales.
Depuis près de quinze ans, Fabien Truong mène des enquêtes au long cours dans les quartiers populaires de la région parisienne. Il a suivi ses élèves de lycée en Seine-Saint-Denis, des études jusqu'à leur entrée dans la vie active ; mené une ethnographie post mortem sur l'un des terroristes des attentats de 2015 ; arpenté à deux la ville de Grigny durant dix ans. Terrain vague raconte les coulisses de cet engagement.
Le récit, vivant et affûté, nous plonge dans l'envers du métier de sociologue, des expériences fondatrices jusqu'à l'écriture et la parole publique. Véritable plaidoyer pour les sciences sociales, il donne la part belle aux déambulations, pose la question des alliances, des affects, des manières d'être et des façons de faire, explorant le sens d'un geste critique et sensible : enquêter.
Fabien Truong est sociologue et enseignant à l'université Paris 8. Il réalise également des films et écrit des romans.
Ce numéro simple Varia comportera deux " Débats " : l'un sur la question du chamanisme entre Charles Stépanoff et Laurent Berger, l'autre sur la place de Dieu dans les sociétés contemporaines entre Bruno Karsenti et Hamza Esmili. On y trouvera également trois articles " Études & Essais ", dont la seconde partie de la recherche d'épistémologie critique sur les études décoloniales par Jean-Pierre Olivier de Sardan, une étude sur la criminalisation des mineurs non accompagnés en Suisse par Marco Motta et, enfin, l'analyse d'un chant rituel et de sa relation aux mythes dans les Andes péruviennes par Flora Baudry & César Itier.
En 2024, les cent plus grandes institutions muséales du monde ont cumulé plus de 197 millions de visiteurs, retrouvant dans l'ensemble leur niveau d'avant 2019. Le musée fait partie intégrale de la carte du tourisme global et participe à l'économie des territoires qui les accueillent. Pourtant tous musées confondus – de l'art, des sciences, des cultures du monde, d'histoire naturelle ou autre – la question de l'articulation entre collecte, exposition et conservation pose celle plus fondamentale de la définition, de la place et des fonctions d'une institution dont la croissance au XIXe siècle a accompagné celle des états-nations et des empires. Crise ? Dans un ensemble de retours réflexifs sur ces espaces, proposé par des spécialistes de différentes disciplines et régions du monde, le dossier ouvre les musées aux sciences sociales, éclairant ainsi, par effet de retour, les potentialités d'un dialogue entre les deux mondes, sur des questions communes.
S'opposer, déposer, exclure. L'imprimé à l'épreuve de la rupture confessionnelle dans l'Europe des XVIe-XVIIe siècles
Rétablir le lien entre imprimé et Réformes religieuses des XVIe et XVIIe siècles pour débâtir l'idée d'une "victoire" de celles-ci par la diffusion de l'imprimerie, est l'ambition de ce dossier qui invite à explorer comment les dispositifs imprimés ont transformé les controverses théologiques, les formes de distinction confessionnelle et les modes de légitimation de l'autorité.
une image du nucléaire dans le Japon d'après-guerre
Fukushima, mars 2011. Face à la catastrophe, le sociologue Yoshimi Shun'ya s'interroge : comment le Japon, marqué par Hiroshima, Nagasaki et les essais nucléaires américains dans le Pacifique, est-il devenu l'un des pays les plus nucléarisés au monde ?
Après la Seconde Guerre mondiale, le territoire est dévasté. Sous l'influence des États-Unis et de leur programme nucléaire " pour la paix ", le Japon poursuit dès les années 1950 un rêve de prospérité en construisant des centrales sur le littoral, au mépris des risques. Dans une société durablement traumatisée, la peur persiste pourtant et nourrit dans les arts une puissante esthétique de la dévastation (Godzilla, Akira...).
Cet ouvrage dépeint toute l'ampleur et l'ambiguïté du soft power nucléaire américain d'après-guerre, qui imprègne les représentations de l'atome au Japon, entre promesse d'" avenir radieux " et menace de " pluie radioactive ".
Yoshimi Shun'ya, professeur à l'université Kokugakuin de Tokyo, est un socio-logue majeur, spécialiste d'études urbaines, culturelles et médiatiques. Atoms for Dream est son premier livre traduit en français.
Traduit du japonais par Rémi Buquet, César Castellvi et Kazuhiko Yatabe