Chacun a pu voir dans la presse ou à la télévision des images impressionnantes de Pékin asphyxié par la pollution. La croissance économique spectaculaire de la Chine s'est appuyée sur une industrie très énergivore. Placé face à une crise écologique inédite, l'État chinois a dû réagir, adoptant début 2018 une nouvelle loi fiscale sur la protection de l'environnement et annonçant son ambition de devenir un champion de l'écologie. Lors des accords de Paris, il s'est aussi engagé à réduire considérablement son intensité carbone d'ici 2030.Cette inflexion est toute récente. Pour évaluer la capacité de la Chine à réussir ce virage écologique, il faut tenter de comprendre tous les problèmes auxquels elle est confrontée. Les auteures passent en revue les évolutions politiques et sociétales qui donnent de l'espoir, tout en soulignant l'ampleur des résistances et des difficultés pratiques. L'empire du Milieu s'est-il réellement engagé dans une transition écologique exemplaire ou n'est-ce qu'un mirage?
Si les études quantitatives nous donnent des repères valables, Muriel Jolivet persiste à croire qu'on apprend davantage sur une société en la regardant trier ses ordures. C'est pourquoi le livre est composé d' "instantanés" glanés ici et là, dans les couloirs, les sous-sols, le métro, les gares, les magasins, et l'on risque d'y découvrir l'envers d'un décor pour touristes, une manière autre de fonctionner, qui remet en question l'occidentalisation ou l'internationalisation des mentalités. On y découvre le Japon et les Japonais au quotidien. C'est un Japon tellement banal, qu'il en devient original, car il faut pour cela maîtriser la langue, connaître les gens, comprendre ce qu'il y a derrière les mots, les anecdotes, les non-dits et les sketchs télévisés. Au fil du récit, ceux que la société a rendus "transparents" à force de marginalisation ou de conformisme révèlent un Japon peut-être moins lisse qu'il n'y paraît.
Au Japon, la notion de maladies industrielles recouvre depuis une trentaine plusieurs cas : d'une part les "accidents du travail et maladies professionnelles" et, d'autre part, les "maladies de la pollution". Les maladies industrielles renvoient ainsi à l'interaction originale qui s'est produite entre le mouvement "antipollution" et le mouvement ouvrier. La coïncidence entre ces deux courants sociaux caractéristiques des sociétés industrielles est véritablement frappante dans l'histoire. En japonais, le terme de "victime" est étroitement lié à celui de "malade de la pollution". Or l'usage lancinant du mot victime trahit la logique sacrificielle du "principe pollueur payeur". À Minamata, ce sont précisément ceux qui se sont battus avec le plus de vigueur contre l'entreprise Chisso qui ont exprimé le mieux l'ambiguïté fondamentale, la frontière parfois délicate entre "pollueurs" et "pollués" comme si c'était la seule façon de couper court aux arrangements de façade.
Guérison, religion et politique en Chine, 1949-1999
Dérivé des pratiques chinoises traditionnelles d'entraînement corporel et mental, le qigong ou "travail du souffle" a suscité un engouement de masse en Chine dans les décennies 1980 et 1990, jusqu'à la répression du falungong, secte issue du mouvement, en 1999. Comment une pratique d'abord reconnue et encouragée par les chefs du parti communiste chinois comme méthode de guérison et comme nouvelle révolution scientifique a-t-elle pu devenir le foyer d'une explosion religieuse de masse, puis déclencher une confrontation politique ? Telle est la question suivie dans l'ouvrage.
Quelle est la recomposition des espaces et des échanges marchands dans la Chine rurale au sortir de l'expérience maoïste ? Prenant appui sur plusieurs enquêtes locales portant aussi bien sur de vastes marchés spécialisés que sur des petits commerces privés, les auteurs analysent les contraintes mais aussi les ressources, institutionnelles et normatives, qui expliquent leur essor actuel. Des contributions historiques permettent de comprendre ce processus à la lumière de l'expérience passée. Enfin, le regard porté sur ces questions par un historien de l'Europe renvoie aux débats et concepts économiques élaborés par les sciences sociales.
La "Description" de J. -B. Du Halde, jésuite, 1735
À l'entrée "Jean-Baptiste Du Halde" de son catalogue des écrivains du Siècle de Louis XIV, Voltaire écrit : "Quoiqu'il ne soit point sorti de Paris, et qu'il n'ait point su le chinois, a donné sur les mémoires de ses confrères la plus ample et la meilleure description de l'empire de la Chine qu'on ait dans le monde". L'étude s'arrête sur l'image de la Chine en Europe en 1735, date de publication de cette description, régulièrement citée comme un jalon de l'esprit des Lumières. Un siècle après la première mission jésuite, comment penser l'"universalité" au contact de la Chine et comment contenir l'altérité chinoise ? L'ouvrage a figuré pendant un siècle et demi dans la bibliothèque de tous ceux qui s'intéressaient à la Chine.
La plupart des études réunies dans le volume traite de la construction du temps dans les sociétes anciennes chinoise, mésopotamienne et grecque. Au sommaire : C. Darbo-Peschanski, "Construction du temps" ; C. Mossé, "Temps de l'histoire et temps de la biographie" ; G. Hoffmann, "L'expression du temps sur les stèles funéraires attiques" ; J. Christien-Tregaro, "Le temps d'une vie" ; V. Alleton, "Temps de l'énonciation, temps de l'action" ; J.-J. Glassner, "L'historien mésopotamien et l'événement" ; A. Ballabriga, "La nourriture des dieux et le parfum des déesses" ; E.D. Karakantza, "Odysseia or Penelopeia ?" ; C. Calame, "De la poésie chorale au stasimon tragique" ; M. Visintin, "Di Echidna, e di altre femmine anguiformi" ; N. Loraux , "Un absent de l'histoire ?" ; J. Ma, "Thémistocle entre cité et empire".
La société japonaise contemporaine est gravement confrontée à la question foncière. Elle a en effet connu, à la fin des années 1980, une inflation extrême du prix des terrains, suivie d'un dégonflement brutal de cette "bulle spéculative". Or, ces deux épisodes récents participent d'un problème structurel de l'organisation sociale et spatiale de l'archipel nippon. Plus généralement, la confrontation de points de vue de géographes, d'urbanistes, d'économistes et de juristes, français et japonais, permet d'éclairer les fils complexes que le monde contemporain tisse entre le terrain et son prix, la ville et sa valeur, le territoire et son coût.
Que signifie aujourd'hui le fait d'être un Chinois musulman, un Hui ? C'est à répondre à cette question que s'attache le livre. Elle invite en effet à s'interroger sur les relations que les Hui entretiennent avec les Han, les représentations qu'ils se font d'eux-mêmes et des autres, les pratiques sociales associées à une double identité musulmane et chinoise. Au cœur de la Chine, dans ce Henan où les Hui sont près d'un million, soit 1 % de la population de la province, on pourrait faire l'hypothèse d'une appartenance identitaire exprimée en termes de revendications et s'attendre à percevoir de fortes tensions. Or, il n'en est rien : la coexistence dans la disparité paraît naturelle. Les Hui n'ont en effet jamais connu de statut autre que minoritaire dans la société chinoise et ils s'en sont accommodés, même s'il y eut parfois conflit. Mieux : se percevant comme partie intégrante de la société chinoise, ils ont toujours su prendre leur place dans les mouvements qui la parcouraient en profondeur. En analysant ainsi avec finesse et rigueur les pratiques de l'islam du Henan – et, plus particulièrement, en nous donnant à voir, au travers d'une étude pionnière des mosquées féminines en Chine, la place des femmes dans la religion –, ce livre éclaire d'une lumière singulière les débats autour des notions d'assimilation et de syncrétisme. Et dans la conjoncture d'aujourd'hui, faite de fermeture politique et d'aggravation des problèmes sociaux, il permet enfin de mieux comprendre le divorce actuel entre un prosélytisme religieux réactivé et le cadre – le minzu – que la République populaire de Chine a imposé aux minorités.
Dans la plupart des sociétés agraires, les dieux du sol dominent l'horizon religieux immédiat, au côté des ancêtres. Ce volume examine les propriétés prêtées à ces divinités dans différents contextes asiatiques. Il montre aussi que l'interaction avec de telles entités spirituelles reflète des praxis écologiques et des idéologies politiques différenciant la base sociale paysanne des sociétés à État des populations montagnardes de la périphérie. Au sommaire : P. Dollfus, "Maîtres du sol et dieux du territoire au Ladakh" ; A. de Sales, "Dieu nourricier et sorcier cannibale. Les esprits des lieux chez les Magar du Nord (Népal)" ; B. Moizo, "Le dieu de la terre et de l'eau et le messianisme en milieu pwo karen (Thaïlande)" ; D. Geirnaert, "Le maître-python à Sumba (Indonésie de l'Est)" ; G. Krauskopff, "Chefs, dieux du sol et cadastrage foncier au Népal" ; B. Formoso, "Entre ciel et terre : médiations divines chez les T'aï" ; L. Caillet, "Lieu, ancêtre et céréale : le dieu du sol au Japon".
Contributions à l'étude de l'esclavage en Asie du Sud-Est
Les travaux consacrés à l'esclavage sont plus rares pour l'Asie que pour d'autres continents. Le présent ouvrage vise à combler cette lacune en examinant les modalités de l'esclavage dans une aire culturelle qui s'étend de Taiwan et de la Chine du Sud au Bangladesh et aux Philippines, et même jusqu'à Madagascar. Une double approche - ethnologique et historique - est utilisée pour décrire et analyser une grande variété de statuts et de situations.
Classique de l'ethno-linguistique et de la musicologie au Japon, cet ouvrage prend le parti d'entrecroiser des approches multiples du phénomène vocal. Afin de souligner le rôle joué par le symbolisme phonique, il considère celui-ci comme un phénomène de formation secondaire, déterminé par les facteurs culturels et linguistiques de chaque société. Par une méthode comparative de rapprochement de terrains éloignés, l'auteur propose une "triangulation des cultures" qui renouvelle notre connaissance des dimensions sociales et sonores des langages.