Nos rapports à la nature et aux sciences, qui en sont les portevoix, n'ont jamais été plus nourris et en même temps plus décriés que depuis l'avènement de l'environnement sur la scène publique. La sociologie a un rôle éminent à jouer si elle veut être en phase avec le monde tel qu'il se développe, devant le reflux actuel de la prise en compte environnementale, issu de circonstances sociales, d'innovations techniques et de dérégulations étatiques. Ce livre propose une piste pour rendre justice aux objets que se donne la sociologie dont il est devenu incontournable de rendre compte : les animaux, les plantes, l'air, la biosphère… Leur participation à la crise environnementale réclame la mise au point de méthodes empiriques pour sortir d'une vision anthropocentrée.
À travers des études de cas en histoire environnementale et sociologie des sciences et techniques, ce livre montre qu'au-delà de sa vertu critique générale, la sociologie de l'environnement peut documenter des réussites concrètes. Il propose d'étendre les compétences de fabrique de l'histoire et de la société aux acteurs et actrices qui, à la faveur d'affaires, de recherches participatives, de réactions face à des accidents technologiques, montrent une insatiable capacité à retisser les liens menacés de rupture par les perturbations environnementales.
Dès les travaux d'Émile Durkheim, l'école est considérée comme un lieu d'apprentissages tout autant qu'un espace de socialisation morale des individus. Si par la suite la préoccupation au sujet des inégalités socio-scolaires de réussite scolaire l'a largement emporté, la question du bien-être, des élèves comme des adultes, a émergé dans les années 1990 à la fois dans sa dimension singulière et individuelle, mais également dans son acception collective, partant du principe qu'il est de la responsabilité de toutes et tous d'organiser et de garantir un climat scolaire propice aux apprentissages. Il s'agit donc de prendre acte des raisons du mal-être des professionnels comme des élèves, tout en nous prémunissant des formes d'injonction à l'épanouissement personnel.
Malgré ou grâce à l'ambiguïté du terme, le bien-être peut-il être un objectif des politiques scolaires ? Peut-on penser des établissements qui se préoccupent davantage du climat scolaire, et sur quels types de leviers visent-ils à s'appuyer ? À l'inverse, quels contextes et quelles organisations scolaires sont susceptibles de grever le climat des établissements, et comment les directions peuvent-elles y remédier ? Quelle place l'offre sanitaire ou l'accompagnement de la santé des élèves tiennent-ils dans le sentiment de bien-être ou de bien-vivre à l'école ? Autant de questions auxquelles ces 12e Entretiens Ferdinand Buisson tenteront de répondre.
Situé à la croisée de l'histoire, du droit et des études de genre, cet ouvrage s'inscrit dans les débats contemporains sur la santé reproductive, le care et la place du corps maternel dans les politiques publiques. Il interroge un objet encore peu étudié : le lait humain, lorsqu'il circule hors des corps.
Que devient ce fluide une fois exprimé, conservé et distribué au moyen de dispositifs techniques et institutionnels ? Comment, alors même qu'il est souvent présenté comme intime, a-t-il été progressivement investi par le droit et la médecine ? De sa collecte auprès de nourrices à la création des lactariums, l'ouvrage retrace, des années 1880 à nos jours, les étapes de cette transformation. Il montre comment la production de lait est passée d'un travail rémunéré à un geste désormais présenté comme exclusivement altruiste, réglementé par le droit de la santé et de la bioéthique.
S'appuyant sur un vaste corpus de sources – archives, textes juridiques, entretiens et observations de terrain –, ce livre met en lumière des enjeux longtemps restés dans l'ombre autour du travail de reproduction, de la maternité et de l'allaitement envisagé comme une forme de care collectif. Il s'adresse aux historien·nes, juristes et sociologues, mais aussi à toutes celles et ceux qui s'intéressent aux relations entre genre, santé et institutions.
L'anthropologie moderne s'invente dans les années 1930 sous l'influence de penseurs comme Malinowski, Radcliffe-Brown ou Benedict. Au sein de ce champ théorique émergent tiraillé entre fonctionnalisme, structuralisme social et culturalisme, Gregory Bateson s'efforce de proposer une synthèse inédite de ces approches apparemment divergentes. Il entreprend alors dans Naven (1936) un travail d'épistémologie des sciences sociales de premier plan. Mais, loin de se contenter de faire la synthèse des méthodes anthropologiques de son temps, Bateson ouvre une voie originale et féconde, celle d'une approche interactionnelle – c'est-à-dire sémiotique et cognitive – des sciences sociales. Il contribue ainsi à l'exploration des virtualités encore non perçues de la sociologie durkheimienne tout en dessinant de façon précoce les linéaments des débats actuels portant sur l'interaction et la cognition sociales. L'œuvre de Bateson constitue ainsi un jalon décisif de l'histoire récente de l'anthropologie et des sciences sociales.En revenant sur l'apport théorique de l'entreprise batesonienne, ce livre entend permettre au lecteur intéressé par l'épistémologie des sciences sociales de mieux s'orienter dans les débats classiques comme dans les enjeux contemporains de l'anthropologie.
Un président en scène. Emmanuel Macron : mots, discours, postures
La parole présidentielle constitue un genre discursif singulier, mais chaque président s'approprie à sa façon les contraintes qui en sont constitutives. Qu'est-ce donc que le macronisme ? Quel est l'univers discursif du président élu en 2017 ? Comment ce discours a-t-il évolué au fil des deux quinquennats ? Que reste-t-il de l'ambition jupitérienne originelle ? Dans quelle mesure emprunte-t-il à des univers sociaux extrapolitiques, le monde de l'entreprise ou le monde militaire par exemple ? Quel sens faut-il donner à l'invocation de la " sobriété " ? Telles sont quelques-unes des questions traitées dans ce numéro de Mots. Les langages du politique, à partir d'investigations qui veillent tout à la fois à analyser avec rigueur et méthode les corpus discursifs construits à partir des discours d'Emmanuel Macron et à s'interroger sur les logiques de production et de réception de ces discours : quelles stratégies politiques en amont ? Quelles contraintes d'énonciation ? Quels cadrages médiatiques ? Quelles lectures de la part des commentateurs ? Quelles reprises par d'autres locuteurs ? Le discours présidentiel, en d'autres termes, fait-il toujours autorité ?
À partir d'une lecture originale du Traité de la nature humaine de David Hume, cet ouvrage propose de renouveler la manière dont la notion de soi est appréhendée en philosophie, tout en l'élargissant à d'autres disciplines des sciences humaines ou cognitives. Il ne s'agit plus alors de chercher à déterminer ce qu'est le soi, quelles sont ses caractéristiques et si une telle chose existe, mais plutôt de penser cette notion comme une simple représentation qui découle, avant tout, de notre vie émotionnelle.
D'où vient l'idée que nous avons de nous-mêmes ? Comment la représentation de soi — et, plus précisément, d'un soi continu et identique à lui-même à travers le temps — advient-elle à la conscience ? Par quels ressorts psychologiques y consentons-nous ?
Cet ouvrage présente de façon inédite toute l'étendue des discussions relatives à la question du soi encore peu connues du lectorat français. Par la thèse sentimentaliste qu'il défend, il ambitionne de faire un pas de côté par rapport aux questions qui dominent les débats contemporains sur le soi.
Modèles didactiques et formation des enseignants :pratiques et modèles en jeu (II)
Ce numéro de Repères s'inscrit dans la continuité de la réflexion sur les modèles en didactique du français initiée dans le numéro 71 de la revue. En effet, après avoir présenté les fonctions des modèles en didactique du français et les tensions liées à leur élaboration et à leur mobilisation, les contributions de ce numéro interrogent plus particulièrement la façon dont les modèles didactiques irriguent la formation des enseignants (initiale, continue et/ou continuée). Bien que cette réflexion ne soit pas nouvelle, puisqu'elle touche aux fondements euristiques et praxéologiques de la didactique, elle semble indispensable, notamment dans un contexte de réformes de la formation initiale et de délabrement de la formation continue. Nous tentons ainsi de mettre au jour quels sont les modèles didactiques mobilisés, diffusés, voire élaborés dans et pour la formation des enseignants, selon quelles modalités et avec quels enjeux.
Dans ce but, les recherches descriptives et compréhensives présentées dans ce numéro amènent à s'interroger sur l'articulation entre la formation des enseignants et les pratiques d'enseignement mais également sur la place des modèles didactiques dans les dispositifs de formation et leurs effets sur les pratiques enseignantes et les apprentissages des élèves.
L'enseignement moral et civique entre rénovation et précarisation
En étudiant la mise en place dans les établissements scolaires français d'un enseignement moral et civique rénové à partir de 2015, le présent ouvrage s'attache à mettre en lumière les conditions multiples – politiques, institutionnelles, organisationnelles et intellectuelles – qui président à la formation scolaire du citoyen. Par la reconstitution des différents niveaux et logiques d'acteurs qui tissent l'éducation à la citoyenneté comme politique éducative, il s'inspire de la sociologie de l'action publique dans un souci affirmé de faire dialoguer la sociologie, la philosophie et l'histoire de l'éducation et les didactiques des disciplines, au travers des analyses de chercheurs d'horizons disciplinaires divers.
Au fil des chapitres, ces analyses visent à comprendre la précarité persistante de l'enseignement moral et civique. À quelles conditions alors l'éducation scolaire à la citoyenneté peut-elle contribuer à la formation effective du citoyen ? Quels savoirs l'exercice de la citoyenneté requiert-il dans le monde contemporain ? Dans quelle mesure l'éducation au politique peut-elle s'autonomiser de l'éducation morale ? La formation civique suppose-t-elle un enseignement spécifique ou bien est-elle dépendante d'apprentissages transversaux ? Alors que les programmes d'EMC sont à nouveau en train de changer, il s'agit d'explorer de manière fine les possibles mais aussi les empêchements et les tensions sous-jacentes au projet d'éduquer à la citoyenneté démocratique à l'école.
Cet ouvrage donne à voir la façon dont se construit, en pratique, le travail d'analyse sociologique du religieux. Plutôt que de considérer les religions comme des objets insaisissables, il propose de les appréhender à partir des rapports sociaux dans lesquelles elles s'inscrivent, et qu'elles contribuent à éclairer en retour. Les onze chapitres réunis ici entraînent les lecteurs dans les coulisses du travail des sociologues, en exposant les débats qui structurent leur façon de saisir le religieux ainsi que les dilemmes auxquels ils sont confrontés lorsqu'ils négocient leur rapport à l'objet, leur entrée ou leur sortie de terrain, et leurs relations avec les acteurs qui financent leur recherche. Dans cet ouvrage, on croise des coachs chrétiens, des entrepreneurs musulmans, des fidèles catholiques indifférents aux normes de conjugalité de l'Église et des sportifs de haut niveau qui vivent comme des moines. On parle budget dans le salon de femmes musulmanes et on discute religion dans le bureau de banquiers centraux. On y découvre que le geste sociologique implique un effort de réflexivité constant qui consiste aussi bien à déconstruire les évidences toutes religieuses qui s'imposent parfois dans l'enquête qu'à aller chercher le religieux là où on ne l'attend pas. Au terme de ce parcours, la valeur heuristique des faits religieux pour penser le social prend tout son sens