Nos rapports à la nature et aux sciences, qui en sont les portevoix, n'ont jamais été plus nourris et en même temps plus décriés que depuis l'avènement de l'environnement sur la scène publique. La sociologie a un rôle éminent à jouer si elle veut être en phase avec le monde tel qu'il se développe, devant le reflux actuel de la prise en compte environnementale, issu de circonstances sociales, d'innovations techniques et de dérégulations étatiques. Ce livre propose une piste pour rendre justice aux objets que se donne la sociologie dont il est devenu incontournable de rendre compte : les animaux, les plantes, l'air, la biosphère… Leur participation à la crise environnementale réclame la mise au point de méthodes empiriques pour sortir d'une vision anthropocentrée. À travers des études de cas en histoire environnementale et sociologie des sciences et techniques, ce livre montre qu'au-delà de sa vertu critique générale, la sociologie de l'environnement peut documenter des réussites concrètes. Il propose d'étendre les compétences de fabrique de l'histoire et de la société aux acteurs et actrices qui, à la faveur d'affaires, de recherches participatives, de réactions face à des accidents technologiques, montrent une insatiable capacité à retisser les liens menacés de rupture par les perturbations environnementales.
Situé à la croisée de l'histoire, du droit et des études de genre, cet ouvrage s'inscrit dans les débats contemporains sur la santé reproductive, le care et la place du corps maternel dans les politiques publiques. Il interroge un objet encore peu étudié : le lait humain, lorsqu'il circule hors des corps. Que devient ce fluide une fois exprimé, conservé et distribué au moyen de dispositifs techniques et institutionnels ? Comment, alors même qu'il est souvent présenté comme intime, a-t-il été progressivement investi par le droit et la médecine ? De sa collecte auprès de nourrices à la création des lactariums, l'ouvrage retrace, des années 1880 à nos jours, les étapes de cette transformation. Il montre comment la production de lait est passée d'un travail rémunéré à un geste désormais présenté comme exclusivement altruiste, réglementé par le droit de la santé et de la bioéthique. S'appuyant sur un vaste corpus de sources – archives, textes juridiques, entretiens et observations de terrain –, ce livre met en lumière des enjeux longtemps restés dans l'ombre autour du travail de reproduction, de la maternité et de l'allaitement envisagé comme une forme de care collectif. Il s'adresse aux historien·nes, juristes et sociologues, mais aussi à toutes celles et ceux qui s'intéressent aux relations entre genre, santé et institutions.
L'anthropologie moderne s'invente dans les années 1930 sous l'influence de penseurs comme Malinowski, Radcliffe-Brown ou Benedict. Au sein de ce champ théorique émergent tiraillé entre fonctionnalisme, structuralisme social et culturalisme, Gregory Bateson s'efforce de proposer une synthèse inédite de ces approches apparemment divergentes. Il entreprend alors dans Naven (1936) un travail d'épistémologie des sciences sociales de premier plan. Mais, loin de se contenter de faire la synthèse des méthodes anthropologiques de son temps, Bateson ouvre une voie originale et féconde, celle d'une approche interactionnelle – c'est-à-dire sémiotique et cognitive – des sciences sociales. Il contribue ainsi à l'exploration des virtualités encore non perçues de la sociologie durkheimienne tout en dessinant de façon précoce les linéaments des débats actuels portant sur l'interaction et la cognition sociales. L'œuvre de Bateson constitue ainsi un jalon décisif de l'histoire récente de l'anthropologie et des sciences sociales. En revenant sur l'apport théorique de l'entreprise batesonienne, ce livre entend permettre au lecteur intéressé par l'épistémologie des sciences sociales de mieux s'orienter dans les débats classiques comme dans les enjeux contemporains de l'anthropologie.
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