Le chant est une activité humaine universelle. Quand on associe mentalement la structure d'un texte avec celle d'un air musical, on parle de musication. Tout individu familier d'une tradition chantée est capable de reconnaître instantanément et sans effort si, dans cette tradition, un texte et une musique sont associés de façon recevable ou de façon aberrante. Parce qu'elle est automatique, la prouesse que représente cette capacité échappe généralement à notre attention. Ce livre invite à y réfléchir, et à s'en émerveiller ! Comment l'exploit de la musication est-il possible ? Quelles sont les tâches que notre esprit-cerveau doit accomplir pour y parvenir ? Quelles sont les structures universelles du chant ? Quels sont les paramètres qui varient d'une langue ou d'une tradition chantée à une autre ? Telles sont les questions que traite cet ouvrage, en se fondant sur les travaux les plus récents en linguistique, en psychologie cognitive et en musicologie. Le propos est illustré avec des exemples issus principalement du folklore de nombreuses langues et de nombreuses traditions musicales.
Ce livre introduit les étudiants et les curieux à un domaine florissant mais méconnu de la recherche, et apporte aux chercheurs des horizons théoriques nouveaux.
La philosophie s'enquiert d'une justification ultime et suggère parfois une transformation radicale de nos croyances. Mais certains éléments de la pensée humaine ne pourraient-il être à ce point naturels et constitutifs qu'ils ne sauraient pas davantage être révisés que justifiés ? Dans cet ouvrage, Peter Strawson explique pourquoi il est insensé de chercher à justifier nos croyances en l'existence d'un monde matériel et d'autres esprits et soutient qu'il n'y a pas de raison suffisante de dénier toute réalité aux propriétés morales, aux couleurs, aux états mentaux et aux universaux. Clair et concis, ce texte introduit à une variété de questions toujours débattues dans l'esprit de réconciliation caractéristique de la philosophie de l'auteur.
Le corps genré au défi des techniques biomédicales
Pilule contraceptive, procréation médicalement assistée, viagra : l'aspiration à intervenir sur sa propre matière organique pour des raisons liées au genre semble désigner le domaine de la biologie comme le terrain sur lequel les questions de reproduction, de désir ou d'identité de genre peuvent être réglées. Or, dans la littérature féministe, on répugne traditionnellement à reconnaître une pertinence explicative aux facteurs organiques. Faut-il voir dans ces pratiques contemporaines une réfutation de l'antinaturalisme ? Du constructivisme ? Leur consécration ? Fondamentalement : comment aborder les contraintes corporelles dans une perspective critique ?
Pour résoudre ce problème, Claire Grino se tourne vers la philosophie des techniques. Elle identifie différentes familles de techniques du corps selon la manière dont elles articulent corps, sexe et rapports de genre. Elle suggère que les techniques biomédicales sont solidaires d'un nouveau chapitre de l'histoire du corps genré, car elles procèdent toujours d'une biologisation des enjeux de genre, distincte de leur naturalisation. Dans tous les cas, la critique est appelée à dialoguer avec les sciences du vivant.
La plupart des études consacrées à la reconnaissance ont fait de l'idéalisme allemand – et en particulier de Fichte et Hegel – le point d'origine d'une notion appelée à irriguer la philosophie sociale et politique contemporaine. Mais que devient-elle après cette première conceptualisation ? Comment se transforme-t-elle avec l'avènement des sociétés libérales, les promesses d'égalité civique, les nouvelles conflictualités sociales et, avec elles, de nouvelles manières de distribuer la valeur, l'estime et la considération ?
Les contributions réunies dans ce volume explorent les différentes configurations de la reconnaissance à la fin du XVIIIᵉ siècle et tout au long du XIXᵉ siècle, en examinant à la fois les héritages et les voies " latérales " de la tradition philosophique hégélienne, et en intégrant pleinement les apports décisifs des sciences sociales naissantes. Du modèle de la reconnaissance mutuelle aux formes de reconnaissance sociale issues des théories de la démocratie et de l'estime, l'ouvrage met au jour la pluralité des usages – normatifs, critiques, sociologiques, éthico-politiques, esthétiques – d'un concept devenu central pour penser la modernité occidentale.
Prolongeant et élargissant l'enquête historique ouverte par La reconnaissance avant la reconnaissance, consacrée à l'âge classique et aux Lumières, cet ouvrage s'adresse aussi bien aux spécialistes des auteurs examinés qu'aux étudiant·es et aux chercheur·es souhaitant approfondir les théories contemporaines de la reconnaissance par une généalogie attentive à leurs tensions historiques et à leurs enjeux politiques.
Parler de la société… en BD : le réel mis en planche
En 2022, les deux bandes dessinées les plus vendues en France ont été Le Monde sans fin de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, bestseller des ventes de livres cette même année, et le tome 6 de L'Arabe du futur de Riad Sattouf. Les critiques, libraires et bédéphiles tendent à ranger ces ouvrages dans la catégorie " BD du réel ". L'essor de cette " BD du réel " est parfois assimilé à un nouvel âge de la BD, caractérisé par une prise de distance à la fois par rapport à la littérature enfantine, à laquelle la BD a longtemps été assignée, et par rapport à la fiction. La BD serait désormais largement considérée, au-delà même de son propre champ, comme un médium capable de raconter la société. En outre, de plus en plus de BD sont, directement ou non, scénarisées par des auteurs qui n'avaient traditionnellement pas vocation à investir ce support, parmi lesquels des journalistes mais aussi des chercheurs en sciences sociales. En France, cette dynamique est croissante au cours des années 2010. Parmi elles, beaucoup peuvent faire office de BD militantes ou, du moins, à portée politique. Ce dossier analyse les apports de la BD du réel à l'écriture de la recherche académique ou journalistique et à la diffusion des savoirs d'une part, à la diffusion de représentations politiques, d'autre part. Il contribue également à situer le développement de ce genre nouveau en plein essor par rapport aux dynamiques historiques et structurelles du champ de la BD. Il discute enfin de la pertinence de cette catégorie indigène pour les sciences sociales, en nuançant la frontière entre " fiction " et " réalité " pour parler de la société.
Écouter aux pages des romans (Jane Eyre et Dracula)
À l'heure où l'adjectif " immersif " semble devenu le gage de qualité d'expositions artistiques et de gadgets numériques, l'étude du potentiel immersif du son est pourtant délaissée par les sciences humaines.
Cet ouvrage développe le concept d'" immer-son ", à savoir la façon dont le son facilite l'immersion, et soutient que l'écoute d'un roman est tout aussi importante que sa lecture, en montrant comment les écritures de Charlotte Brontë et Bram Stoker stimulent l'imagination auditive des lecteurs et renforcent leur immersion dans les univers fictifs de Jane Eyre et Dracula. L'étude conjointe de ces romans et de leurs adaptations radiophoniques françaises souligne par ailleurs comment leurs paysages sonores prennent vie en changeant de médium. Entre textualisation du son et sonification du texte, cet ouvrage intermédial s'inscrit donc dans le champ des études sonores, en y apportant l'éclairage d'analyses littéraires et radiophoniques, afin de proposer une nouvelle lecture de Jane Eyre et Dracula, avec les oreilles grand ouvertes.
Le numérique en didactique du français : objets et pratiques d'enseignement
Dans la poursuite de la réflexion conduite, depuis plus de vingt ans, en didactique du français sur les usages du numérique en contexte d'enseignement et d'apprentissage, ce numéro vise à rendre compte des principaux axes d'étude du domaine, en les articulant aux évolutions culturelles et technologiques contemporaines qui transforment en profondeur les pratiques scolaires.
La première partie met en lumière la reconfiguration de la discipline " français " à l'aune du numérique. Elle montre notamment que le texte numérique constitue désormais un objet d'enseignement à part entière et que ses formes variées – telles que les forums ou les wikis – deviennent des objets d'apprentissage et font évoluer les pratiques. La deuxième partie propose des outils permettant de documenter, analyser et accompagner les pratiques et compétences numériques des élèves. Elle s'intéresse ainsi aux spécificités des écrits numériques produits en cours de littérature, aux stratégies mobilisées par les élèves pour lire et comprendre des documents en ligne, ainsi qu'aux processus de productions d'écrits numériques multimodaux des élèves. Enfin, la troisième partie met en évidence l'émergence de l'intelligence artificielle comme nouvel objet d'étude et de formation. Les contributions se concentrent plus particulièrement sur le domaine de l'écriture et analysent plusieurs dispositifs au sein desquels l'IA est mobilisée pour soutenir la révision linguistique ainsi que pour accompagner l'écriture et la réécriture auprès de publics d'élèves ou d'étudiants.
Depuis 1967, la Revue française de pédagogie constitue au sein de l'espace francophone un lieu privilégié de publication et de discussion scientifique pour la recherche en éducation. Elle aborde ces questions dans une perspective large, ouverte à des approches diversifiées et à plusieurs disciplines de référence : psychologie, sociologie, philosophie, histoire, sciences de l'éducation, etc.
Généralement regroupés en ensembles thématiques, les articles donnent accès aux apports les plus récents de la recherche en éducation. Chaque numéro comporte également une note de synthèse qui présente et problématise les acquis, les évolutions et les questions vives de la recherche dans un domaine donné, ouvrant des horizons sur le plan national et international. Enfin, la rubrique des notes critiques apporte aux lecteurs une information et une réflexion sur les principaux ouvrages récemment parus.