Dans les sociétés civiles des nations concernées, on assiste à une recomposition des affiliations tribales au sein de réseaux financiers, commerciaux, mutualistes et autres. Étudiant le vote tribal, les analystes constatent que les tribus font et défont les positions politiques. En appeler au tribalisme pour le condamner renouvelle les représentations d'un monde tribal qui s'oppose à l'État, à la modernité. Les stratégies de la mondialisation renouent avec " le grand jeu tribal " des empires coloniaux, source de conflits violents et fortement médiatisés, de la Somalie et du Soudan à l'Afghanistan et au Pakistan... Jusqu'à présent, pour construire leur modèle, les sciences sociales n'ont retenu qu'un trait exclusif de la tribu : le développement des rapports de parenté en fonction de la filiation unilinéaire. Les recherches de terrain présentées ici invitent à une relecture critique de " la tribu des anthropologues ". Elles soulignent la permanence de valeurs relevant non seulement de pratiques communautaires mais aussi du genre, de la compétition et de l'honneur, valeurs qui commandent les comportements tribalistes et qui s'observent aussi bien là où la tribu voit son rôle décliner que là où elle n'existe pas même institutionnellement.
1998 fut l'année de la commémoration du cinquantenaire de la Nakba, la " catastrophe " qui, en 1948, a engendré la perte de la terre et l'exil des Palestiniens. Cette commémoration s'est déroulée dans un contexte social et politique en pleine restructuration, du fait de la mise en place de l'Autorité palestinienne dans la perspective de la création d'un Etat. Issu d'une enquête de terrain interrogeant à la fois la mémoire de réfugiés, les activités et discours officiels et la façon dont les institutions étatiques se mettent en place, cet ouvrage analyse les différents processus de reconfiguration de la mémoire collective et de l'identité nationale. Ce faisant, il met au jour les stratégies et les aspirations des uns et des autres, dévoilant par là les rapports de force et les enjeux de pouvoir entre ces différents acteurs qui luttent pour proposer une nouvelle version légitime de la mémoire palestinienne. A travers cette recherche, l'auteure montre comment la mémoire palestinienne a toujours été fortement configurée par ses usages politiques liés à la construction de l'identité nationale et aux revendications du peuple. Néanmoins, son instrumentalisation dans le cadre de la construction étatique risque de lui faire perdre son rôle unificateur et mobilisateur, de ciment de la communauté imaginée, cette mémoire devient progressivement l'alibi de politiques qui compartimentent la société. Elle n'est de ce fait plus capable d'exprimer l'identité collective ou les aspirations du peuple peuple palestinien. Cet ouvrage, par une analyse approfondie des discours mémoriels mis en relation avec l'actualité politique, donne une clé de compréhension des enjeux essentiels qui se sont joués entre d'une part les Palestiniens et les Israéliens au sujet de l'histoire, et d'autre part entre Autorité palestinienne et réfugiés, par rapport à leurs aspirations d'avenir respectives et à la manière de concevoir un éventuel Etat palestinien. L'auteure a enquêté, durant l'année de la commémoration de l'année du cinquantenaire de la catastrophe de 1948, sur la façon dont différents groupes d'acteurs produisent un discours officiel ou privé sur la mémoire palestinienne. L'analyse de ces récits montre que cette mémoire est fortement configurée par ses usages politiques liés à la construction de l'identité nationale et aux revendications du peuple et de l'Autorité palestinienne dans le cadre du processus d'Oslo.
Un observatoire des tensions de la société palestinienneLes pèlerins qui se rendent aux sanctuaires de Moïse et de Sâlih sont principalement guidés par le désir de se retrouver entre Palestiniens. Les deux lieux saints se transforment en symboles d'une Palestine retrouvée et rassemblée.Mais, dans le même temps, ils constituent un parfait observatoire des tensions qui traversent la société palestinienne de ces années charnières : tensions entre religieux et politique ; familles et nation ; hommes et femmes ; mémoire héroïque et mémoire blessée du vaincu ; " vieille " Palestine et Palestine des accords d'Oslo ; tradition et modernité. De ces tensions, découle une atmosphère de grande anarchie qui contraste avec le désir de communauté énoncé par l'ensemble des acteurs.L'auteur – anthropologue – explore ces fractures, tout en essayant de comprendre l'instance de régulation qui produit de la cohérence là où ne semble régner que contradictions. Les relations entre religion et politiqueL'enquête s'est déroulée dans le cadre de la Palestine des années 1998-2003. Le déclenchement de l'Intifada al-Aqsâ en septembre 2000 a contraint Emma Aubin-Boltanski à modifier son approche méthodologique et théorique. Jusque-là, ce travail portait sur l'instrumentalisation d'un rituel religieux par les représentants du pouvoir politique. Le déclenchement de la guerre, et la phase de " déconstruction nationale " qui s'ensuivit, révélèrent la dimension religieuse de ces fêtes, alors peu visible, mais essentielle pour la survie du rituel. Le résultat de cette enquête en deux étapes est une meilleure compréhension de la façon dont se construisent, à travers certaines médiations cultuelles, les relations entre religion et politique.Un récit vivantAu cours de son exploration, de ses rencontres dans les lieux saints, l'auteur a perdu son statut d'observatrice extérieure, pour gagner un statut intermédiaire. C'est avec un regard quasi du dedans qu'est saisi le pèlerinage et à travers lui la société palestinienne. Les photographies qu'elle a prises illustrent à la fois le propos de son enquête, et ce regard particulier.
Au sommaire : B. Botiveau et É. Conte, "Introduction" ; R. Heacock, "Saisir l'initiative, retrouver sa voix. L'intifâda d'al-Aqsa ou la révolte des marginalisés" ; C. Pirinoli, "Effacer la Palestine pour construire Israël. Transformation du paysage et enracinement des identités nationales" ; A. Signoles, "Gestion des espaces et contrôle politique. Israël au cœur du processus décisionnel local (1998-2000)" ; C. Barrat, "Le mur. Analyse d'une décision de la Cour internationale de justice" ; É. Conte, "L'autre mur. Mariages bannis et citoyennetés fragmentées en Israël-Palestine" ; N. Shehada, "Les paradoxes du mariage précoce à Gaza" ; E. Meier, "Alliances et exclusions au Liban. Les mariages libano-palestiniens" ; M. al-Malki, "Surmonter l'intifâda d'al-Aqsa. Entraide sociale et clientélisme en Palestine" ; M. Maalouf-Monneau, "Pouvoir local et droit à la résidence : l'exemple de la Maison de l'Orient à Jérusalem" ; C. Abu-Sada, "Urgence et développement. L'action des ONG pendant la seconde intifâda" ; V. Romani, "Quelques réflexions à propos des processus coercitifs dans les Territoires occupés" ; B. Botiveau, "Des accords d'Oslo à la seconde intifâda. L'espace public palestinien en question".
Le volume définit le regard que le musulman du Moyen Âge pose sur le milieu naturel. La terre est inséparable de l'eau perçue essentiellement dans sa fonction nourricière, d'où l'importance de l'irrigation. Le ciel, considéré dans sa relation avec l'homme à travers le climat, surtout la pluie, capitale dans les zones arides. Évocation enfin des bêtes et des plantes, zoologie et botanique cédant le pas à une description fondée sur le rapport de l'homme à la création tel que le définit l'islam.
Le pluralisme des sources de droit dans l'aire arabe et berbère, leurs influences et adaptations réciproques sont choses connues ; moins, peut-être, l'interprétation et l'usage que savent en faire les hommes. Le droit coutumier auquel s'identifient fortement les collectivités locales reste un enjeu dans leur relation, souvent conflictuelle, avec le pouvoir central. Du Maghreb à la Péninsule arabe, dans l'expression tenace de leurs coutumiers, sous des modes extrêmement divers, groupes et communautés des sociétés rurales s'adaptent, résistent, agissent, font entendre leur voix.
La plupart des études réunies dans le volume traite de la construction du temps dans les sociétes anciennes chinoise, mésopotamienne et grecque. Au sommaire : C. Darbo-Peschanski, "Construction du temps" ; C. Mossé, "Temps de l'histoire et temps de la biographie" ; G. Hoffmann, "L'expression du temps sur les stèles funéraires attiques" ; J. Christien-Tregaro, "Le temps d'une vie" ; V. Alleton, "Temps de l'énonciation, temps de l'action" ; J.-J. Glassner, "L'historien mésopotamien et l'événement" ; A. Ballabriga, "La nourriture des dieux et le parfum des déesses" ; E.D. Karakantza, "Odysseia or Penelopeia ?" ; C. Calame, "De la poésie chorale au stasimon tragique" ; M. Visintin, "Di Echidna, e di altre femmine anguiformi" ; N. Loraux , "Un absent de l'histoire ?" ; J. Ma, "Thémistocle entre cité et empire".
Ordre mondain et ordre religieux dans la communauté druze en Israël
Les Druzes, dont la religion se caractérise par le secret, forment l'une des minorités religieuses les plus fascinantes du Proche-Orient. Répartis entre plusieurs États (Jordanie, Syrie, Liban et Israël, ce dernier étant le pays de l'enquête), ils soulèvent des interrogations plus politiques puisque, loin d'avoir formulé des revendications à caractère nationaliste, chaque communauté a développé une attitude distincte vis-à-vis de l'État dans lequel elle est insérée. Cet ouvrage renouvelle les perspectives d'étude sur les minorités religieuses au Proche-Orient en montrant comment il est possible de constituer et de perpétuer une spécificité sans revendiquer une identité nationale.
Inceste, prohibitions et stratégies matrimoniales autour de la Méditerranée
Nombre de sociétés ont pour habitude de choisir le conjoint dans un degré rapproché de consanguinité. Anthropologues et historiens, œuvrant sur des sociétés localisées autour de la Méditerranée, étudient ici les configurations structurelles et culturelles de la proximité sociale : celle-ci déborde largement le champ de la consanguinité sous l'effet de diverses pratiques : adoption, parenté de lait, parenté élective, spirituelle, etc. Les logiques de l'identité et de la différence, construites à partir des représentations du genre sexuel, manifestent alors leur valeur heuristique. Elles contribuent à expliquer les figures particulières de l'inceste dans ces sociétés, les capacités du champ des prohibitions matrimoniales dans le cadre, par exemple, des religions monothéistes, l'existence de règles préférentielles ou prescriptives, inscrites dans des structures complexes de la parenté, etc. Ce livre soulève en définitive une question clé : la notion d'échange est-elle le fondement universel des systèmes de parenté et d'alliance?