L'aspect et la modalité sont deux catégories linguistiques complémentaires qui marquent, chacune à sa façon, l'évaluation subjective de la situation par le locuteur. Leurs expressions grammaticale ou lexicale varient d'une langue à l'autre. Si leur dimension syntaxique a fait l'objet de nombreuses études, leur dimension lexicale est souvent sous-estimée.Spécialistes reconnus de la question, les auteurs de ce volume s'attachent à combler cette lacune. À partir de l'exemple de langues de types différents (français, anglais, latin, russe, serbe), ils réfléchissent sur l'interaction entre les niveaux lexical et grammatical, sur le rapport entre le sens aspectuel et le sens modal, sur la nature des évaluations aspectuelle et modale ainsi que sur les raisons de leurs mises en forme, lexicale ou grammaticale, dans chaque type de langue. Ces réflexions jettent une lumière nouvelle sur l'interaction entre le lexique et la grammaire dans les domaines de l'aspect et de la modalité.
Interpréter les dictionnaires : pluralité d'approches
Les contributeurs de ce volume rendent compte, du point de vue de la réception comme de celui de la production, de ce que peut signifier "interpréter un dictionnaire" et abordent cette question sous trois angles, selon des modalités originales, voire inédites.Un premier groupe d'auteurs s'interroge sur la lisibilité des articles, et en particulier celle des codifications des informations métalinguistiques.Un second groupe évalue la part d'interprétation que les utilisateurs doivent fournir pour mettre en relation ce qui motive une recherche dans un dictionnaire et ce qui est trouvé dans un article, voire dans l'ensemble du texte, si celui-ci n'est pas lu mais appréhendé globalement par des recherches de cooccurrences lexicales.Les auteurs du dernier groupe envisagent le potentiel d'engendrement de nouvelles descriptions à partir d'un texte dictionnairique existant, soit pour l'étude de la généalogie des textes, soit en vue de mieux exploiter une source lors de la production d'un texte de dictionnaire dérivé.Ces approches valorisent souvent l'usage d'outils informatiques ou statistiques qui permettent, selon les cas, d'être attentifs aux phénomènes locaux et/ou d'appréhender les dictionnaires dans leur globalité.Enfin, en renouvelant substantiellement les méthodes d'analyse métalexicographique, elles font ressortir l'identité de chaque dictionnaire, dont la compilation d'articles spécifique répond à un projet éditorial défini et constitue une somme de connaissances cohérente.
Comment se construit la polysémie des noms dérivés de verbes ou d'adjectifs (les "nominalisations") ? Découle-t-elle de règles de formation ? Quels sens concerne-t-elle ? Les noms dérivés de verbes présentant des valeurs aspectuelles en héritent-ils ? Tels sont les axes majeurs de questionnement qu'abordent les sémanticiens et morphologues contributeurs de ce volume.Si les nominalisations occupent une place importante dans l'analyse linguistique moderne, du fait des problèmes qu'elles posent à celle-ci, les études menées jusqu'à présent, souvent sur l'anglais, ont tendu à privilégier la dimension syntaxique de ces produits lexicaux de la morphologie dérivationnelle. En élargissant l'approche à la sémantique, notamment sous l'angle de la polysémie et des valeurs aspectuelles des noms considérés, les auteurs, qui comptent parmi les meilleurs spécialistes de la question pour le domaine français, renouvellent en profondeur l'approche de ce phénomène langagier complexe.
Dans ce volume, qui prend appui sur deux décennies d'expérience de formation professionnelle de lexicographes, Pierre Corbin & Nathalie Gasiglia ont réuni des contributions de spécialistes de lexicographie, de linguistique et d'informatique d'horizons divers pour poser sous différents angles la question de la qualité des dictionnaires français imprimés et électroniques, évaluer leurs atouts et leurs faiblesses, et examiner, à la lumière de la comparaison avec le monde anglo-saxon et des possibilités offertes par les technologies actuelles, comment ils pourraient être améliorés pour mieux répondre aux besoins diversifiés d'usagers très variés et quelles mutations cela entraînerait dans leur conception, leur élaboration et leur consultation.
Ce volume est consacré à une famille de mots grammaticaux très usuels - qui, que, quoi, quel, lequel, où, dont, quand, comment, comme, combien, pourquoi -, qui fonctionnent comme interrogatifs, exclamatifs ou subor-donnants. À la différence de la tradition grammaticale, qui n'articule pas ces différents emplois, et de la grammaire générative, qui ne les relie que formellement, les études rassemblées dans ce numéro de Lexique visent à unifier la description conjointe du fonctionnement syntaxique et sémantique des mots grammaticaux considérés, en les analysant comme des " marqueurs de variable " dans leur catégorie ontologique respective (les entités humaines ou non humaines, le lieu, le temps, ...).
La morphologie dérivationelle dans l'ancienne langue française et occitane
Poursuivant son entreprise de renouvellement des études de linguistique historique, appliquée précédemment à la lexicographie médiévale (Lexique 4) et à l'étymologie de l'Antiquité à la Renaissance (Lexique 14), Claude Buridant a réuni dans ce volume un ensemble de contributions portant un regard nouveau, documenté par des théories contemporaines, sur différents aspects de la construction des mots dans l'ancienne langue française mais aussi occitane.
Dernière publication collective conçue par Danielle Corbin, ce numéro 16 de Lexique, " La formation des mots : horizons actuels ", présente un état des problématiques et des champs d'investigation de la morphologie constructionnelle, et explore les frontières de celle-ci avec les domaines connexes de la grammaire (phonologie, syntaxe, sémantique), ainsi que ses prolongements applicatifs et/ou technologiques (lexicographie, traitement automatique des langues)
Les textes rassemblés dans ce volume de Lexique montrent combien d'énigmes entourent encore le nom propre, pourtant sorti de la marge où l'avait maintenu la tradition depuis les travaux de Georges Kleiber, Michèle Noailly, Kerstin Jonasson et Marie-Noëlle Gary-Prieur.La question – toujours en débat – de la nature du nom propre est abordée de différents biais : par la traduction commentée du texte d'un grammairien arabe, lecteur avisé de Platon et précurseur de certaines théories modernes (Seyfeddine Ben Mansour) ; par une réflexion, grâce à l'étude de même, sur le rôle du nom propre dans l'affirmation de l'identité (Michèle Noailly) ; par une interrogation sur les " noms de temps ", qui semblent posséder des propriétés caractéristiques du nom propre (Danièle Van de Velde) ; enfin, par une discussion, appuyée sur une prise de position cognitiviste, de la thèse selon laquelle l'essence du nom propre est constitutive de son sens (Walter De Mulder).En traitant des frontières entre noms communs et noms propres, les autres contributions abordent, en termes plus grammaticaux, la question apparentée de l'opposition entre général et particulier. Deux d'entre elles mettent l'accent sur ce qui les différencie du point de vue du fonctionnement du pluriel (Marie-Noëlle Gary-Prieur) et des conditions d'emploi de autre (Catherine Schnedecker). Les deux autres présentent une série de faits relatifs à la présence du partitif (Nelly Flaux) et aux emplois figurés (Nelly Flaux) ; ces faits, tout en montrant la perméabilité des frontières, donnent une assise supplémentaire à la distinction catégorielle entre les deux classes de mots habituellement rassemblées sous le même chef dans les grammaires anciennes et contemporaines.