Après un rappel historique de la création des universités françaises au Moyen Âge jusqu'à la Révolution, Jean-Yves Mérindol consacre son étude à plus de deux siècles de politiques de l'enseignement supérieur en France à partir de la disparition des universités de l'Ancien Régime et la conception de plans audacieux comme celui de Condorcet. On ne peut qu'être frappé par la pertinence des questions posées entre 1789 et 1890 et par la façon dont se cristallisent les représentations sociales et politiques autour de grands clivages toujours actuels : recherche pure/application des sciences, Paris/province, grandes écoles/facultés. En traversant la grande histoire, il s'intéresse aux " événements " qui obligent le pouvoir gaulliste à donner naissance aux universités modernes, sur la base de principes permanents : autonomie, interdisciplinarité et participation. Écrire une histoire politique des universités est un pari ambitieux, relevé brillamment par un enseignant-chercheur ayant exercé plusieurs responsabilités importantes dans l'enseignement supérieur. Son travail, à la fois méticuleux et limpide, fera date tant pour les historiens des institutions et de la fabrique du savoir que pour les administrateurs et personnes de terrain.
Du bas Moyen Âge au XIXe siècle, l'Église et l'État ont défini, encadré et sanctionné les formes légitimes et illégitimes de maternité. Dans cette enquête ambitieuse, Marjorie Coulas analyse les logiques morales et institutionnelles qui ont imposé un contrôle strict sur le corps féminin et qui ont fait de la procréation un enjeu juridique, politique et social. Du secret des pratiques anticonceptionnelles à la déclaration obligatoire de grossesse et des préoccupations démographiques au poids du catholicisme, l'autrice inscrit dans la durée le devoir et l'interdiction de procréer et apporte un éclairage historique sur les débats actuels autour de la contraception, de l'avortement et des maternités hors mariage. Par l'ampleur de ses sources – normes canoniques et séculières, archives judiciaires, traités théologiques et médicaux – et la force de son analyse, elle apporte une contribution majeure à l'histoire du droit, des femmes et des institutions.
Fernand Braudel, grand historien du xxe siècle, a profondément renouvelé notre manière de penser l'histoire, les sciences sociales et le monde. " L'histoire n'est peut-être pas condamnée à n'étudier que des jardins clos de murs. Sinon ne faillirait-elle pas à l'une des tâches présentes, qui est aussi de répondre aux angoissants problèmes de l'heure ", écrit-il en mai 1946, dans la préface de La Méditerranée. Bien connu de ses lecteurs, c'est sur des cahiers d'écolier entre les murs d'un Oflag où il est prisonnier qu'il écrit ce grand texte. Ce que l'on sait moins, c'est qu'au même moment il prononce devant ses codétenus L'Histoire, mesure du monde, une série de conférences, long plaidoyer en faveur d'une forme d'histoire, la recherche d'une méthode pour s'écarter des remous créés par les évènements et se concentrer sur une histoire profonde (la longue durée) ; pas seulement celle du passé, mais celle qui mène à la connaissance de la condition humaine. Pour cela l'histoire ne peut se passer des autres sciences, aussi insiste-t-il sur l'importance du décloisonnement et de l'interdisciplinarité, allant jusqu'à envisager une nouvelle forme plus globale que serait la géohistoire.
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