Les Gesta consulum Andegavorum sont un document important pour l'histoire des premiers vicomtes et comtes d'Anjou, jusqu'en 1151, mais il n'en existait pas encore de traduction complète satisfaisante en français. Dans cette Chronique des comtes d'Anjou, Gérard Jacquin présente et rend à nouveau accessible le texte latin de la première version connue, tel que l'ont établi, avec son apparat critique, Louis Halphen et René Poupardin et met enfin à notre disposition sa traduction française accompagnée de nombreuses notes et de plusieurs annexes. Si le spécialiste peut reconnaître, avec l'historien Karl Ferdinand Werner, que certains "?renseignements fournis par les Gesta se trouvent confirmés avec une étonnante exactitude sur des points précis?" (mariages, héritages, constructions et fondations, etc.), le lecteur curieux pourra suivre, lui, avec plaisir les exploits épiques de Geoffroi Grisegonelle au service du roi Lothaire, s'amuser des anecdotes qui émaillent le récit du pèlerinage de Foulque Nerra à Jérusalem ou de l'évocation de son habileté à déjouer le piège des fils de Conan, le Breton. Il verra aussi se dérouler le grand spectacle des guerres de Geoffroi Martel contre ses puissants voisins de Blois et de Poitiers.
Il fut un temps où la France, à peine sortie des guerres de Religion, entretenait avec les princes allemands luthériens des relations cordiales non exemptes d'arrière-pensées politiques, visant à faire reculer les menaces émanant des Habsbourg d'Autriche et d'Espagne. Un prince comme le landgrave de Hesse Maurice dit " le Savant ", contemporain et ami d'Henri IV, en est un exemple parfait, type même de souverain cultivé amoureux de la France, de sa langue et de sa culture. Jean Hiernard et François Kihm publient le texte et la traduction de la relation d'un voyage qu'il effectua en 1602 à travers le royaume sous un nom d'emprunt, à la manière d'un étudiant, afin de rencontrer le Navarrais et de lui proposer la couronne impériale.
Le Bâtiment des recettes est un livre de secrets anonyme constitué en 1539 à partir de la traduction d'un recueil vénitien intitulé Dificio di ricette. Rédigé en langue vulgaire et destiné à un marché local, il fait partie de la littérature de colportage. Il est composé de recettes concernant la médecine domestique, les soins du corps et les cosmétiques, mais aussi la conservation des fruits et des fleurs, la chasse, la pêche, la fabrication et la conservation du vin, la manière de détacher un tissu ou d'en raviver la couleur ou bien de raccommoder un plat. L'artisanat est également présent, principalement autour du livre, du cuir et de la teinture, mais aussi le luxe (confitures, parfums, savons), tout cela empreint de magie naturelle et mêlé à des divertissements que sont bons tours et expériences extraordinaires. Il est réédité jusqu'au xixe siècle. Le but initial de l'ouvrage est celui de la transmission d'un savoir empirique déjà constitué en grande partie au cours de l'Antiquité et du Moyen âge. Mais le Bâtiment des recettes, qui fait de ses lecteurs des expérimentateurs, acquiert également une fonction culturelle et une dimension sociale en contribuant à l'élargissement du public du livre technique. Par l'appropriation des recettes, le lecteur observe, expérimente, réfléchit, et développe ainsi un esprit critique.
Joséphin Péladan (1858-1918), occultiste, écrivain visionnaire, disciple de Barbey d'Aurevilly et Wagner, grand-maître de la Rose+Croix catholique et fondateur du Salon Rose+Croix, personnage théâtral et lyrique apparait comme le surprenant produit d'un croisement entre Tertullien et Eugène Sue, le " bibelot allégorique " de cette littérature fin-de-siècle (1870-1914). Son œuvre immense, l'Ethopée, se veut l'allégorie d'une décomposition de l'Occident ainsi qu'une réflexion éthique sur la destinée des civilisations. Les vingt et un volumes de la Décadence latine résument cette amphibologie aux confins du roman-feuilleton et de l'imagerie ésotérique, de la spéculation mystique, de la nosographie dans un déchaînement de style incantatoire qui allie à l'érudition décadente et éclectique, la névrose diabolique, le naturalisme spirituel et la symbolique chrétienne.
Publié en 1699, le roman hybride de la comtesse de Murat présente la vision d'un monde alternatif formé par un groupe de jeunes aristocrates cultivés et désenchantés de l'absolutisme prôné par Louis XIV: on y recherche la liberté de se divertir, la formation d'une société sans règles officielles et l'entretien de rapports soit d'amitié soit d'amour. Sur le plan formel, le roman suit un cadre minimal ponctué par une grande variété de textes intercalés: contes de fées, contes de revenants (vrais, faux ou douteux), histoires d'amour et saynètes comiques.
L'apparition de Mirame sur la scène, le 14 janvier 1641, est une date importante de l'histoire du théâtre et de la scénographie. Pour la première fois, des machines de scène perfectionnées sont utilisées pour créer l'illusion. Cette édition critique qui reproduit les illustrations de l'édition originale, véritables " documents scéniques " exceptionnels pour l'époque, outre de réhabiliter un texte oublié, permet de visualiser les étapes de la représentation de 1641 en relation avec la règle des unités. La pièce est un exemple intéressant qui annonce la fin de la tragi-comédie et qui permet de revenir sur le ballet de cour.
Évêque de Belley à 24 ans (1609), Jean-Pierre Camus s'est lancé dans la littérature comme auparavant dans la prédication : une éloquence dramatisée à l'excès, au service de l'édification morale du public. La veine des " Histoires tragiques ", à laquelle appartiennent ces Spectacles d'horreur (1630), est exploitée dans le sens du resserrement et de la dramatisation extrême. Erigé en exemplum, le fait divers se resserre sur le spectaculaire, censé garantir l'impact sur le lecteur de la leçon morale qu'il est chargé d'illustrer, dans une mise en scène de l'horreur parfaitement baroque.
Le dernier roman de Loti est aussi le plus méconnu de ses livres. Récit protéiforme, s'ouvrant à de multiples lectures, Les Désenchantées ne révèle pas seulement le soupçon d'un écrivain fin-de-siècle à l'égard du romanesque, mais une pratique narrative très personnelle, tendue entre la fiction et la biographie. Cette édition annotée et documentée voudrait convaincre qu'on peut toujours interroger les textes apparemment les plus simples.
Édition critique du Groupe de recherche sur les discours de la morale
Souvent nommé de façon abrégée " Recueil Faret ", le Recueil de lettres nouvelles loge à son enseigne écrivains célèbres (comme Malherbe, Racan ou Balzac), jeunes poètes en quête de reconnaissance ou lettrés bien introduits dans les salons et les coulisses du pouvoir. Ce recueil permet de voir une sorte de coupe transversale dans l'espace des lettres des années 1620 à un moment de reconfiguration des rapports entre savoir érudit, posture sociale des écrivains, pratiques mondaines, relations clientélaires et justification du pouvoir.
Catalogue du cabinet de raretés d'un orfèvre et "antiquaire" arlésien à la fin de la Renaissance
Orfèvre à Arles à la fin de la Renaissance, Antoine Agard s'affirme " antiquaire " et offre à ses contemporains le loisir de contempler dans son cabinet les vestiges du passé antique de la ville recueillis par ses soins. La lecture de ce catalogue étonnant ouvre au lecteur d'aujourd'hui un horizon bien plus vaste que l'érudition " antiquaire " dans laquelle se drape Antoine Agard : celui d'une pensée sur l'art issue de la culture maniériste.
Anthologie de textes savants du XVIIIe siècle français
À la suite de Fontenelle, qui avait enseigné l'astronomie en de galants Entretiens (1686), le XVIIIe siècle a voulu faire bénéficier la science d'un lustre emprunté à la poésie, au portrait, aux formes de la littérature morale. Le siècle des Lumières a ainsi vu s'opérer un étonnant transfert de capital symbolique, le chimiste et l'astronome revêtant la dégaine de l'écrivain pour présenter leurs travaux. Avec une préface de Michel Delon.
Ce roman épistolaire à visée éducative a été écrit par madame de Genlis en 1781. L'auteur y affirme la légitimité pour les mères de conduire l'éducation de leurs enfants, selon une ligne de conduite associant principes moraux et accès au savoir également reconnu pour les filles et les garçons.