L'exposition Magiciens de la terre à Paris en 1989 est considérée comme emblématique, à l'échelle internationale, de la présence de la postcolonialité dans le champ de l'art contemporain. Alors que les débats qu'elle a suscités ont conduit, à travers le monde, à de nombreuses propositions critiques initiées par les théories postcoloniales et décoloniales, ils ont été délaissés en France. Ce décalage avec les travaux internationaux initiés par les luttes anti-colonialistes et postcolonialistes, marquées par les analyses de Frantz Fanon et Aimé Césaire, est saisissant et s'impose jusqu'à la décennie 2000. Les contributions transdisciplinaires de cet ouvrage s'efforcent de repérer les facteurs qui, dans le champ de l'art contemporain en France, ont freiné ou minorent les apports des théories postcoloniales et décoloniales, les outils qu'elles proposent et leurs critiques. En prêtant, pour la majorité d'entre elles, une attention particulière à la période comprise entre 1989 et 2014, à partir de l'analyse d'œuvres, de revues et d'expositions, elles examinent l'oubli très sélectif que la France a de son passé, observent les relations existantes entre le récit historiographique, le concept d'universalisme, le modernisme français et l'art contemporain, puis soulignent des initiatives qui rompent avec ces paradigmes et engagent une réécriture de l'histoire de l'art.
La question du temps, de la durée, de l'événement, est devenue une préoccupation majeure des formes de l'art actuel. De nombreuses pratiques et théories portent sur les notions du temps de même qu'elles se tournent vers l'histoire de l'art et qu'elles interrogent leur rapport à l'histoire de manière plus générale. Confrontant les points de vue différents d'artistes, de théoriciens, de philosophes, d'historiens, l'ambition de cet ouvrage est d'examiner l'étendue de la problématique de ce rapport au temps avec notamment pour corollaires les questions sur la fi n de l'histoire, l'héritage de la modernité, l'économie de la mondialisation, la révolution numérique, la célébration de la vitesse ou son contraire associé à la valorisation de la décélération. Les différents essais rassemblés ici se donnent pour objectif de comprendre pourquoi et comment les problématiques temporelles développées dans l'art contemporain visent à donner une réponse à la question qui obséda l'historien de l'art Henri Focillon, qui fut reprise par son élève George Kubler en 1962 dans son livre Formes du temps: "Qu'est-ce donc que l'actualité?" C'est sans prêter à l'équivoque des modes que les auteurs réunis dans cet ouvrage lancent de nouvelles pistes de recherche sur ce problème complexe du temps et des expériences que l'art nous engage à vivre aujourd'hui.
Pour aboutir aux Fers soudés, premier élément de sa grammaire identitaire, il a fallu à César, fils d'émigrés italiens du quartier populaire de la Belle-de-Mai longuement formé à l'École des Beaux-Arts de Marseille puis à l'ENSBA de Paris (de 1935 à 1954), un saut mental qui n'avait rien de programmé. L'interrogation des sources permet d'identifier les déterminismes matériels, mentaux et culturels qui ont conditionné son appropriation du poste à souder, et surtout le dépassement de sa vision première, strictement artisanale puis académique, du fait sculptural. Dans ce recensement ressortent clairement deux sensibilités fécondantes, d'une part au matériau dont la préhension déclenche la création, et d'autre part à la notion de " présence " ou de densité de l'œuvre, renvoyant aux productions de Giacometti, Richier, Brancusi, Picasso et Gargallo. De leur conjonction vont naître près de 340 pièces anthropomorphes, zoomorphes ou non-figuratives qui interrogent les propriétés d'expression d'un matériau " pauvre " au travers de formes que César pérennisera grâce au bronze. À partir du milieu des années 1950, les Fers figuratifs et abstraits rencontrent un succès immédiat sur la scène artistique nationale puis européenne. Un succès résultant de plusieurs causes, comme la possibilité de lecture technique et esthétique multiple de la production soudée, et la séduction exercée par le personnage méditerranéen et populaire incarné par son auteur. Mais l'incorporation des Compressions à l'arsenal créatif de César, officialisée avec le scandale du Salon de Mai 1960, va venir briser la linéarité du parcours de reconnaissance d'un artiste désormais exposé aux rejets, déchiré entre l'option classique incarnée par les Fers et l'option avant-gardiste fondée sur le geste de la Compression aussitôt récupéré par le critique Pierre Restany dans la perspective du Nouveau Réalisme. Quelques mois plus tard, aux États-Unis, c'est à une autre résistance qu'est directement confronté l'homme des Fers, celle de l'avant-garde new-yorkaise qui se ferme alors presque totalement à la création française et à ses représentants.
Quel type de savoir une recherche artistique est-elle susceptible de produire ? Quels sont ses méthodes et ses objets ? Ce livre explore la possibilité de penser l'art comme une manière d'expérimenter avec le savoir historique, en se situant dans un registre qui ne relève pas seulement de l'information ou de la consommation, mais qui renvoie à l'actualisation et au processus consistant à faire émerger ce qui demeure inconnu, marginalisé ou refoulé. Les questions relatives à l'archive comme fiction historique, aux rapports de force issus de la colonisation et à la réactivation des traces des sujets subalternes surgissent dans leur imbrication avec les contradictions de notre présent postcolonial.
Désormais omniprésente, la notion de dispositif dans l'art contemporain définit des relations ouvertes, mobiles, reconfigurables selon les contextes et les situations. Originairement constitutif de l'exposition, le dispositif en art contemporain est maintenant susceptible de s'en affranchir totalement. Il intègre les notions d'opérativité et de performativité. L'opérativité ou " caractère d'une action ou série d'actions organisées en vue d'atteindre un but donné " se concentre sur l'utilisateur. Celui-ci, à travers ses actions, sa participation, son implication " perform ", exécute, accomplit, joue le dispositif. En ce sens, un principe de performativité régit également de façon conséquente un grand nombre de dispositifs dans les pratiques contemporaines. Cette nouvelle configuration est en étroite corrélation avec une compréhension dynamique de l'espace qui articule la position relative du corps propre avec celle des objets, trajectoires et actions orientées du sujet. Ces principes d'opérativité, de performativité et d'interactions situées forment autant de questions qui redéfinissent une partie importante de la notion de dispositif en art contemporain. Les territoires de l'exposition, des réalités alternées, celui du jeu, se trouvent naturellement convoqués. Comment ces notions sont-elles mises en œuvre concrètement dans les œuvres contemporaines ? Quels en sont les constituants, les configurations, les enjeux forment les questions essentielles développées dans cet ouvrage.
La production d'art, visuel et textuel, en tant qu'instrument d'exploration des matériaux et des techniques relatifs à l'archive, est une pratique qui nous est familière. Si le sujet a fait couler beaucoup d'encre, la place qu'il occupe en Afrique a attiré relativement peu d'attention. Dans cette collection d'essais, des chercheurs en littérature et en arts visuels se penchent sur les travaux archivistiques de créateurs à l'œuvre à travers le continent. L'approche est multi- et transdisciplinaire. Les contributions s'efforcent de mélanger et de faire fusionner les approches, faisant évoluer les études de littérature et d'histoire de l'art dans les champs de l'anthropologie, de la sociologie, de l'épistémologie ou encore de la philosophie – et vice versa. Le but est d'abolir les frontières entre les genres. Ce qui transparaît tant à travers les modes d'expression abordés – qui vont du hip-hop à la muséo- logie, à la sculpture, en passant par l'installation, le film, la photographie ou le théâtre – qu'à travers la façon dont ils sont évoqués par des auteurs déterminés à explorer les multiples facettes de la rencontre entre artiste(s) et archive(s).
Cet ouvrage interroge la persistance des ruines dans la création actuelle en sollicitant plusieurs disciplines, dont l'esthétique, les arts plastiques, la littérature, les jeux vidéo ou encore internet. Cette approche pluridisciplinaire tend à saisir dans sa complexité ce phénomène qui n'en finit pas de susciter attrait et répulsion, fascination et malaise. Les divers contributeurs de ce volume questionnent plusieurs modalités de l'œuvre en ruine (désastre, chaos, entropie, recyclage de sites dévastés, vandalisme, etc.) dans la double perspective d'une crise moderne de l'œuvre finie et d'une remise en cause du modèle progressiste de l'histoire de l'art. À travers ces différents points de vue, ce volume propose de répondre à l'interrogation suivante: Dans quelle mesure la ruine de l'œuvre ou l'œuvre en ruine peut-elle constituer un modèle pour la création artistique?? Par le biais de cette problématique, ce volume met plus particulièrement en lumière la possibilité d'une représentation du temps en art, et les motifs de notre fascination ambiguë à l'égard des ruines – objet de culte et d'esthétisation –, dont plusieurs textes dévoilent les mécanismes idéologiques.
En s'intéressant à la scène artistique belge qui se constitue au moment où l'art conceptuel se diffuse en Europe, cette étude démontre comment le regard que Jacques Charlier, Schwind et Jacques Lizène posent sur la scène artistique internationale remet en question une considération provinciale de l'art belge. L'éclairage que ces artistes apportent aux débats consécutifs à l'art conceptuel constitue une relecture de l'histoire de l'art des années 1960 et du début des années 1970, en y intégrant une vision distanciée qui, tout en exerçant un regard critique, conserve l'humour hérité du surréalisme belge. Les stratégies qu'ils utilisent opèrent en parallèle à la constitution du marché de l'art contemporain, en vue de démontrer les limites d'une considération " dématérialisée " de l'œuvre d'art, et de tester dans la pratique le principe démocratique qui sous-tend l'art conceptuel: l'abolition de la notion d'auteur.
De l'art moderne à l'art contemporain, le rapport des artistes à l'écrit critique apparaît comme une préoccupation récurrente dont cette publication se propose de rendre compte, à travers l'étude de la situation dialogique singulière qu'il génère, et de la dialectique entre textes et pratiques artistiques qu'il instaure. Cet ouvrage collectif questionne les écrits critiques d'artistes, à travers l'analyse de leurs registres de discours et de leurs enjeux théoriques et artistiques, dans la perspective d'une approche pluridisciplinaire et transversale mêlant les arts plastiques, le cinéma, la littérature, la musique, ou encore le théâtre, du XVIIIe siècle à nos jours. Certaines des treize contributions de jeunes chercheurs ici réunies, enrichies de deux textes d'artistes inédits en français, portent sur divers types d'échanges critiques sous forme écrite, tels ceux d'Étienne Maurice Falconet et Denis Diderot, du cinéaste Nagisa Oshima en faveur de son collègue Koji Wakamatsu, de Daniel Buren à l'égard d'Yves Klein alors décédé, du dramaturge russe Alexandre Vampilov sur l'écrivain américain O. Henry ou d'Erik Satie vis-à-vis du milieu musical dans lequel il évolue. S'y ajoutent des études sur l'intrication des formes critiques et artistiques chez Jean-Luc Godard, Sylvie Blocher, Hector Berlioz ou encore Jack Kerouac, ainsi que des analyses portant sur les passerelles observées entre productions critique et artistique chez Jorge Luis Borges, Roger Blin, Rasheed Araeen ou encore Jimmie Durham. À travers la pluralité des approches regroupées et la confrontation des points de vue autour de l'objet spécifique que constitue la critique d'artiste, cet ouvrage participe d'un mouvement de recherche visant à définir les enjeux spécifiques du discours sur l'art produit par les artistes eux-mêmes, et à dessiner ainsi les contours d'un espace discursif original où se rencontrent deux formes d'énonciation spécifiques, l'une critique et l'autre artistique.
La notion d'immersion dans le champ de la création artistique, de l'étude des univers virtuels, des environnements poly-sensoriels, de la télé-présence, s'installe avec une certaine insistance dans les années 1990. Dans le domaine artistique, les environnements virtuels tridimensionnels mettent au centre du dispositif un " spectateur " dont les actions reconfigurent la matérialité physique et perceptive de l'œuvre. Le recours de plus en plus prégnant à des outils virtuels dans la vie quotidienne par le plus grand nombre déplace désormais la question de l'immersion. Il ne s'agit plus majoritairement d'environnements tridimensionnels recourant à des dispositifs technologiques sophistiqués, mais à des usages informatiques diversifiés, à des applications mobiles brouillant les frontières entre réalité physique et univers virtuels. Parallèlement, l'enquête scientifique dans les domaines de la physiologie du comportement, celle relative aux sciences cognitives se sont emparées du paradigme immersif pour interroger les relations de l'homme à son environnement. C'est dans ce contexte élargi qu'ont été mis en place en 2011 à Paris, puis à Montréal, deux colloques intitulés " Fictions, immersions et univers virtuels ". Ces recherches avaient pour objectif de clarifier les rapports entre trois situations d'immersion: l'immersion du sujet en situation réelle, fictionnelle et virtuelle. Dans cet ouvrage, les jeux vidéo, les jeux en réalités alternées, le contexte de la physiologie du comportement, les pratiques artistiques, cartographiques et expositionnelles, les chatterbots, les œuvres sonores exemplifient, enrichissent et actualisent la réflexion sur le paradigme immersif. La singularité des points de vue sur les immersions permet de mieux comprendre la diversité de nos expériences en interaction avec des situations construites et vécues, qui en retour, interroge de nouvelles relations à l'art et au jeu.
" Une toile tendue sur châssis peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée ": rappelé dans la plupart des définitions/ méthodes, cet énoncé constitue le point de départ d'un travail qui engage la peinture – y compris le non-peint ou le repeint – et l'ensemble des disciplines regroupées sous l'intitulé beaux-arts, ainsi que l'histoire de l'art et des collections, la littérature, en une réflexion radicale sur la production, l'économie et le marché de l'art. Conçue comme une promenade dans l'œuvre subtile de Claude Rutault, des années 1960 à ses recherches les plus récentes, cette monographie invite à prendre la mesure du rôle de l'écrit et de ses développements, de la persistance de la peinture et de la " sociabilité " en jeu, nécessaire passage de l'écriture à la peinture.
Depuis une dizaine d'années, on observe du côté des pratiques documentaires un renouveau qui affecte leur mode de production, d'effectuation et de diffusion. Le documentaire filmique est devenu une pratique hybride qui mêle cinéma, théâtre, vidéo et performance, marquant ses distances avec la prise directe. Construisant des situations et générant de nouvelles expériences, il s'affranchit souvent de la relation authentique au réel qu'il devrait pourtant garantir. De tels bouleversements impactent sa théorisation esthétique qui, pour l'essentiel, procède des seules études cinématographiques et limite le fait documentaire à la seule captation du réel. C'est pourquoi il apparaît nécessaire de dessiner les contours de ce que pourrait être une esthétique du documentaire pour les arts visuels, à même d'intégrer ces nouveaux processus d'effectuation (détour par la fiction, recours à des modes performatifs tels que le re-enactment, retour de la narration, approche expérimentale), d'interroger leur légitimité et leur valeur de vérité et d'examiner leur portée critique. En recourant aux méthodes et outils offerts par la philosophie pragmatiste, et en s'appuyant sur une tradition critique qui a toujours pris le parti du réel contre les mystifications de toutes sortes, cet ouvrage tente, à travers la notion de dispositif critique, d'en comprendre les enjeux à la fois artistiques, épistémologiques et politiques, dans un parcours croisé entre théorie et pratique.