Le n°108 de 1895 revue d'histoire du cinéma (printemps 2026) est centré sur les relations entre Technique (cinématographique) et écologie. Les réflexions qui se développent à propos des médias technologiques quant à leurs dimensions " extractivistes " (ainsi la photographie, la vidéo, les arts numériques) concernent également le cinéma dont les travaux sur sa nature technique (mécanique, chimique, optique) datent de son origine. Cependant des recherches contemporaines découvrent des aspects peu étudiés jusqu'à ce jour en histoire du cinéma : la place de l'énergie électrique, non seulement comme ressource pour éclairer et motoriser les appareils mais comme vecteur économique et d'emprise sur l'industrie hollywoodienne avec Edison s'assurant la mainmise sur les cascades et torrents environnant Hollywood. Ou les effets induits par les expériences atomiques américaines sur le développement des pellicules argentiques, faisant de celles-ci des indicateurs de la pollution nucléaire. Comme sur les liens complexes entre cinéma et électricité au prisme des pays pauvres qui ne disposent pas des ressources nécessaires et doivent créer des moyens alternatifs.
Sommaire :
Portfolio : " Où vas-tu, glacier ? " Par Georges Descombes, architecte
Point de vue : Vers une histoire environnementale du cinéma Par Teresa Castro
Études : Le cinéma électrique et l'industrie de la nature-culture à Hollywood Par Brian Jacobson
Les retombées nucléaires et le film : histoire d'une conflagration à l'aube de la Guerre froide et de l'anthropocène Par Alice Lovejoy
Une sale histoire. Cinéma, électricité, écologie et colonialité Par Benoît Turquety
Archives : Edouard Tissé, Eisenstein et la caméra Parvo Par Laurent Mannoni ;
Tissé : L'art de l'opérateur Par Vladimir Nilsen ;
Méthodes d'exposition du matériau cinématographique (1928) Par Mikheil Kalatozichvili [Kalatozov]
Chroniques
Comptes rendus de livres, colloques, expositions, festivals
Dernière livraison de l'année 2025, le n°107 de 1895 revue d'histoire du cinéma est paru. Il s'ouvre sur un portfolio et un texte dus au cinéaste Sylvain George, suivi d'une réflexion théorique de Martin Lefebvre (Concordia Université, Montréal) sur la question des écrans et sur la " relocation " du cinéma. La distinction entre allographie et autographie de Nelson Goodman permet-elle de penser les nouvelles modalités du film (pellicule, video, dvd, dcp, streaming, etc.) ? Parmi les études l'une s'attache à la réception états-unienne du J'Accuse d'Abel Gance en 1921 (Richard Abel, Université du Michigan), une autre à la promotion de la haute couture française à l'écran entre 1923 et 1926 à l'initiative d'Alex Nalpas et Paul-Louis de Giafferri (Natalyia Puchenkina, Université de Namur) et la troisième s'intéresse à la critique fasciste en France entre 1940 et 1944 et son discours de " renaissance " du cinéma français corrélative, à ses yeux, de l'éviction des cinéastes juifs (Christophe Gauthier, École des Chartes). Dans la partie Archives, l'exploration de fonds liés aux gouvernements militaires français en Allemagne et Autriche occupées permet d'étudier la saisie des collections de films de Leni Riefenstahl et leur restitution entre 1945 et 1952 (François Albera, Université de Lausanne). La partie Chroniques de la revue publie des comptes rendus d'ouvrages, colloques et festivals liés à l'histoire du cinéma.
Le dernier numéro de 1895 revue d'histoire du cinéma est un varia. Il s'ouvre sur un Point de vue dû à Jean-Pierre Berthomé qui est aussi le dernier article de ce spécialiste du décor brusquement disparu au moment où l'on corrigeait les épreuves du numéro. Il dresse une typologie des ressources iconographiques touchant aux décors de film: des plans, maquettes, croquis préparatoires jusqu'aux story-boards et élabore une méthodologie pour l'étude de ces matériaux qui sont souvent difficiles à identifier et mal répertoriés dans les collections. Parmi les Études, Roxane Haessig s'intéresse à la distribution et la réception des westerns français aux États-Unis avant 1914 qui entrent en concurrence avec la production locale qui s'imposera. Karine Abadie revient sur la trajectoire et la place qu'a occupée Lucien Wahl, critique de cinéma dès l'époque du muet et qui poursuivra son travail jusqu'après la Deuxième Guerre. Les approches qui sont les siennes – dont un florilège dans la partie Archives de la revue permet d'appréhender certains aspects – ont des particularités aux résonances contemporaines touchant à l'adaptation des œuvres littéraires, à la censure ou aux altérations des films par les exploitants. Simon Rozel revient quant à lui sur le fameux film de télévision que tourna en 1969 Marcel Ophuls avec Harris et Sédouy, le Chagrin et la Pitié, qui ne put être montré à la télévision française qu'en 1981 tant son approche de la période de l'Occupation du pays par l'armée allemande, l'adhésion au régime de Vichy et la résistance prenait à revers le " narratif " gaulliste qui s'était imposé depuis 1945. En exploitant le fonds Simone Veil des Archives nationales l'auteur met en lumière l'hostilité que cette dernière manifesta à l'endroit de ce film. Dans la partie Archives, Marguerite Chabrol étudie les effets sur les adaptations littéraires et théâtrales du " code Hays " d'autorégulation hollywoodien, tandis que Francis Bordat exhume et commente un paradoxal article de soutien à Hays de la part d'un critique marxiste en 1934, David Platt. Dans la partie Chroniques, on trouve des comptes rendus d'exposition (Richard Avedon), d'ouvrages (Les spectatrices du cinéma, Godard/Averty, Truffaut épistolier, Mocky, Le spectacle du sexe) et de DVD (Hollywood interdit, Le Gorille vous veut du bien).
Le cinéma parlant contre le théâtre (Lyon, 1929-1939)
"Le théâtre est mort!" L'idée que l'arrivée du cinéma parlant, à la fin des années 1920, signerait la mort du théâtre est largement partagée dans la presse de l'époque, qui parle de "détournement" du public et de "défection" des auteurs dramatiques et des acteurs qui se tourneraient alors résolument vers le septième art. Pourtant aucune véritable étude chiffrée n'a été conduite pour vérifier l'exactitude de cette assertion. Par le biais d'une étude locale, cet ouvrage propose une relecture des rapports entre le cinéma et le théâtre à Lyon lors de la généralisation du parlant. Contrairement aux idées reçues, si les théâtres lyonnais connaissent des difficultés dans les années 1930, la concurrence du film parlant n'en est pas la cause principale.
Cet ouvrage s'attache à l'analyse de la production cinématographique, ses usages et ses représentations dans l'URSS en guerre au cours d'une décennie cruciale de l'histoire du XXe siècle. De 1939 à 1949, l'URSS passe du pacte germano-soviétique et du partage de la Pologne à l'invasion nazie, aux défaites puis à la victoire de 1945, enfin à l'occupation de la partie orientale de l'Europe. Le cinéma soviétique, son industrie comme ses procédures de création, connaît alors une profonde mutation: à la nécessité de documenter la guerre et ses horreurs, de soutenir le moral de la population et susciter la résistance à l'envahisseur par des fictions mobilisatrices succède la célébration de la victoire sur le nazisme.
Pouvoir politique, responsables et professionnels des studios ont travaillé ensemble à l'élaboration d'un grand récit stalinien qui cherche jusqu'à aujourd'hui à imposer son monopole sur le sens de la guerre à l'Est.
p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 13.0px 'Helvetica Neue'}Le nouveau numéro de 1895 revue d'histoire du cinéma (n°104, Hiver 2024) est un varia. En " Point de vue ", Laurent Véray s'interroge sur les dangers que fait courir l'I.A. aux images d'archives. En " Études ", Elisabeth Magotteaux examine la réception que reçut Ballet mécanique de Fernand Léger aux États-Unis et au Canada dans les années 1930-1940 et l'influence qui fut la sienne. Jean-Pierre Berthomé s'affronte à la rude tâche d'identifier les lieux de tournage d'Othello d'Orson Welles. Alessia Botani revient sur un moment particulier de l'histoire des festivals et des cinémathèques avec le Festival du film de demain (Bâle, 1957). En " Archives ", Rafael Zanatto analyse le rôle qu'a joué Georges Sadoul dans le développement de l'historiographie du cinéma brésilien. Les " Chroniques " rendent compte de festivals, colloques, livres et DVD. Enfin la revue rouvre le dossier " musée du cinéma en France " après la tribune de Costa-Gavras et la réponse de la ministre de la Culture. Avec deux collages inédits de Jean-Michel Alberola et une riche iconographie.
Le dernier numéro de 1895 revue d'histoire du cinéma (n°103, automne 2024) est en partie consacré à la question du travail. Il est introduit par Guilherme da Silva Machado qui analyse les dispositifs esthétiques de contrôle dont participe le cinéma. Deux études de cas examinent l'un, la mise en scène du travail dans les mines et la sidérurgie dans une perspective pédagogique (Nadège Mariotti), l'autre, les films de commande et le façonnage de la psychologie ouvrière selon Charles Dekeukeleire (Mathilde Lejeune). En Archives est publié un scénario inédit de Robert Linhart pour une série d'émissions télévisées. En outre ce numéro publie une réflexion philosophie de Ioulia Podoroga sur la photogénie du gros plan à partir de Bergson et un scénario inédit de Jean-Luc Godard, Odile, présenté par Michel Gribenski et la présentation d'un fonds d'archives inédit ayant appartenu à Ivan Mosjoukine. La rubrique des Chroniques présente des comptes rendus de festivals, colloques, expositions et livres et DVD, parmi lesquels le Napoléon d'Abel Gance.
Prenant pour point de départ le film Syncopation (William Dieterle, 1942), Les émigrés, le jazz et Hollywoodest un ouvrage d'histoire culturelle du jazz à Hollywood vu depuis l'angle original qu'est le regard porté par les artistes émigrés sur cette question. En 1942, le réalisateur émigré d'origine allemande William Dieterle réalise l'un des trois films hollywoodiens du début des années 1940 consacrés à l'histoire du jazz aux États-Unis. La production du film Syncopation - film qui entend retracer l'histoire de l'Amérique à partir de l'histoire du jazz -interroge ainsi plus largement les ressorts du traitement de cette musique au cinéma et les représentations africaines-américaines que cette musique charrie pour des émigrés européens en Amérique.Cet ouvrage se distingue de ces autres travaux par le lien original qu'il établit entre la présence d'artistes émigrés à Hollywood, leur rapports antérieurs au jazz africain-américain sous la République de Weimar et les usages politiques qu'ils font du réemploi de cette musique une fois émigrés aux États-Unis. Il s'agit ainsi de mettre au cœur du propos l'impact des circulations, notamment transatlantiques, de la musique de jazz issue de l'arrivée des jazzmen africains-américains en Europe dans les années 1920 et de combler le manque d'études qui abordent de manière transatlantique et transdisciplinaire le jazz au cinéma et ses transferts culturels sur le temps long de l'entre-deux-guerres et du second conflit mondial.Ainsi, en faisant de l'émigration un angle d'analyse, cet ouvrage examine de façon nouvelle et nécessaire la manière dont les émigrés se sont emparés de cette musique et la fonction qu'ils assignent au jazz et à ses représentations africaines-américaines dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.