Le second volume des Cahiers de l'inarchivable est consacré au surréalisme qui fête son centenaire par la publication en 1924 du premier Manifeste du surréalisme. Il s'agit de réfléchir au paradoxe suivant: si les expériences surréalistes existent, ne sont-elles pas intrinsèquement inarchivables ? Quelles sont les traces de ce rapport spécifiquement surréaliste au temps de la production dans l'immédiatement du geste et son archivage rétrospectif ?Anne Foucault analyse la difficulté, voire l'impossibilité d'un archivage global du mouvement surréaliste, désir porté par une partie des acteurs du surréalisme d'après-guerre, mais qui ne rencontra que peu de résonance institutionnelle. Antoine Poisson met à jour les effets de champs littéraires et politiques qui sont des enregistreurs autant qu'ils sont eux-mêmes enregistrés ; ils laissent des traces qui éclairent des processus empêchant (et inversement au contraire permettant) que des productions artistiques puissent advenir. Richard Walter montre que si le surréalisme est a priori rétif à sa mise en archive, symbole de patrimonialisation mortifère, il a pourtant préparé sa mise en archives en documentant sa propre production. Emmanuel Bauchard se penche sur l'étude du milieu intellectuel et artistique caraïbéen pendant les années 1940 et les manques archivistiques qui caractérisent les conditions de circulation et de communication du réseau surréaliste exilé en Amérique. Enfin, Célia Stara questionne la place des artistes surréalistes femmes en exil pendant la Seconde Guerre mondiale en retraçant les vestiges d'un patrimoine constellé afin d'envisager les conséquences de sa dispersion sur la réception et la valorisation des femmes surréalistes, dans leur pays d'accueil comme dans leurs pays d'origine.Ces cinq contributions montrent à la fois l'ambition de ce numéro, mais aussi la multiplicité des approches que l'inarchivable convoque et suscite: entre dispersion, destruction, invisibilisation, oubli, et sauvetage, sélection, conservation, exhibition, patrimonialisation.
Chaque année, 700 km2 du territoire national sont concernés par des travaux d'aménagement (carrières, routes, voies ferrées, habitations) pouvant entraîner la disparition des vestiges du passé que recèle le sous-sol. Pour recueillir, étudier et conserver ces données patrimoniales avant leur destruction, l'archéologie préventive s'est progressivement développée en amont de ces travaux.L'archéologie préventive a permis un essor spectaculaire des fouilles archéologiques (en France, près de 3 000 opérations par an), une amélioration des connaissances de l'occupation des territoires et de l'impact de l'humain sur son environnement, du Paléolithique à la période contemporaine.Cet ouvrage précise les cadres réglementaires de mise en œuvre de cette pratique, éclaire les méthodes et techniques déployées, et pointe les principaux résultats scientifiques et patrimoniaux obtenus.
En lien avec l'étalement des villes, l'artificialisation des sols est devenue un phénomène d'envergure planétaire, sujet d'inquiétude à l'heure de l'érosion de la biodiversité. Après avoir tenté d'en mesurer l'ampleur, cet ouvrage reviendra sur ses multiples conséquences. En quoi constitue-t-il un problème majeur et à quoi la lutte contre l'artificialisation sert-elle précisément? Quelles réponses sont apportées pour réduire l'artificialisation, notamment en Europe et en France où la loi sur le " Zéro artificialisation nette " suscite de vifs débats et réinterroge nos modèles de développement et d'aménagement du territoire.
En 1905, lors de la séparation des Églises et de l'État, les protestants français sont massivement de confession réformée, dotés d'une forte identité politique, sociale et culturelle qui les place au coeur de la République. En un siècle, leur visage se modifie profondément, devient plus urbain et d'origines plusvariées. Leur comportement électoral se diversifie. Le poids des sensibilités évangéliques s'accroît considérablement. C'est l'histoire de cette mutation qu'éclaire l'ouvrage qui leur est consacré ici. L'auteur fait aussi la part entre réalités et représentations dans l'appréhension d'une minorité religieuse composite et souvent méconnue.
Identité auctoriale et matérialité des écritures féminines en Europe, XVIe-XVIIIe siècles
Cet ouvrage collectif, réunissant des contributions issues de communications au séminaire " Corpus Feminae " (projet innovant soutenu par la Sorbonne Nouvelle en 2020-2023), interroge la construction d'une auctorialité féminine dans l'Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècles) en s'intéressant aux spécificités matérielles des écrits féminins pris au sens large: textes littéraires, paratextes, écrits du for privé, lettres, méditations, qu'ils soient véhiculés par la publication imprimée, la circulation manuscrite, ou les deux. Résolument interdisciplinaire, l'ouvrage (principalement en français, avec trois contributions en anglais) présente des études de cas diverses dans leur double inscription géographie et temporelle, de l'Europe continentale, du Danemark à l'Angleterre et jusqu'à la Nouvelle Espagne, du XVIe au XVIIIe siècle, afin de faire émerger des constantes qui, au-delà des spécificités individuelles, permettent d'écrire en filigrane une histoire diverse et multimodale des écritures féminines à la première modernité.
Une étude de la céramique du Néolithique moyen en Languedoc oriental
Le Chasséen couvre une période de près de mille ans et s'étend de la Méditerranée au Bassin parisien. Sa longévité et son incidence géographique doivent beaucoup à la stabilisation des systèmes agro-pastoraux du " plein Néolithique ".Parangon d'une nouvelle norme qui s'exprime à travers la recherche de qualités techniques et esthétiques au détriment du décor, la poterie chasséenne est le chef de file du " complexe à céramique lisse ", vaste ensemble de " cultures sœurs " qui s'étend dans la majeure partie de l'Europe du Sud-Ouest durant les Ve et IVe millénaires avant notre ère. Ce complexe témoigne d'un tournant majeur dans la manière de concevoir et de fabriquer les poteries dans un contexte d'intensification des réseaux de contacts et d'échanges interculturels.Le cadre géographique de notre travail, le Languedoc oriental, est l'un des berceaux de la définition princeps du Chasséen, élaborée dans les années 1940. Sa richesse archéologique doit beaucoup à l'exploration des nombreuses grottes qui jalonnent ses vallées transversales, et plus récemment à l'intense activité de l'archéologie préventive.La présence publication propose une interprétation renouvelée du rôle du Languedoc oriental dans la construction de la chronologie du Néolithique moyen du Midi en y précisant la place du Chasséen. Elle s'attache ainsi à revisiter les réseaux de contacts et d'échanges qui irriguent la Méditerranée du Nord-Ouest à cette période, et apporte une contribution aux réflexions sur le statut de la pratique potière dans le contexte des cultures à céramique lisse.
De sa naissance vers 1120 à son union avec sa voisine Clermont en 1630, puis sa véritable absorption par celle-ci un siècle plus tard, Montferrand fut l'une des principales villes d'Auvergne, fière de son autonomie politique, de son dynamisme commercial et du rôle qu'elle estimait jouer dans l'organisation du royaume de France. À l'époque contemporaine, elle devint une partie, délaissée et périphérique, de Clermont-Ferrand, avant que l'arrivée de prisonniers, réfugiés et travailleurs étrangers, puis l'industrialisation ne transforment radicalement l'espace clermontois et fassent, du bourg viticole qu'était devenu Montferrand, une ville ouvrière. De ce passé subsistent un urbanisme, des monuments, de riches archives municipales, des symboles, un sentiment d'appartenance. Ce sont les diverses facettes de cette histoire, d'une " ville neuve " – comparable à bien d'autres, du XIIe au XVIe siècle, en Europe et en Amérique – à l'identité d'un quartier, qu'explore cet ouvrage, fruit d'une collaboration universitaire pluridisciplinaire et internationale.
Comment s'incarnait le personnage sur la scène de la comédie latine palliata, et plus spécifiquement celle de Plaute (IIIe-IIe siècle avant notre ère)? Comment son masque et sa gestuelle contribuaient-ils à construire le personnage et à nourrir le sens de l'œuvre? Le théâtre n'est pas seulement affaire de texte, il est aussi pleinement un spectacle: c'est cette part spectaculaire que cet ouvrage étudie, exploitant sources textuelles et iconographiques, ces dernières n'ayant encore jamais été systématiquement examinées en France dans cette perspective.Il s'agit ainsi d'établir la caractérisation visuelle du personnage, en se demandant dans quelle mesure ce personnage est contenu dans les limites des types qui peuplent la palliata (jeune homme, esclave, vieillard, courtisane…) ou, au contraire, brise ces limites. L'ouvrage étudie tout d'abord le masque de théâtre, en s'attachant à prouver qu'il était employé sur la scène de la palliata à cette époque déjà. On n'en doute plus guère, mais ce qui fait aujourd'hui l'objet d'un consensus intuitif reste à étayer objectivement. Les deuxième et troisième parties traitent de la gestuelle comique et plus spécifiquement plautinienne, à travers les textes, puis les images. Si le spectacle est au cœur de cette étude, jamais le texte de théâtre n'est laissé de côté: c'est dans l'interaction du verbal et du visuel que s'élabore un personnage qui, en définitive, se révèle en constante métamorphose.
L'intérêt pour les spectacles de la Révolution tient-il à l'émotion ardente qui saisit les spectateurs dans la salle comme dans la cité ? Les grands succès dramatiques entre 1789 et l'Empire sont liés à un contexte émotionnel spécifique, mais aussi à la conscience qu'ont les contemporains de vivre l'Histoire, d'être des témoins privilégiés des débats des assemblées, des incidents de la rue ou des conflits civils et militaires. Le spectateur se retrouve " sous le coup de l'émotion ", entre la réactivation d'un traumatisme et l'anticipation d'un possible avenir, entre l'enthousiasme patriotique et l'éclat de rire libérateur ou fédérateur. Autant d'émotions individuelles et collectives qui ne sauraient être mises à distance ou anesthésiées par une transposition sur les planches.La perspective de l'histoire des émotions permet de considérer sous un nouveau jour ces métamorphoses sensibles et ouvre une voie pour comprendre les interférences entre théâtralité spectaculaire et théâtralité politique. Les études réunies ici dessinent une esthétique nouvelle, tenant compte du remaniement profond de la société, des représentations et des pratiques sous la Révolution française.