Ébranlée par les Lumières et défaite par la Révolution Française, l'autorité d'une parole qui se voulait incontestable laisse place au débat démocratique où chaque voix devrait valoir autant qu'une autre. Revendiquant une énonciation singulière, l'individu moderne peut-il continuer de parler au nom des autres ? Et selon quelles valeurs communes? Les écrivains des deux derniers siècles ont cherché les moyens de refonder la légitimité (politique, artistique) de la parole singulière, en articulant individu et collectivité selon un rapport dynamique, et souvent conflictuel.Car le dilemme de la modernité qui s'exacerbe aujourd'hui semble parfois se résumer à l'affrontement de deux positions antagonistes: d'un côté, il s'agirait de ne parler qu'en son nom propre. D'un autre c ...
Lire la suite
I) Divorces de l'Histoire 2) Pierre Glaudes : De René à Durtal : Individu et communauté au siècle des révolutions 3) Laurent de Lataillade : Chateaubriand et Céline, l'écriture du traumatisme 4) Béatrice Laville : Penser la communauté : le roman à thèse de la fin du XIXe 5) Philippe Roussin : Valéry : littérature, idolâtrie, fictions et démocratie 6) Emmanuel Bouju : Emprise de l'histoire et déprise de soi : " parler au nom des choses qui sont arrivées ", selon Jorge Semprun
II) Politiques de la parole 7) Sandra Laugier : Claim et voix 8) Busquets et Versel : La transmutation de la parole 9) Yves-Charles Grandjeat : Parler au nom de Douglass : Simulation et réversibilité dans les récits d'esclaves américains 10) Alissa Leblanc : Parler au nom des Gueux ? Remarques sur La Chanson des Gueux (1876) de Jean Richepin 11) Nicolas Di Méo : Individu harmonieux et identité classique en France
III) Langue, autorité et communauté 12) Sylvie Gomez : La morale Chez Camus : entre illusion communautaire et réalité solitaire 13) Christiane Connan-Pintado : Réécritures en littérature de jeunesse : l'autorité mise en jeu 14) Marielle Macé : Situation de l'essai 15) Jelena Rose : Le paradoxe de Michel Leiris : Cratyle en manque d'une communauté 16) Jean-Pierre Moussaron : Le multivers derridien
IV) Situations contemporaines 17) Éric Bordas : Parole d'homo 18) Josette Rico : Femmes écrivains : la fin du collectif ? 19) Chantal Lapeyre : Le principe de communauté dans quelques " romans " contemporains
20) Jérôme Roger : Seul en commun. Avec Philippe Forest 21) Alexandre Salas : Voix de province 22) Alexandre Gefen : La parole déléguée de la littérature contemporaine ou la solidarité par énonciation : un entretien avec François Bon
Ébranlée par les Lumières et défaite par la Révolution Française, l'autorité d'une parole qui se voulait incontestable laisse place au débat démocratique où chaque voix devrait valoir autant qu'une autre. Revendiquant une énonciation singulière, l'individu moderne peut-il continuer de parler au nom des autres ? Et selon quelles valeurs communes? Les écrivains des deux derniers siècles ont cherché les moyens de refonder la légitimité (politique, artistique) de la parole singulière, en articulant individu et collectivité selon un rapport dynamique, et souvent conflictuel.Car le dilemme de la modernité qui s'exacerbe aujourd'hui semble parfois se résumer à l'affrontement de deux positions antagonistes: d'un côté, il s'agirait de ne parler qu'en son nom propre. D'un autre côté, se dirait inversement l'assignation de fait de toute parole au groupe dont elle est issue, comme si la prise de position individuelle devait forcément représenter ou trahir le milieu d'origine.Ce livre collectif décline cette vaste question selon des perspectives croisées: des divorces de l'Histoire aux politiques de la parole qui en découlent, il s'agit de nouer les rapports nouveaux qui s'engendrent entre langue, autorité et collectivité. Et de voir comment la littérature la plus contemporaine continue de forger des modes inédits de délégation entre voix individuelle et expression d'une communauté à venir.