L'antiquité gréco-romaine a voulu mettre en harmonie les outils de la vie quotidienne et le bon fonctionnement du corps humain : les réflexions d'Hippocrate sur l'art urbain aboutissent de la sorte à des seuils de rationalité pour le peuplement des villes. Au Moyen Âge, une police des ressources apparaît dans les différentes communautés : les municipalités urbaines militent pour la pureté des eaux, tandis que les collectivités montagnardes s'approprient des territoires où toutes les subsistances coutumières sont disponibles.Avec l'élan démographique des époques modernes et contemporaines, la manière de penser le cadre vie est globalisée : les pestes du XVIIe siècle, les disettes régionales du XVIIIe siècle, le choléra du XIXe siècle, tous ces fléaux poussent à la médicalisation étatique de la vie matérielle, qu'il s'agisse de la nourriture, de l'hygiène ou des remèdes. D'ailleurs, dans la France de 1900, le corps médical est devenu un récepteur de considération politique.En montrant comment la prévention du malheur est progressivement devenue une affaire d'État, après avoir nourri les morales communautaires, le présent volume analyse les discours qui ont pris une option sur l'organisation du quotidien. Il les examine à travers leurs origines, leurs évolutions, leurs contradictions et leurs réalisations.
Médecine et physique dans le Journal de Lausanne, 1786-1792
À l'époque des Lumières, médecins et scientifiques ont affectionné la vulgarisation. Or, entre les producteurs du savoir et le "plus grand nombre" – les élites du temps en sont bien conscientes – il existe un fossé qui ne peut se franchir d'un simple pas. Initiateur et principal animateur pendant six ans du Journal de Lausanne (1786-1792), Jean Lanteires cherche à surmonter cet obstacle pour convaincre le peuple des bienfaits que peuvent lui apporter les découvertes scientifiques. Grâce à son exceptionnel courrier des lecteurs, le périodique fonctionne comme un forum. Qu'il s'agisse du magnétisme animal ou du paratonnerre, ou encore des meilleurs remèdes à utiliser, les vifs commentaires que les innovations suscitent montrent bien comment le public reçoit, dans une attitude qui est loin d'être passive et purement réceptrice, les "leçons" de la science. À travers l'étude du Journal de Lausanne, à la fois novateur et exemplaire par la variété des thématiques traitées, l'auteure renouvelle le regard tant sur la vulgarisation que sur les rapports entre science et cité, dynamique initiée par les Lumières.
Le traitement de la personne souffrant de troubles psychiques varie en fonction des modèles dont s'inspire l'ergothérapeute et du contexte de l'intervention. L'ouvrage présente neuf approches adaptées au processus de l'ergothérapie allant de la psychiatrie en soins aigus à la santé mentale communautaire. Ses apports sont l'explication des principaux termes de chaque modèle, l'organisation de la démarche clinique en fonction de chacune des approches et l'illustration par des situations cliniques diverses et variées. L'ouvrage est un précieux instrument de travail pour les cliniciens, une aide à la réflexion, une base commune à l'enseignement ainsi qu'une illustration de l'efficacité et de la qualité de l'intervention ergothérapeutique. Les approches sont l'intégration sensorielle auprès de patients schizophrènes, la thérapie cognitive et comportementale appliquée à l'ergothérapie, le modèle de l'occupation humaine adapté à la psychiatrie, l'analyse transactionnelle en ergothérapie, l'approche systémique (ergothérapie et thérapie brève centrées sur les solutions), l'approche biopsychosociale en ergothérapie, l'ergothérapie de l'âge avancé, l'ergothérapie ambulatoire, l'approche sociale et communautaire de l'ergothérapie.
Au Japon, la notion de maladies industrielles recouvre depuis une trentaine plusieurs cas : d'une part les "accidents du travail et maladies professionnelles" et, d'autre part, les "maladies de la pollution". Les maladies industrielles renvoient ainsi à l'interaction originale qui s'est produite entre le mouvement "antipollution" et le mouvement ouvrier. La coïncidence entre ces deux courants sociaux caractéristiques des sociétés industrielles est véritablement frappante dans l'histoire. En japonais, le terme de "victime" est étroitement lié à celui de "malade de la pollution". Or l'usage lancinant du mot victime trahit la logique sacrificielle du "principe pollueur payeur". À Minamata, ce sont précisément ceux qui se sont battus avec le plus de vigueur contre l'entreprise Chisso qui ont exprimé le mieux l'ambiguïté fondamentale, la frontière parfois délicate entre "pollueurs" et "pollués" comme si c'était la seule façon de couper court aux arrangements de façade.
Dans les années 70, plusieurs des revendications des mouvements féministes touchaient à la santé. Le slogan " Mon corps m'appartient " impliquait pour les femmes de pouvoir disposer librement de leur corps, en particulier d'avoir accès à des moyens de contraception fiables et à l'avortement. Cette revendication partagée au sein des pays occidentaux n'a toutefois pas abouti partout à des pratiques féministes alternatives dans le domaine de la santé. Aux États-Unis, un "mouvement pour la santé des femmes" a émergé et a rencontré un grand succès ; il a servi de modèle au Québec, en Allemagne ou encore en Suisse, sans toutefois exercer la même influence en France. L'ensemble des activités féministes relatives à la santé se sont dans un premier temps focalisées sur la santé sexuelle et reproductive ; il a fallu attendre les années 90 pour que d'autres questions de santé (cancers, maladies cardiovasculaires), touchant les hommes et les femmes, soient prises en considération de façon plus systématique. Dans le même temps, une critique des biais androcentriques dans la recherche biomédicale s'est élaborée, remplaçant en partie celle de la médicalisation des femmes qui était prédominante au cours des décennies précédentes. Cette évolution des préoccupations féministes, ainsi que des éléments permettant d'en reconstituer la chronologie, sont présents en filigrane dans ce numéro et constituent le contexte auquel les articles se réfèrent. À parcourir le sommaire du dossier thématique, il est loisible de croire qu'il n'y est question que de la santé - ou de la non-santé - des femmes (cancer du sein, troubles et traitements de la ménopause, santé mentale des femmes, pratiques gynécologiques alternatives, etc.). Or le propos du numéro est bien plus large, car il s'agit de mettre en évidence que les rapports sociaux de sexe croisent la santé à plusieurs titres : la définition même de la maladie et l'élaboration des traitements sont tributaires de connaissances et d'un pouvoir inégalement distribués, le travail de soins ne reposent pas de la même manière sur les hommes et sur les femmes, le champ de la santé crée et reproduit des stéréotypes de sexe, la domination masculine (dont les violences sont l'expression la plus crue) affecte l'état de santé des individu·e·s.Outre les contributions du dossier, un article traite de la répartition du travail émotionnel au sein du couple tel qu'il est préconisé par les manuels de savoir-vivre. Deux présentations d'associations œuvrant dans le domaine de la santé des femmes, ainsi que des comptes-rendus d'ouvrages sur la santé et sur d'autres thèmes complètent ce numéro.
Deux citations – qui sont aussi deux généalogies – donnent une assez bonne idée du contenu du volume : d'un côté l'extrait du beau Péan de Pindare "Lumière du Soleil, ô mère des regards", qui fait du soleil le paradigme des yeux. Cette parenté invite à s'interroger sur les analogies de fonctionnement entre les deux sources lumineuses, puisque le soleil darde ses rayons comme l'œil décoche son trait, ou sur les correspondances entre le macrocosme et le microcosme, puisque, dans les deux cas, l'éclat visuel signale la vraie valeur ; mais elle suggère aussi des différences, puisque, contrairement au "soleil qui voit tout", le regard humain est limité dans l'espace et le temps. La seconde citation, tirée de Platon, fait du "Soleil le fils du Bien", et ouvre ainsi la voie à toute une métaphysique qui assimile lumière et connaissance, ténèbres et ignorance.
Des aspects de la recherche au respect de la personne
Les questions abordées dans l'ouvrage collectif portent sur les handicaps et la prise en charge de la personne handicapée. Il fait suite à une manifestation qui fit échanger chercheurs et praticiens en psychologie, psychiatrie, travail social et anthropologie. Le principal objectif des auteurs est d'appréhender la complexité du sujet en matière de recherches et de pratiques, tout en interrogeant les aspects éthiques et de formation. L'ouvrage comporte trois parties : la première porte sur différentes approches ; la deuxième propose différents outils et la troisième précise plusieurs processus. Il s'adresse principalement aux personnes handicapées et à leur famille, aux stagiaires, aux professionnels de la psychologie, de la santé, de l'éducation et du social.
Au sommaire : M. Prost, "La pratique de l'isonymie matrimoniale dans les populations anciennes du sud-est de la France (1546-1899). The Practice of Matrimonial Isonomy among the People of Southeast France from 1546 to 1899" ; L. Lorenzetti et R. Schumacher, "L'endogamie matrimoniale dans les villes suisses, 1880-1930. Effets structurels et préférences individuelles. Matrimonial Endogamy in Swiss Cities, 1880-1930 : structural Effects and individual Preferences" ; C. Lemercier, "Les carrières des membres des institutions consulaires parisiennes au XIXe siècle. Career Patterns in Parisian Economic Institutions in 19th century" ; F. Carbonel, "L'asile pour aliénés de Rouen. Un laboratoire de statistiques morales de la Restauration à 1848. The Rouen Asylum for the Insanes: a Laboratory of the moral Statistics, 1825-1848" ; E. Zei, ""La lune sous la terre". Contribution à l'histoire de la mesure du temps dans les sociétés rurales du monde méditerranéen moderne. "The Moon under the Earth" : A Contribution to the History of Time Measurement in rural Societies of the Modern Mediterranean World".
L'ouvrage contient huit contributions qui étudient les rapports entre la médecine, les malades et les institutions sociales, sur une longue durée de l'Antiquité à nos jours : le rôle du médecin dans une société donnée, le traitement collectif des épidémies, la prise de conscience de la nécessité d'une politique de santé, la place de la médecine dans certaines institutions, la prison par exemple, l'émergence de la médecine préventive. Il ne s'agit pas d'étudier les relations personnelles entre le médecin et le malade, mais de montrer l'organisation de la médecine en réseau. Les exemples pris en Italie voisinent avec ceux issus de régions françaises, Bretagne, Normandie, Savoie et Lorraine.
En étant parmi les tout premiers travaux de sciences sociales à faire entendre le discours autonome des malades, le livre prend place dans l'histoire qui a vu l'émergence dans leur parole, puis la reconnaissance formelle de leurs droits, accompagnant les changements du statut de l'expertise médicale.
Guérison, religion et politique en Chine, 1949-1999
Dérivé des pratiques chinoises traditionnelles d'entraînement corporel et mental, le qigong ou "travail du souffle" a suscité un engouement de masse en Chine dans les décennies 1980 et 1990, jusqu'à la répression du falungong, secte issue du mouvement, en 1999. Comment une pratique d'abord reconnue et encouragée par les chefs du parti communiste chinois comme méthode de guérison et comme nouvelle révolution scientifique a-t-elle pu devenir le foyer d'une explosion religieuse de masse, puis déclencher une confrontation politique ? Telle est la question suivie dans l'ouvrage.
Le gouvernement des corps s'exprime à travers une multitude d'actions et sur une diversité de scènes : éducation et répression de l'usage du tabac, diffusion de médicaments de l'impuissance, transfert des soins de l'hôpital vers la famille, réglementation de l'interruption de grossesse et de la gestion de la mort, mais aussi contrôle de la prostitution, imposition de normes conjugales, administration du quotidien des détenus, normalisation des conduites des pauvres et des immigrés. Comment nos sociétés se saisissent-elles du corps, de la vie et du vivant ? Comment en définissent-elles les limites et les usages légitimes ? Comment en construisent-elles les représentations et les pratiques ? En quoi l'intervention étatique et la régulation sociale sur les corps produisent-elles des formes nouvelles de biopolitiques ? Ce livre en donne à voir les dispositifs et procédures diffus et quotidiens, souvent cachés derrière le banal et le familier. Ils sont les moins facilement perçus ou énoncés en termes de politiques. Et pourtant ils sont au cœur de ce qui fait aujourd'hui le politique.