La boxe est un affrontement à l'Autre dont l'enjeu dépasse les seules limites du gymnase. Jérôme Beauchez l'a compris en transpirant avec les boxeurs, dont il a partagé les entraînements et recueilli les récits de vie. Décrivant l'expérience du face-à-face dans toutes ses dimensions, l'auteur montre les visages de l'adversité tels qu'ils apparaissent aux combattants.Les existences de ces hommes issus des quartiers populaires et de l'immigration sont vécues à l'intersection des dominations. Boxer équivaut dès lors à résister; un geste dont la capacité des corps à " encaisser " les coups et en donner ne constitue qu'un aspect. Car il y a un au-delà du corps à corps, dans la quotidienneté des luttes contre le racisme ordinaire et la disqualification sociale. Au plus près de la rudesse charnelle des combats se révèlent ainsi toutes ces épreuves qui légitiment celle du ring et creusent l'empreinte du poing.· Le récit des existences et des raisons des engagements des boxeurs sur le ring· Un auteur qui a éprouvé dans sa propre chair les étapes de la formation au combat· Sur l'idée de revanche sociale" Devenu l'un d'entre eux, j'ai commencé par m'engager dans les activités du gymnase de sorte à éprouver dans ma propre chair les étapes de la formation au combat. Entre France, Allemagne et Luxembourg, j'ai ensuite fréquenté nombre de galas: ces soirées de boxe dont les affrontements en public ponctuent la vie des pugilistes. J'ai pu dépasser le seul cadre de la pratique pour accéder au récit des existences et aux raisons des engagements sur le ring. "
Larves nichées dans les emballages plastiques de la grande distribution, espaces balnéaires saturés par des algues ou de la vase... Raréfactions et proliférations du vivant font tout à la fois de l'homme un péril pour la nature et de la nature un péril pour l'homme. Le passage permanent du rare au prolifique réoriente les regards jetés sur la nature. Les invasions biologiques redéfinissent nos rapports à la science, à la société et plus largement au monde, alors que leurs manifestations sont souvent souterraines ou microscopiques. Elles ont pour conséquence de rediscuter l'agencement de nos frontières (nature/culture, sauvage/domestique, rural/urbain), la gestion de l'environnement, et les logiques de la biodiversité.
Travailleurs saisonniers dans l'agriculture européenne
Les ouvriers agricoles sont les " forgotten men des études rurales ", déploraient en 1996 Ronald Hubscher et Jean-Claude Farcy dans La moisson des autres. Depuis, les abus et les réactions conduisent à mieux connaître un prolétariat tenu longtemps caché et à l'écart des lois. Dans le secteur des fruits et légumes européen, l'industrialisation des méthodes culturales pousse les agriculteurs à une concurrence effrénée qui les oblige,presque partout, à recourir à une main-d'oeuvre étrangère. Des contrats léonins, voire du travail au noir, sont proposés en vue de tirer le meilleur parti de ces migrants tout en faisant obstacle à leur installation comme travailleurset résidents permanents. Ces saisonniers, issus de régions pauvres, vivent dans la crainte d'être évincés l'année suivante, ce qui garantit leur docilité et leur disponibilité. Comment les saisonniers se réapproprient-ils leur destin face à la surenchère productiviste de ceux qui les emploient ? L'hypothèse d'une grave crise de main d'oeuvre est posée, dont le prodrome pourrait être la multiplication des actions judiciaires intentées en France contre les exploitants ou l'État.
La nouvelle édition de cette enquête, devenue un classique de l'ethnographie des sociétés occidentales, met en perspective les théories des scènes sociales que Le travail à-côté donnait à voir. F. Weber revient sur la clé de voûte de sa démarche : la perception socialisée, révélatrice de la place accordée à l'homme, au-delà même du cas des ouvriers.Éviter l'enfermement de l'usineL'enquête, menée à Montbard (Côte-d'Or) dans les années 1980 auprès des ouvriers d'une usine sidérurgique en milieu rural, avait révélé une culture ouvrière à son apogée. L'univers masculin s'organise autour du travail à-côté, tiers espace libéré des contraintes de l'usine et de la maison, où foisonnent les activités réalisées pour soi et pour les siens. Rêve ou nostalgie de l'installation à son compte, tâches laborieuses où s'expriment des compétences niées ailleurs, ces occupations multiples évitent l'enfermement dans l'usine. Elles livrent les clés d'une culture ouvrière : goût de l'activité pour elle-même, division marquée de l'espace et des activités selon le genre, valorisation des pratiques alimentaires et de la récupération, stricte exigence d'égalité entre pairs.La perception socialiséePourquoi les activités domestiques masculines sont invisibles ? La perception du monde dépend du projet ou de l'intentionnalité de celui qui les perçoit (en aval), de sa socialisation antérieure (en amont) et de la scène sociale dans laquelle s'inscrit l'objet ou l'action observées. Dans la postface, Florence Weber revient sur cette clé de voûte de son travail : la perception socialisée, et ses trois versants : l'oeil ethnographique, les perceptions d'une activité humaine, la perception économique. En distinguant esthétique de la production, esthétique de la contemplation et perception des actions économiques, F. Weber renvoie le jugement de goût aux conditions sociales de la perception.
Modèles et contre-modèles sociaux. Amérique latine
En Amérique latine comme dans le reste du monde, on continue de se poser les mêmes questions. Quels modèles de développement durable adopter, qui respectent les traditions locales sans toutefois les reconstruire de façon artificielle ? Quels modèles de production adopter, qui ne précipitent pas les paysans dans l'instabilité et dans une pauvreté accrue ? Quels contre-modèles élaborer, qui tiennent compte des subtilités des modes d'occupation du sol ? Quelle place accorder au foncier dans la succession des politiques agricoles ? Quel équilibre trouver entre l'individuel et le collectif ? Le productivisme agricole, " fait social total ", est-t-il toujours à l'ordre du jour ? Ces questions traversent l'ensemble du numéro, depuis le pastoralisme (Pérou, Iran) jusqu'à la gestion de la nature (Brésil, Réunion, France) en passant par le paysage (Suisse, France) et par le statut social et professionnel des travailleurs ruraux (Argentine, Vietnam). Le numéro s'ouvre sur le passé très lointain de l'agriculture amérindienne pour se refermer sur une chronique qui recense les travaux récents ayant trait à l'histoire du cadastre antique et médiéval en Europe.
En croisant les approches de la géographie et de la sociologie, l'ouvrage interroge les liens complexes entre le territoire de la ville, l'école en tant qu'institution et comme acteur local, et la planification urbaine. En confrontant le contexte français à des expériences étrangères choisies, l'analyse remet en perspective les objectifs de la politique de rénovation urbaine mise en place à partir de 2003. Le dispositif ambitionne un " idéal de mixité urbaine et sociale " qui place de fait la question scolaire au centre de la réflexion planificatrice en matière de renouvellement urbain. Cela suppose une extension de la démarche de concertation au secteur scolaire et une redistribution des prérogatives au sein d'un système complexe d'acteurs (Education nationale, collectivités territoriales, associations, enseignants et parents). Des modalités de l'intégration des marges scolaires dépendent la cohérence comme l'efficience des projet de planification urbaine.
Terre de passage, de mémoires et d'identités - Terras de pas, de memòries i d'identitats
Pointe extrême orientale des Pyrénées, massif perméable de tous temps de par son appartenance historique à l'espace culture catalan, l'Albera a toujours été riche de relations et d'échanges humains. Dans cette zone, maintenant transfrontalière, coexistent les nombreuses traces d'un passé lointain et récent, des pratiques actuelles liées à la spécificité des lieux terrestres et maritimes. À L'importance de ces activités humaines, l'Albera ajoute celle d'un milieu aux aspects multiples et originaux.Espaces naturels, espaces anthropisés, pratiques diverses, représentations mentales, constitueront autant de cadres de réflexion dans l'esprit du colloque : contribuer à une approche transdisciplinaire du massif de l'Albera. Publication de l'Institut Franco-catalan Transfrontalier
La question du paysage semble soulever de nos jours un vif intérêt. Pourquoi cet attrait à notre époque pour le paysage ? Peut-être parce que les menaces qui pèsent sur le monde réel appellent à une réflexion sur les rapports que nous instaurons avec notre environnement. La catégorie du paysage se prête à cette réflexion parce qu'elle insiste sur la subjectivité du regard qui détermine notre appréhension de la nature et de sa transformation en objet d'art. De 1830 à nos jours les paysages urbains traduisent une révolution au niveau du regard et du rapport entre le sujet et l'objet. Le paysage ne peut plus se réduire à un décor extérieur au sujet, il constitue d'une certaine manière le prolongement du sujet : prolongement de son corps et de sa conscience. Les responsables de ce volume ont choisi de placer cette étude sous le signe de l'ouverture méthodologique et pluridisciplinaire, car c'est par des regards croisés et une confrontation des approches qu'on arrive le mieux à cerner la complexité de la question.
La prévention des pollutions marines accidentelles dans le Pas-de-Calais et les Bouches de Bonifacio
La France partage avec deux pays européens (Angleterre et Sardaigne) deux détroits utiles à la navigation internationale, mais qui présentent des risques importants pour la navigation et l'environnement (pollution), du fait des conditions météorologiques, des écueils et de l'étroitesse des sites : le Pas-de-Calais et les Bouches de Bonifacio. Les accidents réactivent toujours le conflit entre liberté de navigation et protection de l'environnement. Mais dans la mesure où ces deux détroits relèvent de la catégorie juridique des détroits internationaux, le régime du transit sans entrave leur est applicable. Les possibilités de limiter la circulation au profit d'une meilleure protection sont très minces. La France (et ses partenaires) semble pourtant avoir réussi à mettre en place une prévention des risques de pollution, sans pour autant entraver la liberté de navigation, comme le montre l'ouvrage.
Si l'idéal cosmopolitique des sociétés antiques faisait de l'hospitalité une faculté propre à maintenir une harmonieuse réciprocité dans le commerce mutuel des hommes, comme dans leurs relations avec les dieux, littérature et mythologie témoignent cependant de "dérives" (Nausicaa recevant Ulysse pour en faire son mari) ou d'"excès" (trop de faste, d'empressement…) destructeurs pour ce système d'interaction réglé par la "juste mesure". Les textes ou films étudiés ici mettent en scène une pratique illimitée, renonçant à l'équivalence du don et du contre-don, et se revendiquant comme absolue. L'on peut alors considérer que l'esprit du don, propre à une hospitalité "sacrificielle" (étrangère au calcul) est la part d'un risque assumé par-delà tout "contrat". Le recueil fait ainsi le pari que l'hospitalité désintéressée n'est ni une illusion, ni un fantasme, mais un art passant outre aux apories de la pratique sociale pour en explorer des extrêmes, où l'accueil de l'Autre se révèle incommensurable au droit terrestre.
Si la métaphore de la cartographie des phénomènes est devenue omniprésente dans la pensée contemporaine, c'est sans doute grâce au rôle essentiel que jouent les cartes et les paysages dans l'imaginaire collectif et la créativité individuelle. L'ouvrage se propose d'examiner les articulations entre les trois notions, afin de montrer comment cette cartographie se situe au cœur des productions culturelles de la Grande-Bretagne. Les études réunies ici s'insèrent dans le cadre d'une recherche poursuivie depuis de longues années, celle du réel et de sa représentation. La première partie du volume examine les bases théoriques du problème à travers des exemples de textes et d'iconotextes célèbres, comme ceux de Thomas More, Jane Austen ou Lewis Carroll. On y analyse également l'esthétique du tableau, des jardins et des paysages, et le fonctionnement de la photographie. Il ressort de ces études initiales que les frontières entre les genres et les médias sont parfois floues, et que la théorie elle-même influe sur notre vision du territoire. Le rapport entre la cartographie et l'identité sociale, politique, et personnelle est analysé dans la deuxième partie. Il est question ici de la constitution d'une identité nationale à l'époque élisabéthaine, de l'emprise de la Bible comme paysage obligé au 17e siècle, de l'attachement au lieu et de la quête. La troisième partie examine l'inscription du corps dans le paysage ou du paysage dans la psyché. Avec des exemples tirés de Conrad, Moore, et McEwan, parmi d'autres écrivains et poètes, on constate combien le paysage est la figure de l'âme mais aussi le produit de notre regard. La dernière partie poursuit une problématique de l'exil et de l'entre-deux dans les créations d'un certain nombre d'artistes en marge de la société ou en situation précaire. Ici le lieu devient soit difficile à cerner, soit obsessionnel. Des enjeux esthétiques aux intrigues politiques, de la campagne élisabéthaine au Londres des années 90, des atlas anciens au cinéma d'aujourd'hui, les itinéraires sont de toute évidence multiples dans cette cartographie de la culture britannique.
Dynamique des pratiques alimentaires + table analytique des numéros 1 à 30, 1983-1997
Le volume propose une analyse des changements des pratiques alimentaires durant ces trente dernières années dans des sociétés diverses, réparties sur quatre continents (Afrique, Amérique, Asie et Europe). Il comprend vingt-quatre contributions qui traitent de l'adoption de produits nouveaux, des transformations concernant la préparation des mets, de l'évolution des goûts et des manières de table. Les analyses mettent en lumière aussi bien la mondialisation de l'économie et le rôle du politique que les revendications identitaires qui s'expriment dans les comportements alimentaires. Résistances et changements sont restitués dans leur vécu quotidien. Extraits du sommaire : M. Garrigues-Cresswell et M.-A. Martin, "L'alimentation : entre mondialisation et expression identitaire" ; N. Gachet, "Présentation et préparation des mets dans la restauration classée française. Changements, innovations et résistances" ; N. Krowolski, "Changements des comportements alimentaires au Vietnam : l'exotisme n'est pas encore quotidien" ; R. Castellana, "Les nourritures de l'identité. Commensalité et pratiques culinaires festives dans les Alpes de Méditerranée" ; C. Balland, "La conception de la modernité alimentaire chez les juifs de Tunisie en Israël" ; J.-M. Mignot, "Éléments ethnographiques pour une histoire des résistances et des changements alimentaires des Masa ruraux du Nord-Cameroun" ; F.-R. Picon, "De la collecte en milieu urbain chez les Mataco (Chaco argentin)".