En 1905, lors de la séparation des Églises et de l'État, les protestants français sont massivement de confession réformée, dotés d'une forte identité politique, sociale et culturelle qui les place au coeur de la République. En un siècle, leur visage se modifie profondément, devient plus urbain et d'origines plusvariées. Leur comportement électoral se diversifie. Le poids des sensibilités évangéliques s'accroît considérablement. C'est l'histoire de cette mutation qu'éclaire l'ouvrage qui leur est consacré ici. L'auteur fait aussi la part entre réalités et représentations dans l'appréhension d'une minorité religieuse composite et souvent méconnue.
Cet ouvrage rend hommage à Françoise Moreil, maîtresse de conférences en histoire moderne et grande spécialiste du protestantisme méridional, en compilant ses articles les plus importants. Il met en lumière le cas particulier que représente la principauté d'Orange, longtemps terre de tolérance pour les protestants comme pour les catholiques.
Cet ouvrage est consacré à l'évolution des pratiques religieuses chez les Nanaï de l'Extrême-Orient, entre la Russie et la Chine : la disparition progressive des chamanes a-t-elle signifié la fin du chamanisme ou faut-il parler d'adaptations et de transformations ? Grâce à des terrains dans la région de l'Amour entre 2011 et 2015, Anne Dalles Maréchal rend compte des stratégies culturelles de ce peuple de la rivière : les changements d'interprétation du registre mythique et rituel qui permettent de comprendre comment les Nanaï abordent le monde qui change ; les conversions aux christianismes, où ruptures et continuités répondent aux logiques de l'histoire ; enfin, la broderie dont le savoir-faire ancien permet aujourd'hui de créer des identités visuelles dans le cadre de la patrimonialisation des minorités de Russie.Grâce à l'Auteure, on mesure le dynamisme reconstructeur de la " tradition " et l'agentivité d'un peuple autochtone minoritaire face à une culture dominante pluriséculaire.
En juillet et août 1317, le pape Jean XXII instaure dix-sept nouveaux diocèses dans le royaume de France. Parmi ces territoires diocésains émergents, on compte celui de Saint-Flour. Jusqu'alors le haut pays d'Auvergne relevait de l'autorité de l'évêque de Clermont. Pour autant, les frontières du diocèse qui porte aujourd'hui ce nom ne sont que pour partie les héritières de celles du XIVe siècle. Les reconfigurations révolutionnaire et concordataire engagées à l'échelle du pays ont redessiné à leur tour la géographie ecclésiastique en s'appuyant sur les circonscriptions départementales. Le diocèse de Saint-Flour a englobé un temps la Haute-Loire, détachée ensuite pour former un nouveau diocèse du Puy, modelé dans ses frontières contemporaines. Ainsi, la fréquente continuité des dénominations de sièges épiscopaux ne signifie pas forcément une permanence des territoires. Dans l'analyse de l'espace diocésain, l'étude de la territorialisation en tant que telle est un gain récent, qui a déjà conduit à remettre en cause l'idée qu'il n'y aurait eu là, au Moyen Âge, que la prolongation d'entités héritées de l'Antiquité. En réalité, les diocèses ne se constituent en tant que territoires que progressivement, dans les premiers siècles du Moyen Âge, et le remodelage se poursuit au-delà. La réflexion a porté ici sur les dynamiques à l'œuvre dans les phases transitoires où des diocèses sont créés, redécoupés, absorbés ou disloqués: les modalités de ces construction et reconfiguration territoriales; les pratiques socio-spatiales qui nourrissent une identité à établir ou à reconfigurer dans une temporalité plus longue. La question de la pérennité formelle des entités diocésaines se pose, y compris par le truchement des recompositions les plus récentes. Le choix d'une large temporalité, depuis l'époque médiévale jusqu'à nos jours, permet de caractériser les continuités et les ruptures.
Les Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire (XVIIe - XXIe siècles)
Au cœur de la dynamique réformatrice de l'Église du concile de Trente, en France, en milieu monastique de tradition bénédictine, se distingue une famille religieuse particulière, les Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire. Présente essentiellement dans l'?Ouest de la France et, depuis la fin du XIXe siècle, à Jérusalem, elle puise sa source dans une relecture originale de la Règle de Benoit de Nursie, fruit de l'itinéraire spirituel de son inspiratrice, Antoinette d'?Orléans (+ 1618) et de l'?activisme politico-religieux du Père Joseph de Paris, capucin et Eminence grise de Richelieu.Ce volume collectif propose, pour la première fois et à travers des études particulières, des regards croisés sur l'histoire au long terme de cette congrégation (XVII-XXIe s.): relectures de la Règle, anthropologie religieuse, cadre de vie et architecture, pratiques liturgico-musicales et spiritualité.Un volume qui, au-delà, s'inscrit dans une histoire de la femme en religion dans le catholicisme moderne et contemporain.
Dans la Chrétienté de l'Europe occidentale, du Moyen Âge jusqu'au début du XVIIe siècle
Dans le présent volume des Cahiers Pourpres, notre questionnement portera sur celles et ceux qui, en Europe occidentale chrétienne, périrent pour défendre leurs convictions religieuses, du Moyen Âge jusqu'au début du XVIIe siècle. La fabrique des martyrs n'a jamais cessé de produire des victimes, dont le trépas fut revendiqué et instrumentalisé par les communautés dont elles étaient issues. Pour être efficace, le martyre se devait d'être public, d'être vu, lu, regardé, déchiffré. Les contributions à ce volume s'intéressent à la réalité comme aux représentations du martyre chrétien, rouge ou blanc.
" La Compagnie de Jésus, dans ses différentes œuvres s'est employée à développer une fraternelle coopération apostolique pour conquérir, réformer et former la société avec ses diverses composantes ". Ces propos du Père Joseph Delore s.j. définissent le sens profond d'une Mission jésuite." La Mission Jésuite de Ghazir – 1843-1965 " raconte les 122 années que les Jésuites ont passé à Ghazir à travers des écrits, des photographies et des témoignages. Le " Diaire de Ghazir ", que le Père Henri Jalabert s.j. qualifie de " document historique ", est notre principal témoin et occupe une place fondamentale dans cet ouvrage. De nombreux documents sont publiés pour la première fois, témoins des différentes périodes et des relations partagées par les Jésuites avec Ghazir, sa région et le Liban. Un travail de mémoire qui vient compléter le Mémorial dédié aux Jésuites de Ghazir.
Claude Langlois est l'auteur d'une œuvre considérable par son ampleur, sa diversité et son inventivité dont on peut dire, sans grand risque de se tromper, qu'elle le signale comme l'un des historiens les plus importants de sa génération. Son œuvre a épousé les modèles successifs de l'histoire religieuse depuis les années 1970, de la monographie diocésaine (Vannes, 1974) à sa célèbre enquête nationale sur les congrégations religieuses féminines au XIXe siècle (Le catholicisme au féminin, 1984). Ces dernières années, un des axes les plus originaux de sa réflexion a porté sur la question de la production sociale, culturelle et institutionnelle du discours théologique aux XIXe et XXe siècles. Le présent recueil rassemble vingt-trois articles consacrés à l'exploration de ce " continent théologique " qui se déploie notamment sur le double terrain de la théologie morale et de l'écriture mystique, à l'intérieur d'une conception globale du catholicisme comme système dynamique d'instances articulées. Plus largement, on pourra y lire les efforts du premier directeur de l'Institut européen des sciences religieuses (IESR) pour trouver les manières de dire la religion dans toute sa complexité avec les mots d'aujourd'hui, en prenant au sérieux le discours catholique dans sa diversité et en rendant compte de son historicité, autant dans les usages sociaux qui en sont faits que par les ajustements culturels que demandent sans cesse leur compréhension.
Les " chrétiens d'Orient " sont aujourd'hui au premier plan, dramatique, de l'actualité internationale, et leur histoire donne aussi lieu, depuis quelques années, à des recherches nouvelles, attentives à l'inscription de ces " communautés chrétiennes " dans leurs contextes et à leur condition politique et religieuse minoritaire. Ceci ne suffit pas à expliquer cela. La sortie de l'ère postcoloniale et les crises des États-nations au Proche-Orient ont donné une légitimité inédite à une approche des sociétés sous l'angle de leurs minorités, une approche forte d'une compréhension elle aussi nouvelle des notions de " frontières ", confessionnelles ou ethniques, et des interactions entre " majorité " et " minorités ".Dans cette dynamique, les auteurs éclairent les effets de ces interactions sur le fonctionnement interne des communautés chrétiennes. Ils font également apparaître les connexions transétatiques de ces communautés, à l'âge de la mondialisation.
Présent uniquement dans l'évangile de Jean (Jn 2,1-12), le miracle des Noces de Cana relate le premier "signe" accompli par Jésus au début de sa vie publique. Plus que l'historicité de l'événement, c'est la dimension littéraire et artistique, fût-elle à visée théologique, qui est ici prise en compte. Le miracle a une forte valeur symbolique sur laquelle s'est attardée l'exégèse spirituelle à travers notamment l'image des "noces mystiques" ou la mention du "troisième jour". À l'instar de la multiplication des pains, la péricope a été aussi perçue comme la préfiguration du sacrement de l'eucharistie. L'eau changée en vin représente la joie promise par Dieu à son peuple et possède une forte connotation eschatologique. Elle sert également à faire le lien entre les deux Testaments autour du thème de l'alliance.Le vingt-quatrième volume de la collection Graphè rassemble douze études. À partir d'une analyse détaillée de l'épisode évangélique sont retracées les grandes étapes de sa réception autour de la thématique de la transformation aux multiples réinterprétations. Véracité et charlatanisme, miracle chrétien et mystère dionysiaque, manque et abondance, sacré et profane figurent parmi les principaux thèmes développés au fil de siècles à partir du récit johannique.
La réception et l'étude de l"œuvredu philosophe et historien polonais Leszek Kolakowski semblent aussi fragmentées que le destin propre de ce penseur. Actif en Pologne dès les années 1950, auteur d'une vaste Histoire du Marxisme (1976) qui ne sera partiellement traduite en langue française qu'en 1987, et d'une fresque sur les dissidences chrétiennes au XVIIe siècle, Chrétiens sans Église, par laquelle il est d'abord et surtout connu, il quitte son pays après 1968 pour l'Europe occidentale et les États-Unis d'Amérique. L'oeuvre de Kolakowski, trop mal connue encore en France, ouvre une perspective d'une acuité et d'une singularité rares sur l'histoire intellectuelle de l'Europe.Le recueil de Varia enrichit plusieurs domaines d'élection de la Revue: les politiques religieuses, la place du fait religieux dans les chaînes de transmission générationnelle et la pluralité des cultes dans le monde contemporain, le problème de la patrimonialisation des " biens " religieux, etc.
Dans les pays les plus catholiques, les capitales comme Bruxelles, Paris, Port-au-Prince, Québec ou Rome ont cristallisé l'opposition traditionnelle entre les métropoles, lieux de perdition morale, et les villages, lieux de préservation de la foi ancestrale. Quelles stratégies de reconquête urbaine les catholiques ont-ils déployées depuis au moins deux siècles, conscients que l'avenir se joue aussi au centre? Quelles lectures du monde urbain et quels imaginaires des villes ont-ils proposés?Dans ce dossier thématique, des spécialistes de différentes disciplines montrent que les mouvements catholiques ont engendré des dynamiques propres où la capitale s'est imposée comme " terre de mission " et objet de " croisades " pastorales à travers la popularisation de lieux de culte et l'inscription de signes visibles dans l'espace et le temps des villes.Il s'agissait surtout de sauvegarder une communauté catholique bouleversée par les transformations rapides des sociétés occidentales aux XIXe et XXe siècles. Les étapes de la vie (naissance, initiation religieuse, mariage, mort) et les sphères de la société (mouvement de jeunesse, relations amicales et conjugales, loisirs, transmission des valeurs) ont ainsi dû être balisées à un moment où le maillage géographique et social s'est éloigné de la paroisse. Mais la reconquête de l'espace public par des tentatives de représentation politique s'est heurtée à la privatisation croissante de la croyance.