Comment, face à la stigmatisation, une identité se constitue-t-elle? À travers le cas des marranes dans l'Espagne des XVIe-XVIIIe siècles, Natalia Muchnik montre que l'individu prend sens dans une unité sociale soudée par une mémoire et des pratiques partagées.Ces chrétiens, pour la plupart descendants des juifs convertis au xve siècle, accusés par l'Inquisition de judaïser en secret, ont développé une identité de groupe. Si la répression inquisitoriale et la clandestinité sont fondamentales pour sa cohésion, la société marrane a ses propres dynamiques. Fragilisée par sa diversité interne, sa mobilité spatiale et la labilité de ses pratiques religieuses, elle a multiplié signes et discours d'appartenance. Les codes qui caractérisent cette société secrète, l'hostilité au catholicisme ou les mythes de l'origine, sont autant d'éléments que le crypto-judaïsant mobilise et agence. Car plus que le contenu des rituels, c'est le processus de ritualisation extrême du quotidien qui forge la société marrane; le sacré semble partout.L'ouvrage, tel un kaléidoscope, multiplie les points de vue sur les modes d'affiliation. Le marrane dispose ainsi de plusieurs identités potentielles qu'il alterne selon les situations et les interlocuteurs. Plutôt qu'un déchirement entre deux religions, il révèle la fragmentation de soi et l'impossibilité de dissocier l'individu des rôles qu'il tient. Il témoigne, en somme, d'une pluralité inhérente à tout être humain et du caractère illusoire d'une identité homogène.
Sans rien ignorer des spécificités de différentes aristocraties, anciennes et nouvelles, et des groupes qui les constituent, les très nombreux auteurs de l'ouvrage tentent plutôt de les confronter, de rechercher les caractères communs qui les soudent, les différences qui les séparent et, plus encore, les fondements de clivages souvent ambigus entre aristocrates et non-aristocrates. Leur ambition est tout à la fois de présenter des études de cas précises réalisées en France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Hongrie, Finlande et Suède, un état des lieux ainsi que des recherches sur les noblesses menées par historiens, anthropologues et sociologues et enfin de proposer une analyse critique et comparative des évolutions de ces noblesses. Quel est le poids du symbolique mais aussi des décrochements politiques dans les transformations : disparition, désagrégation et parfois recomposition des anciennes aristocraties et constitution de nouvelles aristocraties ? Comment appréhender le phénomène aristocratique dans son extension européenne ? Comment articuler étude des tensions entre appartenances contradictoire — nationale et européenne, nobiliaire et démocratique — dans lesquelles sont parfois enserrés les aristocrates, et analyse des modes de reproduction de ces groupes ? Ce sont quelques-unes des questions majeures abordées dans le livre.
"Qu'est-ce au juste qu'un écrivain juif aujourd'hui, comment, pour qui, et sur quoi doit-il écrire ?". Ainsi s'interrogent Philip Roth et bien d'autres auteurs juifs américains. Dans ses expressions les plus récentes et les plus réussies, la littérature juive américaine allie avec bonheur le scepticisme, l'ironie et l'audace des écritures les plus contemporaines avec un humanisme et une inquiétude théologique qui impriment au texte, à la lettre dans son sens le plus large, une puissance de vibration toute particulière. L'ouvrage porte sur sept écrivains (Saul Bellow, Bernard Malamud, Philip Roth, Cynthia Ozick, Grace Paley, Tillie Olsen, Henry Roth) dont la réflexion, qui s'exprime volontiers par le biais d'artistes fictionnels, s'inscrit dans un entre-deux imprévisible et fluctuant où l'identité et le sens doivent être sans cesse réinventés.
Les Lumières ont permis l'éclosion d'une société nouvelle, en modifiant profondément les rapports sociaux et les structures politiques. Si les loges et Grandes Loges se sont rarement impliquées de façon institutionnelle dans les révolutions, elles ont cependant offert à leurs membres un cadre privilégié, une structure à l'abri des regards des curieux, propice à l'échange d'idées et à la prise de parole, les incitant ainsi à prendre une part active à la vie de la cité. Justement parce qu'elles apparurent dans le sillage des Lumières, les loges attirèrent des hommes épris de progrès social et de tolérance religieuse. Pour traiter de l'engagement politique de la franc-maçonnerie à l'époque des Lumières, il fallait à la fois tenter une vision panoramique et braquer la caméra sur quelques personnalités marquantes, ainsi que sur certaines loges en particulier. Le lecteur est invité à parcourir le monde maçonnique, en passant par l'Angleterre, la France, l'Italie, la Belgique, la Suède, la Bavière, la Russie pour gagner les rives américaines du temps de Franklin et rejoindre le Saint Domingue de Toussaint l'Ouverture. Les thèses du complot, souvent évoquées, sont ici revisitées. Ni religion, ni politique ? On savait que la religion n'avait jamais laissé les francs-maçons indifférents, on soupçonnait qu'il en allait de même en politique. Nous en avons désormais la preuve.
Le volume accorde une grande place à la question des identités ethniques (nationales) au sein de l'espace public des sociétés démocratiques. Trois "situations" peuvent être mises en exergue. Dans l'histoire récente de la nation grecque "orthodoxe", les frontières de la communauté imaginée se construisent dans le rapport aux symboles. Les rituels funéraires sont un autre moment critique de la mise en scène des identités collectives. Les funérailles nationales en temps de guerre sont l'occasion de rendre hommage aux individus ordinaires transmués en héros nationaux. Le choix du lieu de l'inhumation dans les milieux de migrants constitue un moment de renégociation du lien ombilic avec la terre ancestrale. La conversion religieuse, autre rite de passage, s'accompagne d'un changement de vie lié à un cheminement individuel, mais elle est aussi le marqueur d'identité sociale, particulièrement au sein des religions communautaires ou ethniques. Le volume se referme sur un important bulletin bibliographique.
Les contributions d'historiens, de sociologues, de spécialistes de l'image et de représentants de sensibilités religieuses et philosophiques diverses retracent l'histoire et le présent de la laïcité, de la Révolution au 21e siècle, en France et en Limousin. Elles abordent les problèmes que cette histoire a rencontrés, les résultats auxquels elle est parvenue. Dans une partie prospective, l'ouvrage s'intéresse au devenir de la laïcité face à l'islam, à la construction européenne et à la mondialisation.
Fruit d'un dialogue entre littéraires et sociologues, le recueil prend également en compte la dimension psychologique, le plus souvent traumatique, de l'exil. Le déracinement, qu'il soit volontaire ou subi, peut provoquer une crise d'identité se traduisant par une altération dans la perception de l'espace, du temps, mais aussi des valeurs, du fait de l'interculturalité. À cela le vieillissement ajoute des difficultés intrinsèquement liées au sentiment d'irréversibilité, lequel aggrave de manière particulièrement douloureuse la distance, l'écart de soi à soi. Ainsi, "vieillir en exil, c'est vieillir deux fois". Le caractère dramatique, mais aussi la grande actualité de cette expérience complexe ont suscité ces regards croisés.
Histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l'Antiquité à nos jours. Mélanges en l'honneur de Françoise Thelamon
Quarante-quatre contributeurs rendent ici hommage à Françoise Thelamon, professeure d'histoire ancienne à l'université de Rouen. Les réflexions portent sur les thèmes qui ont toujours été au centre des recherches de cette enseignante : christianisme, sociabilités et lectures des images. Sont privilégiées les pratiques et les relations entre les hommes et leurs dieux dans différentes sociétés.
Au sommaire : A. Joukovskaïa-Lecerf, "Le conseil du tsar dans la culture politique de l'époque pétrovienne : la genèse du Conseil suprême secret, fin XVIIe s. – 1726" ; N. Platonova, "Contrôle des finances, administration et genèse de l'État dans la Russie de Pierre le Grand" ; A. Jenks, "Palekh and the Forging of a Russian Nation in the Brezhnev Era" ; B. Czerny, "Le violoniste juif russe. Analyse de la valeur symbolique de ses représentations dans les littératures russe, russe juive et yiddish" ; R. Genzeleva, "Estradnaja satira Mihaila Jvaneckogo 60-h – natchala 80-h godov. Struktura teksta v kontekste sovremennoj kul´tury". À signaler de nouveau l'importance donnée, depuis le dernier volume, à la rubrique des comptes rendus d'ouvrages (quarante-cinq livres chroniqués).
La Suisse est actuellement secouée par le débat historique, politique et éthique au sujet de son attitude pendant et après les crimes commis par l'Allemagne nazie. L'ouvrage contribue à ce débat en y apportant le point de vue des persécutés. Il réunit, pour la première fois en français, les témoignages de onze juifs d'Europe, rescapés de la Shoah, qui racontent leur vie avant et après l'Holocauste. Neuf de ces personnes vivent aujourd'hui en Suisse, car deux sont décédées entre-temps.
L'ouvrage traverse les temps modernes et dessine des lignes de frontières qui sont des lieux de débats, de passage et d'influences. Les études de quatorze spécialistes rassemblées dans le volume conçu en hommage à Myriam Yardeni et inspiré par ses travaux féconds sur le sentiment national, sur l'histoire, sur le judaïsme et sur le protestantisme à l'époque moderne.
Destruction et survie des Juifs et des Tsiganes sous le régime Antonescu, 1940-1944
Le livre procède à une description fouillée du régime roumain au cours de la seconde guerre mondiale montrant son rôle capital dans l'épuration des Juifs et des Tsiganes. Fondé sur un exceptionnel travail archivistique dans plusieurs institutions roumaines (en Roumanie et dans les territoires occupés, actuellement Moldavie et Ukraine), l'ouvrage révèle pour la première fois la version roumaine de l'holocauste. Le maréchal Ion Antonescu, dans sa volonté de débarrasser la Roumanie de ses éléments étrangers, met en place une politique remarquablement exécutée d'élimination des juifs roumains qui culminera à quelque 250 000 morts. Pourtant, la moitié des Juifs roumains a survécu à la guerre. Là réside une des questions que l'ouvrage veut résoudre car elle a contribué à l'image d'une Roumanie paisible sinon protectrice envers les Juifs. L'auteur, historien et directeur du département des programmes internationaux d'archives au musée du Mémorial de l'holocauste à Washington, met pleinement en lumière un système et une idéologie que la guerre froide et le communisme de Ceaucescu ont longtemps entravés.