La mise en mouvement incessante des matériaux, marchandises et résidus repose sur un " capitalisme d'entrepôts ", orchestré tout à la fois par un puissant empire logistique et des économies populaires – familiales, communautaires ou diasporiques. Ce numéro invite à dépasser la fascination pour la rationalité économique, pour explorer ces formes sociales et spatiales de logistique déployées dans l'ombre, parfois en silence, parfois à grand fracas. Des entrepôts de stockage aux décharges urbaines en passant par les plateformes de tri, les data centers et les silos à grains, nous plongeons au cÅur des mondes logistiques qui façonnent, portent et supportent nos flux et reflux globaux.
Messe des animaux à Rome, statue de la chienne Leika à Moscou, cérémonies au japon pour les animaux martyrs de la science⦠: comment penser la multiplication mondiale des rituels associant nouvelles formes religieuses et sensibilité animale ? Entre histoire et anthropologie, ce numéro réunit des enquêtes consacrées aux autres ritualités animales, au-delà du sacrifice, qui impliquent des animaux réels, des animaux qui ne servent pas de médiateurs avec des invisibles, mais sont bien les acteurs et/ou les destinataires d'une action collective. Ces pratiques ne sont pas seulement considérées pour elles-mêmes, mais aussi pour les marqueurs d'agencements nouveaux entre les espèces.
ChatGPT, Perceptron, Claude, ELIZA, Midjourney⦠La liste des entités relevant des intelligences artificielles imbriquées à notre quotidien est de plus en plus longue. Ni humaines ni simples outils logiciels, celles-ci sont devenues des créatures complexes, parfois inquiétantes, qui modifient nos pratiques et nos perceptions du monde. Et s'il fallait en faire le bestiaire ? En regarder la diversité des comportements comme les éthologues les animaux ? Sur la base d'études empiriques et de contributions artistiques, ce numéro éclaire la dimension matérielle, conceptuelle et imaginaire de ces IA, tout en interrogeant les limites et les paradoxes de notre coexistence récente avec elles.
Avons-nous les outils pour appréhender ce qui nous déborde ? Que faire quand nos repères géographiques et mentaux sont bousculés ? Tel est l'enjeu de ce numéro où l'on parle commerce transfrontalier, pétrole et marées noires, musique et territoires, numérique et réseaux sociaux, ultratrail, extraction géologique à même le corps humain et communs spatiaux. Tous ces phénomènes obligent à inventer d'autres manières d'enquêter, d'aller voir de plus près ce qui nous échappe et d'autres façons de se représenter tout ce qui sort du cadre. Et si c'était justement lorsque des bornes ont été franchies que se dévoilent les vraies lignes de démarcation de nos mondes, celles qui les structurent autant que celles qui les fracturent ?
La futurologie d'aujourd'hui est un grand bazar, nouant des liens complexes avec les sciences autant qu'avec la science-fiction. Lieu d'intenses spéculations, où se démontent toutes les prédictions attendues, on y dresse l'inventaire des possibles jusqu'à faire éclater le temps lui-même. À contre-courant des futurs imposés ou envisageables, ce numéro se pose la question : pourquoi les hypothèses folles ont-elles toujours plus de succès ? Faut-il encore croire à l'astro-futurisme et à ses promesses de fuite dans l'Espace ? Pourquoi les mauvais rêves de science-fiction persistent-ils ? Peut-on vraiment imaginer ce qui n'a jamais eu lieu et avec quels dispositifs se préparer au grand vertige ?
Et non sauvagerie du capitalisme ou capitalisme des sauvages. Ce numéro explore les altérités déroutantes produites par le capitalisme contemporain. Car la richesse n'est pas nécessairement vouée à être domestiquée pour accroître son rendement, mais peut être captée pour alimenter des formes de vie sociale différentes de la nôtre. Des Jivaros à la Chine, en passant le Tadjikistan, Dakar ou encore la Géorgie, on découvre les pratiques, les attentes, les désirs de grandeur et les contradictions de celles et ceux qui, aujourd'hui, bouleversent la logique du capital jusqu'à s'en plaindre. Il y a assurément d'autres mondes, mais ils sont dans celui-ci !
Cest la diversité des manières dêtre complice ou accusé de complicité que ce dossier propose dexplorer. À travers une série de cas ethnographiques, allant des mondes sociaux de la criminalité jusquaux théâtres de guerre, il interroge les ressorts de la complicité, mode de responsabilité complexe qui sétale de linaction jusquà lengagement zélé.
Comment sonder l'infinie altérité de l'être ? Ce numéro examine la manière dont les troubles mentaux sont devenus, dans nos mondes contemporains, le lieu par excellence d'expérimentation et d'exploration de l'humain. On y rencontrera des neurologues idéalistes, des singes dépressifs, des poètes volubiles, des maquettes de ville verte et des investisseurs de data capitalism. On y partagera l'expérience si troublante des hallucinations, obsessions, délires, et autres désordres de l'esprit. On y apprendra, aussi, comment les traitements de la folie et les expériences qu'elle suscite irriguent les projets du monde de demain.
Les raisons qui poussent tant de gens, ici ou ailleurs, à nouer des relations privilégiées avec des non-humains, jusqu'à leur donner l'apparence de la plus parfaite félicité conjugale, restent encore mal comprises. Explorant une dimension peu étudiée du " rapport " aux objets - le rapport amoureux -, ce numéro décrypte les scénarios qui permettent aux humains d'avoir des liaisons avec toutes sortes de partenaires : squelette, orgue, arbre, voiture, chatbot ou bonhomme en massepain... Il interroge, ce faisant, les peurs ou interdits qui peuvent frapper ces amours irrégulières : en quoi sont-ils révélateurs des valeurs défendues par un collectif et de la façon dont il structure ses rapports au non-humain ?
La figure bricolée du bandit est au centre de ce numéro spécial : nous souhaitons ici explorer les processus de fabrique des mythes de bandits et leur articulation aux pratiques concrètes de ces bandits dans des économies politiques violentes, pour étudier leur transformation en modèles d'autorité toujours plus populaires ou en objets de cultes.
Ce numéro entend proposer une plongée dans des diplomaties parallèles, en accordant la primauté, selon la ligne éditoriale de la revue, aux études de cas et à l'ethnographie. Les doctrines diplomatiques y seront interrogées à la lumière des pratiques concrètes des acteurs, en partant du principe que la diplomatie est d'abord un art de la communication. Qui assure la fonction de diplomate dans les sociétés qui n'en disposent pas traditionnellement? Quel rapport (délégation, incarnation, etc.) le lie au collectif au nom duquel il parle? Quelles procédures de traduction met-il en oeuvre entre mondes langagiers, conceptuels et politiques hétérogènes? Qu'implique la multiplication des échelles désormais concernées par le jeu diplomatique? À quoi enfin la diplomatie s'oppose-t-elle? Dans l'optique de décoloniser cet art, une attention particulière sera portée à la diplomatie des vaincus. Ce sont en effet typiquement eux qui ont été contraints à la créativité au cours de l'histoire.
Censurer suppose une certaine idée de la liberté, de l'individu, de l'expression publique. Censurer suppose également des manières précises d'envisager des effets de la parole, du son ou de l'image. À rebours des débats sur les limites de la liberté d'expression, ce numéro explore les formes et les normes, souvent subtiles et parfois contre-intuitives, du silence contraint. De la censure d'État à la nécessité de taire le secret initiatique, entre les silences que l'on s'impose et ceux imposés aux autres, chaque censure produit des sujets, des relations et des résistances : que fait-on quand on fait taire ?