Dans ce recueil, un ensemble d'anthropologues et de linguistes explore de façon innovante la notion de " frontière épaisse " et les arcanes de l'anthropologie de la nuit. À partir d'une connaissance approfondie de terrains situés aux quatre coins du monde, les contributeurs s'inspirent de l'œuvre de la dédicataire de l'ouvrage, Aurore Monod Becquelin, figure pionnière de l'anthropologie américaniste et cheville ouvrière du développement de l'ethnolinguistique en France. Élaborée sous son impulsion, la notion de " frontière épaisse " invite à considérer les frontières entre catégories comme sujettes à des phases ou états de transitions divers, hétérogènes et productifs de sens. Elle s'avère pertinente pour raffiner l'étude d'une grande variété de domaines, qu'il s'agisse d'espaces, de temps, d'états de la vie et du monde, ou encore du savoir. Dans le présent volume, ce sont des états de guerre et de paix, des divisions territoriales, des cosmologies inversant l'intérieur et l'extérieur, mais aussi des expressions du visible et de l'invisible qui sont scrutées au prisme de cette notion. Le second volet, consacré à l'anthropologie de la nocturnité, émane en partie du précédent puisqu'il interroge la nuit – souvent négligée des anthropologues endormis – non pas comme un état stable en simple alternance avec le jour mais comme un lieu de propriétés particulières pouvant déborder l'obscur et surgir en plein jour, bouleversant les frontières communément reconnues. Renversant le primat trop systématiquement accordé à une perspective diurne, le volume propose de nouvelles explorations, toujours sérieuses, parfois ludiques, de la vie nocturne: dans l'œuvre de Shakespeare et chez les chamanes de l'obscurité, chez les adeptes de l'hypnose, les guerriers nyctophyles ou les saintes en voie de métamorphose. Il y est question de l'apparition de l'éclairage artificiel dans des sociétés traditionnelles, ou encore de savoirs poétiques émergeant de la nuit.
L'ouvrage réunit un ensemble de travaux consacrés aux discours et aux langues d'Amazonie et du monde maya, rédigés par des spécialistes de renommée internationale. Les analyses abordent des thématiques phares de l'anthropologie linguistique, à partir d'études de cas issues d'enquêtes de terrain ou d'archives. Des aspects structurels de certaines langues amérindiennes – portant notamment sur l'espace, le temps ou l'agentivité – sont examinés dans une approche discursive et pragmatique. Différentes formes orales, en particulier celles de registres rituels, mais aussi mythiques ou conversationnels, sont étudiées tant pour leurs qualités poétiques que pour leurs modes spécifiques de significations et d'efficacité. La polyphonie énonciative ainsi que l'intertextualité de ces paroles sont mises en lumière, de même que les usages de la vocalité, de la gestualité et d'autres modes co-expressifs de la communication. L'ouvrage met en valeur les paroles étudiées dans leur langue originale et s'interroge, dans une perspective réflexive à la fois contemporaine et historique, sur les révélations et effets produits par la traduction de langues si éloignées des nôtres. Le livre est dédié à Aurore Monod Becquelin, américaniste et ethnolinguiste dont les contributions essentielles aux différents domaines abordés constituent une source d'inspiration pour les auteurs. L'introduction et le chapitre final offrent une présentation historique inédite du parcours de cette chercheuse et du champ des études qu'elle a largement contribué à fonder et à animer en France, en dialogue constant, depuis plus de cinquante ans, avec ses terrains et ses collègues du proche et du lointain.
Ce diptyque réunit un ensemble pluridisciplinaire de travaux consacrés aux langues et discours d'Amazonie et du monde maya, ainsi qu'à la notion de frontière épaisse et à l'anthropologie de la nuit. Les contributeurs, spécialistes reconnus, s'inspirent ainsi de l'œuvre de la dédicataire de l'ouvrage, Aurore Monod Becquelin, figure pionnière de l'anthropologie américaniste et cheville ouvrière du développement de l'ethnolinguistique en France.À partir d'études de terrain et d'archives, le premier volume explore des thématiques phares de l'anthropologie linguistique, en privilégiant une approche discursive et pragmatique. Différentes formes orales – rituelles, mythiques ou conversationnelles – sont examinées afin de décrypter les mécanismes de leurs agencements linguistiques, poétiques, intertextuels et co-expressifs. Le volume met en valeur les extraits en langue originale ainsi que les enjeux de la traduction de langues très éloignées des nôtres.À partir d'une plus grande diversité de terrains, le second volume nourrit la réflexion sur la frontière épaisse, perçue comme un espace de transitions hétérogènes et productives de sens, une notion susceptible d'éclairer les dynamiques d'espaces, de temps, d'états de la vie ou encore de savoirs. Ce concept est mis en œuvre à travers les états de guerre et de paix, des études sur le territoire, les cosmologies inversées ou encore les expressions du visible et de l'invisible. Le volume embraye ensuite sur l'anthropologie de la nocturnité, pour explorer la nuit non comme simple alternance diurne, mais comme lieu de propriétés spécifiques, parfois débordant dans le jour. Qu'il s'agisse de chamanes de l'obscurité, de pratiques hypnotiques, de guerriers nocturnes ou encore de saintes en voie de métamorphose, les analyses interrogent les effets profonds de la nocturnité. Le recueil est enrichi par des interludes poétiques, ludiques, graphiques et musicaux.
Les Suruí du Rondônia sont un petit peuple amérindien du sud de l'Amazonie qui, comme nombre de ses voisins, a vu son environnement et ses moyens de subsistance bouleversés par la colonisation agricole qui a submergé cette région depuis les années 1970. Quarante ans après leur premier contact pacifique avec la société brésilienne, la plupart des Suruí disent avoir abandonné leur culture et ne plus la pratiquer que pour l'exposer au regard des quelques visiteurs étrangers qu'ils reçoivent. Pourtant, les Suruí chantent et rechantent quotidiennement des œuvres de leurs grands hommes, anciens ou contemporains. Quel est l'objet de ces chants? À quelles conditions pouvait-on en composer? Pourquoi les affrontements guerriers et la consommation de bière fermentée étaient-ils les principales occasions de production lyrique? Pourquoi la parole chantée jouit-elle d'un poids ontologique et mnémonique incomparable dans cette tradition? Comment ces chants structurent-ils la mémoire historique des Suruí? S'appuyant sur une ethnographie minutieuse des pratiques guerrières et des fêtes de boisson, l'analyse linguistique, stylistique et pragmatique de ces chants et des récits dans lesquels ils s'insèrent révèle un régime d'historicité original et persistant, probablement partagé par d'autres populations amazoniennes.
Comme de nombreuses autres communautés paysannes amérindiennes de l'État de Oaxaca au Mexique, les Mixe réalisent régulièrement des sacrifices de volailles pour solliciter l'aide d'entités de la nature dans des contextes politiques, agricoles et thérapeutiques, ou en lien avec des étapes du cycle de vie. La diversité des finalités poursuivies soulève plusieurs questions. Pourquoi ces demandes exigent-elles des participants l'ascension d'une montagne avant de partager des repas rituels? Pour quelles raisons faut-il que le sang des animaux soit répandu sur des dépôts cérémoniels élaborés selon une comptabilité complexe? Pour répondre à ces interrogations, l'enquête restitue les discours rituels prononcés en langue vernaculaire en les reliant aux actions exécutées par les participants. Par-delà la description des gestes et des parcours réalisés par les humains, l'enjeu est de découvrir quelles actions les Mixe attribuent aux destinataires des sacrifices, et notamment à " Celui qui fait vivre ". Ce sont ces entités qui, bien qu'en partie invisibles, donnent sens, par leur présence et les pouvoirs qu'on leur prête, à l'organisation rituelle. Au fil des pages, le lecteur découvre comment les humains se coordonnent avec ces partenaires d'un genre particulier pour réaliser certaines activités: partager des repas, occuper des fonctions dans l'équipe municipale, faire croître le maïs ou protéger les enfants... Tandis que le " champ " implique une activité synchronisée de la part de tous les partenaires, le " chemin " renvoie à une organisation politique dans laquelle chaque nouvelle génération prend le relais de celle qui la précède.
Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l'Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l'américanisme tropical. Si l'ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu'il s'agisse de l'introduction du football dans les villages amérindiens ou de l'implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l'implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d'éthique sont également très présentes dans ces "trophées" dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l'ethnologie et de l'indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l'attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s'immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.
Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l'Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l'américanisme tropical. Si l'ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu'il s'agisse de l'introduction du football dans les villages amérindiens ou de l'implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l'implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d'éthique sont également très présentes dans ces "trophées" dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l'ethnologie et de l'indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l'attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s'immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.
Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l'Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l'américanisme tropical. Si l'ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu'il s'agisse de l'introduction du football dans les villages amérindiens ou de l'implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l'implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d'éthique sont également très présentes dans ces "trophées" dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l'ethnologie et de l'indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l'attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s'immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.
Dans le massif de l'Ausangate, au sud du Cuzco (Pérou), à près de 5 000 mètres d'altitude, vivent des populations d'Indiens quechuaphones. Semi-nomades, ils pratiquent l'élevage extensif de camélidés andins (lamas, alpagas) et de moutons. Ce sont des " bergers des Terres Hautes ", capables de survivre dans des conditions de vie très difficiles.
Les représentations religieuses et les rites de ces bergers gravitent autour de la figure centrale de l'altumisayuq, ou chamane andin. Notre étude portera donc sur le chamanisme, considéré en tant que " système idéologique ", c'est-à-dire système d'idées et de valeurs, rendu effectif par l'exercice rituel et étroitement lié à la praxis quotidienne de ces bergers, à leur système de production et de reproduction sociale. Nous nous efforcerons de rendre raison de ce qui fait, aux yeux des bergers, la pertinence des représentations et des rites.
Nous aborderons la question du sens de ce que l'on a pris l'habitude d'appeler, en anthropologie, les " croyances en apparence irrationnelles ", enjeu classique et majeur de la recherche qui alimente, dès le XIXe siècle, d'importants débats au sein de la discipline.
L'ambition de ce livre est de faire une desciption précise et détaillée des rituels chamaniques des Sharanahua, peuple d'Amazonie occidentale. Cet ouvrage retrace les différentes étapes de l'apprentissage de ce savoir rituel, depuis la petite enfance jusqu'à l'initiation finale. Au lieu de prétendre reconstruire une illusoire "pensée sharanahua", l'auteur expose la manière dont les chamanes eux-mêmes conçoivent et appréhendent leurs propres savoirs, puis tente d'expliquer comment l'apprentissage de cette "épistémologie" forme l'une des conditions de la transmission de la tradition rituelle.
S'intéresser au fait religieux contemporain dans les Andes, et en particulier aux questions relatives à la mort, renvoie inévitablement au passé et au culte préhispanique des ancêtres. Doit-on pour autant se laisser séduire par l'idée d'une résistance culturelle andine pluriséculaire à la christianisation ?
Tout en privilégiant l'analyse des rites et de la tradition orale quechua sur les morts dans leur contexte social actuel, un retour sur l'histoire de l'évangélisation nous aide à comprendre l'articulation entre héritages autochtones et apports européens. Ainsi, le culte des ancêtres, au cœur de l'ancienne religion, bien que détruit par l'Église coloniale et n'existant plus en tant que tel, s'est partiellement recomposé pour donner naissance à un complexe idéologique compatible avec le catholicisme.
L'objet de ce livre est de saisir le caractère singulier de ce christianisme andin — ni pâle copie du catholicisme européen, ni simple masque qui occulterait le maintien de croyances anciennes prétendument plus authentiques. Au-delà d'une chronique sur la mort dans les Andes, il s'agit de mettre au jour les dynamiques sociales qui traversent les communautés paysannes étudiées. Les narrations sur les morts sont un support de la mémoire et de l'histoire régionale. Elles sont comme un miroir dans lequel se reflètent les expériences vécues, les maux et les espoirs des vivants.
Les Indiens chimane d'Amazonie bolivienne manifestent une vision du monde et de l'humanité fondée sur une topologie complexe, en harmonie avec la morphologie extrêmement contrastée de l'espace qui les entoure. Dans cette culture, où beaucoup de classifications sont conçues sur un mode spatial selon les mêmes principes que ceux régissant la cosmologie, certaines notions comme celles d'intérieur et d'extérieur s'avèrent fondamentales. Dans le domaine de l'organisation sociale, la société chimane, bien que relevant du type dit "dravidien" fort courant en Amazonie, exhibe des modalités de fonctionnement originales dont la compréhension requiert un traitement théorique préalable de portée plus générale. L'ouvrage monographique offre une ample analyse de l'organisation sociale et spatiale de cette société.