Ce nouveau numéro de la revue Siècles nous conduit à questionner et à redéfinir la notion d'" identification de l'ennemi " dans les conflits armés, qu'il soient intérieurs ou extérieurs, à la lumière de ce qu'elle signifiait dans plusieurs moment
La présente livraison souhaite nourrir une refonte du discours historien sur " l'inexorable montée " du pouvoir de la technique sur la vie sociale : évolution linéaire du rôle de l'expertise du Moyen Âge à nos jours, ou bien une rupture décisive de part et d'autre de l'entrée dans l'ère industrielle ?Les différents articles sont autant de jalons pour une prise en compte du contexte dans l'appréhension de ce que peuvent être une relation d'expertise et du rôle social de la rationalité dans la production des arbitrages, que ce soit sur des enjeux juridiques, fiscaux, d'aménagement du territoire ou de politique économique.Dans le dire, il y a déjà une emprise. Dans l'emprise, il y a la possibilité de dire. L'un ne va pas sans l'autre. Tout l'intérêt de cette problématique, et des études qui l'illustrent ici, est de montrer que l'expertise est à la fois ce qu'elle donne à voir, une tentative de saisie intelligente et intelligible du réel, et aussi, tantôt ouvertement et tantôt plus discrètement, la comédie de la légitimation de l'ordre qu'elle sert à construire. En ce sens, une histoire critique de l'expertise est bien d'une urgente nécessité.
À la croisée des sciences humaines, ce numéro contribue à une réflexion sur la construction d'une histoire des lectures militantes. Celle-ci se propose d'explorer les relations entre engagements et pratiques de lecture et tout particulièrement d'appréhender la place de la lecture autant dans les pratiques militantes que dans la construction d'univers culturels à l'échelle de militants appartenant à des sphères syndicales, politiques, religieuses diversifiées. Si elle prend en compte les prescriptions de lectures normatives des structures syndicales et politiques, elle cherche aussi à cerner la réalité des pratiques de lecture dans l'itinéraire militant pour en étudier les modalités diverses d'appropriation. Enfin, elle réexamine le rôle du livre dans " l'agir militant ", et se faisant incite à dépasser les seules références philosophiques, à porter attention à d'autres supports que le livre et à d'autres finalités telles que la construction identitaire. En somme, c'est une histoire des lectures militantes inscrite dans une histoire sociale des idées qui se dessine.
Jeunesse et pouvoirs à l'époque contemporaine (19e-20e siècles)
L'histoire n'a pas raté la thématique de la jeunesse. Même si elle apparaît parfois à la remorque de la sociologie ou de la psychologie qui en ont fait une catégorie épistémologique et heuristique majeure, elle a, non sans tâtonnements ni hésitations, pris à bras le corps l'objet jeunesse et l'a ausculté sous toutes les coutures.Ainsi, les communications réunies dans ce numéro illustrent, chacune à sa manière, la multiplicité des regards qui se focalisent sur des jeunes qui, quels que soient leur origine et leur devenir social, sont perçus comme une catégorie à la fois dangereuse et prometteuse, mais aussi à l'occasion comme une catégorie à conquérir, voire à soumettre par la force. Car la relation de " la jeunesse " - ainsi définie par les mots des autres - aux différents pouvoirs est équivoque : en face du jeune conquérant, du type " Rastignac ", décrit par certaines contributions, apparaît la figure du jeune soumis à un contrôle de différentes institutions, pas toujours bienveillantes envers une classe d'âge associée de tout temps à l'idée de déviance. Famille, justice, partis, syndicats, patronages, clubs sportifs, réformateurs sociaux : cet inventaire - susceptible d'enrichissements nombreux et variés - donne à voir combien " la jeunesse " est soumise à des contrôles et des enrôlements, est l'objet d'enjeux permanents et renouvelés, et constitue bien un " objet social " dont la transformation en sujet autonome ne se fait pas sans contrainte...
La Révolution d'Octobre a longtemps monopolisé la référence révolutionnaire en Europe de l'Est. Mais, depuis le 19e siècle jusqu'aux événements de 2004 en Ukraine, de nombreux épisodes historiques peuvent être qualifiés de " révolutionnaires ", si l'on accepte qu'une révolution peut être libérale et démocratique, et que ses visées idéologiques ne sont pas nécessairement utopiques ou, à l'inverse, totalitaires. Ce recueil, auquel contribuent historiens, politistes, littéraires et juristes, propose d'éclairer la complexité de ce qui se nomme " révolution ", tant dans les discours que dans les pratiques.
Vivre avec l'ennemi. La cohabitation de communautés hétérogènes du 16e au 19e siècle
Qu'advient-il lorsque l'ennemi, désarmé, devient le voisin, le passant, le voyageur, le domestique ou le partenaire, ceci avant même que la mémoire des conflits passés ne soit estompée ? Ou bien lorsque les sujets d'un même souverain se voient dans l'obligation de cohabiter au lendemain d'une guerre civile ? Ou encore lorsque la cohabitation devient invivable, les conflits n'étant pas éteints ? De telles situations se sont produites et se produisent encore de manière si fréquente que la question de la cohabitation avec l'ennemi mérite d'être posée dans un cadre chronologique et géographique suffisamment large pour que les modes relationnels, les mécanismes d'intégration ou d'exclusion, les attitudes communicatives et les diverses représentations de l'altérité puissent constituer des objets d'interrogation, au-delà même des contextes dont ils émanent.
Le 25e numéro de la revue Siècles, Faire la route (3e-20e siècle), réunit les contributions de sept historiens et d'un anthropologue autour du thème de la route afin de rendre compte des multiples approches conceptuelles que suscite cet objet historique.
Techniques et technologies. Nouvelles approches de recherche
L'histoire des techniques est en train de réapparaître dans notre vision actuelle de l'histoire. Souhaitant ne céder ni à l'apparente fatalité des documentations inexplorées, ni à de trop belles évidences historiographiques, le volume rassemble des auteurs travaillant aux limites de leurs champs disciplinaires. Il s'agissait d'attirer l'attention sur la vaste période médiévale, en retravaillant quelques repères à destination des étudiants-chercheurs ; si les périodes moderne et contemporaine tiennent une place apparemment moindre, elles fournissent cependant la matière de questionnements essentiels et de croisements méthodologiques indispensables. L'ensemble affirme la place du concret au sein de la recherche, en relativisant le poids des écrits et des concepts produits par les "élites".
Le volume s'inscrit dans le contexte d'un renouvellement historiographique qui, depuis une vingtaine d'années déjà, fait de la mémoire un objet d'étude privilégié par les spécialistes de l'histoire politique contemporaine. Dans les périodes de crise politique, en France comme à l'étranger, la mémoire révolutionnaire est réactivée, instrumentalisée et souvent modifiée. Présente dans le discours politique, la presse, la production artistique ou la statuaire publique, la référence révolutionnaire sert de modèle, ou de repoussoir, à ceux qui, dans des temps troublés, cherchent à conquérir ou à conserver le pouvoir. Ainsi, c'est parce que les soubresauts politiques des 19e et 20e siècles ont réactualisé cette révolution, dans une relation complexe et interactive entre passé et présent, qu'elle joue bien la fonction de matrice politique de l'époque contemporaine. Au sommaire : M. Bernard, "La Révolution française. Mémoires et miroirs" ; M.-C. Baquès, "Le double mythe de Saint-Just à travers ses mises en scène" ; E. Fureix, "Regards sur le(s) régicide(s), 1814-1830. Restauration et recharge contre-révolutionnaire" ; C. Domingues, "Du bon usage de la Révolution. Un ibériste portugais en 1868" ; J.-N. Ducange, "Karl Kautsky et le centenaire de la Révolution française" ; F. Daucé, "Révolution française et perestroïka. La légende de 1789 dans les reconfigurations politiques russes".
Regards sur les sources. Histoire moderne et contemporaine
Le volume donne la parole à de jeunes chercheurs, qui expliquent leur démarche dans la constitution et l'exploitation de leurs sources. Les domaines abordés vont des itinéraires individuels ou familiaux à l'histoire sociale du culturel, en passant par celle des postérités ou de la démographie. La part est faite à l'histoire comparée et à l'approche qualitative. Au sommaire : G. Lemétayer, "Histoire des familles et histoire des minorités : Les Vieux, de Paray-le-Monial au refuge" ; G. Goudot, "Le personnel clunisien en France à la veille de la Révolution. Sources, méthode et premiers résultats d'une enquête" ; F. Derne, "Lumières et émigrations : les itinéraires culturels du comte d'Espinchal" ; C. Triolaire, "Aux sources d'une province festive et théâtrale pendant le Consulat et l'Empire" ; F. Boyer, "Généalogie documentaire d'une mouvance politique au XIXe siècle : le cas des fayettistes" ; A. Lonjon, "Identification et catégorisation : les élites catholiques du Puy-de-Dôme au XIXe siècle" ; J.-L. de Ochandiano, "Processus identitaires dans le monde ouvrier (1848-1940). Le cas du Bâtiment de Lyon" ; M.-C. Cheminot, "Les tribunaux pour enfants et adolescents et les mineures délinquantes en Auvergne de 1912 à la fin des années 1960".
Représentations de l'autre et relations internationales, France-Espagne, 19e-20e siècles
Au sommaire : J.-P. Luis et A. Niño Rodriguez, "Introduction – Percevoir et décider : le rôle des images et des stéréotypes nationaux dans les relations hispano-françaises" ; J.-P. Luis, "La France admirée, rejetée et redoutée : la perception de l'Autre dans la diplomatie espagnole des années 1830" ; A. Delgado Larios, "L'Union Libérale et l'image de la France impériale (1856-1859)" ; P. Géal, "Barcelone 1888-Paris 1889. L'image nationale à l'épreuve des expositions universelles" ; A. Niño Rodriguez, "Bâtir des châteaux… en France, ou la naissance du Collège d'Espagne à Paris" ; J. Cuesta, "Radiographie d'un coup d'état : juillet 1936" ; R. Duroux, "L'ethnopsychologie comparée au service de la paix. Le pari de Salvador de Madariaga" ; L. Delgado Gomez-Escalonilla, "L'Espagne franquiste au miroir de la France : de l'ostracisme à l'ouverture internationale" ; E. M. Sánchez Sanchez, "Toujours si différente ? Les autorités françaises et le miracle économique espagnol des années 1960".