Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à " passer à autrechose ", tel était l'usage jusqu'alors dans les hôpitaux européens. Depuis le début des années 1990, Apprendre à " faire son deuil ", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale : en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte ? Un si ...
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1. Une petite révolution symbolique Un état des lieux Le tournant des années 1980-1990 Des initiatives professionnelles Des évolutions contradictoires ? Des usages du corps comme formule de compromis ?
2. Re-présenter les morts : rupture et continuité Un coup d'arrêt au déni de la mort La mise en représentation néonatale actuelle et ses justifications Un volontarisme institutionnel sans précédent Un volontarisme réservé aux bébés L'appropriation irrépressible par le regard profane
3. Deux explications insatisfaisantes Une demande introuvable Une vérité scientifique indécidable Ambition scientifique et aspiration normative
4. Théorie psychanalytique et clinique médicale D'une psychanalyse à une psychologie du deuil La spécificité des deuils d'enfants Une " médicalisation " du deuil ?
5. Valorisation de l'enfant et souffrance des mères La reconnaissance de la souffrance des mères L'enfant désiré La promotion de l'enfant Une souffrance historiquement construite ? " Des femmes qui pleurent avec d'autres femmes "
6. La dure administration des restes La vie et la mort à l'hôpital Une réévaluation de la valeur du vivant Les soignants ou la dure administration des " restes " La " biopolitique déléguée " : des soignants au front des pratiques sociales Contraintes et ressources propres du monde médical L'ardente obligation au " projet d'enfant " Affronter les apories du projet d'enfant Maîtriser ou déléguer la gestion de l'arbitraire ?
7. Un retour au passé ? Des scansions successives À la recherche de compromis Entre désincarnation et naturalisme : le corps
Conclusion
Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à " passer à autrechose ", tel était l'usage jusqu'alors dans les hôpitaux européens. Depuis le début des années 1990, Apprendre à " faire son deuil ", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale : en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte ? Un simple retour au passé ? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage : le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts ? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités ?