Ce volume rassemble une série d'articles ayant pour point commun de proposer une vision complexe des modes de présence du droit. Le droit n'y est jamais saisi comme une évidence ou comme un simple révélateur de mutations et rapports sociaux qui l'engloberaient. Les contributions, théoriques et empiriques, ont pour point commun de montrer comment les acteur·ices du monde social mettent à l'épreuve, dans leur pratique et leur discours, la réalité même de l'institution juridique et ses frontières. Qu'il s'agisse de s'intéresser à des espaces sociaux ordinaires ou des scènes proprement judiciaires, les articles décrivent les ambiguïtés du droit, la variabilité de sa réalité et de sa matérialité, les inquiétudes des acteurs quant à sa nature et à l'adéquation des pratiques qui s'appuient sur sa justification. Les concepts issus des sciences sociales d'inspiration pragmatique et pragmatiste ouvrent ainsi la voie à une conception renouvelée de la norme juridique, libérée des regards nostalgiques et essentialisants quant à la véritable nature du droit.
Ce volume rassemble une série de contributions théoriques et empiriques qui explorent les relations plurielles qui peuvent se nouer entre souci de soi et souci du monde, souvent envisagés comme motifs concurrents ou depuis des oppositions duales entre " intérêts privés " et intérêt général.Or chez J. Dewey et les auteurs pragmatistes, l'épanouissement passe par la possibilité pour les individus de prendre part à des réalisations collectives. C'est peut-être même une caractéristique des régimes non démocratiques de rendre impossible cette convergence entre contributions individuelles et du bien commun.On documente ainsi la façon dont les engagements circulent entre différentes sphères de la vie (travail, famille, santé, religion, vie associative, vie de quartier, vie publique, etc.); comment différentes échelles peuvent être mobilisées et se connecter dans ces processus d'engagement; et l'inscription des engagements dans des formes d'expérimentation, de révision, où se testent ces passages et ces connexions.Il s'agit ainsi de prolonger le questionnement sur le rapport au politique en se plaçant en deçà des problèmes publics et des mobilisations collectives ou, du moins, en envisageant depuis l'expérience en première personne le sens des engagements dont ces publics mobilisés peuvent être parfois un moment ou un aspect.
Les approches classiques de la sociologie de Norbert Elias ont avant tout mis l'accent sur la dimension historique des processus sociaux. Celle-ci n'est pourtant compréhensible qu'à condition de mesurer combien elle est portée par une conception résolument sociologique de l'action. Le processus de civilisation n'est jamais achevé, la construction des États-nations n'est jamais terminée, la formation d'un sur-moi qui gouverne l'autocontrainte n'est jamais aboutie: on néglige trop souvent que ces processus s'effectuent à travers une activité que la société exerce sur elle-même et qu'il convient précisément de décrire. Ce livre revient sur les nouages complexes entre sociologie historique et sociologie de l'action dans la description du déploiement de notre modernité politique.
Elles sont vues comme une véritable force organisatrice qui permet d'unifier des sensations, des actes et des événements épars dans la totalité de l'expérience. En un sens, toute émotion peut donc être dite sociale. Mais à quel moment devient-elle collective?L'analyse des émotions collectives concerne précisément le qualificatif " collectif ", qui renvoie à une très grande hétérogénéité de phénomènes et pose ainsi problème. Si l'une des caractéristiques communes des émotions dites " collectives " est d'être " partagées " ou encore éprouvées " ensemble ", il reste à clarifier ces termes qui sont d'une grande ambivalence sémantique. En effet, les émotions ne peuvent pas être partagées comme peuvent l'être un bureau ou un repas. Et tout comme il y a plusieurs manières de partager un chagrin, une joie, une peur, une indignation, il y a plusieurs manières d'être, d'agir et de subir " ensemble ".Les enquêtes théoriques et empiriques que présente ce volume déploient les différentes significations du terme " collectif " quand il s'agit des émotions, de mesurer leur pertinence et d'évaluer leur portée heuristique. Il est ainsi question des attentats, du populisme, du Téléthon.
Ce que nous pointons, ce n'est pas la variabilité qui émerge nécessairement d'une enquête empirique, et qu'un chercheur s'attache en partie à réduire. Ce ne sont pas non plus les interdépendances entre des formes de matérialité non sociales et les objets que les sciences sociales ont placés au cœur de leur investigation (cultures, groupes, institutions, interactions sociales, dispositions). Par hétérogénéité profonde nous entendons cette consistance particulière des objets qui, associant les unes aux autres des entités aux capacités modulables relevant de catégories différentes, parfois au-delà de dualités fortement établies (matière et langage, nature et culture, technique et politique), obligent les chercheurs à imaginer les notions et les méthodes propres à les appréhender. En somme, des objets " composés ".Pointer cette hétérogénéité et s'y affronter a été une préoccupation de Michel Foucault, Gilles Deleuze et Félix Guattari, puis de la théorie de l'acteur-réseau, de la sociologie des régimes d'engagement, et plus récemment de l'anthropologie des agencements globaux. Mais les fronts aujourd'hui se déplacent. Venant de différents horizons de l'anthropologie et de la sociologie, issus des mondes anglophones et francophones, des chercheurs éprouvent le besoin de re-conceptualiser les notions et de redéfinir les enquêtes qui leurs sont associées. Trois directions s'en dégagent, autour de trois concepts clefs - agencements, dispositifs, assemblages –, qui construisent un regard inédit sur les lieux où règnent les objets composés: des expériences de la vulnérabilité aux lieux d'énonciation du droit, des laboratoires scientifiques à l'expression des impératifs religieux, des milieux urbains, industriels et agricoles à l'exercice du pouvoir politique. Ainsi émerge un espace de recherches, dont ce numéro met en évidence les choix, les éclairages et les manières de faire.
Au mythe de la dissociation de l'État et de la société, les sciences sociales sont obligées d'opposer une autre conception de l'État qui le maintient dans une étroite dépendance de l'ensemble social dont il est un élément de diff érenciation. État et société ne sauraient par conséquent être considérés comme deux entités de nature équivalente, car l'un est contenu par l'autre. Cela n'empêche pas toutefois de reconnaître à l'État une place prééminente et de concevoir qu'il participe à la reproduction des rapports sociaux de pouvoir. La perspective sociologique donne ainsi à l'État une physionomie particulière. Elle fait porter des exigences fortes sur l'enquête empirique. Elle modifie également profondément le concept de l'État lui-même.Les contributions à ce volume, qui proviennent de la plume de juristes et de politistes, d'anthropologues, de sociologues et de philosophes, ont en commun d'assumer cette perspective dans ses attendus et ses conséquences. Elles jettent ainsi une lumière plus réaliste aussi bien sur la genèse historique de l'État, telle qu'elle procède de l'avènement des sociétés modernes, que sur l'expérience politique que nous faisons, dans la vie sociale telle que nous connaissons aujourd'hui, de l'État et du rôle qu'il y joue comme institution.
À partir de l'analyse de la crise de la démocratie engendrée par l'explosion de la dette publique proposée par le sociologue allemand Wolfgang Streeck dans Du temps acheté, qui publie dans ce volume un essai inédit en langue française, C. Crouch, J. Habermas, R. Boyer, B. Karsenti, B. Lemoine, M. Cuillerai, J.-M. Rey et Y. Duroux ordonnent leurs réflexions autour de trois questions: est-il possible de réguler un capitalisme financier qui s'est largement émancipé du cadre étatique au sein duquel s'était construit le compromis d'après-guerre entre capital et travail? L'intégration européenne est-elle un obstacle ou un atout pour remettre une économie globalisée sous contrôle démocratique? Comment le néolibéralisme, en faisant pénétrer les logiques marchandes jusque dans la subjectivation des citoyens, altère-t-il le principe de cohésion des sociétés démocratiques contemporaines et, partant, le type de réflexivité et d'action politique qui peuvent avoir prise sur leur devenir?L'enjeu de ce dossier est de remettre au premier plan du questionnement des sciences sociales le lien que l'économie entretient avec la politique, les dangers qu'un capitalisme livré à lui-même représente pour les démocraties modernes, mais aussi la capacité des États à le mettre à contribution pour la construction d'une société politique juste.
Les études d'histoire et d'autres sciences sociales (sociologie, philosophie) rassemblées dans ce volume couvrent des périodes et des domaines très différents. Elles se situent dans un mouvement récent de réinterrogation des pratiques à partir de la pragmatique et du pragmatisme. En assumant le pluralisme constitutif de la démarche pragmatiste, les auteurs abordent de manière expérimentale et réflexive les questions que posent l'étude des pratiques et celle des façons de les concevoir.
Le volume propose un parcours allant des pratiques qui produisent les sources à la généalogie de la pensée de l'action, des formes de l'enquête dans des univers controversés aux réinterprétations des catégories sociales par les acteurs, des actes et des actions à des phénomènes historiques à grande échelle, sans oublier les pratiques du passé réactivées comme base de la recherche.
Au-delà de leurs différentes logiques épistémiques, les contributions partagent une même préoccupation de fond: proposer des chemins d'enquête qui rompent avec les versions téléologiques ou préjugées de l'histoire. Elles explorent ce faisant des configurations qui n'enferment jamais complètement les acteurs, même lorsqu'ils opèrent dans des mondes très contraignants, qu'il s'agisse d'institutions et de normes, de structures et de groupes sociaux, de concepts temporels et de catégories cognitives. Le primat conféré à l'expérience et à son contexte ainsi que l'attention portée à leurs qualifications par les acteurs apparaissent comme des éléments communs aux différentes formes d'histoire pragmatique.
Ces dernières années, un débat sur la place de la religion dans les démocraties libérales s'est engagé dans le monde intellectuel. Si certains ont parlé d'un Âge séculier et d'autres d'une " société post-séculière ", c'est parfois la dynamique même de sécularisation de l'espace public qui semble avoir été remise en cause. Plus profondément, ce sont les rapports entre religions, sciences et démocraties qui ont été questionnés.En faisant délibérément usage de ces termes au pluriel – pour indiquer qu'il existe différentes formes de religion, plusieurs genres de sciences et plusieurs conceptions de la démocratie – les contributions rassemblées dans ce volume entendent sonder ces rapports et cette pluralité. Le lecteur y trouvera la traduction française de plusieurs interventions de John Dewey sur l'anti-naturalisme et la religion, des contributions de pragmatistes contemporains et des enquêtes sur le rôle public de la foi ou sur la mise en cause de l'autorité épistémique des sciences, aussi bien aux États-Unis, qu'en Europe et en Afrique du nord.
L'esprit n'est pas tant une entité fantomatique qu'une modalité de l'action et de l'interaction avec l'environnement, qu'il soit naturel ou social. Il ne s'agit pas de nier l'existence des processus et des états mentaux, mais plutôt de contester la vertu explicative du recours à de tels processus ou états : les invoquer dans une explication du comportement n'élucide pas le mental, car seule une grammaire des capacités mentales peut le faire. L'analyse grammaticale des termes mentaux de notre vocabulaire ordinaire fait en effet voir l'esprit comme un faisceau de capacités qui se déploient dans les pratiques et la communication.Une telle conception sociale de l'esprit a été développée par différentes approches en philosophie, et en sciences humaines et sociales, notamment par Wittgenstein et les néo-wittgensteiniens, par les pragmatistes américains, par les promoteurs de la psychologie et de l'anthropologie écologiques, ou par ceux de la psychologie culturelle. Elle permet d'ancrer l'esprit dans la nature d'une autre façon que les courants néo-cartésianistes aujourd'hui florissants : l'esprit et ses manifestations ne relèvent pas d'une sphère sui generis close sur elle-même, mais se déploient comme des modalités des pratiques humaines et sociales.
L'Expérience des problèmes publics, dans un premier temps, rend accessibles des travaux classiques de sociologie des problèmes sociaux, en insistant sur le moment-clef des années 1960 et 1970 aux Etats-Unis. En faisant le point sur les études sur la déviance comme problème social avec Howard Becker et en traduisant trois textes sur les disputes autour du sens par Joseph Gusfield, sur l'histoire naturelle par Malcolm Spector et John Kitsuse et sur la micropolitique du trouble par Sheldon Messinger et Robert M. Emerson, plusieurs programmes de recherche sont introduits. Ces travaux sont recadrés par rapport à une histoire de ce domaine de sciences sociales, son ancrage dans la tradition de Chicago, la critique qui s'y déploie des recherches sur la désorganisation ou sur la pathologie sociale et la transformation qu'il connaît à l'épreuve des recherches interactionnistes ou ethnométhodologiques. Le programme pragmatiste, hérité de John Dewey, est réactivé afin de mettre en relation la question de la " constitution des problèmes sociaux " avec celle de l'émergence de " publics " et de leur inscription dans des arènes publiques. Dans le prolongement de cette mise au point historique, huit textes sont proposés, centrés autour de la question de l'expérience des problèmes publics. C'est d'une part la question de l'émotion, de la perception et de l'évaluation qui est mise en avant sur des terrains aussi divers que l'aménagement du bayou de la Nouvelle-Orléans, l'apparition et la profusion des algues vertes en Bretagne, le traitement des troubles musculo-squelettiques et les choix narratifs des scénaristes de télévision. C'est d'autre part le travail de publicisation des problèmes publics qui est examiné, et la multitude des activités de critique, revendication, dénonciation ou mobilisation qu'il abrite, sur plusieurs cas : la couverture médiatique du mouvement universitaire de 2009 en France et la catastrophe naturelle de Gondo en Suisse, l'établissement d'une vérité des faits sur les disparus au Chili et les conflits autour du terrorisme et de sa répression pendant les années de plomb en Allemagne. Au bout du compte, ce sont différentes figures d'expérience publique et d'expérience du public qui seront explorées.
L'éthique du care s'inscrit dans un mouvement de réhabilitation des émotions et des sentiments dans la théorie morale et sociale. ; elle légitime ce qui relève du domaine privé comme politique. L'édition 2006 du livre Le souci des autres a été accueillie avec un grand intérêt par des publics divers, tant au sein du monde académique (en philosophie, en sciences sociales et humaines) que du monde professionnel (santé, travail social, assurances, handicap). Mais l'éthique du care a également suscité des réactions d'incompréhension voire d'hostilité notamment dans le monde médiatique et politique, qui depuis opèrent un retour. Les auteurs font le point sur l'accueil passé et présent. Outre une nouvelle préface, le livre publie un texte de Carol Gilligan, dont le livre fondateur In a Different Voice avait servi de base de réflexion à la plupart des contributions. Cette nouvelle édition, attendue, est aussi l'occasion pour les auteurs de défendre une politique du care qui impliquerait une transformation des priorités politiques.