Les représentations de la langue française et les imaginaires qui les entourent évoluent au XVIIIe siècle. La comparaison de la langue avec un corps est un leitmotiv des théories et des fictions. Ce numéro explore cette analogie pour en percer les enjeux.
Les représentations de la langue française et les imaginaires qui les entourent évoluent au XVIIIe siècle. La comparaison de la langue à un corps et l'expression le corps de la langue reviennent tels des leitmotive dans les écrits théoriques et fictionnels. Ce numéro explore cette analogie afin d'en analyser les fondements, les enjeux et les mutations. Les Lumières remettent en question l'idéal de fixité, d'ordre et de clarté prôné par la langue dite classique. La Révolution impose la présence du corps charnel et l'image de la langue comme entité sociale et unité de la nation. L'époque souligne des pratiques situées et incorporées dans un usage plus quotidien et créatif de la langue. La fin du siècle cherche à penser la langue du côté du mouvement et de l'énergie, du désordre et de l'opacité, de la folie et de la poésie, moins les mots eux-mêmes que les voix incarnées qui les énoncent.
Comment le XVIIIe siècle a-t-il tenté de penser voire de façonner le réel par le détour de la mise à distance, antique et/ou utopique ? Du roman égyptien à Volney en passant par Wieland, Goethe ou encore Hölderlin, les œuvres qui y sont examinées mettent les modèles et les mythes antiques à l'épreuve des enjeux propres au siècle des Lumières. Qu'il s'agisse de fictions, de textes poétiques, d'études à visée scientifique ou encore d'oeuvres à portée éducative et politique, les études rassemblées dans le dossier fournissent un aperçu représentatif des dynamiques d'actualisation au XVIIIe siècle.
Les contributions traitent des enjeux politiques qui influencent le regard porté sur le " sauvage ". Les sociétés non-européennes sont parfois des repoussoirs dont les imperfections font ressortir les vertus de la civilisation européenne. Mais elles tendent aussi à l'Europe un miroir critique l'obligeant à se réinventer.
Les récits de voyages, très lus en Europe entre les XVIe et XVIIIe siècles, ont suscité une réflexion à propos des formes d'organisation sociale et politique des peuples dits " sauvages ". Certains auteurs des Lumières leur ont refusé le statut de véritables " sociétés ", tandis que d'autres ont cru y trouver des modalités idéales de gouvernement, des dispositifs de modération du pouvoir, voire de résistance à la domination. Existe-t-il chez les peuples nomades et chasseurs-cueilleurs un droit de propriété ? Est-il légitime de déposséder des peuples de leurs terres parce qu'ils n'ont pas adopté les modes de production tels que développés en Europe ? Comment le jugement des " sauvages " confrontés au monde " civilisé " peut-il éclairer les sociétés européennes sur elles-mêmes ? Ce second dossier Les " sauvages " des Lumières rassemble sept études explorant ces problématiques, en mettant en évidence la pluralité des approches dix-huitièmistes, que ce soit dans le registre du discours philosophique ou dans celui de la fiction littéraire et utopiste.
Les contributions de ce dossier se demandent dans quelle mesure Condorcet a considéré qu'il était souhaitable d'accorder aux citoyens l'exercice de leurs droits politiques. Dans ce but, elles s'attachent à mettre au jour les conditions sociales et institutionnelles qui garantissent que la participation politique du peuple n'aboutisse pas à la corruption de la démocratie comprise comme un projet de société fondé sur l'égalité républicaine. Pour y répondre, les articles élucident notamment les rapports de la démocratie avec la nature de l'espace public, avec la république des savants ou encore avec le monde artistique.
La multiplication des couleurs dans la vie quotidienne et l'univers mental des Lumières s'est accompagnée de nombreux modes de figurations chromatiques visant, dans un contexte de profondes transformations, à discipliner et maîtriser ces nouvelles sensations visuelles: des figures géométriques, tables, cercles, pyramides, sphères, de Newton à Goethe mais aussi des catalogues, des nuanciers et des palettes. Le présent numéro examine quelques-unes de ces nouvelles représentations chromatiques dans une approche transversale en les interrogeant depuis les mondes de l'art, de l'artisanat et ceux de la science.
De l'esprit des lois a été d'une importance capitale pour l'Asie moderne du fait de l'ampleur de ses thèmes, notamment celui du despotisme. Le présent dossier, pionnier sur la question, traite de la circulation du texte à partir des cas russe, japonais, chinois et vietnamien. Dans cette ébauche d'étude de l'appropriation du texte en Asie, l'analyse, qui se fonde sur la méthode des transferts culturels, vise à éclairer les contextes spécifiques, les enjeux posés par la traduction et la trajectoire des acteurs en jeu. Malgré leurs différences, ces quatre pays ont tous rejeté l'association de leur pays au despotisme, par nationalisme ou du fait de projets émancipateurs. La traduction de l'œuvre constitua dans tous les cas une étape importante dans l'apprentissage de la liberté et la diffusion des Lumières.
Le numéro et les contributions qui le composent examinent l'œuvre de Montesquieu sous l'angle de la fiction: il s'agit de se demander comment Montesquieu conçoit la fiction et pour cela de réexaminer son roman le plus célèbre, les Lettres persanes, mais aussi les autres fictions qu'il a pu écrire, moins connues, comme des contes orientaux ou des textes courts. Le volume analyse ainsi toutes les fictions écrites par l'auteur et s'intéresse aux frontières entre fiction et non fiction chez un auteur qui est aussi un penseur.
Depuis que le Conseil de l'Europe en a fait un objectif majeur en 1997, les politiques éducatives françaises et européennes n'ont cessé de promouvoir le concept d'éducation à la citoyenneté – un concept en tension. Au regard de son actualité toujours renaissante, ce dossier thématique propose d'interroger cette notion multiple, historiquement, politiquement et culturellement située. Les contributions visent à examiner les continuités et les ruptures dans l'histoire de l'éducation à la citoyenneté entre le XVIIIe siècle et notre présent dans une perspective interdisciplinaire qui dépasse les points de vue nationaux. Il s'agit de réfléchir à la notion de citoyenneté et ses différentes acceptions, mais aussi aux concepts qui y sont associés: instruction civique et morale, éducation civique, éducation à la citoyenneté démocratique, à la citoyenneté européenne et à la citoyenneté mondiale.
Comment les philosophies de Spinoza et de Leibniz ont-elles été lues, reçues et interprétées conjointement par les philosophes et scientifiques qui leur ont succédé, et de quelle façon le rapport entre ces deux philosophies a-t-il été compris au cours de l'histoire? C'est cette question qui anime l'ensemble des contributions figurant dans ce collectif. Le problème porte ainsi sur l'histoire d'une réception croisée et de ses enjeux, variables selon les époques. Faut-il souligner les caractères définitivement irréconciliables de ces deux philosophies, comme on l'a souvent fait, ou peut-on, au contraire, les lire ensemble pour les rapprocher et en dégager des aspects communs et partagés?
Au XVIIIe siècle, la couleur émerge, se déploie, s'impose: on vit dans une ambiance colorée et la vision colorée devient aussi une manière de penser le monde.Dans ce contexte, qu'en est-il des liens qu'entretiennent les couleurs et les identités, sociales, sexuées et genrées? Jusqu'à quel point peut-on parler de couleurs identitaires?Le présent numéro propose quelques pistes de réponse, en prenant en compte à la fois l'histoire matérielle et la représentation des couleurs au travers du lexique, des arts et de la littérature afin de mettre en relation les identités vécues et imaginées et d'en montrer l'influence réciproque.
Avant le XXe siècle, la présence des Africains et Afro-descendants sur le sol européen constitue souvent une source d'étonnement. L'historiographie s'est surtout concentrée sur certaines zones géographiques (les ports, Paris) et sur l'histoire de " la traite négrière ", le siècle des Lumières étant alors étudié sous l'angle du premier empire colonial français. L'histoire des Noirs métropolitains est pourtant loin d'être circonscrite à ces grandes villes, ni au seul phénomène de l'esclavage: leur présence en France est en fait un phénomène continu que la Révolution ne vient pas arrêter.