En Italie comme en France, la production littéraire en prose de Guido Gozzano est toujours restée dans l'ombre des vers de ce poète turinois. Ce volume veut apporter une contribution originale à l'exploration du corpus méconnu, voire ignoré, des nouvelles gozzaniennes, qui font l'objet dans cet ouvrage d'une analyse thématique et poétique approfondie. Il .est destiné à un public de chercheurs italianistes, d'enseignants, d'étudiants, et plus largement à toutes celles et à tous ceux que la littérature contemporaine intéresse et qui sont désireux de connaître un chapitre fondamental de l'œuvre d'un auteur majeur du XXe siècle italien.
Traduction, introduction et notes de Mariella Colin
Le roman d'un maître d'école (1890) a été écrit par Edmondo De Amicis en même temps que le célèbre Cuore (Grands Cœurs ou Le livre Cœur en version française). Véritable " roman-enquête " sur le monde de l'école italienne après l'unification de la péninsule en État national, il suit l'itinéraire d'un instituteur dans les villages des vallées et des campagnes du Piémont et brosse un tableau très réaliste des conditions de travail des maîtres et des maîtresses après la fondation du royaume d'Italie. Dans un cadre habilement composé et colorié, il campe autour du protagoniste une foule de maîtres et de maîtresses, de maires et d'inspecteurs, d'élèves et de parents d'élèves, tous représentés avec beaucoup de justesse. Ce roman, que Benedetto Croce qualifiait de " zolien " par sa documentation scrupuleuse, est aussi écrit d'une plume alerte, car l'auteur décrit avec vivacité des situations très variées et fait volontiers appel à l'ironie pour caractériser ses personnages. Faisant figure de classique parmi les " romans de l'école " qui fleurissent en Europe au XIXe siècle, Le roman d'un maître d'école procure au lecteur d'aujourd'hui un vrai plaisir de lecture.
Dans cet ouvrage sont explorées les modalités selon lesquelles s'est faite en France la traduction et la réception d'œuvres italiennes pour la jeunesse – ou bien d'œuvres adaptées pour la jeunesse dans le contexte d'accueil – de Pellico, Manzoni, Cantù, De Amicis, Salgari et Collodi. Les trois premiers sont des écrivains romantiques de la première moitié du XIXe siècle, appartenant aux courants catholiques du Risorgimento ; les trois derniers, des représentants laïques de l'Italie libérale, devenue un État national. La question soulevée ici est celle des transferts culturels au travers de la traduction littéraire, dans le cadre particulier de la littérature pour les enfants. L'enquête, orientée vers la reconstitution politique, sociale et culturelle des contextes de départ et d'arrivée, a montré que ces œuvres ont été soumises à des manipulations diverses (linguistique et rhétorique, narrative et idéologique) : un travail d'adaptation qui a pu aller jusqu'à la censure et au travestissement, dans le but de satisfaire les aspirations d'un groupe social ou d'une opinion hégémonique.
Tout au long de son histoire, la Rome chrétienne fut caractérisée par une constante dichotomie, laquelle s'installa à l'époque de la décadence impériale et se transforma en paradigme idéal. D'une part, la ville connut de nombreux déclins économiques, politiques ou démographiques ; de l'autre, elle élabora son image mythique en reflétant les fastes et les grandeurs du passé. En ce qui concerne la personnification de Rome, chaque espoir de renaissance entraînait des changements iconographiques se matérialisant par une métamorphose physique de l'allégorie qui endossait une nouvelle jeunesse, signe d'une régénération de l'idée de Rome et de son mythe. La naissance de la déesse Rome était déjà strictement liée au culte de la ville et elle représentait la synthèse vivante de sa légende sacrée et de son histoire. Toutefois, à partir de l'Antiquité tardive, on assiste à la fusion d'une personnification vieillissante avec la divinité tutélaire qui symbolise l'éternité de la ville. L'allégorie de la Rome médiévale apparaît alors comme une projection nostalgique du mythe impérial. En elle cohabitent la mémoire de la splendeur passée, les traces de la décadence présente et son destin éternel et sacré. De la même manière que le mythe impérial suggère un retour aux origines, Rome rêve d'un retour à sa jeunesse pour restaurer l'âge d'or et, par là même, d'un retour à la divinité qui l'a engendrée. Mais la réalité historique est amère, et au cours du 14e siècle, mise à part la brève aventure de Cola di Rienzo, l'allégorie de Rome ressemble à une sorte de vestige d'un passé glorieux qui fait pendant aux ruines archéologiques. Alors que ces dernières évoquent la durée éphémère de l'Empire romain, la vieille impératrice, par les traces durables qui dégradent son corps, incarne l'inéluctabilité du devenir historique. Il s'agit d'une sorte de relique vivante destinée à rester éternelle et à vivre dans la nostalgie en rêvant d'une renovatio impossible dans la réalité. Dans ce paradoxe prospère la Rome médiévale.
Dans un contexte historique caractérisé par le besoin de la jeune nation italienne de se donner une identité, le poète Giosuè Carducci (1835-1907) s'emploie à " faire les Italiens ", en donnant une réponse à leurs interrogations sur leurs caractères, leurs mémoires communes et leurs valeurs.Il élabore une mythologie nationale et bâtit ses lieux de mémoire, qui marquent visiblement les consciences, imprégnées par ses textes et ses vers. Dans cet ouvrage, les choix littéraires et politiques du poète font l'objet d'une analyse approfondie et détaillée, qui met en évidence le rôle culturel déterminant de Carducci dans la construction rhétorique de la nation italienne. L'auteur interroge l'ensemble de l'œuvre et de la correspondance de Carducci, en vers et en prose, et étudie son écriture et ses prises de position en fonction de la question de la nation building, pour faire apparaître la richesse jusqu'ici ignorée de ce " classique " de la littérature italienne du XIXe siècle pour l'histoire de la culture et des idées.
L'Italie semble être, en ce qui concerne le fantastique comme en beaucoup d'autres domaines, le pays de l'exception. En l'occurrence, l'anomalie est représentée par le fait que la Péninsule n'a pas eu de véritable tradition fantastique au XIXe siècle, alors qu'elle peut se targuer d'une grande tradition contemporaine, digne des domaines fantastiques les plus prestigieux. La présente étude interroge cette spécificité, et cherche à reconstruire, au long du siècle qui vient de s'écouler, l'histoire du genre en Italie, à travers l'analyse des œuvres d'écrivains tels que A. Savinio, T. Landolfi, D. Buzzati, P. Levi, G. Manganelli, I. Calvino. Ce parcours passionnant entre spectres et loups-garous, hantises et vaisseaux fantômes, porrovi et animaux-lys qui peuplent les pages des auteurs cités et de tant d'autres, débouche sur une constatation que la critique universitaire est encore loin d'avoir fait sienne : une littérature fantastique peut fleurir aussi dans une contrée baignée de lumière…
La traduction de l'œuvre de Marcel Proust Un amour de Swann, réalisée par le critique littéraire italien Giacomo Debenedetti, fait l'objet dans cet ouvrage d'une analyse stylistique approfondie. Les choix de ce traducteur répondent constamment à une recherche de rythmes et de sonorités appartenant à la tradition littéraire. Le mot poétique chargé d'histoire de Debenedetti ancre ainsi l'écriture de Proust dans une tradition italienne allant de Dante à Montale via Leopardi, Pascoli et D'Annunzio.