Ce volume propose une vingtaine d'études ayant trait aux modalités et enjeux de la création artistique dans le grand âge. Les thématiques du chant du cygne, de l'œuvre testament, de l'inachevé, du chef d'œuvre tardif, de la modernité de l'œuvre ultime y sont donc abordées, au fil d'analyses concernant aussi bien la littérature que les domaines pictural et cinématographique (19e et 20e siècle).
Flaubert, Balzac, Sand, Colette et quelques autres
L'image du vieillard oscillant entre sagesse et ridicule, qui a hanté la littérature depuis toujours, prend une importance plus considérable à partir du 19e siècle. C'est que le romantisme introduit de manière originale et saisissante, avec une intensité nouvelle, le sentiment du passage du temps, de la fuite des choses, de la fragilité des civilisations et des êtres. L'œuvre de Flaubert en donne un écho exemplaire.Parmi les auteurs du 20e siècle, l'on relève la rareté des femmes écrivaines qui ont traité le thème du vieillir pour leur sexe. George Sand et Colette sortent incontestablement du lot, témoignant d'une indéniable modernité quand bien même la seconde moitié du 20e siècle modifiera en profondeur les vieilles traditions et façons de penser auxquelles nos deux écrivaines s'étaient confrontées.
La recherche de Rose Duroux, marquée par l'exil précoce en France, aura sondé l'histoire contemporaine à travers la critique littéraire, l'histoire sociale, l'histoire politique, le témoignage – tout en demeurant fidèle à quelques axes indéfectibles qui sont autant de préoccupations personnelles : l'exil, l'enfance dans la guerre, la migration et le passage, géographiques ou culturels.Les travaux réunis dans ce volume sont des invitations au voyage et à la traversée. Ils abordent l'exil : historique, poétique ou existentiel, choisi ou subi. Les identités : individuelles ou collectives, politiques ou sexuelles, nationales ou partisanes, historiques ou fictives, souvent modelées par le passage ou la frontière, marquées par la crise, le doute existentiel ou le conflit. Le parti pris est de faire cohabiter des approches multiples, pour garantir l'ouverture des champs disciplinaires et des perspectives abordées. L'unité du livre est donnée par l'attention portée aux marges, périphéries et transitions, à l'écart pour mieux saisir la norme, à la mesure du changement pour appréhender ce qui est stable.
Dans le corpus de l'écriture autobiographique féminine, du 19e au 21e siècle, on observe une convergence particulière d'aspects anthropologiques, de traditions littéraires et de témoignages individuels. Les femmes qui écrivent sur leur propre vie se trouvent dans une situation de double décalage par rapport à la tradition littéraire. D'une part, la méfiance portée à la production artistique féminine jette le doute sur la sincérité de la femme autobiographe. D'autre part, il existe jusqu'au 20e siècle un discours social et culturel qui condamne la femme vieillissante en se focalisant presque exclusivement sur la perte de sa beauté physique et de sa fertilité. Or les spécificités de production et de publication de l'écriture féminine, en particulier de l'écriture autobiographique, ont une influence indéniable sur les stratégies textuelles. Il reste, deuxièmement, un public dont le mode de lecture du texte autobiographique est en partie guidé par le sexe de son auteur, bien que beaucoup d'écrivaines tendent à refouler ce fait. Et enfin, certaines thématiques autobiographiques (construction de l'identité sexuelle du "je" parlant, expérience du corps propre, activité sexuelle dans sa dynamique biographique, procréation et les relations intergénérationnelles...) qui revêtent un statut différent selon le sexe de l'auteur. Loin de postuler un essentialisme du féminin, ce recueil permet d'observer la féminité construite dans les textes comme une dimension identitaire qui interagit constamment avec de nombreux autres aspects identitaires, qu'ils soient de nature culturelle, sociale, religieuse ou ethnique.
Colloque organisé par la Société internationale des études giralduciennes, Alep (Syrie), 1997
"L'image de la femme dans l'œuvre de Giraudoux" fut débattue, moins dans un esprit académique, que selon un esprit fantaisiste. À l'image de l'approche même de Giraudoux, l'ensemble de ces études réussit – comme si l'on était au théâtre – à suggérer sans montrer, à provoquer sans blesser, à travailler sans défigurer ce "secret" qu'est la femme, cette "légende" que ressuscite le jeu de Giraudoux avec elle. À ce jeu, les giralduciens répliquent par un jeu semblable : de ses fonctions à ses espaces, en passant par sa folie et sa sagesse, ses masques et ses portraits, ses âges et ses attachements, et par ce qui fait son bonheur et ses malheurs, la femme n'a point à se plaindre.
La philosophie occidentale a échoué à définir l'animal tout comme elle a échoué à inspirer un modèle de vie harmonieux. De plus, à une époque où l'homme contrôle son environnement de façon maladive et inquiétante, l'importance de la présence animale en littérature est primordiale, non seulement parce qu'elle valorise et nous permet de connaître d'autres êtres, mais aussi parce qu'elle nous renvoie l'image de qui nous sommes et de qui nous pourrions être. Comment l'animal figure-t-il dans la littérature d'aujourd'hui ? Quelles fonctions les bêtes littéraires assument-elles ? Dans quelle mesure et de quelles façons renforcent-elles des visions symboliques établies ou lancent-elles l'imagination humaine sur de nouvelles pistes de créativité ? Le volume propose un éventail de réponses selon quatre perspectives : l'animal comme reflet, de soi ou de l'autre ; les bêtes comme motifs prégnants sur l'écriture, révélateurs de nos sociétés humaines ; la mise en dialogue des animaux et des genres littéraires en un triple bestiaire poétique, romanesque et philosophique et la métamorphose et l'hybridité.
Empreinte de mélancolie, la sensibilité au suranné voit en chaque vie humaine une suite d'abandons, de départs, de catastrophes privées dont témoignent des objets devenus reliques. Lire l'ensemble de ces objets comme un système de signes invite à une anatomie comparée du monde social présent et passé, et lui confère dans le champ littéraire une visibilité qui engage une réflexivité ambiguë, entre angoisse de l'exclusion que le progrès fabrique et affirmation farouche d'une modernité hantée par le sentiment de son autodévoration. Mais, si la reconnaissance du vieillir suppose l'acceptation de la temporalité, la littérature nous en offre cependant de multiples dénis. La rature du temps, opérée par diverses démarches d'évitement, de gommage, ou bien de transmutation, voire de sublimation temporelle, s'inscrit dans les textes par le biais de l'imaginaire et de diverses stratégies d'écriture. La science-fiction en est un exemple caractéristique.
À partir d'horizons, d'orientations et de pays différents, les contributions réunies dans le volume examinent comment la tradition dans les pratiques scripturales, musicales et architecturales peut être créatrice de modernité. Sont ainsi reconsidérés les habituels rapports d'opposition antithétique (traditionnel/moderne, démodé/à la mode, conservatisme/libéralisme, permanent/périssable, stable/transitoire, ancien/moderne), qui tendent à se retrouver en couples complémentaires et réciproques.
Fruit d'un dialogue entre littéraires et sociologues, le recueil prend également en compte la dimension psychologique, le plus souvent traumatique, de l'exil. Le déracinement, qu'il soit volontaire ou subi, peut provoquer une crise d'identité se traduisant par une altération dans la perception de l'espace, du temps, mais aussi des valeurs, du fait de l'interculturalité. À cela le vieillissement ajoute des difficultés intrinsèquement liées au sentiment d'irréversibilité, lequel aggrave de manière particulièrement douloureuse la distance, l'écart de soi à soi. Ainsi, "vieillir en exil, c'est vieillir deux fois". Le caractère dramatique, mais aussi la grande actualité de cette expérience complexe ont suscité ces regards croisés.
Les figures et les formes d'impuissance du vieillir peuvent être multiples. Mais l'âge peut aussi, selon Franz Hellens, "être un style" qui trouve dans l'écriture le meilleur des refuges, non dans l'espoir illusoire de laisser une trace, mais dans le sens profond d'un dernier accomplissement.
La variété des approches et des problématiques contenues dans le volume symbolise la diversité contrastée de l'insularité, qui est un conducteur de pensée particulièrement efficace. Les écritures poétiques et romanesques de ce topos (Lamartine, Marie Ndiaye, Paul Valéry…) sont analysées à partir de l'abondante littérature engendrée par la rêverie insulaire.
Il existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposent.