Cet ouvrage donne à voir la façon dont se construit, en pratique, le travail d'analyse sociologique du religieux. Plutôt que de considérer les religions comme des objets insaisissables, il propose de les appréhender à partir des rapports sociaux dans lesquelles elles s'inscrivent, et qu'elles contribuent à éclairer en retour. Les onze chapitres réunis ici entraînent les lecteurs dans les coulisses du travail des sociologues, en exposant les débats qui structurent leur façon de saisir le religieux ainsi que les dilemmes auxquels ils sont confrontés lorsqu'ils négocient leur rapport à l'objet, leur entrée ou leur sortie de terrain, et leurs relations avec les acteurs qui financent leur recherche. Dans cet ouvrage, on croise des coachs chrétiens, des entrepreneurs musulmans, des fidèles catholiques indifférents aux normes de conjugalité de l'Église et des sportifs de haut niveau qui vivent comme des moines. On parle budget dans le salon de femmes musulmanes et on discute religion dans le bureau de banquiers centraux. On y découvre que le geste sociologique implique un effort de réflexivité constant qui consiste aussi bien à déconstruire les évidences toutes religieuses qui s'imposent parfois dans l'enquête qu'à aller chercher le religieux là où on ne l'attend pas. Au terme de ce parcours, la valeur heuristique des faits religieux pour penser le social prend tout son sens.
Champ de recherche interdisciplinaire inscrit dans les sciences humaines et sociales, les disability studies, études de handicap anglosaxonnes, sont nées aux États-Unis et au Royaume-Uni à la fin des années 1970, dans la lignée de mouvements sociaux de personnes handicapées en lutte contre leur exclusion de la société. Depuis, les disability studies n'ont de cesse de se complexifier, au point d'être aujourd'hui traversées d'une pluralité de courants, que ce livre présente dans l'ordre de leur apparition, à travers les principaux concepts (disability pride, narrative prosthesis, normate, misfit, crip times, ableism, etc.) et modèles (social / affirmative / relational / cultural / african model of disability, etc.) que ce domaine de recherche a forgés pour appréhender le handicap. Au travers des notions de handicap, déficience et différence, cet ouvrage concentre son propos sur les débats qui ont présidé à la diversification des disability studies et prend lui-même position en la matière. Il entend ainsi contribuer à faire connaître au public francophone les disability studies et la politisation du handicap à laquelle elles procèdent.
L'agriculture numérique – drones, tracteurs connectés, pulvérisateurs de " précision ", etc. – est aujourd'hui présentée comme une solution incontournable pour affronter les défis alimentaires et écologiques globaux. Ce projet s'inscrit dans la continuité des politiques d'équipement agricole ayant favorisé la concentration des exploitations et l'intensification des modes de production depuis les années 1950. Les machines agricoles demeurent toutefois des technologies peu débattues et peu étudiées.
Quelles sont les organisations économiques et professionnelles ainsi que les politiques publiques qui, hier comme aujourd'hui, promeuvent des technologies intensives en capitaux et gourmandes en énergies fossiles? Quelles transformations du travail agricole et quelles conséquences environnementales en résultent?
Rassemblant les contributions d'historiens et d'historiennes, de sociologues et d'anthropologues, ce livre éclaire les formes des verrouillages sociotechniques dans lesquels sont pris les agriculteurs et les agricultrices, contraignant leurs choix, augmentant leur empreinte environnementale, limitant la maîtrise de leurs outils de travail, et décourageant leurs velléités de bifurcation.
De l'insurrection de 1871 à l'apparition des formations nationalistes dans l'entre-deux-guerres, l'Algérie entre dans une période de colonialisme triomphant. L'administration se renforce, les terres sont massivement transférées à des colons européens et l'ordre semble régner sur ce territoire colonisé.
Pourtant, à y regarder de plus près, la vie rurale reste rythmée par une vive conflictualité sociale. Les usages des territoires forestiers font l'objet d'affrontements âpres. Les terres confisquées continuent souvent d'être occupées. Et surtout, un banditisme rural émerge et ne cesse de préoccuper l'administration coloniale. Dans les années 1890, les autorités considèrent le banditisme comme le ferment potentiel d'une insurrection. Cette résistance perçue suscite une réaction répressive qui se heurte à une sourde hostilité de la société rurale qui met régulièrement en échec les tentatives de destruction des bandes. Primes de dénonciation ou de capture, internement des familles de bandits, campagnes militaires, condamnation au bagne ou à la peine capitale sont quelques-unes des mesures prises pour venir à bout des résistances à son autorité.
Cet ouvrage cherche à suivre pas à pas ces bandits ruraux, de leur prise d'armes ou de leur fuite face à l'administration coloniale jusqu'à leur ultime souffle, de leur ancrage dans un territoire rural en proie à la dépossession à leur transportation au bagne. Ces trajectoires conflictuelles sont scrutées au travers d'un ensemble de sources allant des archives de la répression à la poésie populaire en passant par la presse et des correspondances privées.
Les objets ont-ils du pouvoir? Comment interviennent-ils dans la fabrique sans cesse renouvelée des rapports sociaux de pouvoir? Inscrit dans le " tournant matériel " des sciences sociales, cet ouvrage prend les objets au sérieux et en fait un levier opératoire pour saisir les mécanismes de pouvoir et de domination qui structurent les sociétés. Il analyse leur présence dans l'espace et démontre que les objets matériels sont à la fois des opérateurs et des révélateurs des inégalités sociales. Les contributions qu'il réunit assument de considérer la dimension matérielle de la domination. Plus encore, en mettant en lumière des objets négligés, banals, ou encore des systèmes d'objets, les textes rassemblés mettent au jour des formes de domination peu connues. Les objets étudiés sont d'une grande variété et s'inscrivent dans des contextes socio-culturels très divers. Leur rapprochement éclaire des formes de domination qui procèdent des institutions, mais aussi de logiques de distinction sociale ou d'appropriation territoriale.
La reconnaissance de la capacité juridique comme droit humain suscite depuis vingt ans une vive controverse sociale et scientifique portant sur l'abolition des me´canismes le´gaux de prise de de´cision substitutive (soins force´s, tutelle, curatelle...). À travers le développement d'une démarche de recherche participative, cet ouvrage examine l'émergence de ce débat dans le contexte international ainsi que son appropriation dans le cadre français et explore les tensions entre l'affirmation d'un idéal utopique et sa difficile domestication dans la vie sociale. Loin de réduire le langage des droits humains à une idéologie abstraite, comme le font parfois les sciences sociales, ce livre de´veloppe une sociologie affirmative originale qui conjugue recherches empiriques et quête sociale d'une meilleure considération des plus vulnérables. Ce faisant, il éclaire les conditions anthropologiques, politiques et cliniques de l'ave`nement d'un ide´al, en me^me temps que sa portée transformatrice.
Dans une Europe sous la domination du régime national-socialiste, en particulier dans les ghettos, dans les camps de concentration et dans les camps d'extermination, des hommes et des femmes furent confrontés à la nécessité de faire des choix dans des conditions extrêmes. Plusieurs récits sont parvenus jusqu'à nous: une mère a dû sacrifier un de ses enfants pour permettre à un autre de vivre; un détenu devenu " Kapo " a été contraint de choisir quels prisonniers protéger au détriment des autres; un médecin ou soignant a dû choisir quels malades à l'infirmerie avaient le plus de chance de survivre pour leur éviter la sélection… Dans ces conditions extrêmes, l'ensemble des valeurs qui présidaient au choix entraient en conflit – qu'elles soient liées à la morale individuelle, à l'éthique professionnelle ou à la logique d'une résistance collective. En cela, le choix était à la fois impossible et en même temps inévitable et nécessaire. Le spécialiste de la littérature sur le génocide juif, Lawrence L. Langer, l'a désigné en 1980 par l'expression de choiceless choice: un non-choix, c'est-à-dire un choix qui n'en est pas un.
Depuis la crise financière de la fin des années 2000, les jeunes adultes d'Europe du Sud – et d'Italie en particulier – ont repris la route de l'exil. Ces nouvelles migrations, encore peu étudiées, sont présentées dans les médias comme une fuite des cerveaux. À travers une enquête ethnographique menée auprès d'Italiens récemment arrivés à Paris, ce livre en propose une autre approche, centrée sur le rôle de la famille. Les nouvelles migrations italiennes concernent en effet des jeunes diplômés issus d'une classe moyenne précarisée et très dépendants du soutien de leur famille d'origine. Trois ménages italiens installés à Paris ont été suivis pendant deux ans, ainsi que les membres de leur " parenté pratique " mobilisés dans leur vie quotidienne, et résidant en Italie, en France et en Europe.Le livre revisite ainsi le concept de famille transnationale, habituellement étudié dans le cadre des migrations en provenance du Sud global, pour montrer les formes spécifiques que prend cette dernière dans le contexte de l'intégration européenne. Alors que les politiques de regroupement familial sont de plus en plus restrictives pour les migrants des pays extérieurs à l'espace Schengen, le régime de libre circulation confère aux citoyens européens un " privilège de parenté ", générant de nouvelles manières de faire famille par-delà les frontières et des formes originales de protection sociale transnationale.
Comment la conjugalité patriarcale est-elle devenue un modèle familial en Côte d'Ivoire après l'indépendance ? Comment ce modèle a-t-il conduit à une inclusion différenciée des hommes et des femmes dans la citoyenneté ?Cet ouvrage illustre d'abord la diversité des acteurs ivoiriens et français qui ont débattu des normes familiales avant leur formalisation dans un Code civil en 1964. Administrateurs coloniaux, députés et syndicalistes ivoiriens, militants chrétiens mais aussi auteurs de sciences sociales soutiennent l'autorité des pères sur des entités nucléaires, au motif notamment que cette forme familiale serait plus favorable au développement économique.L'originalité de cet ouvrage est ensuite d'examiner l'application des législations familiales dans les administrations. La promotion de l'amour romantique et de nouveaux rapports de genre, une masculinité pourvoyeuse et une féminité domestique, influence les carrières ouvertes aux hommes et femmes, les avantages dont ils et elles pouvaient se prévaloir auprès des services sociaux, mais encore les modalités de leur intégration à l'État. Louise Barré montre comment le processus de redistribution étatique envers les hommes salariés et chefs de ménage, tout en entraînant une distinction durable entre les citoyens et citoyennes, fit aussi des couples des arènes de conflits.