Pour bien préparer votre rentrée, nos libraires vous proposent une sélection de livres incontournables des sciences humaines et sociales, entre grands classiques et ouvrages qui les éclairent, les commentent ou les revisitent.
À livres ouverts, Georges DIDI-HUBERMAN (INHA)
C'est un moment rare lorsque s'ouvre une nouvelle bibliothèque d'histoire de l'art. Elle nous offre un nouvel espace, plus: un nouvel outil. Un nouveau rapport au temps, au savoir, à la pensée. Fût-ce avec l'héritage combiné de fonds d'ouvrages déjà constitués avant et ailleurs, elle inaugure, par sa configuration inédite et son fonctionnement, de toutes nouvelles possibilités pour la recherche, pour la connaissance et la pensée sur les images, sur leur histoire. Une nouvelle bibliothèque d'histoire de l'art serait donc, à strictement parler, un ouvroir d'histoires de l'art potentielles (il faut évidemment écrire "histoires de l'art" au pluriel, puisque qui dit potentialité dit aussi multiplicité des possibles).
L'historien face à l'animal, Michel PASTOUREAU (École nationale des chartes)
Longtemps les historiens ne se sont guère préoccupés de l'animal, abandonnant celui-ci aux recueils d'anecdotes et à la " petite histoire ". Leur attitude a toutefois changé au cours des dernières décennies, et l'animal est enfin devenu un objet d'étude à part entière. Dans cette mutation, les médiévistes ont joué un rôle pionnier, mais pour ce faire ils ont dû affronter différents obstacles. S'il est patent que le Moyen Âge est prolixe sur les animaux – sans doute plus que toute autre époque, du moins en Europe – la zoologie médiévale n'est pas la zoologie moderne: les pièges de l'anachronisme guettent le chercheur à chaque coin de document. Après avoir exposé ces obstacles et ces pièges, l'ouvrage de Michel Pastoureau présente les principaux terrains documentaires sur lesquels peut s'aventurer l'historien, parmi lesquels : les bestiaires et le Roman de Renart pour ce qui est des textes ; les miniatures pour ce qui est des images. Ce faisant, il s'interroge sur plusieurs questions essentielles. Que faire des savoirs de notre temps quand on est historien d'un passé lointain ? Comment éviter de conduire des enquêtes téléologiques ? En quoi la zoologie d'aujourd'hui aide-t-elle à étudier la zoologie médiévale ? Nos connaissances actuelles ne sont pas des vérités, seulement des étapes dans l'histoire des savoirs.
L'histoire, mesure du monde, Fernand BRAUDEL (Éditions de la MSH)
Fernand Braudel, grand historien du XXe siècle, a profondément renouvelé notre manière de penser l'histoire, les sciences sociales et le monde. "L'histoire n'est peut-être pas condamnée à n'étudier que des jardins clos de murs. Sinon ne faillirait-elle pas à l'une des tâches présentes, qui est aussi de répondre aux angoissants problèmes de l'heure", écrit-il en mai 1946, dans la préface de La Méditerranée. Bien connu de ses lecteurs, c'est sur des cahiers d'écolier entre les murs d'un Oflag où il est prisonnier qu'il écrit ce grand texte. Ce que l'on sait moins, c'est qu'au même moment il prononce devant ses codétenus L'Histoire, mesure du monde, une série de conférences, long plaidoyer en faveur d'une forme d'histoire, la recherche d'une méthode pour s'écarter des remous créés par les évènements et se concentrer sur une histoire profonde (la longue durée) ; pas seulement celle du passé, mais celle qui mène à la connaissance de la condition humaine. Pour cela l'histoire ne peut se passer des autres sciences, aussi insiste-t-il sur l'importance du décloisonnement et de l'interdisciplinarité, allant jusqu'à envisager une nouvelle forme plus globale que serait la géohistoire.
Aux origines de l'histoire globale, Sanjay SUBRAHMANYAM (Éditions du Collège de France)
Qui pense le monde ? Les hommes du passé ou les historiens du présent ? L'histoire universelle telle qu'elle était pratiquée depuis l'Antiquité s'est transformée à partir du XVIe siècle dans des contextes variés, de l'Asie orientale à l'Amérique espagnole. Grâce à sa connaissance des archives dispersées à travers le monde, sa maîtrise des langues et des traditions historiographiques d'Asie, d'Europe et des Amériques, Sanjay Subrahmanyam remet en perspective l'histoire des réseaux et des échanges de biens, de mythes et d'idéologies en sortant des cadres géopolitiques traditionnels soumis au modèle de l'État-nation. Il présente l'histoire globale comme un champ défini et redéfini par des "histoires en conversation".
Du préjugé, Max HORKHEIMER (Éditions de la MSH)
Max Horkheimer, philosophe et sociologue, est l'un des plus éminents représentants de l'École de Francfort et de la théorie critique. Publié en 1963 et traduit ici pour la première fois en français, Du préjugé (Über das Vorurteil) réunit le texte d'un exposé de Horkheimer et la discussion qui l'a suivi, tenus en 1962. Dans ce court essai, Horkheimer analyse la structure du préjugé, sa forme apparemment inoffensive et ses effets destructeurs. Loin d'être une simple erreur de pensée, le préjugé relève d'une disposition à la fois psychique et sociale : il exprime le besoin de certitude, d'appartenance et de supériorité, il contribue à justifier et à maintenir les hiérarchies établies. La discussion, quant à elle, réunit sept intervenants venus de la philologie, de la théologie, de l'histoire, de la sociologie, du droit et de la critique d'art. Elle approfondit la réflexion sur les dimensions culturelles et psychologiques du préjugé, tout en soulignant le rôle essentiel de l'éducation et des médias pour le dévoiler et le combattre. À l'heure de la montée du populisme et des replis identitaires, Horkheimer nous ramène à une réflexion et à une vigilance critique face aux mécanismes qui divisent la société.
Le continent sans qualités, Peter SLOTERDIJK (Éditions du Collège de France)
Habitée par un demi-milliard de personnes, refuge convoité pour d'innombrables migrants, l'Europe cherche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une nouvelle définition pour elle-même et pour ses peuples. Elle a réussi, sous la forme de l'Union européenne, une improvisation politique qui n'était pas prévue dans les scénarios de l'histoire du monde. Ce quasi-continent a créé un grand corps politique qui, en dépit de ses amples dimensions, ne présente ni les convictions ni la posture d'un empire.Dans une telle situation, celui qui se consacre à la mission de repenser l'Europe doit savoir qu'il s'agira de former des concepts pour une nouveauté politique et culturelle dont l'existence est placée sous des présages encore largement inconnus. Ce "continent sans qualités "saura-t-il dépasser la tentation du scepticisme, du nihilisme et de l'autonégation pour se forger une nouvelle identité ? Cet ouvrage est issu de la leçon inaugurale prononcée au Collège de France le jeudi 4 avril 2024 par Peter Sloterdijk, professeur invité sur la chaire annuelle L'invention de l'Europe par les langues et les cultures (2023-2024), créée en partenariat avec le ministère de la Culture.Texte français établi en collaboration avec Olivier Mannoni.
Immer-son, Anaïs MARTIN (ENS Éditions)
À l'heure où l'adjectif " immersif " semble devenu le gage de qualité d'expositions artistiques et de gadgets numériques, l'étude du potentiel immersif du son est pourtant délaissée par les sciences humaines. Cet ouvrage développe le concept d'" immer-son ", à savoir la façon dont le son facilite l'immersion, et soutient que l'écoute d'un roman est tout aussi importante que sa lecture, en montrant comment les écritures de Charlotte Brontë et Bram Stoker stimulent l'imagination auditive des lecteurs et renforcent leur immersion dans les univers fictifs de Jane Eyre et Dracula. L'étude conjointe de ces romans et de leurs adaptations radiophoniques françaises souligne par ailleurs comment leurs paysages sonores prennent vie en changeant de médium. Entre textualisation du son et sonification du texte, cet ouvrage intermédial s'inscrit donc dans le champ des études sonores, en y apportant l'éclairage d'analyses littéraires et radiophoniques, afin de proposer une nouvelle lecture de Jane Eyre et Dracula, avec les oreilles grand ouvertes.
Viande à feu (1907) : un drame en quatre actes par Georges Darien, Aurélien LORIG (ÉPURE - Éditions et Presses universitaires de Reims)
Dans le second XIXe siècle, la révolution industrielle change le rapport au travail et à la question sociale. Les usines se développent et la main-d'œuvre ouvrière est un maillon essentiel dans la France industrielle, celle des travailleurs du fer qui œuvrent à la lueur des hauts-fourneaux, des travailleurs de l'industrie textile dans le Nord, confrontés à l'enfer des tisseurs, et des travailleurs du feu, avec leurs cueilleurs et leurs souffleurs. Cet univers des ouvriers verriers sert de cadre à une pièce inédite de Georges Darien: La Viande à feu (1907). À la tâche, on ne trouve pas simplement des adultes, mais des enfants affrontant la violence des patrons, la faim, l'indignité, et les brasiers des fours, des enfants en somme devenus de la "viande à feu". C'est dans ce contexte que Georges Darien, dramaturge de sensibilité anarchiste, choisit de mettre en scène une enfance sacrifiée, tout en prenant soin d'associer ce motif révoltant à d'autres thématiques: la fausse philanthropie, le bourgeois sans scrupule pour qui seul compte l'argent, le prêtre devenu un "monstre en soutane" œuvrant à de basses besognes – esclavagisme, complicité d'attentats à la pudeur. À travers une pièce qui emprunte à la société du début du XXe siècle, qui lui est contemporaine, Darien esquisse la peinture d'une "Comédie Inhumaine" ouvrière, manière pour lui de proposer un nouveau "Théâtre Social", théâtre qui questionne et qui tout à la fois fait date, tant pour ce qui est du ton adopté que des rapports qu'il entretient avec le genre dramatique.
Bateson anthropologue, Julien CLAPARÈDE-PETITPIERRE (ENS Éditions)
L'anthropologie moderne s'invente dans les années 1930 sous l'influence de penseurs comme Malinowski, Radcliffe-Brown ou Benedict. Au sein de ce champ théorique émergent tiraillé entre fonctionnalisme, structuralisme social et culturalisme, Gregory Bateson s'efforce de proposer une synthèse inédite de ces approches apparemment divergentes. Il entreprend alors dans Naven (1936) un travail d'épistémologie des sciences sociales de premier plan. Mais, loin de se contenter de faire la synthèse des méthodes anthropologiques de son temps, Bateson ouvre une voie originale et féconde, celle d'une approche interactionnelle – c'est-à-dire sémiotique et cognitive – des sciences sociales. Il contribue ainsi à l'exploration des virtualités encore non perçues de la sociologie durkheimienne tout en dessinant de façon précoce les linéaments des débats actuels portant sur l'interaction et la cognition sociales. L'œuvre de Bateson constitue ainsi un jalon décisif de l'histoire récente de l'anthropologie et des sciences sociales. En revenant sur l'apport théorique de l'entreprise batesonienne, ce livre entend permettre au lecteur intéressé par l'épistémologie des sciences sociales de mieux s'orienter dans les débats classiques comme dans les enjeux contemporains de l'anthropologie.
De la poubelle au musée. Anthropologie des restes, Octave DEBARY (CRÉAPHIS)
Cet ouvrage traite de la difficulté à nous séparer des objets et de leur histoire. De la poubelle à l'usine, des marchés de vide-greniers aux puces , du théâtre d'objets au mémorial, du patrimoine au musée et à l'objet comme reste, Octave Debary cherche à interroger le pouvoir de faire autre chose des objets. Il questionne des manières de rendre compte de l'histoire. S'agit-il de dettes ? De devoirs de mémoire ? Ou d'arts du souvenir qui placent au cœur de leur pratique un art de l'oubli ?
Scènes féministes, Lorraine WISS (ENS Éditions)
Le présent ouvrage propose une analyse des enjeux politiques et esthétiques des théâtralités féministes des années 1970 en France. Il présente, dans un double mouvement, une histoire des pratiques spectaculaires des militantes féministes ainsi qu'une histoire féministe des metteuses en scène, comédiennes et compagnies de théâtre de l'époque. L'analyse de leurs créations militantes, qui portent sur scène les idées et les revendications des mouvements féministes d'alors, permet d'esquisser des hypothèses sur les formes et les constructions dramaturgiques que peuvent adopter ces théâtralités. S'inscrivant tout autant dans l'histoire du mouvement des femmes que dans celle du théâtre, cette étude des "scènes féministes" défend l'idée selon laquelle les mouvements féministes ont bouleversé l'histoire du théâtre.
Les fantômes de Christian Boltanski, Octave Debary (CRÉAPHIS)
Entretien entre l'anthropologue et l'artiste sur les relations entre l'anthropologie et l'art contemporain dans ses rapports à la mémoire collective et individuelle. Octave Debary suit le chemin d'une pensée qui laisse une place à ses "enquêtés" à l'intérieur même de son propre texte, offrant ainsi la matière première d'énonciation du discours de l'artiste. Depuis plusieurs années Octave Debary, professeur à l'université Sorbonne-Paris-Cité et directeur du centre d'anthropologie culturelle (Paris-Sorbonne), développe un projet d'anthropologie comparée de la mémoire et du temps. En s'intéressant à la façon dont une société met en mémoire (et en musées) son histoire, ses recherches l'ont conduit à l'étude de l'art contemporain dans ses rapports à la mémoire collective et individuelle. Au-delà de sujets, il s'agit de construire une posture et une analyse qui promeuvent une dimension collaborative, comme avec les artistes allemands Jochen Gerz et Swaantje Güntzel et comme ici avec l'artiste français Christian Boltanski. Ce livre s'inscrit dans une recherche entreprise depuis presque vingt années sur les "artistes de la mémoire" et constitue une contribution originale et importante au développement d'une anthropologie de l'art et de la réception. Ce livre a comme sujet principal les relations entre l'anthropologie et l'art contemporain. Il s'est construit pendant toute une année en intelligence et en connivence avec Christian Boltanski.
Lire la romance, Delphine CHEDALEUX et Marine LAMBOLEZ (ENS Éditions)
Écrit au début des années 1980, dans un contexte d'émergence des women studies et des feminist studies au sein des universités américaines, Lire la romance s'intéresse à un phénomène culturel alors en plein essor, qui se décline presque exclusivement au féminin: la consommation de romances. Devenu un véritable best-seller des sciences sociales anglo-américaines, l'ouvrage déploie une méthodologie inédite qui lui permet d'étudier les romans de ce genre littéraire populaire, depuis leur production jusqu'à leur réception. Lire la romance constitue en particulier la première enquête sociologique sur les lectrices de romances, et contribue par conséquent à démystifier cette pratique dénigrée et prise en tenaille entre le mépris culturel et la condamnation féministe. La démonstration de l'ouvrage s'articule autour d'une question centrale: la lecture de romances renforce-t-elle la culture patriarcale et les systèmes de croyances qui la soutiennent, ou bien dote-t-elle les femmes d'une forme de pouvoir résultant de la revendication d'une pratique peu conforme à leurs rôles sociaux d'épouses et de mères? Cette traduction inédite de l'édition de 1991 de Reading the Romance met à la disposition d'un lectorat francophone un texte majeur.
Comme on peut. En lisant, en photographiant "Ceux de 14" de Maurice Genevoix, COLLECTIF (CRÉAPHIS)
Cet ouvrage, aux dimensions artistique, littéraire et historique, est une invitation à (re)prendre contact avec l'œuvre incontournable de Maurice Genevoix sur la Grande Guerre : le livre Ceux de 14. Les photographes Fabrice Dekoninck et Sylvain Demange ont arpenté les Éparges, avec Ceux de 14 en tête. Dans cette partition visuelle silencieuse, plusieurs régimes d'images se côtoient. Elles montrent ce paysage paradoxal, apaisé mais encore bouleversé par les traces visibles des combats, dans lequel résonne encore le sourd murmure de tant de vies enfouies. Elles invitent à scruter ce que la nature a reconquis ou a altéré et font entrevoir l'extrême violence de la guerre. Au cours de leur enquête, ils ont rencontré des habitants gardiens de la mémoire dans leurs intérieurs chargés de souvenirs, des jeunes pour qui ces paysages sont aussi un fabuleux terrain d'aventures, des passionnés d'histoire militaire, des élus locaux, des descendants des combattants et des proches de l'écrivain. Ces personnes sont présentes dans le livre par leur portrait, leurs lieux et leurs objets ou en situation : chez eux, marches en forêt, instants plus solennels de la commémoration.
Femmes indisciplinées, Stephen HUGH-JONES (Société d'ethnologie)
Les hommes d'Amazonie trouvent intolérable l'idée que les femmes portent des ornements de plumes ou jouent de la flûte. Les hommes de la Renaissance trouvaient menaçante et émouvante la transgression d'une femme chanteuse.Certains d'entre vous trouveront peut-être cette ethnographie amazonienne bien étrange et ces parallèles européens farfelus. Stephen Hugh-Jones répondra que ni l'ethnographie ni les parallèles ne sont aussi exotiques qu'ils le paraissent à première vue.
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