Faut-il instaurer un couvre-feu ? Confiner ? À quelle échelle ? Pour combien de temps ? Qui cibler ? Les plus vulnérables ? Les plus jeunes ? Les personnes âgées ? Doit-on opter pour des mesures légères, au risque de pertes humaines massives, ou imposer des restrictions sévères, quitte à porter atteinte aux libertés fondamentales ? Autant de dilemmes auxquels les gouvernements du monde entier ont été confrontés lors de la crise du Covid-19. Confinements, pass sanitaires, traçage numérique ; Si ces mesures exceptionnelles particulièrement attentatoires aux libertés semblaient nécessaires, elles ont soulevé des interrogations majeures sur l'équilibre entre protection collective et droits individuels. Pourtant, cinq ans plus tard, les réponses demeurent incertaines. La tâche est ardue, certes, mais il est impératif de s'y atteler, car, de l'avis des spécialistes, une nouvelle crise sanitaire surviendra. Et nul ne comprendrait qu'aucune leçon n'ait été tirée de cet événement tragique ayant causé près de 7 millions de morts. À la croisée du droit, de la médecine, de la sociologie, de la philosophie et de l'éthique, cet ouvrage pluridisciplinaire ne se contente pas de dresser un constat : il éclaire les enjeux internationaux, met en perspective les choix réalisés et propose des pistes pour mieux concilier demain la protection de la santé publique et le respect des libertés individuelles.
Depuis 1990, des migrants venus d'Europe orientale et d'Afrique, parfois en situation irrégulière, mais aussi étudiants d'origine étrangère ou travailleurs migrants, répondent à une demande de main-d'oeuvre dans des secteurs d'activités qualifiés de 3D (dirty, demanding and dangerous) tels que l'agriculture, le bâtiment ou la confection. Une " immigration en chaîne " se met alors en place qui s'appuie sur les réseaux ethniques. C'est dans ce contexte d'une immigration d'installation, que s'inscrit la présence des migrants issus d'Afrique subsaharienne dans le secteur des travaux agricoles saisonniers. Mais qui sont ces migrants ? Comment accèdent-ils aux travaux agricoles saisonniers ? Quelles sont les relations qui les lient à leurs employeurs ? Quelles relations entretiennent-ils entre eux ? Cet ensemble de questions repose finalement sur une seule : comment les enjeux de confiance et de défiance affectent-ils les relations entre les différents protagonistes ? Cet ouvrage a donc pris pour objet d'étude les travailleurs agricoles saisonniers issus d'Afrique subsaharienne. Il montre, d'une part, comment confiance et défiance impactent les relations entre les saisonniers subsahariens et leurs employeurs et, d'autre part, comment les contours des relations sociales internes sont dessinées par les mécaniques de la solidarité. Cerner ces rapports sociaux a nécessité une enquête à caractère ethnographique conduite en trois lieux distincts : en Champagne (vignes), en Bretagne (haricots cocos de Paimpol) et dans le Poitou (melons). Le terrain s'est étendu tant aux lieux d'exercice du travail des saisonniers subsahariens qu'aux logements ou espaces de vie dans lesquels ces travailleurs se meuvent.
Avec la massification du public scolaire, à partir des années 1970, l'enseignement de la littérature est suspecté de mettre en difficulté les élèves issus de milieux populaires. Il met alors en oeuvre des méthodes d'étude des textes censées ne pas dépendre de dispositions lettrées. Mais ces méthodes sont soupçonnées de dérives technicistes. L'enseignable se déplace en conséquence du texte aux transactions texte-lecteur, ce qui conduit, à partir des années 1990, à la lecture littéraire, définie comme va-et-vient entre subjectivation et objectivation du texte. Mais le modèle est accusé, selon qu'on insiste sur l'un ou l'autre pôle, tantôt de l'imposition culturelle d'une bonne lecture, tantôt de populisme pédagogique. Cet ouvrage propose d'éclairer ces débats en articulant didactique de la littérature et sociologie du curriculum et des apprentissages. Il cherche à entendre le lecteur, les élèves lecteurs divers et ceux qui les font lire, pour mieux comprendre les difficultés de la lecture littéraire et faire émerger des solutions.
De quoi parle-t-on lorsqu'on affirme l'" engagement " de Julio Cortázar (1914->1984) ? Quel écrivain " engagé " Cortázar était-il ? Telles sont les questions à l'origine de ce livre. Pour y répondre, il nous invite à parcourir les itinéraires d'engagement d'un auteur aux prises avec l'Histoire en train d'avoir lieu, afin de comprendre les nombreux questionnements, à la fois politiques et esthétiques, qui l'ont traversé et ont traversé son oeuvre au cours des années 1970. L'expression "Cortázar politique", employée le plus souvent comme allant de soi, est examinée ici dans le but de repenser l'oeuvre de l'auteur à l'intérieur d'une effervescence culturelle, politique et historique, aussi bien latino-américaine qu'universelle. L'ouvrage cherche à démontrer que les déplacements opérés par l'auteur doivent être compris aussi bien à partir de sa participation aux mouvements d'émancipation latino-américains que dans le cadre d'un changement de paradigme global en devenir. Explorant à la fois l'ouvre de l'auteur et ce monde en mutation, le livre permet ainsi de mieux saisir l'évolution d'un auteur qui écrit et réfléchit son latino-américanisme depuis la France, pays où il habite depuis 1951 et y décède en 1984, après avoir obtenu sa naturalisation en 1981.
Trop souvent réduite à un envers négatif de la clarté et du visible, l'obscurité s'avère remarquablement féconde dans les domaines artistique et littéraire. C'est cette fécondité qui est explorée à partir d'oeuvres provenant d'époques diverses, du XVIIIe au XXIe siècle, et dans des aires géographiques et culturelles variées, du Congo à la Suède, en passant par l'Espagne, l'Italie et la France. La perspective adoptée est résolument interdisciplinaire, l'obscurité nourrissant à parts égales la littérature, le théâtre, la philosophie, la musique et les arts visuels. L'obscurité, ou plutôt les obscurités, du flou à la tache d'encre, du clair-obscur à la nuit noire. Ainsi se révèlent sa richesse et sa diversité : elle est non seulement une image ou un symbole (celui d'époques troublées, de traumatismes individuels ou collectifs), mais aussi le lieu d'expériences métaphysiques et esthétiques, de révélations paradoxales, d'égarements et de tâtonnements toujours fructueux.
Avaler la pilule ou faire avaler la pilule ? En contexte de " crise de la pilule " en France, la centralité de la contraception orale dans le panel contraceptif français persiste. À travers une immersion ethnographique en consultations gynécologiques, l'ouvrage questionne l'envers d'une prévalence contraceptive élevée qui ne suffit pas à garantir un accès égal à l'ensemble du panel contraceptif pour toutes les femmes, selon les membres du corps médical qu'elles consultent et les caractéristiques des structures médicales. Après dix ans de recherches, la publication de cette enquête sociologique rend compte de la complexité de la réalité à l'heure des controverses autour des violences gynécologiques, en identifiant des outils prémunissant de ce risque, et favorisant le choix libre et éclairé des usagères, afin que la contraception puisse constituer un réel levier d'émancipation. L'ouvrage participe ainsi à la mise au jour de mécanismes qui freinent ou favorisent l'accès à la contraception libre et gratuite, attendu depuis plus d'un demi-siècle.
Le 11 février 1981, Bruno Edan, brillant élève des Beaux-Arts de Paris, meurt terrassé par une crise d'asthme. Il n'a que 23 ans. Il laisse une oeuvre flamboyante qui restera invisible et donc inconnue pendant quarante années. Paysages, portraits, autoportraits, poèmes et journaux intimes : tout a été conservé. Grâce à sa famille qui a entrepris de la faire connaître et reconnaître, son oeuvre revit aujourd'hui par des expositions et par une présence continue dans la Galerie Saphir. Le livre de Delphine Durand, historienne de l'art, permet d'approcher la puissance exceptionnelle de cette peinture profondément expressive et lyrique accordant à la couleur la première place. Bruno Edan était un être incandescent qui, dans un court et tragique destin, a incarné le génie même d'un artiste.
Goût pour les sciences naturelles, les antiques, la numismatique, les pierres gravées, les exotica, la sculpture et les arts graphiques, estampe et dessin : tel est le collectionnisme du XVIIIe siècle en France. Par l'étude de nombreuses collections tant à Paris qu'en province, le livre dresse dans chaque grand domaine, un nouvel état du savoir, richement documenté et souvent original. L'ouverture aux objets non européens ou aux Antiquités nationales met en évidence la complexité croissante de culture de la collection, du phénomène de la curiosité au XVIIIe siècle, puis son passage vers le cabinet encyclopédique, juste avant l'arrivée des musées du XIXe siècle. Par sa vision panoramique, l'ouvrage est une encyclopédie du collectionnisme en France au temps des Lumières. Ce faisant, il participe à l'histoire des savoirs et à l'histoire culturelle de la France du XVIIIe siècle. Il constitue le second volet d'une histoire du collectionnisme en France au XVIIIe siècle après le livre Peinture et plaisir. Les goûts picturaux des collectionneurs parisiens au XVIIIe siècle, paru aux PUR en 2010.
" Je ne suis pas son aidante, je suis sa femme ". Malgré la visibilité grandissante de l'aidance dans l'espace public, se dire " aidant " demeure compliqué. Le mot véhicule des représentations sociales souvent contradictoires. Dans le contexte de la maladie d'Alzheimer, il s'inscrit de surcroît dans un impensé culturel : celui de vivre avec une maladie qui efface progressivement l'histoire sur laquelle s'est construit le lien affectif ; celui d'accepter le rôle d'aidant en vertu de ce lien ; celui d'assumer les satisfactions et les peines de ce rôle. Le choix d'aborder l'aidance par les discours, par une analyse des mots et formulations langagières, permet de comprendre comment ces discours construisent une identité dans et à travers l'aidance. L'ouvrage analyse ainsi des pratiques plus ou moins opérationnelles, des savoirs progressivement construits, mais aussi des résistances – matérielles ou subjectives – auxquelles les aidants se heurtent pour assumer les tâches nécessaires. Inscrit en sciences du langage, il apporte un point de vue complémentaire à celui des sciences humaines et sociales sur un maillon essentiel de la chaîne de soin mais encore mal connu et mal reconnu.