Le conte de fées est souvent pensé comme un sujet essentiellement littéraire. Dans cet ouvrage, il est question d'explorer les liens que tisse le conte avec de nombreux arts comme la danse, le théâtre, la peinture, la photographie, l'art lyrique, le cinéma ou le spectacle vivant. Le féerique est envisagé chez des artistes classiques (Shakespeare, Watteau, Blake, Fuseli, Rossetti, Dadd) et contemporains (ORLAN, Partington) mais également dans des territoires plus inédits comme les séries télévisées, l'art brut, la joaillerie, la mode ou la céramique. Sortir la féerie du domaine exclusif du lectorat jeunesse permet également d'inclure d'autres regards, adultes cette fois, sur le merveilleux et le réenchantement du monde.
L'extrémisme imprègne les sociétés contemporaines ; il sature même l'espace politique mais sa nature ne se laisse pas aisément saisir. Ceux qui s'en revendiquent sont cependant rares. Phénomène bien réel mais fuyant, il relève autant de l'accusation disqualifiante que de la catégorie analytique. Ce dossier se propose d'affronter la difficulté en envisageant la notion au pluriel : de la gauche à la droite, du xixe siècle au présent le plus brûlant, il s'agit de revenir dans une perspective comparée aux racines des extrémismes et de comprendre leurs variations dans le temps comme dans l'espace. Or, penser les extrémismes, c'est d'abord réfléchir aux archives qui permettent d'en écrire l'histoire et ce numéro est nourri par un gisement exceptionnel, le Fonds Bourseiller, rassemblé par cet historien, écrivain et journaliste, et déposé à l'Université Polytechnique Hauts-de-France. En mobilisant ces sources et en convoquant l'historiographie récente, il apparaît que les extrémismes se définissent plus par un rapport spécifique au politique que par des doctrines clairement établies, en rejetant les règles du jeu politique, loin de tout compromis ou modération. À travers les extrémismes se dessine une conception absolue et radicale de la politique, à laquelle les sociétés démocratiques doivent faire face aujourd'hui, comme hier.
Souvent réduite à une icône populaire ou un archétype fantastique, la sorcière résiste pourtant à toute simplification. Ce livre propose une relecture critique de cette figure complexe, en croisant des approches historiques et culturelles des magiciennes de l'Antiquité aux figures féministes contemporaines. À travers l'exploration de textes théologiques et de théories démonologiques de l'époque médiévale, de procès de sorcellerie de la Renaissance et de l'époque moderne, de constructions symboliques, de représentations artistiques, de renversements d'images et de constructions sociales, il propose de restituer les différentes appréhensions de ce que le terme "Sorcières" peut recouvrir. Dans une approche globale, il questionne les réalités historiques de la chasse aux sorcières en résonance avec notre époque. Ainsi, nos rapports à la marginalité, à l'exclusion, à la violence, à la féminité, à la domination, aux mécanismes implacables de la persécution, aux procédures pénales, aux dynamiques de pouvoir, à la puissance des croyances et à la peur du chaos sont interrogés. Enfin, il lève le voile sur les puissances invisibles des imaginaires qui, hier comme aujourd'hui, nous dirigent.
Quel est l'apport méthodologique des théories critiques, essentiellement défendues par Walter Benjamin et Siegfried Kracauer, en vue de l'écriture de l'histoire du cinéma et de l'analyse de film ? Cet ouvrage cherche à y répondre en alternant mises au point théoriques et analyses filmiques, allant du cinéma classique hollywoodien (King Vidor) au film-essai (Pier Paolo Pasolini, Mauricio Kagel), de l'expérimentation documentaire (Eric Pauwels, Johan van der Keuken) au film ethnographique (Luc de Heusch) et au film institutionnel (Charles Dekeukeleire). Complémentaires de ces approches, des textes et entretiens de et avec Claire Angelini, Arnaud des Pallières, Philippe Bazin, Boris Lehman et Bruno Tackels nourrissent la réflexion par la mise en valeur de travaux reflétant l'actualité du film et de la photographie critiques. Tout en s'appuyant sur différentes disciplines comme la philosophie, l'histoire, l'histoire de l'art, l'ethnographie, les études littéraires, les arts plastiques et les études médiatiques, ce volume collectif mobilise des notions et concepts – réification, estrangement, effrangement des arts, etc. – pour explorer et questionner toutes les puissances critiques du film. Son ambition principale est d'inscrire durablement et profondément une réflexion critique au coeur même des études cinématographiques.
Comment s'est construite la Côte d'Azur, cette région touristique emblématique, depuis l'arrivée des premiers hivernants dans la seconde moitié du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours ? L'ouvrage est la première tentative d'une approche pluridisciplinaire globale d'un territoire qui déborde le cadre national car inclus dans la Riviera et partagé entre trois États, la France, l'Italie et la principauté de Monaco. Géographes, historiens, historiens de l'art, architectes, anthropologue ou économistes sont ici associés pour montrer l'importance mondiale de cette contrée où plusieurs moments fondamentaux pour le tourisme comme pour la société s'y sont joués. Si le tourisme y est né en partie, avec la villégiature aristocratique et la création d'une " ville d'hiver " à Nice, la Côte d'Azur a été le cadre d'une révolution dans les pratiques : l'invention d'une société de loisirs, l'inversion de la saisonnalité dans l'entre-deux-guerres et le passage de l'hiver à l'été, du froid au chaud, de la peau blanche au bronzage, du costume aux corps dénudés. Ainsi s'opposent une Côte d'Azur originelle chargée aujourd'hui des valeurs nostalgiques de la " Belle Époque " à une " nouvelle Côte d'Azur " moderne. Durant deux siècles et demi les innovations s'y sont succédée : création artistique, évolution du sport, émancipation des femmes. La dynamique de la Côte d'Azur est ainsi une région cruciale pour comprendre la société occidentale.
Angers au XIXe siècle : la rue Saint-Laud, les bords de Maine, le système scolaire, les divertissements de l'époque. Et Paris : son effervescence artistique, la révolution romantique en marche. Remontez le temps avec Victor Pavie, ami et disciple de Victor Hugo, porte-parole du romantisme en Anjou qui nous livre ici ses souvenirs de jeunesse et ses réflexions. Découvrez ses portraits originaux de David d'Angers, Alexandre Dumas, Lamartine, Ingres, Nodier, Delacroix, artistes et hommes de lettres importants qu'il a côtoyés de près, et ceux d'amis de l'Ouest moins célèbres mais si pittoresques. On a décrit Pavie comme le " plus innocent des caricaturistes ", soulignant ses qualités de portraitiste, mais aussi son désir de " transfiguration de l'idéal ", volonté toute romantique de traduire les nobles sentiments des modèles, d'imprimer dans la matière la personnalité du sujet, son caractère, et jusqu'à son âme.
L'histoire des personnes dites handicapées, sourdes ou malades mentales est peu étudiée sur la longue durée. L'ouvrage comble cette lacune en posant les questions — du Paléolithique jusqu'à nos jours — de l'identification des personnes handicapées, de leurs trajectoires personnelles et collectives, des institutions et des communautés de vie qui les concernent, des sociabilités et des mobilisations collectives dont elles sont à la fois les objets et les sujets. Comme le dit Henri-Jacques Stiker, auteur de l'ouvrage fondateur de 1982 Corps infirmes et sociétés : " Prometteuse et réjouissante est la manifestation d'une génération d'historiennes et d'historiens venant d'horizons différents qui s'intéressent à la surdité, à l'infirmité ou à la folie et à leur croisement. "
Qui penserait aujourd'hui que le disque 78 tours, cet ancêtre du disque vinyle, fut le moyen d'une évolution spectaculaire de la propagande des organisations politiques françaises au cours des années 1930 ? Symbole de la modernisation technique du son et de la maîtrise du temps, le disque fut décisif pour amplifier l'existence des discours et des chants partisans, portant les sons de la SFIO, du Parti communiste ou de l'Action française là où on ne les avait jamais entendus auparavant. Agent du chaos pour les uns, de la bonne éducation politique pour d'autres, et de l'émotion militante pour tous, le disque politique a changé les pratiques partisanes et annoncé la propagande audiovisuelle de l'après-guerre. L'ouvrage dévoile son histoire, restitue ses acteurs et son imaginaire, analyse ses contenus et ses pratiques, renseigne ce qu'il a fait à son temps, et constitue un guide original pour découvrir, grâce au renvoi vers de nombreux enregistrements accessibles en ligne, une partie fascinante et oubliée de l'esthétique de la vie politique française des années 1930.
À l'aube de son mandat, Emmanuel Macron présentait sa volonté de s'appuyer sur les institutions de la Ve République pour mieux les transformer, guidé par la triple ambition de " l'efficacité, la représentativité et la responsabilité ". Cinq ans plus tard s'impose le bilan de cette politique constitutionnelle, qu'elle soit le fait du Président lui-même ou celui d'autres institutions. L'ouvrage tente de penser l'influence du premier quinquennat d'Emmanuel Macron sur le droit constitutionnel de la Ve République à partir d'un pari : il existe bien une perspective institutionnelle qui s'est dessinée au cours de ces cinq années, sans pourtant que l'on puisse dire que cette dynamique soit le seul fait du Président lui-même. La fin du premier quinquennat d'Emmanuel Macron invite à se pencher sur le droit constitutionnel contemporain, à mesurer son évolution ou au contraire son inertie sur cette période : constitue-t-elle une rupture ou une continuité au regard des quinquennats précédents ? Le droit constitutionnel de la Ve République a-t-il été durablement transformé par ce mandat présidentiel ?