Des turbulents squats de mal-logés au palais municipal. Tel est l'insolite itinéraire d'Ada Colau, l'activiste qui, à la tête d'une plateforme citoyenne composée de novices en politique, de mouvements sociaux et de partis politiques de gauche, est devenue en 2015 la première mairesse de Barcelone. Le municipalisme, porté par la coalition citoyenne Barcelone en commun, ne vise pas uniquement à prendre le pouvoir localement mais à transformer les institutions depuis l'intérieur, en promouvant une participation réelle de toutes et tous dans les affaires publiques. Alors que les projets municipalistes ou de listes citoyennes se multiplient, notamment en France, que retenir de ce laboratoire politique unique? Comment d'anciens squatteurs ont-ils dirigé la deuxième ville d'Espagne? Fondé sur une longue enquête ethnographique, cet ouvrage propose une plongée au cœur du municipalisme, en analysant les mouvements pour le droit au logement à Barcelone, l'expérience d'anciens militants au sein du gouvernement municipal, et les interactions entre ces deux dynamiques. Au-delà de Barcelone, il s'agit surtout d'émettre des propositions stratégiques concrètes sur la construction d'un " municipalisme social " en tant qu'alternative au néolibéralisme et à la souveraineté étatique, capable de nourrir l'imaginaire des possibles démocratiques.
Se plonger dans la relecture des 42 numéros d'Humoresques (plus deux volumes d'actes) est une expérience passionnante. Toujours curieuse des recherches sur le risible, l'autrice- rédactrice en chef- s'est interrogée sur l'évolution des thématiques abordées et sur les représentations du rire et de l'humour qui émergeaient des travaux publiés dans la revue. Il s'agissait moins de faire un relevé, que d'embrasser l'univers conceptuel de cet ensemble de textes nécessairement distincts et de comprendre comment se posaient pour moi des questions qui n'y auraient pas trouvé de solution. Après un rappel des origines d'Humoresques, sont exposées les principales questions traitées par les auteurs: plus de 400 chercheurs, étudiants, érudits, amateurs, etc. Le propos est de dégager quelques éléments de réflexion sur les formes de sociabilité investies dans le comique et caractéristiques des humours soit communautaires, soit nationaux.
L'Institut berlinois de science sexuelle (1919-1933)
Fondé en 1919 par Magnus Hirschfeld (1868-1935), l'Institut berlinois de science sexuelle était sans équivalent. À la fois centre de recherche, de soins, d'enseignement et de sensibilisation, il rassemblait médecins, juristes, psychologues, militants et personnes concernées autour d'un projet commun : explorer la diversité des sexualités et défendre celles et ceux marginalisés en raison de leur orientation ou de leur identité.Au-delà de sa vocation scientifique, l'Institut constituait aussi un refuge : un espace de protection et de reconnaissance, où se nouaient des solidarités inédites et s'expérimentaient de nouvelles formes de vie. Symbole d'une société plus libre et plus juste, il s'imposa comme le laboratoire d'une modernité sexuelle et sociale durant la république de Weimar – avant d'être détruit par les nazis en 1933.Rainer Herrn retrace avec rigueur et sensibilité l'histoire intellectuelle, médicale et politique de cette aventure collective, en présentant la diversité de ses acteurs, ses débats, ses réseaux et ses contradicteurs. L'important héritage scientifique et social de ce travail pionnier du début du xxe siècle éclaire aujourd'hui encore les luttes pour l'émancipation.
Max Horkheimer, philosophe et sociologue, est l'un des plus éminents représentants de l'École de Francfort et de la théorie critique.Publié en 1963 et traduit ici pour la première fois en français, Du préjugé (Über das Vorurteil) réunit le texte d'un exposé de Horkheimer et la discussion qui l'a suivi, tenus en 1962.Dans ce court essai, Horkheimer analyse la structure du préjugé, sa forme apparemment inoffensive et ses effets destructeurs. Loin d'être une simple erreur de pensée, le préjugé relève d'une disposition à la fois psychique et sociale : il exprime le besoin de certitude, d'appartenance et de supériorité, il contribue à justifier et à maintenir les hiérarchies établies.La discussion, quant à elle, réunit sept intervenants venus de la philologie, de la théologie, de l'histoire, de la sociologie, du droit et de la critique d'art. Elle approfondit la réflexion sur les dimensions culturelles et psychologiques du préjugé, tout en soulignant le rôle essentiel de l'éducation et des médias pour le dévoiler et le combattre.À l'heure de la montée du populisme et des replis identitaires, Horkheimer nous ramène à une réflexion et à une vigilance critique face aux mécanismes qui divisent la société.
Ce portrait vivant révèle les distinctions sociales liées à la couleur de peau, au langage et aux modes de vie, une hiérarchie complexe qui fragilise la solidarité nationale de l'Égypte contemporaine.À travers les concepts de méritocratie, symbole des périodes d'ascension sociale par le mérite, et de décadence, reflet d'agissement égoïste et moralement défaillant, l'auteur dévoile les tensions profondes au coeur de la société égyptienne. Mêlant analyses historiques, sociologiques et culturelles, il analyse la difficulté à construire une citoyenneté républicaine dans un contexte géopolitique dominé par l'impérialisme américain et la montée de l'islamisme.Cet ouvrage éclairant, original et engagé, renouvelle l'écriture politique en s'ancrant dans le quotidien des Égyptiens et présente une réflexion nuancée sur les défis internes et externes à la construction d'un État moderne et démocratique.
Fernand Braudel, grand historien du xxe siècle, a profondément renouvelé notre manière de penser l'histoire, les sciences sociales et le monde." L'histoire n'est peut-être pas condamnée à n'étudier que des jardins clos de murs. Sinon ne faillirait-elle pas à l'une des tâches présentes, qui est aussi de répondre aux angoissants problèmes de l'heure ", écrit-il en mai 1946, dans la préface de La Méditerranée. Bien connu de ses lecteurs, c'est sur des cahiers d'écolier entre les murs d'un Oflag où il est prisonnier qu'il écrit ce grand texte. Ce que l'on sait moins, c'est qu'au même moment il prononce devant ses codétenus L'Histoire, mesure du monde, une série de conférences, long plaidoyer en faveur d'une forme d'histoire, la recherche d'une méthode pour s'écarter des remous créés par les évènements et se concentrer sur une histoire profonde (la longue durée) ; pas seulement celle du passé, mais celle qui mène à la connaissance de la condition humaine. Pour cela l'histoire ne peut se passer des autres sciences, aussi insiste-t-il sur l'importance du décloisonnement et de l'interdisciplinarité, allant jusqu'à envisager une nouvelle forme plus globale que serait la géohistoire.
Monika Wagner propose ici une première étude complète des matériaux dans l'art du XXe siècle, en s'attachant à leur mise en œuvre et à leur signification. À travers des œuvres particulièrement exemplaires, elle prend en compte les matériaux traditionnels, mais aussi ceux qui ont été nouvellement développés ou qui sont étrangers à l'art pour les replacer, au-delà des mythologies personnelles des différents artistes, dans le contexte de leurs utilisations et de leurs attributions ordinaires. La reconstruction critique de leur signification ouvre ainsi un nouvel accès à la compréhension de l'art moderne. Les matériaux convoqués et étudiés sont au cœur de l'art du XXe siècle, à commencer par la couleur en peinture, en passant par les objets de tous les jours ou provenant de la nature, jusqu'aux matières les moins palpables comme l'air ou la lumière. Les exemples que Monika Wagner a choisi d'élucider révèlent ce que nous disent ces matériaux dans la conjonction de leurs utilisations au cours de l'histoire et de leurs assignations sociales ou de sexe. De nombreuses illustrations complètent en les éclairant les analyses des œuvres étudiées.Monika Wagner (1944) est professeure émérite d'histoire de l'art à l'université de Hambourg. Ses recherches portent sur la peinture des XVIIIe-XXe siècles, l'histoire et la théorie de la perception, l'aménagement des espaces publics et, en particulier, la sémantique des matériaux de l'art. Son livre Das Material der Kunst. Eine andere Geschichte der Moderne (Munich, Beck, 2001) a fait date; le présent ouvrage en offre la première traduction française.