Faire jeune à l'ère numérique : mises en scènes orales et écrites
Depuis des décennies, le " langage des jeunes " est commenté par les médias et l'opinion publique, et étudié dans la recherche en sociolinguistique. Pourtant, c'est un objet qui reste difficilement définissable, pour des raisons sociales aussi bien que linguistiques. Quoi qu'il en soit, son usage consiste toujours en une " mise en scène " (Goffman 1959) visant à construire identités et rapports sociaux. Dans ce numéro, nous proposons d'analyser les mises en scène orales et écrites du " langage des jeunes " dans l'espace numérique, qui tient aujourd'hui une place centrale dans nos échanges, ainsi que dans la diffusion et la reproduction de nos représentations.
L'avortement, la contraception et les filles-mères à l'épreuve du droit canonique et du droit séculier (xiie-xixesiècle).
Du bas Moyen Âge au XIXe siècle, l'Église et l'État ont défini, encadré et sanctionné les formes légitimes et illégitimes de maternité.
Dans cette enquête ambitieuse, Marjorie Coulas analyse les logiques morales et institutionnelles qui ont imposé un contrôle strict sur le corps féminin et qui ont fait de la procréation un enjeu juridique, politique et social.
Du secret des pratiques anticonceptionnelles à la déclaration obligatoire de grossesse et des préoccupations démographiques au poids du catholicisme, l'autrice inscrit dans la durée le devoir et l'interdiction de procréer et apporte un éclairage historique sur les débats actuels autour de la contraception, de l'avortement et des maternités hors mariage. Par l'ampleur de ses sources – normes canoniques et séculières, archives judiciaires, traités théologiques et médicaux – et la force de son analyse, elle apporte une contribution majeure à l'histoire du droit, des femmes et des institutions.
Contrairement à ce que pensaient les philosophes du contrat social, nous ne sommes pas sortis de l'état de nature et ne le ferons jamais, quel que soit notre état de civilité. Non pas à cause du capitalisme, du sexisme, ou de l'addiction numérique, mais parce qu'aucun existant n'échappe à la nature. C'est aussi le cas des humains, dont les fonctionnements neurochimiques tout comme les pratiques sociales sont soumis à des mécanismes parfaitement naturels d'adaptation et d'habituation.Cependant, et contrairement à ce que l'on pensait, l'état de nature n'est pas aussi immuable ou indépendant de l'action humaine, comme le prouve la détérioration vertigineuse des environnements naturels. Les quatre parties de cet ouvrage – état de nature, état civil, état politique, état d'humanité – tendent à montrer que les humains peuvent aussi agir sur leur état de nature dans un sens favorable, en choisissant par exemple des productions respectueuses, des consommations non-addictives ou des relations sociales gratifiantes aussi bien que libératrices.
La démocratie libérale est en crise dans le monde entier, incapable de faire face aux problèmes urgents tels que celui du changement climatique. Il existe cependant une autre voie : la démocratie coopérative.
Des coopératives de consommateurs aux coopératives de crédit, des coopératives de travailleurs aux mutuelles d'assurance, des organisations à but non lucratif à l'aide mutuelle, d'innombrables exemples prouvent que ceux qui travaillent ensemble peuvent étendre les idéaux de la démocratie participative et de la durabilité à tous les aspects de leur vie. Ces formes de coopération ne dépendent pas de la politique électorale, au contraire, elles exploitent les pratiques et les valeurs de longue date des coopératives : l'autodétermination, la participation démocratique, l'équité, la solidarité et le respect de l'environnement.
Bernard E. Harcourt développe une théorie et une pratique transformatrices qui s'appuient sur des modèles mondiaux de coopérations réussies. Il identifie les formes les plus prometteuses d'initiatives coopératives et distille ensuite leurs enseignements dans un cadre intégré.
Œuvre créative de théorie critique normative, Le coopérisme offre une vision positive pour relever les défis impérieux qui se posent à nous. En s'appuyant sur les valeurs fondamentales de la coopération et sur le pouvoir des personnes qui travaillent ensemble, un nouveau monde de démocratie coopérative est à notre portée.
Dans cette histoire du Brésil d'avant le Brésil, d'avant sa colonisation donc, l'archéologue brésilien Eduardo Góes Neves déconstruit l'image commune de l'Amazonie, trop souvent perçue comme une forêt vierge dépourvue de culture en périphérie sud-américaine.
Pour ce faire, il retrace l'occupation humaine du bassin amazonien, dont l'histoire commence il y a plus de 11 000 ans, et ce jusqu'aux premières conquêtes européennes. Grâce à une approche historico-culturelle, Neves, grandement aidé par ses nombreux collaborateurs, nous présente une Amazonie au cœur du développement de son continent, lieu de regroupements de populations variées qui y ont vécu et qui auraient échangé avec des peuples lointains, issus même, pour certains, des hauts plateaux de la cordillère des Andes.
En s'appuyant sur plus de 30 années de recherches, l'auteur fait revivre chronologiquement les femmes et les hommes qui ont peuplé l'Amazonie sous diverses manières, et qui ont été à l'origine de nombreuses innovations techniques et culturelles.
Eduardo Góes Neves, en repensant l'histoire du bassin amazonien, nous invite surtout à reconsidérer ces peuples anciens qui, délibérément, auraient refusé de s'organiser en État et nous offre, ainsi, une vision décloisonnée des trajectoires humaines.
Des turbulents squats de mal-logés au palais municipal. Tel est l'insolite itinéraire d'Ada Colau, l'activiste qui, à la tête d'une plateforme citoyenne composée de novices en politique, de mouvements sociaux et de partis politiques de gauche, est devenue en 2015 la première mairesse de Barcelone. Le municipalisme, porté par la coalition citoyenne Barcelone en commun, ne vise pas uniquement à prendre le pouvoir localement mais à transformer les institutions depuis l'intérieur, en promouvant une participation réelle de toutes et tous dans les affaires publiques. Alors que les projets municipalistes ou de listes citoyennes se multiplient, notamment en France, que retenir de ce laboratoire politique unique? Comment d'anciens squatteurs ont-ils dirigé la deuxième ville d'Espagne? Fondé sur une longue enquête ethnographique, cet ouvrage propose une plongée au cœur du municipalisme, en analysant les mouvements pour le droit au logement à Barcelone, l'expérience d'anciens militants au sein du gouvernement municipal, et les interactions entre ces deux dynamiques. Au-delà de Barcelone, il s'agit surtout d'émettre des propositions stratégiques concrètes sur la construction d'un " municipalisme social " en tant qu'alternative au néolibéralisme et à la souveraineté étatique, capable de nourrir l'imaginaire des possibles démocratiques.
Se plonger dans la relecture des 42 numéros d'Humoresques (plus deux volumes d'actes) est une expérience passionnante. Toujours curieuse des recherches sur le risible, l'autrice- rédactrice en chef- s'est interrogée sur l'évolution des thématiques abordées et sur les représentations du rire et de l'humour qui émergeaient des travaux publiés dans la revue. Il s'agissait moins de faire un relevé, que d'embrasser l'univers conceptuel de cet ensemble de textes nécessairement distincts et de comprendre comment se posaient pour moi des questions qui n'y auraient pas trouvé de solution. Après un rappel des origines d'Humoresques, sont exposées les principales questions traitées par les auteurs: plus de 400 chercheurs, étudiants, érudits, amateurs, etc. Le propos est de dégager quelques éléments de réflexion sur les formes de sociabilité investies dans le comique et caractéristiques des humours soit communautaires, soit nationaux.
L'institut berlinois de science sexuelle (1919-1933)
Fondé en 1919 par Magnus Hirschfeld (1868-1935), l'Institut berlinois de science sexuelle était sans équivalent. À la fois centre de recherche, de soins, d'enseignement et de sensibilisation, il rassemblait médecins, juristes, psychologues, militants et personnes concernées autour d'un projet commun : explorer la diversité des sexualités et défendre celles et ceux marginalisés en raison de leur orientation ou de leur identité.
Au-delà de sa vocation scientifique, l'Institut constituait aussi un refuge : un espace de protection et de reconnaissance, où se nouaient des solidarités inédites et s'expérimentaient de nouvelles formes de vie. Symbole d'une société plus libre et plus juste, il s'imposa comme le laboratoire d'une modernité sexuelle et sociale durant la république de Weimar – avant d'être détruit par les nazis en 1933.
Rainer Herrn retrace avec rigueur et sensibilité l'histoire intellectuelle, médicale et politique de cette aventure collective, en présentant la diversité de ses acteurs, ses débats, ses réseaux et ses contradicteurs. L'important héritage scientifique et social de ce travail pionnier du début du xxe siècle éclaire aujourd'hui encore les luttes pour l'émancipation.
Ce portrait vivant révèle les distinctions sociales liées à la couleur de peau, au langage et aux modes de vie, une hiérarchie complexe qui fragilise la solidarité nationale de l'Égypte contemporaine.
À travers les concepts de méritocratie, symbole des périodes d'ascension sociale par le mérite, et de décadence, reflet d'agissement égoïste et moralement défaillant, l'auteur dévoile les tensions profondes au coeur de la société égyptienne. Mêlant analyses historiques, sociologiques et culturelles, il analyse la difficulté à construire une citoyenneté républicaine dans un contexte géopolitique dominé par l'impérialisme américain et la montée de l'islamisme.
Cet ouvrage éclairant, original et engagé, renouvelle l'écriture politique en s'ancrant dans le quotidien des Égyptiens et présente une réflexion nuancée sur les défis internes et externes à la construction d'un État moderne et démocratique.