Moyen Âge et procès de civilisation



Moyen Âge et procès de civilisation


Préface de Étienne Anheim



Norbert Elias

Biographie

Issu d'une famille de commerçants juifs aisés, Norbert Elias est le fils unique de Hermann et Sophie Elias. Il naît en Allemagne à Breslau, ville aujourd'hui polonaise (Wroclaw).

De 1907 à 1915, il est élève au Johannes-Gymnasium de Breslau1.

Mobilisé durant la Première Guerre mondiale en 1915, il passe une période de six mois sur le front oriental, où il est affecté dans le service des transmissions1. Puis, il est déplacé sur le front de l'ouest, «probablement en septembre 1916 lors de ce qu'on a appelé la seconde bataille de la Somme»2. Après près d'un an d'une expérience au front traumatisante au point qu'il en refoulera le souvenir jusqu'à sa mort3, il revient dans sa ville et exerce le métier d'aide-infirmier pour blessés de guerre, tout en entamant dès 1918 ses études de médecine à l'Université de Breslau. Il entreprend parallèlement des études de philosophie (universités de Breslau, Heidelberg, où il se forme à la sociologie allemande, et Fribourg). La psychanalyse freudienne est alors en plein essor. Tout en se distanciant ensuite du mouvement des psychanalystes, il reconnaîtra sa dette envers Freud qui avait proposé «le modèle le plus clair et le plus avancé de la personne humaine»4. Il abandonne ses études de médecine dès le premier semestre1, tout en estimant ensuite que cette discipline fut très importante pour son parcours3.

En 1924, Elias obtient son doctorat de philosophie avec une thèse, dirigée par Richard Hönigswald, intitulée Idee und Individuum. Eine kritische Untersuchung zum Begriff der Geschichte (Idée et individu. Une étude critique de la notion d'histoire), malgré son désaccord avec les positions néo-kantiennes de son directeur5. Il participe en 1929 comme auditeur au deuxième cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. Après avoir annulé son projet d'habilitation à l'Université d'Heidelberg avec Alfred Weber, frère de Max Weber, il part à l'Université de Francfort en 1930 préparer une habilitation au sein de l'Institut für Sozialforschung auprès de Karl Mannheim, dont il devient l'assistant, habilitation qu'il déposera en 1933 mais ne soutiendra jamais. En effet, l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes en 1933 va provoquer l'interdiction de publication de son mémoire d'habilitation1. Celui-ni ne sera publié qu'en 1969, sous le titre La Société de cour. Fuyant l'Allemagne nazie, il s'exile en 1933 en Suisse, puis à Paris, où il essaie en vain de trouver un poste.

Ami d'Alexandre Koyré, le grand spécialiste de l'histoire des sciences, il finit par s'établir à Londres en 1935 où il se consacre à la rédaction de son livre Sur le processus de civilisation6, grâce au soutien d'un comité d'assistance aux réfugiés juifs3. Cet ouvrage sera finalement publié à Bâle grâce à son père en 1939. Sa mère est arrêtée et déportée à Auschwitz où elle meurt probablement en 1941. Commence alors une longue carrière d'enseignant précaire en Angleterre. Après avoir été interné huit mois sur l'île de Man en tant que réfugié juif, il bénéficie d'un contrat d'assistant de recherche à la London School of Economics. Après la guerre, il subvient à ses besoins en donnant des cours particuliers et des conférences3 et en dirigeant des thérapies de groupe7. Il obtient enfin à 57 ans, en 1954, un poste d'enseignant-chercheur (lecturer puis reader) à l'Université de Leicester6 et prend sa retraite en 1962. Il part ensuite diriger pendant deux ans le département de sociologie de l'Université Legon au Ghana.

Il devient peu à peu célèbre grâce à la réédition en Allemagne en 1969 de son œuvre Sur le processus de civilisation. Il est le premier récipiendaire du Prix Theodor-W.-Adorno en 1977 et du prix européen d'Amalfi pour la sociologie et les sciences sociales en 1987. La même année, il est fait docteur Honoris Causa de l'Université des Lettres et Sciences Humaines de Strasbourg.

De 1979 à 1984, il exerce au Centre de recherche interdisciplinaire de l'Université de Bielefeld. Il s'installe en 1975 à Amsterdam. Après avoir publié d'autres recherches comme ses Études sur les Allemands, il meurt le 1er août 1990 à Amsterdam.

On ne lui connaît aucune relation affective3.

La fondation Norbert Elias qu'il a créée en 1984 attribue tous les deux ans depuis 1999 le Norbert Elias prize à de jeunes chercheurs en sociologie. De nombreuses chaires universitaires et centres de recherche ont été baptisés en son honneur.

Idées

La réception de l'œuvre d'Elias fut brouillée par ces avatars de l'histoire: ce n'est qu'à partir de la fin des années soixante que ses ouvrages commencent à être traduits en français. Ils portent sur l'histoire de l'autocontrôle de la violence et l'intériorisation des émotions (dans des domaines aussi divers que les manières de table, le sport, la musique, les rapports entre les sexes ou la mort) ainsi que sur les conséquences d'une redéfinition des relations d'interdépendance (dans le rapport au temps, au groupe de référence ou à la situation) qui ouvre à une véritable «révolution copernicienne» en sociologie. Ce livre rend compte de l'originalité d'une pensée qui a su inventer de nouveaux objets, mais aussi des façons nouvelles d'aborder la recherche sociologique.

La notion d'interdépendance est au cœur même de la théorie d'Élias. Il l'explique ainsi:

«Comme au jeu d'échecs, toute action accomplie dans une relative indépendance représente un coup sur l'échiquier social, qui déclenche infailliblement un contre-coup d'un autre individu (sur l'échiquier social, il s'agit en réalité de beaucoup de contrecoups exécutés par beaucoup d'individus) limitant la liberté d'action du premier joueur8

Elias souhaite dépasser la dichotomie (apparente) entre l'individu et la société, et consacre un livre à ce sujet: La Société des individus (trois articles écrits en 1939, dans les années 50 et en 1987). Il veut aller au delà des impasses conceptuelles et idéologiques des "deux sociologies" (holistes/individualistes méthodologiques et souvent, derrière, collectivistes/individualistes), en faisant appel à l'analyse par l'interdépendance et aux processus en temps long. Cette analyse donne sur sa théorie des configurations, qui vise à résoudre la tension entre l'agency et les structures. L'individu a donc une identité propre, mais il s'inscrit dans un milieu de relations qui va lui transmettre des valeurs, un schéma de comportements, un habitus social. Il est lui, son prénom, mais aussi ceux (et les institutions) avec qui il s'est formé, dont son nom peut donner l'indice et dont il dépend (et inversement). Le processus d'individualisation s'accompagne paradoxalement d'un contrôle plus étroit du milieu social sur l'individu, au fur et à mesure que ce que l'on nomme la "société" (tribu, village, nation), croit, que la spécialisation requiert plus de coordination, d'automatismes et d’autocontrôle, que la chaine d’interdépendance se complexifie et se rallonge. Le premier article de ce livre devait originellement être la conclusion de son ouvrage Sur le processus de civilisation. Norbert Elias rappelle que l'éducation d'un enfant consiste à faire incorporer à celui-ci en quelques années tous les mécanismes d'auto-contrôle que la société a construit au long des siècles.

Norbert Elias nous met en garde contre les définitions a priori des notions de micro et macro-social ce sont des notions relatives: une relation nationale sera micro par rapport à une relation internationale mais macro par rapport à un jeu de 4… Il rejette par ailleurs les visions évolutionniste et téléologique de l'histoire9.

Source: Wikipedia




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