Études archéologiques, architecturales et topographiques
L'abbaye bénédictine de Baume-les-Messieurs (Jura) a échappé aux importantes reconstructions monastiques de l'époque moderne, ainsi qu'aux destructions révolutionnaires. Ses bâtiments conventuels résultent de plusieurs campagnes de construction, dont les premières structures conservées datent des environs de l'an mil. Ce riche potentiel archéologique et architectural permet d'appréhender et de retracer les évolutions de la topographie et du bâti de l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses abbayes du diocèse de Besançon, à l'intérieur d'un arc chronologique qui s'étend depuis la construction de l'église au XIe siècle jusqu'à l'abandon de la vie régulière au XVIIe siècle.
Trente ans d'archéologie préventive ont permis d'apporter une documentation entièrement neuve qui éclaire le quotidien des hommes qui vécurent en Lorraine entre l'installation des royaumes mérovingiens au VIe siècle et l'apogée du Saint Empire au XIIe siècle. Rachel Prouteau a livré en 2017 à la communauté scientifique un corpus exhaustif des céramiques domestiques à usage culinaire découvertes dans les habitats ruraux et urbains de la région. Elle complète son propos en signant cette synthèse magistrale dans laquelle elle présente ses méthodes de travail et définit les grandes articulations qui ont rythmé l'évolution de ce mobilier étudié pour la première fois dans la sphère régionale. Elle caractérise avec une grande précision les trois phases successives qui s'en dégagent: une phase I (VIe- début VIIIe s.), une phase II (VIIIe s. -fin IXe s.) et une phase III (Xe-XIIe s.) et appuie ses démonstrations sur une grand nombre de tableaux typo-chronologiques qui prennent en compte la diversité des formes céramiques. Cet ouvrage constitue une véritable somme qui est appelée à rendre d'éminents services à tous les chercheurs, archéologues et conservateurs du patrimoine qui auront à identifier et à étudier des mobiliers inédits provenant de dépôts anciens ou issus de nouvelles fouilles. Il offre une référence incontournable pour mieux appréhender cette période longue de 7 siècles qui sépare l'Antiquité tardive et le Moyen Age central dans l'Est de la France.
Le 8e colloque international de l'AFAV, tenu à Besançon en décembre 2016, a regroupé un grand nombre de spécialistes du verre médiéval. Présentées dans ces actes, les communications renouvellent, grâce à une approche interdisciplinaire, les études menées sur un matériau qui a intéressé les archéologues, les historiens, les archéomètres, les verriers et les restaurateurs-conservateurs. Elles proposent une synthèse de nos connaissances sur le verre des viiie-xvie siècles au Portugal, en Italie, Slovénie et dans les Balkans, et plus ponctuellement dans des régions suisses, allemandes et françaises, sans omettre les échanges avec le Nouveau Monde (Canada) pour la fin de la période considérée.
Économie de la pierre de l'Antiquité à l'époque moderne en Lorraine et régions limitrophes
Premier opus d'une série de colloques internationaux, le projet " Pierre à Pierre " réunit géologues, archéologues et historiens autour de ce matériau emblématique grâce auquel monuments, sculptures et ustensiles traversent si durablement le temps. Ces actes sont le fruit des riches échanges tenus à l'occasion des rencontres des 5 et 6 novembre 2015, à la Maison des Sciences de l'Homme de l'Université de Lorraine, à Nancy, sous la co-organisation de l'HisCAnt-MA et de l'Inrap Grand Est. Ils regroupent trente articles illustrant l'utilisation de la pierre en région Grand Est, élargie aux régions et pays limitrophes, entre le Ier s. avant notre ère et le XVIIe s., et s'articulent autour de quatre grandes thématiques diachroniques.La confrontation des connaissances nécessitant la mise en commun des informations, la première partie est consacrée aux aspects méthodologiques illustrés par des bases de données nouvellement créées et des découvertes récentes en archéologie expérimentale. La seconde partie laisse la part belle à la chaîne opératoire de la pierre architecturale, par le biais de cas d'étude détaillant les différents paramètres qui régissent les choix des sites d'extraction, des modes de transport, des aires de diffusion et de la logistique de mise en œuvre sur les chantiers. Dans la troisième partie, ces thématiques sont abordées plus spécifiquement sous l'aspect de la pierre d'ornement et de la pierre de remploi. Enfin, la quatrième partie ouvre une porte d'accès au cœur des activités artisanales et domestiques à travers le cas particulier de l'outillage et des ustensiles en pierre.Pour la plupart originales, ces études approfondies proposent des approches allant des monographies de site jusqu'aux analyses régionales. Elles offrent des regards inédits sur le matériau pierre et ouvrent de nouvelles perspectives d'investigations.
Entre Corrèze, Lot et Dordogne, la vicomté de Turenne abrite une quantité tout à fait remarquable de bourgs castraux et ecclésiaux d'origine médiévale. Parmi eux se trouve Turenne, un bourg né vers l'an mil autour d'un énigmatique château carolingien dont l'histoire nus dit qu'il aurait été pris par les troupes de Pépin le Bref au milieu du VIIIème siècle…Situé à quelques kilomètres de Brive-la-Gaillarde, Turenne est d'abord un site géologique, une butte-témoin calcaire qui culmine à 330m d'altitude au-dessus de la vallée de la Tourmente. C'est sur les pentes de ce relief escarpé que se développa au cours du Moyen Âge un groupement d'habitas, dans un premier temps près de l'enclos des vicomtes de Turenne, puis le long d'un cheminement ancien qui reliait Brive à Martel. Aujourd'hui, ces maisons offrent un panorama varié de l'architecture civile du sud de la Corrèze.Certains logis conservent encore en façade des vestiges médiévaux (ici une porte en arc brisé, là un couple de baies géminées…), d'autres sont plus marqués par la Reconstruction qui a eu lieu après la guerre de Cent Ans. Ces maisons de la " deuxième génération " ont un trait commun: la plupart sont dotées de spectaculaires tours hors-oeuvre ou demi-hors-oeuvre, à l'intérieur desquelles ont été aménagés des escaliers en vis. Peuplé d'officiers, de notaires, mais également de nombreux paysans, commerçants et artisans (des cordonniers, des tisserands, des tailleurs…), le chef-lieu de la vicomté était aussi un site fortifié, doté de trois enceintes construites entre les années 1100 et les Guerres de Religion. Raconter Turenne par le biais de ses maisons était finalement une occasion unique d'aborder ce lieu à travers ses habitants, en somme de revenir aux sources même de l'Histoire.
La nécropole d'Évans " Sarrazins " (VIe-VIIe siècle). L'église funéraire du " Champ des Vis " (VIIe-Xe siècle) (Jura)
Deux sites funéraires du haut Moyen Âge — le " Champs des Vis " fouillé entre 1987 et 1990 et les " Sarrazins " en 1995 — sont localisés sur le territoire de la commune d'Évans, dans la vallée du Doubs. Le plus ancien, celui des " Sarrazins ", est implanté sur la partie basse d'une pente orientée au sud. Des chambres funéraires étayées de bois et des coffres en pierre occupent deux espaces distincts de la nécropole. Soixante-cinq tombes ont été découvertes sur un nombre probable de quelques centaines. Vingt-six d'entre elles étaient dotées de mobilier funéraire permettant de les dater entre la seconde moitié du VIe siècle et le troisième quart du siècle suivant. L'ensemble confirme tout à la fois l'influence d'une population d'origine franque et la présence des coutumes mortuaires régionales. Le second site se trouve sur un point haut, lieu de construction de l'église du " Champ des Vis ", inscrite sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques en 1991. Il s'agit à l'origine d'une église funéraire. Les sépultures en fosse avec cercueil en bois, les tombes en coffre de pierre et les structures mixtes témoignent le plus souvent d'inhumations successives au sein d'un même contenant. Deux cents individus sont présents et le mobilier associé à quelques-uns d'entre eux se rapporte au Mérovingien tardif et au début de l'époque carolingienne. Une tombe, située dans une annexe au sud du chœur, est dédiée à un personnage important. Sa position privilégiée et son costume funéraire illustrent une position sociale distinctive: des symboles, tels ses éperons, évoquent son statut de cavalier. Les résultats de cette fouille constitueront désormais un travail de référence pour comprendre l'origine de ces petites églises rurales.Bien que ce secteur géographique — tout autour d'Évans et de Saint-Vit — ait été densément occupé au cours de l'Antiquité, ces deux cimetières se présentent comme des créations consécutives à la conquête franque en Burgondie.
Cet ouvrage livre les résultats d'une enquête pluridisciplinaire réalisée en Haute-Savoie sur l'architecture monumentale entre le XIIe et le XVIIe siècle.La région montagneuse qui recouvre en grande partie l'ancien diocèse de Genève comprend de nombreuses ressources en pierres à bâtir d'aspect et de qualité variés. L'étude archéologique croisée avec la connaissance géologique du territoire et l'apport des sources textuelles (comptes de châtellenie) permet de procéder à une analyse fine du bâti en tentant de répondre à différentes questions telles que: Quelle sont les pierres utilisées, d'où proviennent-elles, comment sont-elles transportées jusqu'au chantier, comment sont-elles employées dans le bâtiment? À l'issue de cette enquête, peut-on parler d'une utilisation raisonnée des matériaux dans les grands édifices tels que les châteaux et les églises?Si l'approvisionnement sur toute la période est manifestement local, on distingue deux grandes phases dans la construction monumentale; la première du XIIe à la fin du XVe siècle, et la seconde à partir du XVIe siècle. Au cours de la période médiévale les bâtisseurs utilisent essentiellement des roches tendres (tuf, molasse) ou de ramassage, tandis qu'à l'époque moderne ils emploient davantage les roches dures (différents calcaires dont le plus utilisé est le faciès urgonien). La transition vers l'époque moderne constitue une véritable révolution architecturale, qui au-delà des progrès techniques répond à des exigences esthétiques liées au mouvement de la Renaissance.Cette enquête sur l'architecture monumentale de la Haute-Savoie a permis de mettre en évidence des pratiques de construction utilisant de façon rationnelle les ressources géologiques du territoire. Elle renouvelle l'approche d'un patrimoine construit en milieu montagnard et nous invite à poursuivre de semblables prospections dans d'autres régions voisines.
Depuis un quart de siècle, l'archéologie préventive a permis de découvrir un grand nombre de sites d'habitat ruraux et urbains occupés entre le VIe et XIIe siècle, ce que les historiens appellent désormais le Premier Moyen Âge. Elle apporte une documentation considérable et inédite qui doit permettre d'éclairer d'un jour nouveau les différents aspects de la culture matérielle et de l'économie de cette période encore souvent mal connue. Des publications récentes ont permis de mieux connaître les formes d'habitat, les techniques de la métallurgie ou les pratiques funéraires. Restait à se pencher sur les pratiques culinaires – conservation, préparation, cuisson, service des liquides – trop longtemps éclipsées par les céramiques funéraires. Restait à surmonter les difficultés d'un mobilier fragmenté et parcimonieusement décoré. Restait à dépasser le goût des objets d'exception pour se pencher sur le prosaïque, le quotidien. C'est à cette rude tâche que s'est confrontée Rachel Prouteau. L'ouvrage offre un corpus inédit du mobilier céramique découvert dans près de soixante sites échelonnés le long du sillon lorrain. Il présente des monographies normalisées qui associent l'analyse et une exceptionnelle série de dessins techniques des artefacts. L'auteur a su organiser ces données par groupes techniques et par types de récipients et en proposant une évolution chronologique renouvelée et inscrite dans la longue durée. Elle met à la disposition des chercheurs, des muséographes et plus largement de tous ceux qui s'intéressent à la culture matérielle de l'Occident médiéval un outil de travail de premier ordre qui fera date. L'auteur est bien armé pour envisager un seconde volume qui offrira une vue d'ensemble des typochronologies de l'ensemble du mobilier.
Les trois siècles d'indépendance de la ville de Metz (1234-1552) peuvent être liés à la présence de ses fortifications, construites à l'extrême fin du XIIe siècle. Sa muraille, longue de 5 575 m, flanquée de soixante-seize tours, de sept portes et de douze poternes, a protégé une population de plus de vingt mille habitants, répartis sur plus de 150 ha. Entre les XIIIe et XVIe siècles, Metz est ainsi une des cités les plus prospères de l'ouest du Saint-Empire romain, protégée par une des plus grandes enceintes urbaines de la fin du Moyen Âge. Au XIVe siècle, la cité se munit d'une administration spécialisée, les Sept de la guerre, chargés de gérer la défense et la diplomatie, et les Sept des murs, dédiés à l'entretien de la fortification à l'aide des corporations de métiers.Il ne reste de nos jours que 1 000 m de muraille, équipée de certains éléments remarquables, comme la porte des Allemands, un des derniers symboles de cette puissance passée. Entre 2011 et 2016, les membres de l'association Historia Metensis ont entrepris l'étude de ces vestiges en les relevant et en complétant les données recueillies sur le terrain grâce aux documents d'archives.Cet ouvrage est le fruit de six années de recherche. Plus qu'une simple étude des vestiges du front de Seille, il se veut être une véritable synthèse sur l'histoire de l'enceinte urbaine messine, tout en présentant aussi les modalités de son entretien et la mise en défense de la ville.L'association Historia Metensis a été fondée en février 2008 par des étudiants en histoire de l'université de Lorraine (Metz). Elle regroupe actuellement aussi bien des professionnels du Patrimoine et de la Culture, que des docteurs et doctorants en histoire, en histoire de l'Art et en archéologie, des professeurs d'université, ainsi que des passionnés. Face à un manque d'étude exhaustive récente de l'enceinte urbaine médiévale de Metz, ses membres ont décidé d'étudier les vestiges du front de Seille à partir de 2011.
La métamorphose des lieux et des objets dans le monde antique et médiéval
Pourquoi détourner un objet de sa fonction initiale? Comment valoriser des déchets inutiles? Pour quelles raisons transformer des thermes en nécropole, un habitat en église paléochrétienne, un sanctuaire païen en carrière de pierre? Telles sont quelques unes des questions posées dans cet ouvrage collectif, publié en hommage à Françoise Dumasy, professeur émérite d'archéologie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.Destruction, remploi, recyclage et reconversion sont les mots clés des travaux présentés ici par dix auteurs qui, pour la plupart, ont participé aux journées d'études sur ces thèmes dans le cadre du groupe " Mondes antiques et médiévaux " de l'HiCSA.La première partie de l'ouvrage aborde la métamorphose des objets, à partir de trois cas d'étude: la tuile, l'amphore et la scorie. Dans la deuxième partie est examinée la métamorphose des lieux, à l'échelle d'une villa, d'un quartier ou d'une agglomération antiques, dont les évolutions sont suivies jusqu'au Moyen Âge. Une place de choix est faite à la Gaule romaine, mais d'autres zones sont abordées dans l'Occident romain, en passant par la vallée du Jourdain. Qu'elles relèvent de choix techniques, logistiques, économiques ou sociétaux, ces mutations illustrent bien les savoir-faire, les capacités d'adaptation et les mentalités des constructeurs de ces périodes.
Suite la multiplication de découvertes de moulins antiques ou médiévaux, ce colloque a permis de faire le point sur l'utilisation de ces installations.Plusieurs thèmes transversaux sont abordés: la détection, l'évolution des systèmes et des mécaniques, les éléments constitutifs du moulin... La thématique liée à l'outil constitué des meules vient immédiatement à l'esprit, mais les études sur les pièces en bois ou en métal permettent d'ouvrir d'autres perspectives.Le colloque a principalement approché les questions relatives à l'archéologie du moulin hydraulique et meunier, quelques communications ont cependant abordées les énergies animale et éolienne ainsi que la diversification de l'outil et des productions (foulons,…).
Le Château des fées est édifié sur une motte rocheuse naturelle, sur la rive gauche de la Meuse au nord de Charleville-Mézières, sur les premiers contreforts du massif ardennais. Il fut sans doute la résidence principale d'un seigneur local, à la frontière des diocèses de Reims et de Liège, aux limbes des comtés de Castrice et du Porcien.Les fouilles dirigées par Jean-Pierre Lémant dans les années 1980-1990 ont permis de redonner à ce site anhistorique toute sa valeur historique et archéologique. Un établissement primitif en bois a d'abord occupé le substrat rocheux. Suite à sa probable destruction en 933 par Richer, évêque de Tongres-Maastricht-Liège, une aula en pierre se substitue au premier ouvrage et une enceinte enserre l'ensemble. La destruction du site intervient vers 1100, suite à un incendie.Un mobilier bien caractéristique de l'époque a été mis au jour. Les plus belles pièces correspondent à des pièces d'échecs, un fermoir de livre, ou encore de la céramique fine glaçurée importée de la Meuse moyenne. La découverte de fragments de meules en basalte de l'Eifel achève de montrer la prééminence d'une culture matérielle des occupants préférentiellement tournée vers l'est et le nord. L'influence des évêques de Tongres-Maastricht-Liège se reflète très certainement dans l'ensemble de ces orientations.Les données exhumées des stratigraphies du Château des fées, traitées par différents spécialistes, permettent d'ouvrir une fenêtre d'observation privilégiée sur les pratiques alimentaires et le quotidien de la petite aristocratie autour de l'an Mil.