Table ronde en l'honneur du professeur René Neboit-Guilhot
Géographes, paléoenvironnementalistes, historiens et archéologues se sont réunis, autour de René Neboit-Guilhot, pour revisiter une problématique scientifique qui lui est chère : les rapports complexes et multiformes existant au sein du triptyque société, climat et érosion. L'ouvrage présente cinquante-six contributions regroupées autour de trois questions clefs. La première concerne les difficultés méthodologiques posées par le déchiffrage et l'interprétation des archives sédimentaires comme indicateurs des paléoenvironnements et des paléodynamiques holocènes. La deuxième soulève le problème des dialectiques homme/climat et insiste sur leur inégale perception selon les acteurs scientifiques, les échelles d'analyse et les contextes morphoclimatiques. En troisième lieu, enfin, est proposée une mise au point sur les acquis et les perspectives des recherches géomorphologiques et géoarchéologiques dans le monde méditerranéen.
Longtemps ignoré ou méprisé, le patrimoine industriel fait aujourd'hui l'objet d'une reconnaissance institutionnelle : les vieilles usines sont réhabilitées, les puits de mine inscrits dans les circuits touristiques et les objets de l'industrie muséifiés. Après avoir beaucoup détruit, on rêve désormais de tout conserver car les vestiges de l'industrie sont perçus comme constitutifs d'identités professionnelles ou locales dignes d'être valorisées. Si les sciences sociales ne peuvent ignorer ce désir de "patrimonialisation" qui vient d'en bas, elles ne doivent pas cependant se laisser submerger par ces mémoires singulières. Aussi, dans une visée critique qui associe chercheurs et professionnels du patrimoine et fait voyager le lecteur de la Lorraine sidérurgique au Nord minier et de Turin à Billancourt, le livre s'interroge sur le processus qui transforme l'usine en patrimoine, la seconde vie que lui donnent les nouvelles fonctions qui l'investissent et les conditions d'une histoire qui fasse toute sa place aux traces matérielles de l'industrie.
Ancrage local et dynamique européenne, l'exemple de Nancy
À travers l'histoire particulière de l'institut électrotechnique de la faculté des sciences de Nancy, l'ouvrage permet d'examiner les conditions d'émergence d'une filière à finalité professionnelle dans le contexte d'une université de province au début du 20e siècle. L'analyse des liens entre le nouvel institut et son environnement industriel montre comment s'affirme localement une tradition reconnue, aujourd'hui encore, par des acteurs tant nationaux qu'étrangers. Car l'institut nancéien a su tirer parti des circonstances en accueillant un flux important d'étudiants d'Europe orientale (Russie, Pologne, Bulgarie, Roumanie, pays balkaniques). La question des relations entre le monde industriel et l'enseignement scientifique constitue enfin le point d'orgue de l'étude. Trois exemples de formations spécialisées en électrotechnique situées dans des contextes politiques, économiques et culturels contrastés — Allemagne, Espagne et Canada — permettent d'établir des comparaisons stimulantes avec la situation française.
La recherche en histoire urbaine médiévale a longtemps été dominée par les études monographiques. Désormais se sont imposées l'étude des villes en réseau, la prise en compte du maillage des petites villes et des bourgs, l'analyse des liens entretenus par les agglomérations avec leur "pays d'alentour". C'est la perspective choisie par l'ouvrage, pour une découverte du réseau urbain de l'espace lorrain et de ses marges, au temps de sa construction, entre l'an Mil et le milieu du 14e siècle.
L'ouvrage contient huit contributions qui étudient les rapports entre la médecine, les malades et les institutions sociales, sur une longue durée de l'Antiquité à nos jours : le rôle du médecin dans une société donnée, le traitement collectif des épidémies, la prise de conscience de la nécessité d'une politique de santé, la place de la médecine dans certaines institutions, la prison par exemple, l'émergence de la médecine préventive. Il ne s'agit pas d'étudier les relations personnelles entre le médecin et le malade, mais de montrer l'organisation de la médecine en réseau. Les exemples pris en Italie voisinent avec ceux issus de régions françaises, Bretagne, Normandie, Savoie et Lorraine.
Deuxième volume consacré à la Lorraine, après la Meuse, l'actuel département de la Moselle formait dans l'Antiquité, la partie centrale du peuple des Médiomatriques. Ce peuple contrôlait à la fois le passage nord-sud du Rhin et de ses affluents (Meuse, Moselle et Sarre) et la traversée est-ouest des Vosges par le col de Saverne. Les Médiomatriques occupaient donc les actuels départements de la Moselle et du Bas-Rhin, le nord des départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle, une partie de la Sarre et du pays de Bade. De leur oppidum principal au Fossé des Pandours (Saverne), ils régnaient sur le plateau Lorrain, la plaine d'Alsace et les montagnes voisines. Mais lorsque les Triboques se sont installés dans l'actuel département du Bas-Rhin, lorsque César a décidé que le Rhin formerait frontière entre "Gaulois" et "Germains", le territoire des Médiomatriques a été amputé et réduit à celui des deux évêchés médiévaux de Metz et de Verdun. Metz (Divodurum) en devenait la capitale romaine. L'ouvrage offre une très longue synthèse générale sur le peuple des Médiomatriques du début de l'âge du fer à la fin du haut Moyen Âge, puis montre le développement agricole et artisanal de cette région placée non loin du limes romain qui a assuré sa prospérité.
Les chercheurs des régions de Franche-Comté, de Bourgogne, d'Alsace et de Lorraine trouvent ici l'occasion de partager leurs réflexions avec ceux des pays limitrophes d'Allemagne et de Suisse en présentant des travaux le plus souvent inédits. L'ouvrage introduit de nouvelles perspectives et offre l'image d'un débat foisonnant autour de diversités culturelles, issues du brassage consécutif aux grandes invasions des 4e et 6e siècles ap. J.-C. : l'archéologie, par le biais d'approches constamment renouvelées, tente d'appréhender l'interpénétration de différentes traditions dans le quotidien des populations, annonçant les mutations du Moyen Âge.
Cet ouvrage n'est pas seulement une histoire de l'immigration polonaise dans le bassin potassique de Haute-Alsace, mais se situe au carrefour de l'histoire sociale, économique, politique et culturelle.L'auteur analyse un cas unique en France par son inscription dans un cadre atypique, celui de l'Alsace récemment recouvrée et qu'il faut franciser. Aussi, au lieu de se trouver dans le binôme habituel Français/immigrés, se retrouve-t-on avant 1940 devant le trinôme Français/Alsaciens/immigrés, puis Allemands/Alsaciens/immigrés pendant la Seconde Guerre mondiale : un jeu à trois partenaires bien différent de ce qui se passe ailleurs.L'étude fait une large part à l'histoire comparée. Elle met en relief le rôle primordial des Mines d'État qui incarnent dans l'Alsace, la France et la République alors que la seconde entreprise d'extraction, entreprise privée n'a pas ces préoccupations. De la même façon, l'auteur montre, pendant la Seconde Guerre, une différence importante entre les Polonais du Gouvernement général et leurs compatriotes du bassin potassique, moins persécutés que laissés de côté.