Avatars de la bizarrerie aux XVIe et XVIIe siècles (France, Espagne, Italie)
Onze chercheurs examinent la notion de bizarrerie en scrutant les occurrences de ce substantif ou du qualificatif correspondant dans des œuvres françaises, espagnoles et italiennes des XVIe-XVIIe siècles, afin de discerner si elle conviendrait mieux que celle de " baroque ", forgée a posteriori, pour caractériser certaines formes et certains comportements. L'étude des traductions du terme, de son utilisation dans des textes imprégnés d'idéologie religieuse, dans des réflexions – théoriques ou véhiculées par des personnages – sur les mœurs et sur l'art, révèle de profondes différences, voire de franches oppositions, entre les trois littératures: des valeurs ici positives, là négatives, s'attachent à la bizarrerie, éthique ou esthétique, la France se montrant réticente au bizarre comme au baroque. Le bizarre paraît plus complexe encore que le baroque, le terme qualifiant des domaines que ne touche pas l'autre (Nature, particularités religieuses), sa valeur éthique l'emportant sur l'esthétique, qui domine dans le baroque, un degré supérieur de fantaisie ou de trouble l'affectant. Au total, un bon outil conceptuel, mais d'un maniement à réfléchir.
L'essai, au sens étymologique, c'est la pesée, le poids; au figuré, c'est l'exercice, le prélude, l'échantillon. Partant du mot, que Montaigne introduit dans le domaine littéraire, ces pages envisagent le livre III, d'abord de manière synthétique et globale, en trois sections consacrées à Montaigne, aux Essais et à la " bibliothèque des Essais ". Puis se dévident des " cheminements de chapitres ", analysant quelques-unes des plus célèbres sections du livre III, " Du repentir ", " Sur des vers de Virgile ", " Des coches ", "De l'art de conférer ", "De la vanité ", "Des boiteux ", "De la physionomie ", "De l'expérience ".L'anthologie critique conduit de Pascal, lecteur assidu, et quand bien même indigné souvent, des Essais, à Stefan Zweig, qui termina ses jours au Brésil en lisant et commentant Montaigne, au début d'une longue guerre dont il ne vit pas la fin.
Publiés pour la première fois en 1552, Les Amours constituent l'un des grands événements littéraires de la France du XVIe siècle: maintes fois imité à la Renaissance, le recueil est d'emblée perçu comme un chef-d'œuvre, et fait même l'objet d'un commentaire savant, rédigé par Marc-Antoine Muret.
Le présent volume propose de situer l'œuvre dans son contexte poétique en montrant comment elle mêle des références littéraires (pétrarquisme, épopée…) et philosophiques (néoplatonisme, épicurisme...) très hétérogènes. Mais il souligne aussi ce qui fait la nouveauté des Amours, tant dans la présentation matérielle du recueil et dans sa pratique du sonnet que dans sa distance désinvolte à l'égard de ses sources et modèles.
Trois " entrées " dans l'œuvre sont proposées: la première évoque le contexte de parution du recueil et ses particularités formelles; la seconde, sa philosophie de l'amour; la troisième, son usage des références philosophiques et mythologiques.
La Servitude volontaire d'Étienne de La Boétie (1530-1563) est une des œuvres les plus fascinantes et les plus actuelles de la Renaissance, une des plus mystérieuses aussi, connue seulement par une tradition textuelle posthume. Prenant en considération l'important discours critique souvent contradictoire qu'elle a suscité depuis 150 ans, le présent ouvrage en propose une lecture renouvelée. Une minutieuse analyse rhétorique met en lumière sa portée de chef d'œuvre oratoire et les effets dont il est porteur. Une analyse historique et littéraire révèle ses enjeux idéologiques: la célébration d'une instance sénatoriale, seule capable de résister à la tyrannie monarchique et d'illustrer la langue française par la constitution d'une grande éloquence civique à l'antique.
L'écrivain et les formes du pouvoir à la Renaissance
Ce numéro de Transalpina est consacré à la culture politique de la Renaissance, notamment à l'utilisation des sources anciennes par plusieurs auteurs de traités et de textes politiques du XVIe siècle. Les auteurs étudiés sont Bartolomeo Cavalcanti, Bartolomeo Carli Piccolomini, Machiavel, Paolo Paruta, Alessandro Piccolomini et Tommaso Campanella. Dans la droite ligne de la tradition culturelle humaniste, les écrits analysés dans ces articles répondent au dessein de transmettre aux Modernes les savoirs des Anciens en les adaptant aux différentes situations politiques présentes dans les villes-États de la péninsule italienne. Les thèmes abordés accordent une place importante à la lecture d'Aristote par Machiavel, au rôle central de l'expression vivere civile (toujours chez le secrétaire florentin), ainsi qu'à l'importance de la poésie politique chez Campanella et à la philosophie de la praxis chère à Cavalcanti.
Œuvre exigeante que Les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, qui peignent la France en mère affligée, contemplant la querelle sanglante d'Ésaü et Jacob, ses deux fils ennemis. Il a fallu le recul du classicisme pour que soit revalorisée une poésie âpre et sans concession, indifférente aux chocs qu'elle porte et aux blessures qui la modèlent.
Cette réhabilitation va de pair avec la formidable ouverture critique que le poème a suscitée. Où placer d'Aubigné, cet enfant du siècle égaré hors de son aire? Que faire de ce contemporain de Malherbe, qui écrivait pour déplaire et parce que la vérité qu'il prônait paraissait vaincue? Comment dans un siècle qui l'a ignoré comprendre son monumental poème qui se posait comme la fin de toute poésie? Les quatre volets de ce recueil, " Genèses ", " Les étages du monde ", " Du brame au concert ", " Errants et prophètes ", dessinent un étagement progressif qui éclaire de proche en proche l'architecture des Tragiques. Dix-sept études transversales réunissent autour du poème le faisceau d'interrogations consubstantielles au chef-d'œuvre de la poésie militante.
Entre le 15e et le 18e siècle, l'élaboration d'un ouvrage réunit aux côtés de l'auteur de multiples intervenants qui participent à la production du texte, sans forcément laisser de marques explicites de leur travail. Quelle est la part de chacun dans cette oeuvre collective qu'est un livre à cette période ? La contrainte de l'impression pèse-t-elle réellement sur l'idée qu'on se fait de l'auteur ? Qui compose ces très nombreux livres qu'on ne " lit " pas, parce qu'ils ne sont pas de la littérature, mais des manuels, textes de classe et sommes de science ? Comment vit-on quand on est savant, érudit, et responsable en même temps d'une presse avec ses contraintes commerciales ? Le présent ouvrage voudrait non tant répondre définitivement à toutes ces questions, que donner des pistes pour réfléchir à cet étrange objet qu'est un livre, en un temps où la différenciation des statuts sociaux et le partage des tâches sont moins clairs qu'ils ne le sont de nos jours.
Depuis une trentaine d'années, la tradition latine qui a permis à l'Europe de s'inventer occupe une place croissante dans les études littéraires en Europe. Et l'humanisme franco-italien est au centre de l'histoire de l'Europe latine parce qu'il est lié à la redécouverte des textes classiques. C'est pourquoi la philologie des humanistes, organisée par les questions de la réception des textes et de leur influence, occupe la première partie des travaux ici présentés. La deuxième partie des études s'attache à la question des parallèles et de l'émulation. De façon naturelle, enfin, la traduction des œuvres latines de la Renaissance italienne dans la langue française ménage une voie à double sens entre l'Italie et la France.
Cuestión de amor figure parmi les best-sellers du XVIe siècle, avec plus de vingt éditions en castillan et une traduction française. Traditionnellement rattachée au roman sentimental, l'oeuvre anonyme convoque un large éventail de genres en vogue à la Renaissance : question d'amour, poésie cancioneril, emblématique, relation de fêtes, églogue, épître et chronique. L'action se situe à la cour hispano-italienne de Naples de 1508 à 1512, sur fond de guerres d'Italie. L'accent est mis tout particulièrement sur les fêtes de cour (chasse, joutes, jeu de javelines et représentation pastorale) donnant lieu à de brillants défilés mondains en costumes à devises.Mais Cuestión de amor est aussi un roman à clés, qui met en scène les personnages importants de la cour du vice-roi Ramón Folch de Cardona et des Reines Tristes, Jeanne III et Jeanne IV de Naples, ainsi que les grands capitaines des guerres d'Italie. Cet aspect engage à le considérer comme un maillon essentiel sur la voie des portraits du Courtisan qu'élaborent un peu plus tard Baldassar Castiglione, et Luis Milan à la cour des vice-rois de Valence.Cette édition s'inscrit dans le programme collectif actuellement développé par le Centre de Recherche sur " Naples, entre Italie et Espagne aux XVIe et XVIIe siècles ".
Pour un nouvel éclairage sur la pratique des lettres à la Renaissance. Journées d'étude organisées par le Centre d'études et de recherches sur la Réforme et la Contre-Réforme, les 15 nov. 2003, 12 juin 2004, 5 et 6 nov. 2004
En réfléchissant aux usages et fonctions de l'emprunt à une époque où cette pratique va de soi, les différents auteurs s'interrogent sur la paternité et les filiations de l'écriture. Comment les écrivains deviennent-ils des auteurs ? De quels textes tirent-ils leur autorité ? La propriété littéraire existe-t-elle ? À qui peut-on ou doit-on emprunter ? À partir de quand y a-t-il plagiat ? Que cachent l'anonymat et les noms de plume ?
À partir d'horizons, d'orientations et de pays différents, les contributions réunies dans le volume examinent comment la tradition dans les pratiques scripturales, musicales et architecturales peut être créatrice de modernité. Sont ainsi reconsidérés les habituels rapports d'opposition antithétique (traditionnel/moderne, démodé/à la mode, conservatisme/libéralisme, permanent/périssable, stable/transitoire, ancien/moderne), qui tendent à se retrouver en couples complémentaires et réciproques.
Élaboré en vue de la préparation à l'agrégation de lettres 2006, cet Index suit fidèlement le texte de l'édition de référence Michel François ("Classiques Garnier") de l'Heptaméron. Il favorise considérablement l'étude thématique de l'œuvre, en servant par exemple à définir la personnalité stylistique de chaque Devisant, en suggérant des co-occurrences révélatrices, etc. Il aide ainsi à une bonne compréhension d'un lexique plus raffiné qu'il n'y paraît ; l'étude des mots éclaire la nature composite de la culture de l'auteur, la complexité de sa psychologie, de son éthique, de sa religiosité. Cet outil met en évidence l'indécision constante d'un vocabulaire qui hésite entre le charnel et le spirituel, ce qui lui permet de rendre compte notamment d'une caractéristique de l'œuvre : la difficulté qu'ont les individus à communiquer entre eux.