Les Petits traités d'histoire naturelle ou Parva naturalia d'Aristote proposent, pour la première fois dans l'histoire de la philosophie occidentale, une analyse systématique des états " communs à l'âme et au corps " : la sensation, la mémoire, le sommeil et les rêves, la respiration ou encore la vie et la mort. Désormais la physiologie trouve une place nécessaire et parfaitement légitime dans le cadre de l'enquête psychologique. Appliquant les grands principes formulés dans le traité De l'âme, les Parva naturalia établissent un lien nouveau, avec une précision encore inégalée dans le corpus philosophique, entre la traditionnelle et vénérable conception de l'âme comme principe de mouvement et de connaissance, et celle qui naît avec la science du vivant, cette partie de la philosophie naturelle que développe le Stagirite.Héritage considérable, aussitôt perçu comme tel dans l'Antiquité et au Moyen Âge. Les lectures, commentaires, traductions et paraphrases d'Aristote témoignent d'une attention constante à ces textes et aux questions qu'ils posent, ouvrant dès lors la philosophie naturelle à de nouveaux domaines comme la médecine, la cosmologie, l'anthropologie, etc. Avec ou contre Aristote, on doit lire et commenter les Parva naturalia.Ce volume examine leur réception et leur fortune, dans la longue durée, et dévoile ainsi un aspect essentiel de l'histoire des rapports de l'âmeet du corps.
Penser et dire le plaisir dans l'Antiquité et à la Renaissance
Cet ouvrage collectif est le fruit d'un colloque sur les philosophies du plaisir qui a réuni philologues et philosophes, spécialistes de l'Antiquité et de la Renaissance, en juin 2004, à l'Université de Lille 3. Les études proposées analysent d'abord la formation des pensées du plaisir dans le monde antique et les débats qu'elles suscitèrent entre les différentes écoles, des grands théoriciens de l'Antiquité grecque jusqu'au début de l'ère chrétienne. Elles mettent aussi en évidence les réajustements et les discussions qui eurent lieu parfois au sein même des grandes familles philosophiques, chez les Cyrénaïques et les Épicuriens, mais aussi chez les Néoplatoniciens. On mesure alors combien l'Antiquité reste attachée à une pensée hédoniste dont la poésie latine s'est faite l'écho. En explorant ensuite le champ de la réception humaniste, ces travaux permettent d'évaluer la dette des philosophes de la Renaissance à l'égard de leurs prédécesseurs grecs et romains, mais aussi, dans un cadre politique, religieux et moral différent, de mieux cerner les enjeux d'une pensée du plaisir au sein de nouvelles configurations philosophiques, qu'il s'agisse de l'épicurisme chrétien d'un Lorenzo Valla ou de l'alliance d'épicurisme et de néoplatonisme chez Marsile Ficin. De glissements en réappropriations, un vaste corpus se dessine, en particulier de langue latine, assez délaissé jusqu'à présent et que ce recueil propose d'explorer.
Le livre que Diogène Laërce consacre aux premières générations des Cyniques dans ses Vies et Doctrines des Philosophes Illustres n'est ni une présentation neutre ni une simple compilation de sources : des deux traditions concurrentes où le Cynisme s'inscrit - l'une qui en fait une école de pensée indissociable à la fois d'Antisthène et des Stoïciens, l'autre qui proclame la prééminence de Diogène le Cynique et l'interaction qu'offrent sa pensée et son mode de vie avec les mouvements qui le précèdent et qui lui succèdent, Diogène Laërce entend faire triompher la première. Il ne peut y parvenir qu'au prix d'une construction abusive, comme en témoigne en particulier le rôle assigné au socratique Antisthène, dont la fonction est de pallier la difficulté qu'il y a à intégrer le cynisme diogénien dans la continuité d'une évolution historique. Le présent ouvrage, consacré au démontage de l'interprétation que Diogène Laërce donne du Cynisme, se présente comme une contribution à l'étude des procédures et des enjeux de la doxographie ancienne.
La philosophie d'Héraclite et ses aphorismes obscurs ont été l'objet de nombreuses réappropriations dans l'Antiquité. Le projet de ce livre est d'examiner l'usage qu'en ont fait certains philosophes sceptiques, dans le cadre d'interprétations où l'on repère non seulement l'influence de Platon, voire d'Aristote, mais aussi celle des Stoïciens. Notre source principale sur l'Héraclite sceptique est Sextus Empiricus (II siècle de notre ère), qui nous fait connaître Énésidème, le rénovateur du scepticisme pyrrhonien au I siècle avant notre ère. Sextus rapporte que selon Énésidème, le scepticisme " est un chemin vers la philosophie héraclitéenne ". Cette formule a donné lieu au problème de " l'héraclitisme d'Énésidème ", décrit en 1887 par V. Brochard dans ses Sceptiques grecs: à un Énésidème " ennemi déclaré de tout dogmatisme et sceptique à souhait " semble en effet s'opposer un Énésidème " ouvertement dogmatique ", et l'on ne voit pas comment expliquer la métamorphose de l'héritier de Pyrrhon en disciple d'Héraclite. La question croise aussi bien l'histoire de l'Académie, avec le problème du Plato scepticus, que celle du scepticisme, avec la place d'Énésidème dans la tradition pyrrhonienne.
La question de la place des poètes dans la cité chez Platon n'est pas l'objet de la République seulement : c'est une question centrale des Lois. Or les deux dialogues paraissent se contredire : tandis que les poètes sont chassés de la cité de la République, ils sont au contraire mis au centre du dispositif législatif dans les Lois. Il s'agit donc d'explorer les raisons de cette (apparente) contradiction. Quels sont donc la place et le rôle exacts des discours poétiques dans la cité des Magnètes élaborée dans les Lois ? Pourquoi et comment le législateur utilise-t-il ces discours ? Inversement, quel est le fondement de la contradiction entre la poésie et la cité juste dans la République ? Tels sont les problèmes qu'il s'agit d'essayer de résoudre. Le but est de proposer une clé de lecture des Lois : c'est pour des raisons d'ordre anthropologique (raisons dont la République fait abstraction) que le législateur a besoin du poète, et la cité est fondée sur la base de cette utilisation politique du discours poétique.
Aristote, oublié depuis deux siècles, devient au XIXe siècle un contemporain. Soutenue par un remarquable travail éditorial évoqué par les noms de Brandis, Bekker ou Bonitz, cette réévaluation engage les différents champs de la philosophie. On se tourne vers Aristote pour réhabiliter la question métaphysique, mais aussi pour interroger les instruments de la pensée, les concepts et les catégories, ou penser le rapport de la philosophie aux sciences positives. Le style d'Aristote, recherchant un mode de connaissance adapté à chaque objet, avec son exigence de rigueur et de sobriété, trouve un écho chez tous ceux qui désirent faire de la philosophie une science rigoureuse. Selon les contextes, la lecture de ses écrits a nourri des traditions philosophiques bien différenciées, de la phénoménologie à la logique, de la métaphysique au regain de la philosophie pratique. Elle accentue, selon les aires culturelles, certaines préoccupations : philologique et linguistique en Allemagne, métaphysique en France, scientifique en Autriche, logique en Pologne, pratique, scientifique et métaphysique dans les pays anglo-saxons. Ce livre dresse un état des lieux de la surprenante actualité d'Aristote au XIXe siècle en suivant les interprétations contrastées de ses principales oeuvres. A travers ses trois sections : 1. La critique de l'idéalisme ; 2. Le retour de la métaphysique ; 3. La logique de la science, il souligne le rôle essentiel de Trendelenburg, Ravaisson et Brentano tout en présentant plusieurs acteurs de cette passion péripatéticienne (de Feuerbach, Droysen, Dilthey à Comte, Peirce ou Lukasiewicz). Avec des textes inédits de Brentano, une bibliographie des éditions d'Aristote et des études au XIXe siècle, il constitue un ouvrage de référence.
Les Lois de Platon constituent une oeuvre majeure dans l'histoire de la pensée politique. La perspective systématique, qui remonte vers les fondements de la législation, s'y combine avec l'élaboration concrète de lois détaillées, ce qui les distingue de la République. Leur importance vient en outre et avant tout de ce qu'elles ont élaboré une série de concepts et de principes politiques appelés à un long avenir. Négativement, les Lois, en un contraste frappant avec la thèse du philosophe-roi de la République,thématisent pour la première fois le principe en vertu duquel "le pouvoir absolu corrompt absolument" (principe dit de Lord Acton). Positivement, les notions de "constitution mixte", de "règne de la loi", et de "préambule législatif" y trouvent leur première articulation conceptuelle, voire leur première formulation. Dernier ouvrage de Platon, les Lois restent un texte peu fréquenté, en dépit de leur importance obvie. C'est que, outre leur longueur, elles sont d'écriture difficile et opaque dans leur structure. Le présent essaie vise à fournir, d'abord de manière synthétique, puis en commentant un certain nombre de passages, les éléments clefs permettant de s'orienter dans le maquis de développements dont elles sont faites. Il propose ce faisant une interprétation originale de la relation complexe que les Lois entretiennent avec la République, en mettant au centre de l'analyse la question de la relation entre loi et persuasion.
Si Aristote est le penseur de la différenciation des domaines du savoir, dont les objets spécifiques répondent à des principes propres et appellent des méthodes distinctes, il sait aussi, marquer leurs analogies, leurs croisements et leurs interférences. Aucun texte, de ce point de vue, n'est plus instructif que le petit traité Mouvement des animaux. Tout en correspondant à une section identifiable du programme aristotélicien de recherche en matière de philosophie naturelle, entre le ciel et les plantes, ce texte est aussi un miroir où se reflètent, s'articulent, et s'approfondissent, quelques-unes des grandes problématiques de la pensée aristotélicienne, en matière de logique, de psychologie, d'éthique, de physique et de métaphysique. Les études ici rassemblées, sans prendre la forme classique d'un commentaire, couvrent l'ensemble des chapitres du traité. On a souhaité qu'elles puissent servir, à leur manière, de guide de lecture, et promouvoir la réflexion sur cette oeuvre singulière, qui reste moins fréquentée que d'autres.
L'arc-en-ciel, c'est à la fois Iris, la messagère des dieux qui annonce les désordres atmosphériques, la famine et la guerre, et la palette chatoyante des activités humaines auxquelles le père de l'histoire consacre son Enquête après avoir décidé de ne rien exclure. L'archer, c'est l'enquêteur qui devient créateur parce qu'il hérite de la tradition épique, et même philosophe parce qu'il a l'ambition d'un savoir universel et décoche des flèches pour amener le lecteur à s'interroger. Il le fait malicieusement ou en douceur comme le philosophe tel que le définit Lucien. Le livre, qui résulte d'un long compagnonnage avec Hérodote, est le seul, en France, qui propose une synthèse de l'histoire des interprétations et interroge le texte des Enquêtes dans sa diversité. Qu'il s'agisse du temps, du divin, du monde, de la guerre et de l'homme qui émerge péniblement pour trouver des marges de liberté, le logos d'Hérodote est bien celui d'un homme qu'il faut prendre au sérieux, même quand il plaisante.
Etude systématique de la polémique anti-épicurienne de Plutarque de Chéronée, par une approche croisée de deux auteurs aux antipodes l'un de l'autre et qui ont considérablement marqué de leur influence la pensée européenne. Autant la critique plutarquienne de l'épicurisme nous informe sur la réception et la compréhension de cette doctrine au début de notre ère, autant elle nous instruit sur l'architectonique de la pensée de Plutarque lui-même.
Collectif consacré à l'analyse de la notion de couleur et de vision chez les Grecs anciens. L'ouvrage rend compte d'un paradoxe de départ : alors que le primat de la vue sur les autres sens ne cesse d'être affirmé par la philosophie antique, les modernes ont insisté sur la pauvreté du vocabulaire des couleurs chez les Grecs. La notion de couleur exprime tantôt un état d'âme (plus qu'une réalité) tantôt le résultat d'une observation (dans la littérature technique) comme celle que peut relever un médecin ou un botaniste. Les contributions du volume portent à la fois sur les faits de langue, l'utilisation des couleurs en médecine et sur le symbolisme des couleurs dans l'interprétation des rêves. Il s'achève sur deux études consacrées à la vision, notamment la vision panoptique.
Cette nouvelle collection du Centre de recherches en sciences de l'Antiquité de l'université de Limoges et du département de français et d'espagnol de l'université des langues étrangères de Xi'an permet à des lecteurs asiatiques et européens d'avoir accès, par des traductions originales accompagnées de très brefs commentaires, à des textes grecs et latins porteurs des sagesses fondatrices de la civilisation euro-méditerranéenne. Le premier volume est consacré au Contre les sophistes d'Isocrate, ouvrage véritablement d'actualité en un temps où, d'une part, se développent de nombreuses pratiques de communication, et où, d'autre part, semble s'esquisser une mondialisation des cultures, dont la base devrait constituer un apport immédiat, pour chacun, de la reconnaissance de la complémentarité bien comprise des antiques sagesses dans un ensemble formant un patrimoine humaniste commun à tous.