Le récent divorce d'une partie de la gauche avec le legs rationaliste, universaliste et progressiste des Lumières peut donner le sentiment que l'émancipation au sens moderne n'a qu'un lointain rapport avec ce qu'elle signifiait au XVIIIe siècle, voire qu'elle lui est franchement opposée. Le présent ouvrage entend revenir sur un lien historique parfois remis en question de nos jours: les cas de Babeuf, de Mary Wollstonecraft et de Toussaint Louverture rappellent que les principes fondateurs de toute perspective de transformation sociale trouvent leur source dans la Révolution française. Les grands débats de la gauche des XIXe et XXe siècles, de la Révolution russe aux luttes d'indépendance des peuples colonisés, de Marx à Sartre et de Kropotkine à C. L. R. James, confirment le lien identitaire des plus grandes figures de la gauche avec le message libérateur du siècle des Lumières.
Hobbes nous dit que le mot " liberté " est spécieux. Il existe de fait un contraste frappant entre la plénitude que peut donner l'énonciation du mot, comme dans le célèbre poème d'Éluard, et le sentiment de vide provoqué par la désolante diversité des usages concrets, parfois ouvertement contradictoires. Tôt ou tard, la réflexion bute sur la polarité de la liberté comme affirmation de l'ordre censé nous protéger de la licence, de l'anarchie ou du nihilisme, c'est-à-dire de la " fausse " liberté, ou comme négation de l'ordre dont les contraintes sont suspectées d'être oppressives et incompatibles avec la " vraie " liberté. Les contradictions entre les conceptions de l'ordre associées à la liberté donnent une justification à la conception de la liberté comme négation. Mais celle-ci est également difficile à tenir car elle risque de nier son objet en basculant dans la licence illimitée. Le conflit entre la liberté comme affirmation et la liberté comme négation n'est pas un défaut du concept. Il faut plutôt dire: la liberté est l'un des concepts qui servent à penser la production sociale et historique d'objets par l'activité collective et conflictuelle des hommes. L'oscillation entre ces deux pôles, qui peut être embarrassante au point d'inciter à n'en plus parler, montre que de tels concepts ont une structure ludique, au sens de ce qui fait l'intérêt de jeux intellectuels aussi futiles que les échecs. Ce livre peut se lire comme une introduction au jeu conceptuel de la liberté.
Jeremy Bentham entend dépasser les théories du contrat social et développer une philosophie politique fondée exclusivement sur le principe d'utilité. Il considère en effet que le contrat social est une fiction et que " la saison de la fiction est désormais terminée ". Pourtant, le détour par la fiction est nécessaire pour introduire l'unité dans la multitude et instituer un peuple. Bentham affirme que les individus qui composent la multitude atteignent leur plus grande unité lorsqu'ils s'assemblent en un " tribunal de l'opinion publique ". Et, même si ses effets sont réels, ce tribunal est bel et bien une " entité fictive ". L'attitude de Bentham à l'égard des fictions est donc ambiguë. Elle nécessite de les définir rigoureusement et de déterminer leurs conditions de recevabilité. De ce point de vue, l'utilitarisme benthamien se réalise comme théorie des fictions. Il s'agit d'opposer au contrat social des fictions fondées sur le réel et qui permettent de l'organiser, en vue de promouvoir la fin fixée par le principe d'utilité: le plus grand bonheur du plus grand nombre.
Dans la grande tradition républicaine européenne, la France ferait-elle figure d'exception, par le contenu qu'elle aurait donné à son républicanisme? Et ce contenu se distinguerait-il avant tout par son insistance particulière sur la question de la justice sociale et de l'égalité des conditions? Nous ne prétendons pas que l'existence d'une spécificité, ni même, a fortiori, d'une exception républicaine française soit réglée à l'issue du parcours que propose l'ouvrage. Il réunit néanmoins certains éléments importants du dossier, qui montrent que par un recours à la souveraineté populaire et par une action politique en faveur de formes plus ou moins fortes d'égalitarisme, la tradition républicaine française revêt, à bien des égards, une radicalité particulière. Il s'agit de montrer que le paradigme du " républicanisme " qui a envahi l'histoire des idées politiques depuis Pocock reste largement tributaire d'un point de vue anglo-saxon et permet mal de rendre justice au républicanisme français du XVIIIe siècle, lequel se caractérisait par son insistance sur la nécessité d'une répartition des richesses à peu près équitable.
Qu'en est-il du fait religieux aujourd'hui au sein des sociétés française et espagnole (Catalogne) ? Assiste-t-on à un retour du religieux et si oui de quel ordre ? La laïcité française est-elle menacée ? Quelles resesmblances et différences entre la laïcité française et la laïcité espagnole ? Que dire par ailleurs des initiatives de dialogues interreligieux qui fleureissent un peu partout ? Mode ou mouvement plus profond ?Recueil des actes du colloque " Laïcité et Religions " tenu à Perpignan en mars 2009, cet ouvrage rassemble les contributions des universitaires, des responsables politiques et religieux, et des journalistes qui se sont rassemblés pour brosser la situation française et espagnole Catalane concernant le fait religieux et la laïcité en ce temps où l'on parle du " retour du religieux ". Une contribution importante au dialogue entre les religions et la laïcité.
Critique de la sécularisation et usages de l'histoire sainte à l'âge classique
Qu'entendre par modernité ? Résulte-t-elle d'une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s'est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l'augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l'Europe jusqu'à culminer à la fin du 18e siècle?À côté des nombreux travaux consacrés à l'herméneutique biblique chez Spinoza et chez Hobbes, ou à la question du théologico-politique et de la naissance des institutions politiques modernes, cet ouvrage veut montrer comment, à partir d'une interprétation nouvelle de l'ancien - l'Écriture sainte -, quelque chose d'inédit a été produit dans la pensée des institutions politiques, du droit, du corps politique et de la multitude. C'est paradoxalement en interprétant à nouveaux frais l'Écriture que la politique peut devenir, chez Hobbes, une création humaine ou, chez Spinoza, une oeuvre humaine dont la rationalité peut être pensée à différents degrés; ce qui revient à penser comment la modernité est aussi issue d'une politique de la Parole.
La notion de libéralisme crée un sentiment trompeur de familiarité : sa présence envahissante dans le débat public brouille le plus souvent sa compréhension. Mais le terme, inventé dans un contexte de luttes politiques, a toujours été chargé d'ambiguïtés. Aussi les recherches réunies ici visent-elles, non à le réduire à une définition dogmatique, mais à en explorer la complexité et les tensions internes. Pour ce faire, elles adoptent un biais particulièrement éclairant : la façon dont la tradition libérale s'est définie en se confrontant aux exigences de la normativité juridique.Les auteurs, spécialistes de philosophie moderne et contemporaine, montrent que le libéralisme ne se réduit pas à une opposition globale à l'idée de norme au nom du " laisser-faire, laisser-passer ". À travers l'étude de moments particulièrement significatifs de son histoire (Locke, Hume, Montesquieu, Bentham, la critique contre-révolutionnaire du libéralisme, Constant, Tocqueville, les anarcho-capitalistes contemporains), ils donnent plutôt à voir un certain nombre de déplacements dans l'ordre de la normativité. Ils éclairent les débats et les arguments suscités par une réflexion renouvelée sur le statut de l'individu, sur le fondement du droit de propriété ou sur la fonction du pouvoir. Ces études peuvent constituer une initiation à la connaissance de quelques-unes des principales figures de la tradition libérale. Elles intéresseront aussi les spécialistes : s'appuyant sur les interprétations classiques de cette tradition, discutant et enrichissant ces interprétations, elles visent à en approfondir les enjeux théoriques.
Une réflexion philosophique authentique est-elle possible là où la "vulgate" marxiste constituée en idéologie officielle est censée occuper le terrain ? Peut-on résister au totalitarisme autrement que par une dissidence politique ? À la croisée des démarches historique, sociologique et philosophique, l'ouvrage retrace, pour la première fois, une expérience unique sous le régime soviétique. Lieu de production intellectuelle, plurielle, mais aussi de sociabilité "privée", le "cercle" s'est formé autour d'un noyau de jeunes philosophes et a fonctionné pendant plus de trente ans. Le livre apporte un éclairage sur cette "zone grise" de l'univers soviétique post-stalinien, zone intermédiaire entre le permis et le défendu où, en dépit des contraintes et des risques, il était parfois possible de penser et d'agir.
La rencontre entre deux traditions de recherche en philosophie dites, l'une, " continentale ", l'autre, " analytique ", a donné lieu à une confrontation qui s'est estompé pour laisser place aux apports mutuels et aux critiques constructives. C'est ce dialogue que ce livre propose de poursuivre, du point de vue de leurs fondements, de leurs outils conceptuels, de la portée et de la pertinence de ceux-ci pour répondre aux questions soulevées par les réalités politiques d'aujourd'hui.Avec une préface de Christian Nadeau.
Au milieu de l'âge classique, Spinoza bouleverse les rapports entre État, philosophie et religion. Dans une conjoncture où la révolution philologique remet en cause la lecture des textes sacrés, la philosophie de la puissance pose les questions de la prophétie, du miracle, du canon de l'Écriture sainte et des lois de la Nature. Elle interroge l'origine de l'État : pacte social ou genèse passionnelle ? Elle traite à nouveaux frais les problèmes du tyrannicide, de la place de l'État dans l'histoire et de la liberté de penser : comment sauver l'indépendance de l'État par rapport aux Églises et, en même temps, celle de l'individu par rapport à l'État.
Jalons pour une histoire. Colloque de Chambéry, 22 et 23 janv. 2003
Il suffit de parcourir l'histoire du christianisme pour mesurer la force des attaques portées de l'intérieur des églises contre les hommes et les institutions. Le concept d'"anticléricalisme croyant" permet-il de rendre compte de ces phénomènes dans leur diversité et leur complexité ? Les douze communications présentées lors du colloque de janvier répondent à cette question en observant les années 1860-1914 qui correspondent à une phase conquérante de l'anticléricalisme comme idéologie et stratégie politique et à une restructuration du champ religieux affecté par la disparition du pouvoir temporel du pape, l'affirmation de modèles politiques et sociaux inédits et le défi des sciences positives.
Nominalisme politique et sciences sociales au 18e siècle
En tant que concept social, principe politique et objet de savoir, la " société " est une création socio-historique, esquissée au 17e siècle et couronnée au 18e siècle. L'idée s'impose qu'elle est l'instrument collectif de l'épanouissement de la liberté individuelle. En approfondissant les liens entre l'histoire conceptuelle et la sociologie historique, les contributions font apparaître la trame unificatrice de " l'esprit de société ". Elles ouvrent également la voie d'une investigation interdisciplinaire, les approches combinées d'historiens et de philosophes amenant à revisiter la conception de la société qui s'épanouit au Siècle des lumières.