Créativité institutionnelle, appellations et culture du vin en Suisse et en Nouvelle-Zélande
Après m'avoir accordé un long entretien, un vigneron-encaveur valaisan me raccompagne puis prend congé sur ces mots : " Il y en a qui sont là pour faire du vin, d'autres pour faire de l'argent ". Bien que lapidaire, cette formule résume bien les conflits de valeurs propres au monde du vin, des rivalités qui se traduisent inévitablement par des jeux de pouvoir. Au-delà des terroirs et des cépages, le goût du vin doit beaucoup aux choix politiques locaux, bien plus que ce que notre seul palais pourrait nous laisser penser.Les appellations de vin sont des ressources communes susceptibles de générer de nombreuses formes de valeurs, économiques bien sûr, mais également culturelles, symboliques et sensorielles. Dans cet ouvrage, l'auteur remonte le fil des jeux d'acteurs, des rapports de force et des mécanismes institutionnels à l'oeuvre dans les deux principaux cantons viticoles de Suisse (Vaud et Valais) ainsi que dans deux régions de Nouvelle-Zélande. Il propose des outils conceptuels novateurs qui ont la particularité d'accorder autant de place au goût et aux aspects symboliques du vin qu'à ses enjeux économiques.L'étude des cas de Féchy, du Lavaux, de Fully et de Chamoson en Suisse ainsi que celles des cas néo-zélandais (Marlborough et Central Otago) mettent en évidence les stratégies qu'adoptent les acteurs locaux pour différencier leur appellation et pour en obtenir les formes de valeurs qu'ils convoitent.L'analyse comparée permet en conclusion d'identifier les éléments généraux favorables au succès de l'action collective qui façonne les appellations de vin, ce qui amène l'auteur à proposer des pistes de recommandations à l'intention des acteurs suisses.
Henri Lavondès (1926-1998), récemment disparu, a été de 1976 à 1987 professeur au département d'ethnologie de l'université Paris X-Nanterre. Son parcours de chercheur l'avait conduit auparavant de Madagascar aux îles Marquises, passant des questions de parenté et d'organisation sociale à l'étude des mythes et de la littérature orale, dans une perspective marquée par un structuralisme bien tempéré. Homme de terrain passionné, chercheur d'une rigueur exemplaire, c'est à ce "savant discret" selon le mot de Georges Condominas, dont il fut l'élève, que ses collègues et amis ont tenu à rendre hommage dans le volume. L'ouvrage, qui fait une place importante aux évocations personnelles — Claude Robineau, Georges Condominas, Paul Ottino, Jean-François Baré —, rassemble des contributions réparties en deux volets. Un volet océanien, où des thématiques familières à Henri Lavondès sont revisitées par des chercheurs travaillant sur des sociétés mélanésiennes et polynésiennes — Marika Moisseeff, Brigitte Derlon et Monique Jeudy-Ballini, Marie-Claire Bataille-Benguigui, Alain Babadzan —, précède un second ensemble de textes où un prolongement comparatif est donné aux recherches d'Henri Lavondès depuis des terrains africains et américains — Jacques Galinier, Philippe Erikson, Alfred Adler, Manga Bekombo. Le livre se referme sur une bibliographie exhaustive de l'auteur.
Au sommaire : L. Dousset, "Que reste-t-il du social quand on ne chasse plus ? Les Ngaajatjarra du désert de l'Ouest australien" ; A. Hémond, "Héros ou victime ? L'innovation technique comme transgression sociale au Mexique" ; I. Leblic, "Marmites rituelles et autochtonie à Ponérihouen (Nouvelle-Calédonie)" ; H. Wallaert-Pêtre, "Potières et apprenties vere du Cameroun. Styles techniques et processus d'apprentissage" ; I. Besson et J. Ivanoff, "L'hévéaculture en Thaïlande péninsulaire : une culture sans âme ?" ; D. Gazagnadou, "Le chariot à main iranien. Modes de transport, rationalité technique et logique d'État".
De Durkheim à Lévi-Strauss, en passant par Mauss et bien d'autres, les textes fondateurs de l'anthropologie française se sont profondèment inspirés de l'ethnographie d'un groupe aborigène d'Australie, les Aranda, tout particulièrement en ce qui concerne la religion, la parenté et le totémisme. L'auteur présente ici une analyse détaillée du matériel ethnographique aranda légué par ces auteurs, enrichie par les données plus actuelles portant sur des communautés voisnes. Elle rénove ainsi certaines conceptions classiques, quelque peu figées, que le public français adopte trop souvent pour considérer l'organisation sociale et la cosmologie des Aborigènes australiens. Elle démontre aussi que le "rêve" aborigène renvoie moins aux temps passés et mythiques qu'à une entité dynamique se référant à l'espace, au paysage singulier du continent australien. De même les catégories de parenté et le totémisme répondent moins à une nécessité exclusivement classificatoire qu'à une logique relationnelle exigeant le renouvellement des liens d'une génération à l'autre.
Les Aborigènes australiens sont célèbres pour la complexité de leurs rites d'initiation au cours desquels se pratiquent non seulement la circoncision mais aussi l'opération beaucoup plus effrayante de la subincision. À la fin du siècle dernier, Spencer et Gillen ont été chez les Aranda les derniers témoins de l'ensemble de ces rites dont certains ne devaient plus jamais être accomplis par la suite. Le présent essai se propose d'analyser en détail ce témoignage unique et s'achève par une réflexion d'ensemble sur ces religions australiennes si différentes des nôtres.
Nombreux sont les cas où, à l'intérieur d'un État centralisé, on trouve non pas une population homogène, mais des communautés linguistiquement et culturellement bien marquées, établissant entre elles des relations d'échange, d'opposition et surtout de domination. Dans les sociétés traditionnelles, la problématique de l'identité et de la reconnaissance sociale est également présente. L'individu, pour se définir, donc pour exister, doit s'intégrer dans le système lignager, instance identificatrice par excellence. Pareille intégration ne va pas toujours sans difficultés... À la lecture des essais réunis ici, on découvre à quel point la littérature orale offre un lieu privilégié pour exprimer ces conflits fondamentaux, mais aussi pour les désarmorcer, soit par la dérision, soit par d'autres mécanismes compensatoires.