Autour des pratiques alimentaires chez les Berbères
Dans ce numéro d'Awal, les auteurs apportent un éclairage nouveau sur les pratiques alimentaires (techniques et modes de préparation et de conservation, manières de table) dans les différentes sociétés berbères selon qu'elles se trouvent dans le Nord ou dans le Sud (Sahara).Même s'il y a des points communs à toute cette région, il n'en demeure pas moins que les modes de nutrition varient selon les contextes historiques et sociaux.Sébastien Boulay décrit une pratique importante (la pêche du mulet jaune) pour les Imrâgen parce qu'elle est source de leur alimentation mais, plus que cela, elle permet, à l'occasion des cures, de nouer des liens avec les membres de la tribu et leurs alliés. Le lait joue un rôle essentiel que décrivent Sarah Cabalion chez les Touaregs et Catherine Taine-Cheikh chez les nomades de Mauritanie. Le statut paradoxal réservé à la viande est également étudié.Abderrahmane Lakhsassi (Berbères du Maroc) et Laurent Gagnol (Touaregs) font part de la dimension déterminante que joue le thé au point de devenir un marqueur d'identité nationale alors que son introduction est récente tout comme le café en Kabylie (Houria Oularbi). Pour finir, Tassadit Yacine clôt le numéro sur les liens entre alimentation et changement social en Kabylie.
Ce numéro double de la revue AWAL (40-41) s'inscrit dans le prolongement des précédentes récoltes toutes centrées sur les modes de création et de transmission de la culture dans les sociétés berbères en focalisant sur des thématiques différentes. Cette fois l'accent est mis sur trois points importants :– la dimension orale : la transmission de la poésie, du conte, de la sagesse populaire ;– la dimension écrite qui apparaît dès le Moyen-âge avec les dynasties berbères ;– enfin, les pratiques culturelles, c'est-à-dire les modes de création et de transmission qui s'effectuent sur le tas sans règles explicites. Ces dernières obéissent à des codes précis grâce à un habitus et sont transmis d'une génération à une autre.
La culture en héritage. Modes de production et de transmission de la culture en Afrique du Nord
Le volume montre comment se manifestent les différentes dimensions de la culture en Afrique du Nord et les formes dans lesquelles elles se sont exprimées en fonction de l'histoire récente (la colonisation) de cette région du monde et des héritages légués par les périodes anciennes (berbère, juive, chrétienne). Les études publiées décrivent les périodes les plus récentes comme la période coloniale, où le choc entre la culture imposée et les cultures locales est manifeste (André Nouschi, Mohand Tilmatine, Zalia Sekaï). En revanche, les cultures dites traditionnelles continuent d'être transmises avec des codes anciens mais sans toutefois laisser apparaître - de manière visible - les modes de domination pouvant constituer un obstacle à leur transmission (Hamri Bassou). Pour finir, ce sont les questions liées à la langue et à une forme d'intertextualité ou à une mémoire ancestrale (Joël Le Gall, Anissa Benzakour Chami, Ada Ribstein, Guy Basset), qui sont abordées. Le volume se referme sur un hommage rendu à Jean Duvignaud.
Ce volume est, à l'image du précédent, consacré aux premiers écrivains algériens (Feraoun,Mammeri, Belamri) qui ont eu pour tache de faire connaître leur société par le biais de la culture française. Il s'agit ici d'approfondir le rôle des femmes et les conditions dans lesquelles s'est effectuée l'acquisition de la culture française en focalisant l'analyse sur une période, la fin du 19e et le début du 20e. Fadhma Aït Mansour (enfant illégitime et convertie au catholicisme par la force de l'histoire) et sa fille Taos Amrouche - figures emblématiques - ont permis à quelques-uns des contributeurs du volume de mettre l'accent sur la spécificité de la trajectoire de Taos - comme femme - à se situer dans l'espace des possibles. Cette position est aussi celle de ses personnages (Reine ou Aména) comme le montrent d'autres contributeurs. Cependant la trajectoire de Taos n'est intelligible que par rapport à l'histoire du vécu de Fadhma Aït Mansour, sa mère, et d'Aïni, sa grand-mère. Des réflexions conduisent à la découverte de cette mémoire de la résistance des femmes contre des lois ancestrales iniques. Cette "formation sur le tas" contribue à faire de ces femmes des féministes avant l'heure même si, pour l'époque, l'égalité des sexes n'était pas à l'ordre du jour.
Le genre dans les littératures postcoloniales : Feraoun, Mammeri, Belamri. À propos des modes de transmission et de perpétuation de la culture
Le volume présente les actes de deux journées d'études consacrées à l'étude des rapports de genres dans les oeuvres de Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri et Rabah Belamri. Ces trois auteurs, de culture ou d'origine kabyles, ont proposé chacun une vision singulière des rapports entre hommes et femmes. Au regard des rapports de genres, encore trop peu abordés dans la critique littéraire maghrébine, l'oeuvre de nos trois écrivains affirme une étonnante actualité, une modernité indiscutable. Leurs oeuvres littéraires corroborent les pouvoirs de la littérature, lorsque celle-ci s'empare du champ social pour en offrir une perception juste, affinée, qui ne cède jamais à la facilité. Lorsque la littérature révèle sa dimension sociale, lorsque l'anthropologie reçoit des éclairages de la création littéraire, des vérités se font jour, des certitudes vacillent. C'est précisément ce à quoi les oeuvres de Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Rabah Belamri nous invitent : à ébranler notre prêt-à-penser.
Les contributions réunies dans le volume et issues du colloque explorent l'œuvre de l'écrivain marocain Mohammed Khair-Eddine sous toutes ses facettes : dans ses pratiques d'intertextualité, sa symbolique profonde, sa guérilla linguistique qui malmène l'écriture, son rapport au corps, la relation entretenue avec le Sud de son enfance... Elles permettent de mesurer à quel point l'écriture de Khair-Eddine, tout en s'inscrivant dans les courants littéraires de son époque, a su s'aménager une part d'irréductibilité qui empêche toute récupération idéologique, toute classification générique. Œuvre iconoclaste et pourfendeuse de tous les tabous mais profondément attachée à son terroir.
Sherry B. Ortner développe la notion de subjectivité et souligne son importance pour une anthropologie critique. Cristina Figueiredo-Biton se penche sur l'amour dans la société touarègue pour mettre en évidence les modes de socialisation des jeunes, tandis que Carine Plancke s'attache à décrire comment les Bamiléké (au Cameroun) tentent d'atténuer le deuil (voire de transformer symboliquement la mort en vie) par le biais des danses et des rituels. Enfin, Mauro Maldonato analyse la subjectivité par le biais de la philosophie et de la psychanalyse à partir de la notion d'identité, qui, selon l'auteur, n'a de sens que si l'on tient compte de celle d'altérité. Outre le dossier thématique, on peut lire l'entretien avec l'historien et archéologue Mansour Ghaki, qui donne son point de vue sur la culture berbère. Enfin la dernière partie du volume offre un texte inédit de Harry T. Norris sur les relations littéraires arabes entre les Touaregs et les Bidân, ainsi qu'un article de 1932 de l'helléniste Louis Gernet, dans lequel celui-ci s'interroge sur l'existence d'un fonds préhellénique commun aux deux rives de la Méditerranée, à partir de l'exemple du you-you des femmes berbères.
Au sommaire : M. Ghaki et T. Yacine, "Sur les traces d'une langue et d'une culture en voie d'extinction (suite et fin)" ; L. Galand, "Les Berbères de L'Atlantide" ; M.-M. Boudribila, "Toponymes et habitants anciens de l'Afrique du Nord : origines et problématiques" ; A. Tejera Gaspar et M. E. Chávez, "El "signo de Tanit" y la religión de los libios. Una hipótesis interpretativa" ; D. Aïssani, "Tim_emmert n'Ichellaten : un institut supérieur au fin fond de la Kabylie" ; El Khatir Aboulkacem, "Le savant rural et le politique : le cas de Mokhtar as-Soussi" ; H. Wahbi, "La figure de "l'étranger professionnel" ou la distance intime chez Abdelkébir Khatibi" ; A. Romey, "Le chant et la poésie soufis, facteurs d'ouverture en Haute Égypte". Textes et documents : M. Hda, "Le droit coutumier des Aït Morghad au Ferkla (Sud-Est marocain)" ; M. Houmir, "Le Cobra" ; Ameksa, "Poèmes" ; A. S. Azayku, "Poèmes".
Awal a choisi d'ouvrir son vingt-neuvième numéro par un entretien entre Tassadit Yacine et Pierre Vidal-Naquet sur la Méditerranée et son identité culturelle. Un dialogue qui permet de nous éclairer sur le passé et le présent de l'Afrique du Nord qui sont abordés ici sous leurs différents aspects. Ainsi Mohamed-Mustapha Boudribila nous entretient-il des anciens Amazighs avant l'arrivée des Phéniciens, à la lumière des dernières découvertes archéologiques. Quant à l'actualité politique, elle est évoquée par Yazid ben Hounet à propos de la coordination des arouch, qui a émergé lors des événements survenus en Kabylie en 2001. Miloud Taïfi, lui, s'interesse à la sémantique et à la symbolique de la barbe dans la culture marocaine. Toujours au Maroc, Marie-Luce Gélard, constatant que l'étude de la parenté s'est presque exclusivement cantonnée au domaine arabe, a choisi de s'intéresser à celle-ci dans le cadre de la tribu berbère des Aït Khebbach. Pour sa part, Pilar Rodriguez Martínez s'attache à comparer, chez les femmes en émigration, la situation des Anglaises et des Marocaines. Faut-il élaborer une théorie alternative à celle proposée par Françoise Héritier à propos de la prohibition de l'inceste ? C'est ce que conclut Bernard Vernier, qui s'attache au cas de l'islam, en s'appuyant sur le Coran et quelques textes postérieurs, mais aussi sur des exemples littéraires. De littérature, il sera aussi question chez Djamel-Eddine Benabbou, laquelle souligne l'ironie tragique dans l'œuvre de Rachid Mimouni, qui met en scène des anonymes et leur combat contre l'absurde. Puis, Denise Brahimi étudie les textes de divers voyageurs ou captifs européens au Maghreb (16e-17e siècles) relatifs au "courcouçon", autrement dit le couscous en français moderne. Enfin Marceau Gast rend un hommage bien mérité au regretté professeur Gabriel Camps.