Un livre choral qui déplie les sens et les mises en œuvre du tact dans les recherches littéraires comparatistes, à l'échelle mondiale.
Réunissant pour les faire dialoguer les gestes critiques de chercheurs d'âges et d'horizons variés, cet ouvrage invite à réfléchir aux enjeux intellectuels, éthiques et politiques des études littéraires, et plus précisément, des études comparatistes pratiquées à l'échelle du monde, tout en restant fermement ancrées dans le détail singulier des textes et des langues. Les contributeurs illustrent comment le comparatisme actuel fait vivre la mondialité du plurilinguisme et des circulations artistiques, qu'écrasent souvent les enjeux symboliques et économiques qui se jouent dans l'édition, la traduction et la réception des œuvres. Le comparatisme nécessite un tact critique, si l'on retient cette notion de " tact ", historicisée ici avec soin, qui fait le lien entre la pratique et la théorie, la culture et le dilettantisme, le propre et l'autre, la convenance et la liberté des associations. Cette notion met aussi en jeu l'engagement relationnel entre enseignants et étudiants, auteurs et lecteurs, auteurs, éditeurs et traducteurs.
Cet ouvrage plurilingue, où deux poèmes en arabe sont confrontés à leur traduction en français, allemand, espagnol, anglais, italien et hébreu, a pour objet d'éclairer à travers un extrait de l'œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008), certains des enjeux spécifiques à la langue arabe et à sa traduction, mais aussi à la traduction poétique. Comment peut-on transmettre les spécificités rythmiques et sonores d'une langue et de la tradition littéraire dans laquelle elle se déploie ? Quels partis pris de lecture sont les nôtres devant un texte étranger, exotique, ou perçu comme irréductiblement " autre " ? Dans quelle mesure le rôle politique qui fut celui de Darwich en tant que porte-parole de la cause palestinienne voire poète national de la Palestine peut-il influencer la manière de traduire ses textes poétiques, selon les langues concernées ? Les lecteurs trouveront dans cet ouvrage une tentative de réponse à ces différentes questions et, qu'ils soient seulement francophones ou portés vers d'autres langues (maîtrisées ou simplement abordées), qu'ils soient en mesure de comprendre la langue originale ou s'intéressent peut-être à la graphie ou au dessin de l'arabe, ils pourront parcourir ce florilège de traductions. Cet ouvrage, composé d'une présentation et de fiches numérotées, que l'on peut manipuler à sa guise, tel un manuel ou des cartes à jouer, ou encore étaler sur la table devant soi comme un seul grand texte, nous invite à découvrir à la fois la langue arabe, la poésie de Mahmoud Darwich, et le chemin qui relie l'écriture et la lecture à travers la traduction.
Le monologue d'Hamlet déploie avec une intensité et une profondeur extrêmes " l'espace de la question " littéraire.
" To be, or not to be " : sans doute faut-il dépasser l'interprétation littérale courante de la phrase la plus célèbre de la littérature anglaise, et peut-être de la littérature occidentale, qui en fait l'expression sublime ou poignante du désespoir d'exister et de la tentation du suicide, pour en proposer une lecture plus spécifiquement littéraire et dramatique. Le monologue d'Hamlet déploie avec une intensité et une profondeur extrêmes " l'espace de la question " littéraire. Si l'enjeu de la retraduction est de rouvrir constamment l'accès au texte, c'est que celui-ci est moins un objet figé et clos sur lui-même qu'un espace dynamique s'offrant à des parcours (lectures, adaptations, traductions) multiples et potentiellement infinis, moins un ensemble de réponses définitives qu'une mise en question du monde et de l'existence.