Double titre pour l'ouvrage qui est la réédition de deux textes de Boleslas Matuszewski, publiés en français à Paris en 1898, Une nouvelle source de l'histoire et La photographie animée. L'auteur y propose de créer des archives cinématographiques et expose en détails leur mode de fonctionnement alors que le cinéma, à la même époque, ne connaît qu'une fortune commerciale et distractive. Les textes dévoilent une approche originale du cinématographe avec la volonté de faire de cet appareil le plus efficace et le plus démocratique des moyens de transmission du savoir. Les deux opuscules peu connus sont cependant fondamentaux de l'histoire du cinéma et constituent un document exceptionnel sur la réception des "images animées" au cours des toutes premières années de leur diffusion. Les études critiques (de Luce Lebart, Magdalena Mazaraki, Béatrice de Pastre) qui accompagnent la réédition retracent la généalogie des archives photographiques et cinématographiques considérées alors comme sources visuelles irréfutables pour l'historien. Elles permettent d'éclairer les points d'ombres de la vie de Matuszewski, de mieux cerner ses origines et ses différents champs d'activités, d'accorder enfin une historicité concrète à une figure qui s'inscrit dans l'histoire du cinéma comme premier théoricien du médium cinématographique
Les recherches sur le cinéma français ont très souvent croisé la question des genres, mais elles ne l'ont abordée de front que très rarement. L'ouvrage a donc pour ambition de combler une lacune et d'ouvrir la voie à un renouvellement de l'approche du cinéma français. Alors que la tradition critique nationale dominante valorise à l'excès l'auteur et le cinéma d'art, l'expression personnelle d'un cinéaste-artiste, il est fondamental, pour déplacer les chemins excessivement balisés de l'histoire du cinéma, de sortir des limites étroites des films panthéons et de l'œuvre des grands auteurs, et de redécouvrir le "continent oublié" du cinéma de genre. Les vingt-cinq contributions rassemblées ici éclairent différentes périodes historiques et procèdent d'approches méthodologiques variées (histoire, analyse sociologique ou culturelle, gender studies, esthétique). Toutes cependant soumettent le cinéma français à une analyse générique et mettent la notion de genre à l'épreuve du cinéma français. Le livre referme donc un ensemble d'études, qui, des séries primitives Pathé et Gaumont au très actuel "jeune cinéma français", en passant par les films en costumes d'hier et d'aujourd'hui, explorent le cinéma français par le prisme du genre et interrogent la réticence critique à appréhender la production nationale en termes génériques.
Les textes réunis dans l'ouvrage concernent plusieurs histoires : celle des spectacles mixtes associant un élément enregistré et un élément performé en direct ; celle de la musique au cinéma, plus particulièrement sous la forme de la chanson ; celle de la technique des premiers procédés de synchronisme ; celle des modes de présentation et d'explication des images, via un support écrit ou un accompagnement oral. Le livre replace le cinéma dans l'univers des spectacles et propose une (re)découverte de ces formes, pour la plupart oubliées, parfois restées sans postérité directe, mais dont on peut voir la résurgence de nos jours dans certaines pratiques artistiques expérimentales. Le dévédé accompagnant la publication comporte plusieurs éléments de films rarissimes, parmi lesquels : films d'Auguste Baron prévus pour une présentation sonorisée (1896) ; Cyrano de Bergerac (Exposition universelle de 1900) avec plusieurs hypothèses de sonorisation ; cinq phono-scènes Gaumont avec son synchronisé (1905-1913) ; et des chansons de bonimenteurs québécois.
Aux éclats de rires des spectateurs à la vision des séries burlesques de Jean Durand au début du siècle répond depuis le silence de l'histoire. Ce troisième grand cinéaste, après Louis Feuillade et Léonce Perret, qui a fait les heures riches de la Maison Gaumont, de la firme Lux ou de Nalpas, demeure encore inconnu. L'historien Francis Lacassin comble ici un grand vide de l'histoire de la discipline grâce à une recherche de plus de quarante ans sur l'œuvre de Durand, réalisateur de quelque deux cent trente films. Et une langue limpide en rapporte toute la vie.
L'œuvre de Perret est abondante, quelque 400 films, mais partiellement connue. Perret est un personnage à plusieurs facettes : metteur en scène, il est aussi auteur de ses scénarios et très souvent acteur. De 1909 à 1916, il s'impose, à côté de Louis Feuillade, comme la principale figure de la maison Gaumont. Pour elle, il réalise courts et longs métrages, comédies et drames, films contemporains et reconstitutions historiques, mélodrames bourgeois et films patriotiques, feuilletons romanesques et fantaisies improvisées, sans oublier des documentaires. Il aborde tous les genres avec un égal bonheur. Le livre rend compte de la carrière de Léonce Perret par des études transversales et des analyses de films singuliers. Il éclaire différents aspects d'une production aussi riche que variée grâce à des textes rédigés par une vingtaine de spécialistes.
La relation particulière qui existe, en France, entre le cinéma et le monde littéraire débute très tôt dans le 20e siècle, dès les premiers balbutiements de la fiction dramatique et de l'exploitation moderne en salles. Le premier acte se joue au tribunal : soutenus par leurs confrères, plusieurs auteurs plagiés intentent un procès à des acteurs de l'industrie cinématographique, pour obtenir que celle-ci se trouve soumise aux principes de la propriété artistique. Parallèlement, des initiatives voient le jour qui proposent d'associer les écrivains à un renouveau de la production. À la suite de la fameuse société du Film d'Art, lancée à grands renforts de publicité mais victime des contradictions de sa politique de prestige, plusieurs sociétés font rapidement de l'adaptation et du scénario d'écrivain une institution à part entière du cinéma français. Cependant, la corporation des lettres s'enrichit d'une figure nouvelle, celle du scénariste, et se divise sur l'attitude à adopter. L'ouvrage s'appuie sur de nombreuses sources inexploitées : publications juridiques, archives d'écrivains, de sociétés de production, archives de la Société des auteurs... Il croise les approches culturelle, économique, sociale et juridique pour retracer des rapports qui furent d'emblée denses et distants à la fois. Par-delà, il tente de cerner les mutations engendrées par le développement du cinéma comme phénomène de masse dans l'ordre des spectacles hérité du siècle précédent, ainsi que l'amorce d'une réflexion sur la spécificité du nouveau media
Dix-neuf chercheurs représentant neuf pays proposent un panorama des voies empruntées aujourd'hui par la recherche européenne en histoire du cinéma. Problématiques et méthodes d'analyse placent le film au centre d'interrelations complexes à la fois liées à sa propre institution et plus largement à l'économie de marché dont il dépend. Il devient un objet d'étude qui tient de l'individuel et du collectif dans lequel interfèrent systèmes de production, mentalités, horizons d'attente, données politiques et économiques. Ces regards croisés définissent les grandes orientations thématiques de cette histoire des cinémas européens des années cinquante. Il est question de quête d'identité, de vivacité des cinématographies nationales, du développement d'un cinéma populaire, de relations transeuropéennes et de représentations sociales dans une Europe qui sort meurtrie du conflit mondial. Plus qu'une lutte contre les films américains – qui suscitent finalement avant tout des réactions de type corporatif –, toutes ces productions montrent leur dynamisme à défendre les particularismes de chaque pays.
Les quelque vingt réflexions de chercheurs français et étrangers réunis dans l'ouvrage remettent l'œuvre de René Clair en perspective avec son temps et le contexte qui en a vu l'épanouissement.
Sans vouloir les soumettre à un jugement définitif, les films du cinéaste, par la multiplicité et la diversité des approches, sont éclairés dans l'optique de leur classicisme trompeur ; ils sont analysés aussi dans les fluctuations des approches critiques qui leur ont été consacrées. Avec le recul, René Clair y apparaît comme un étonnant inventeur de formes plastiques et sonores. Dans une œuvre où l'intelligence le dispute à la sensibilité - à rebrousse poil de la figure un peu distante d'un homme qui cachait ses élans intimes derrière la fausse intransigeance du moraliste obsédé par la fuite du temps - se construit un des maillons essentiels de l'histoire du cinéma français, à la confluence contradictoire entre l'écrit et l'image.
Tôt dans le siècle, le cinéma a acquis un statut culturel singulier. Mais si les approches historiques ont jusqu'ici mis en exergue le film, l'esthétique, les conditions de production ou encore les auteurs, l'histoire culturelle du spectacle cinématographique n'en participe pas moins d'une histoire du goût et des pratiques instituées par ces admirateurs du septième art que l'on a baptisés cinéphiles. Le livre en retrace la généalogie ; il évoque également le processus de légitimation d'un spectacle regardé de prime abord comme populaire. Tout au long de ce qui fut la dernière décennie du muet, la passion du cinéma est, en effet, devenue un objet aux multiples enjeux où se croisent des visées politiques, artistiques et patrimoniales : cénacles cinéphiles, revues spécialisées, salles " d'avant-garde " érigent pour le cinéma une histoire et une grammaire autonomes, ils élaborent de nouvelles conditions de réception du spectacle cinématographique autour d'une sociabilité unique - en rupture avec les pratiques culturelles héritées du siècle précédent -dont les ciné-clubs sont l'emblème
Les Studios de la Victorine à Nice constituent les seuls établissements de province qui aient laissé une trace profonde dans la mémoire cinéphilique. Mis à part Paris, les autres villes n'ont que très rarement accueilli des lieux de tournage continu: Nice, outre l'abondance des studios pendant les années du muet, a connu avec la Victorine une activité constante qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours.
Les circonstances de la naissance des studios en 1919 et la description de leur développement au cours des années vingt avaient déjà fait l'objet d'études mais celles-ci étaient incomplètes. C'est le mérite de ce livre que de s'appuyer sur des sources solides, au premier rang desquelles les archives de Serge Sandberg qui, plus que Louis Nalpas, fut le véritable responsable de la naissance de la Victorine.
Ainsi, de La Sultane de l'amour de René Le Somptier à Baroud de Rex Ingram, entre 1919 et 1930, une page de l'histoire du cinéma s'écrit sur les hauteurs de Nice, une page assez romanesque, avec tous les ingrédients qui font les bons scénarios, un projet grandiose, le choc avec une dure réalité, la fin d'un rêve et l'avènement d'une gestion qui a renoncé aux grandes ambitions.