Nakae Chômin et le républicanisme français (1874-1890)
Jean-Jacques Rousseau connut au Japon une fortune restée ignorée. Aux troubles politiques et sociaux de la fin du XIXe siècle s'ajouta un intense bouillonnement intellectuel car le Japon découvrit la philosophie politique européenne, la liberté et l'égalité. Jean-Jacques Rousseau joua un rôle majeuren la matière grâce au journaliste et intellectuel Nakae Chômin (1847-1901), qui, après avoir été un des premiers étudiants en France, consacra tous ses efforts à faire connaître la Révolution française et le Citoyen de Genève, par ses traductions et ses écrits, assisté de ses élèves. Nakae Chômin introduisit également des lecteurs de Rousseau aujourd'hui oubliés, tels que Jules Barni, Émile Acollas ou Alfred Fouillée, qui eurent un rôle central dans l'établissement de la IIIe République et de la laïcité.Cette entreprise de traduction lui servit à formuler une pensée mettant le vocabulaire confucéen au service de l'affirmation des idées démocratiques et à tenter une alliance du socialisme et du libéralisme proche de la synthèse républicaine française.La première vague d'intérêt pour Rousseau au Japon fut donc celle du Rousseau politique, celui du contrat social et des deux discours.
Dans la France de la première moitié du XVIIIe siècle, cadre de l'avènement de la "science nouvelle" de la production et de la distribution des richesses, Rousseau critique l'économie politique. Sa critique vise le socle théorique commun à des courants de pensée divergents (mercantilistes, partisans du luxe ou Physiocrates), soit en des termes plus contemporains, le primat accordé à la croissance sur la justice.À cet égard, Rousseau est un lucide interprète des dangers de la société concurrentielle. Il a su voir que l'économie politique naissante reposait sur de folles illusions – l'illusion du caractère naturel de l'intérêt, l'illusion de la transparence de la médiation monétaire, l'illusion des contrats " volontaires " entre individus inégaux, l'illusion, enfin, de l'harmonisation des intérêts dans la société marchande. Après Mandeville, Locke et Montesquieu, Rousseau a saisi l'évolution de la société commerçante. Il a combattu, à sa façon, le mythe de la "main invisible", auquel il entend substituer la "main visible" de la République. Le prophète des mystifications de l'économie politique a su faire entendre sa voix, et la Révolution française lui donnera un écho inédit. Marx, en ce sens, doit faire amende honorable: plus qu'une belle âme égarée au pays de l'utopie, l'auteur du second Discours a proposé une critique de l'économie politique dont nous pouvons encore tirer profit.
James Harrington (1611-1677) est contemporain de la première révolution anglaise, de l'exécution du roi, de l'abolition de la monarchie, du régime de Cromwell et du retour de la royauté.En relisant les récits bibliques sur la république des Hébreux tout autant qu'Aristote et Machiavel, il invente et rend public, entre 1656 et 1661, un modèle républicain qui entend répondre aux nécessités d'une situation radicalement nouvelle : la chute de la monarchie, due selon lui à un nouveau rapport de force en Angleterre en faveur du " peuple " que constituent les nouveaux propriétaires du sol. À ce peuple doit revenir la souveraineté: le pouvoir de décider des lois qu'il n'aura pas élaborées lui-même. Il veut le bien commun, mais a besoin des lumières d'une élite qui doit proposer et non décider, ce qu'elle ferait dans le sens de ses privilèges.
Quelle importance Hobbes accordait-t-il à la religion ? Était-il réellement chrétien ou dissimulait-il son athéisme par prudence ? Le temps passé à commenter les Écritures ne tient-il qu'à l'importance de la Bible au XVIIe siècle, désormais accessible à ses lecteurs dans leur langue ? Ces questions ont toujours divisé les interprètes. Les auteurs de cet ouvrage tentent d'y répondre.Hobbes montre de mieux en mieux que l'homme est et sera toujours un animal religieux. Ce naturel est tributaire de l'imagination : elle peut conduire à la superstition et au " royaume des ténèbres ", mais être aussi un instrument précieux d'approche de la divinité.C'est par la raison que les plus curieux tentent d'accéder à un Dieu conçu comme le garant nécessaire de l'unité et de la cohérence du monde sans pouvoir être l'objet d'un savoir positif. Cette thèse, comme la dénonciation incessante des superstitions, expose son auteur à l'accusation d'athéisme.Hobbes publie ses vues tardivement, quand il est devenu un philosophe qui compte. Sa critique des théologiens et des clercs a pu se nourrir, dans sa jeunesse, d'une connaissance des idées matérialistes et anti-papistes développées en Italie par le cercle de Paolo Sarpi.
Ce livre a pour objet d'éclairer la politique d'Aristote par un ensemble d'études sur la famille, les régimes ou l'éducation. On y examine les " modèles " familiaux des différentes constitutions, la distinction entre l'amitié familiale et l'amitié politique, le pouvoir du roi, le principe de conformité des lois à la constitution, la détermination du meilleur régime, l'importance politique du " cœur " et de l'amour, la valeur de l'autarcie et du loisir… L'analyse de ces thèmes fondamentaux des Politiques ravive des interrogations majeures concernant la signification de la référence à la nature, la relation entre Aristote et Platon, les liens qui unissent la politique, l'éthique et la psychologie aristotéliciennes et la conciliation de l'idéalisme et du réalisme.
Le spinozisme est par excellence, au XVIIe siècle, la philosophie de la nature – par où s'expliqueraient aussi bien le succès initial de Spinoza auprès des panthéistes et des libertins du XVIIIe, que ses prolongements dans la Naturphilosophie du XIXe, puis dans les diverses entreprises de " naturalisation " du XXe siècle.Et pourtant, chez Spinoza comme dans l'ensemble de la philosophie moderne, la notion de " nature " s'avère bien plus mystérieuse et énigmatique que ne pourrait le laisser croire l'essor soudain, à la même époque, des " sciences de la nature ". Les études rassemblées dans le présent volume, issues des recherches les plus actuelles sur Spinoza, mettent en évidence la complexité, parfois la difficulté, d'une référence à la " nature ", qu'il s'agisse de cosmologie, d'anthropologie, de morale ou de politique. Un miroir des pensées de notre temps ?
James Harrington (1611-1677) fut le témoin et le théoricien des crises et des aspirations qui marquèrent son époque. Dans son livre le plus célèbre, Océana (1656), il dressait à l'intention de Cromwell, sous une forme utopique, le tableau d'une Angleterre qui, à la suite de la disparition des structures de la société féodale, renoncerait définitivement à la monarchie.Fidèle à l'héritage d'Aristote et de Machiavel et appuyé sur une lecture originale de l'histoire sainte, il élabore le modèle d'une république de citoyens propriétaires fonciers. Par là même, il fraye le chemin de quelques-uns des thèmes qui allaient être ceux de la politique des Lumières : relations entre l'infrastructure économique et la dévotion du pouvoir politique (avec des lois agraires destinées à limiter l'influence des grands propriétaires), affirmation de la souveraineté du peuple, séparation des pouvoirs et instauration d'un système représentatif, renouvellement périodique des dirigeants, insertion de la religion dans la vie collective et reconnaissance de la liberté de conscience, découpage du territoire national en unités administrées par des magistrats élus, organisation d'une armée de citoyens.C'est dans L'Art de légiférer, paru à Londres en 1659, au terme de sa brève carrière d'écrivain politique, que Harrington donne de son projet l'expression la plus systématique. La traduction de cet ouvrage est complétée par celle d'Un Système de politique, manuscrit posthume qui constitue une sorte de testament intellectuel de l'auteur.
À la charnière des premier et deuxième millénaires Ibn Sîna médecin, chimiste et vizir, connu en Occident sous le nom d'Avicenne, domina de sa stature de " Maître par excellence " (" al-chaykh al-Ra'is ") la philosophie arabe. Son oeuvre qui aborda toutes les branches de la philosophie en une somme inégalée influença considérablement les grands penseurs du Moyen Âge occidental dont le philosophe théologien Thomas d'Aquin." Philosophe métaphysicien aristotélicien de l'existant et théologiende l'existence ", Avicenne professe un aristotélisme néoplatonicien afin que sa doctrine métaphysique reste en accord avec les grands dogmes de l'islam et pour donner une forme philosophique aux vérités religieuses fondamentales.Ghassan Finianos étudie en détail tous les textes d'Ibn Sîna ayant trait à la métaphysique pour retracer le mouvement de sa pensée, de l'étude minutieuse de " l'existence " à l'essai d'appréhension dela " Nécessaire Existence ". C'est le fruit de toute une vie passée à scruter, dans leur langue d'origine, les textes du " Maître par excellence " que l'auteur nos livre dans cette synthèse sur la pensée métaphysique d'Avicenne, nous aidant à découvrir le génie de l'un des plus grands penseurs de l'islam, sans nous en cacher les zones d'ombre, les contradictions et les ambiguïtés.Ce livre est d'une actualité brûlante : quand d'aucuns s'interrogent sur les relations entre foi musulmane et raison, il est précieux de se remémorer les temps où la civilisation musulmane enrichissait la civilisation chrétienne en une rencontre des civilisations qui était fécondation et non pas " choc ".