Qu'est-ce qu'être allemand? Où les différentes nations germanophones puisent-elles leur culture commune? L'ethnologie nationale allemande, appelée Volkskunde, est le fruit d'une longue histoire, qui a partie liée avec la construction politique de l'Allemagne, mais aussi de l'espace germanophone dans son ensemble. Tournant autour des deux pôles que sont la culture populaire et la germanité, l'ethnologie nationale a connu un essor à partir des années 1880, sur fond d'unité allemande et de déliquescence progressive de l'Empire autrichien. Participant à la révolution conservatrice des années de la République de Weimar, elle est devenue l'une des sciences les plus en vue de l'Allemagne hitlérienne, matrice de "l'idéal germanique". Discréditée par son passé, l'ethnologie nationale allemande a fait son aggiornamento dans les années 1970 sous la houlette de l'École de Tübingen. Contrainte par l'histoire, elle s'est transformée progressivement en ethnologie européenne.
Entre camaraderie, bureaucratie et exotisme (1946-1992)
Retracer l'histoire des relations cinématographiques entre la France et la RDA de l'immédiat après-guerre jusqu'au lendemain de la chute du Mur de Berlin à partir d'un croisement inédit de sources met à jour la circulation de films et de professionnel.le.s qui façonnèrent les cinématographies des deux pays. Ces échanges s'initièrent à travers le réseau communiste et permirent notamment à Simone Signoret de tourner à plusieurs reprises dans les mythiques studios de Babelsberg avant de poursuivre sa carrière à Hollywood. Cette camaraderie s'estompe ensuite au profit d'un sentiment d'exotisme qui justifie l'engouement du public est-allemand pour des stars françaises comme Brigitte Bardot, et conduit enfin des cinéastes tels que Jean-Luc Godard ou Chris Marker à filmer la disparition de cette "autre" Allemagne. L'exploration de ces rapprochements esthétiques, politiques et culturels démontre l'importance (et aussi les limites) du rôle joué par les échanges cinématographiques entre l'Est et l'Ouest de l'Europe pendant la guerre froide.
Près de trente ans après sa disparition, la RDA est toujours présente au cinéma et à la télévision, notamment grâce à Good Bye, Lenin! et La Vie des autres qui ont profondément marqué l'image que l'on se fait de la chute du mur de Berlin et de l'Allemagne communiste. Et pourtant ces succès internationaux n'ont jamais fait l'unanimité auprès de la population de l'ex-RDA. Comment alors expliquer qu'ils aient cristallisé la mémoire filmique et conduit à occulter une production tout aussi importante que variée? Que nous disent aujourd'hui ces fictions, documentaires ou séries à propos des débats identitaires et mémoriels qui animent l'Allemagne depuis l'unification? Comment certains films échappent-ils aux images figées et quasi iconiques de la RDA et de la société postsocialiste? Cet ouvrage, qui propose une approche franco-allemande et donne la parole à des chercheurs et des professionnels, dresse le premier bilan en langue française sur la nature et l'évolution de cette production.
L'Office de presse et d'information du gouvernement fédéral conquiert en une dizaine d'années une importance considérable. D'un simple bureau, destiné à seconder le chancelier Adenauer dans sa tâche de réhabilitation de l'Allemagne dans le monde, il devient une organisation quasi-ministérielle affranchie du " complexe de Goebbels " .
Pour la première fois, l'analyse passe au crible l'histoire de la communication d'État ouest-allemande à l'étranger, qui acquit budget officiel et reconnaissance du Bundestag au tournant des années 1960, en réaction à l'ultimatum de Khrouchtchev sur Berlin (27 novembre 1958) et à une offensive communiste, en particulier est-allemande, dans le domaine de l'information. L'analyse révèle les continuités à l'œuvre dans le choix du personnel et des méthodes, alors même que s'élabore un discours prônant la rupture avec le passé récent, c'est-à-dire avec le régime nazi.
L'étude de cas consacrée à la France entre 1958 et 1969 étaye la thèse d'un dynamisme accru de la communication politique ouest-allemande à l'étranger, à rebours de celle du " profil bas " que lui préfère souvent la recherche.
La chute du Mur et la réunification allemande ont été des éléments marquants de la fin du 20e siècle. Plus de vingt-cinq ans après, quel est le chemin parcouru par l'Allemagne? Que reste-t-il notamment de la RDA dont la disparition en tant qu'État n'a pas fait disparaître les territoires, les populations, le patrimoine culturel et les mythes fondateurs? C'est à partir de la triple perspective de " crise, culture, critique " que l'ouvrage tente de savoir comment les Nouveaux Länder ont évolué depuis l'effondrement de la RDA.
Regroupant des contributions de spécialistes français et allemands, l'ouvrage tente de porter un regard sur les évolutions du quart de siècle écoulé en offrant un éventail de perspectives allant de l'histoire des idées et de la littérature à la politique et à l'économie en passant par l'histoire des arts et des médias. Il vient ainsi compléter et prolonger la recherche sur la RDA dans une perspective transnationale.
L'histoire mouvementée de l'Allemagne au XXe siècle a profondément marqué l'existence et l'œuvre de l'écrivain (est)-berlinois Klaus Schlesinger (1937-2001). Auteur critique de RDA exilé à l'Ouest dans les années 1980, " sauteur de Mur " ayant évolué dans les milieux alternatifs de Berlin-Est comme de Berlin-Ouest, Schlesinger échappe par son itinéraire aux classifications trop étroites. À travers une quinzaine de romans et nouvelles, il fait un tableau passionnant de soixante ans d'histoire, du national-socialisme et des ruines de l'après-guerre à la division Est-Ouest, la chute du Mur et la réunification. Ses récits abordent cette histoire " par le bas ", décrivant l'existence des petites gens au quotidien ou se plaçant au contraire au cœur de l'événement historique (mai 1945, août 1961, novembre 1989). Ils interrogent l'héritage des crimes nazis, la place de l'individu dans le socialisme réel, le capitalisme ou la guerre froide, les possibilités et les limites des utopies alternatives, le travail de la mémoire et de l'identité dans les ruptures du siècle. L'écriture de Schlesinger privilégie les marges et les hétérotopies, les espaces liminaux du passage entre Est et Ouest, de la mémoire, de la rencontre avec d'autres soi-même. La fiction devient ainsi un lieu privilégié d'appréhension et de construction de soi dans l'histoire.
Cet ouvrage est la première monographie consacrée en France à cet auteur encore peu connu et peu traduit, dont l'œuvre mérite d'être découverte.
Au tournant des 19e et 20e siècles, le concept de terrain fit son apparition dans le domaine des sciences humaines et sociales tant en Allemagne qu'en France. Dans une situation de concurrence où de nouvelles disciplines essayaient à l'époque d'établir leur légitimité, la notion de terrain devenait une marque de scientificité indéniable. Si l'ethnologie, la géographie, la géologie, l'archéologie, la sociologie entretenaient un rapport étroit au " terrain " dans sa dimension spatiale, sociale et heuristique, elles le pratiquèrent de manière empirique avant d'en proposer une définition claire. Le présent ouvrage se propose d'explorer les différentes facettes de cette question centrale du terrain en l'envisageant dans ses rapports théoriques et expérimentaux, mais aussi dans ses méthodes et relais. Le succès de ce concept fut d'autant plus appuyé et couronné de succès que l'État sut très vite le mettre à son service en en faisant très précocement un outil politique majeur.
L'histoire de la fuite et des expulsions, entre 1944 et 1950, d'environ 12 à 14 millions d'Allemands vivant dans les territoires de l'Est, a constitué un élément majeur de la question allemande jusqu'à la fin de la Guerre froide et l'unification allemande. Depuis une quinzaine d'années, dans un contexte géopolitique différent, ces événements animent de nouveau des débats dans l'espace public en Allemagne, mais également en Pologne et en République tchèque.
Ce livre est le premier en France à regrouper des contributions de spécialistes internationaux. Il interroge la représentation de cette thématique dans les médias et les musées, dans la littérature ainsi que dans les débats mémoriels, tout en se basant sur des analyses historiographiques éclairant les enjeux d'un tel retour sur ce passé. En choisissant une perspective transnationale, inscrivant ces événements dans l'histoire européenne des déplacements forcés, le livre propose aussi une réflexion sur la construction d'une mémoire européenne commune.
Au tournant du XXe siècle, à Vienne et à Berlin, la sexualité est l'objet de discours multiples, discours déjà établis et soumis à des normes religieuses, médicales et juridiques, ou discours en pleine effervescence, en lien étroit avec le progrès scientifique, l'essor urbain et les mutations socioculturelles. L'enjeu majeur de cet ouvrage consiste à éclairer l'influence et l'interaction de ces discours dans la société viennoise et berlinoise, leurs modalités et leurs stratégies de diffusion, leurs ambivalences et leurs contradictions, en particulier à travers l'étude de trois grands champs discursifs : la religion, la science et l'État.
Fondé sur l'analyse comparative de sources pluridisciplinaires (écrits scientifiques et juridiques, études statistiques, publications réservées aux experts, témoignages autobiographiques et oeuvres littéraires), ce livre accorde également une place essentielle à l'examen des principales revues intellectuelles de l'époque, Die Fackel à Vienne, Pan, Der Sturm, Die Aktion et Die Zukunft à Berlin, lieux foisonnants d'une myriade de " dits " et de " contredits " sur la " question sexuelle ". L'auteur donne ainsi la parole à de nombreux écrivains de la modernité viennoise et berlinoise, et met au jour des témoignages pour la plupart inédits en langue française. Au coeur des controverses, Karl Kraus, rédacteur en chef de la Fackel, se distingue et s'impose non seulement comme un témoin de premier ordre, mais aussi comme un contradicteur redoutable.
De la mort de Voltaire à la révolution de 1848, les savants, philosophes et écrivains redéfinissent leur rôle politique, dans le sillage d'une Révolution française perçue comme étant l'oeuvre des philosophes. Les intellectuels s'interrogent sur les effets politiques de leurs textes, les conditions d'une participation aux charges administratives et éducatives, de leur fonctionnarisation ou d'une prise de parole qui touche un public plus large que le cercle savant.À rebours d'une histoire qui les présente en héros sous la forme de l'opposant ou du grand écrivain, les études réunies ici mettent en lumière les rapports de force inhérents aux réseaux d'intellectuels et les conceptions parfois divergentes qu'ils développent, notamment sur la pureté du savoir théorique. À travers l'étude de certaines figures marquantes telles que Johann Gottlieb Fichte ou Germaine de Staël, de réseaux comme celui des membres de l'Institut ou d'événements comme l'affaire des " sept de Göttingen ", cet ouvrage éclaire aussi bien la dimension sociale que réflexive de ces prises de position politiques.L'approche se veut ici pluridisciplinaire, associant analyses historiques, littéraires et philosophiques ; elle met en évidence les effets de miroirs entre intellectuels français et allemands, et revient sur la revendication de généalogies occasionnellement transfrontalières.
Produit d'un débat entre germanistes français, spécialistes de " civilisation allemande ", et romanistes allemands, spécialistes de " Landeskunde " ou " Landeswissenschaft ", cet ouvrage fait le point sur les évolutions de ces disciplines dans les mondes universitaires français et allemand. Une première rencontre en 1988 à Versailles a été suivie d'une autre à Berlin, en 2010. Riche d'une longue tradition dans l'enseignement et la recherche, la " civilisation allemande " est bien établie en France, ses thèmes de recherche sont en pleine évolution. La " Landeskunde " était plutôt perçue en Allemagne comme un domaine auxiliaire de la " Romanistik ". Le terme avec ceux de " Landeswissenschaft " et " Frankreichstudien " (études
françaises) ont aujourd'hui presque disparu du profil des postes à pourvoir, ils ont été remplacés par celui de " Kulturwissenschaft ", " sciences culturelles ", lié à celui de " science littéraire ".
Cette combinaison s'est révélée trompeuse : dans la pratique, la " civilisation française " se réfère à un modèle d'enseignement traditionnel de littérature française mâtiné de sciences culturelles là où il devrait s'agir, pour reprendre Helene Harth, d'instaurer " une coopération interdisciplinaire avec d'autres philologies et d'autres disciplines comme l'histoire, la sociologie, l'histoire de l'art et l'histoire médiatique (pour transmettre aux étudiants) un savoir sur les cultures des différents pays européens, qui leur permette de comprendre les différents processus historiques des échanges culturels actuels. " Ces enjeux sont au centre de ce livre sur fond de transformation des sociétés française et allemande.
Hitler fait-il vendre ? On peut se poser la question face à la recrudescence de films sur le nazisme réalisés dans l'Allemagne réunifiée : La Chute, Opération Walkyrie, Rosenstrasse, Sophie Scholl. Ces films ont pour thèmes principaux les dernières heures du régime, la résistance allemande ou la persécution des Juifs.Partant de l'hypothèse que le cinéma se fait le reflet des interrogations et des aspirations qui travaillent une société à un moment donné de son histoire, les auteurs ont étudié les fictions cinématographiques et télévisuelles allemandes des deux dernières décennies. En croisant les enjeux mémoriels et esthétiques, ils se sont interrogés sur les possibilités et les formes de la représentation et de la transmission : le regard sur les victimes et les coupables a-t-il évolué ? Des tabous sont-ils brisés, par exemple dans la représentation du dictateur ? Peut-on parler d'un changement de paradigme dans l'Allemagne réunifiée ?Les auteurs, des chercheurs francophones et germanophones de différentes disciplines (Études germaniques, Histoire, Cinéma, Esthétique), proposent une approche transdisciplinaire et novatrice sur un sujet en prise sur l'actualité allemande qui constitue un champ de recherche peu exploré en France.