La ville médiévale saharienne de Sijilmassa, fondée aux environs du VIIIe siècle de notre ère, tient une place considérable dans le récit national et dans l'imaginaire populaire du Maroc : berceau de la dynastie régnante, site pourvoyeur d'or pour le bassin méditerranéen, carrefour caravanier sur les routes transsahariennes, enjeu économique que, de Cordoue à Tunis, tous les pouvoirs politiques de l'Occident musulman se sont disputé, ce site archéologique des confins du désert est célèbre bien au-delà des frontières du pays. Sijilmassa est ainsi constamment citée dans l'historiographie méditerranéenne et africaine, aussi bien médiéviste que moderniste, mais paradoxalement, en dépit de sa célébrité, elle n'avait, jusqu'en 2010, pas fait l'objet de plus d'une vingtaine de notes ou courts articles. Cet ouvrage s'appuie sur l'analyse croisée de nombreuses données archéologiques nouvelles, tirées de campagnes de prospection conduites entre 2011 et 2013 et des archives de fouilles inédites du Moroccan-American Project at Sijilmasa (1988-1998). En mettant en lumière des problématiques jusqu'alors peu, voire pas du tout, abordées par l'historiographie classique, principalement construite sur les sources textuelles, cette présente contribution, fondée quant à elle sur des données matérielles, entend renouveler la perception de la cité caravanière de Sijilmassa, de son histoire, de sa chronologie et de ses dynamiques de développement.
Le développement de l'agglomération de Caen depuis plusieurs dizaines d'années a conduit à la réalisation de vastes opérations d'archéologie préventive, notamment sur la périphérie sud-est. Ne serait-ce que sur la commune de Ifs, les interventions archéologiques ont révélé, sur une superficie de plus de 55 hectares, une occupation humaine dense s'étalant de l'âge du Bronze à l'époque romaine. Cet ouvrage livre les données de la fouille conduite sur la dernière tranche d'aménagement de la ZAC Object'Ifs Sud, permettant de raisonner sur les notions de terre et de terroir, leur exploitation et leur mise en valeur à travers mille ans d'occupation. Si les premières marques de la présence humaine concernent le domaine funéraire de l'âge du Bronze, les premières installations à caractère domestique remontent à la fin de cette période et se succèdent au cours de l'âge du Fer, tout en manifestant des profondes modifications qui se reflètent également dans la gestion des morts. L'intérêt majeur de cet ouvrage réside dans l'accomplissement d'une synthèse sur l'ensemble des fouilles réalisées sur ce secteur de la périphérie caennaise, qui n'ont à ce jour jamais fait l'objet d'une publication. L'ouvrage aborde différentes thématiques susceptibles d'attirer un lectorat diversifié parmi les chercheurs en archéologie mais aussi des historiens des paysages et des géographes intéressés par l'évolution d'un terroir agraire sur plus d'un millénaire.
Ce travail a pour objectif de préciser le cadre chrono-culturel du Néolithique récent de l'Ouest de la France. La mosaïque d'entités culturelles définie sur la base des seuls lots céramiques a, jusqu'à présent, largement obscurci notre compréhension de la société. Cette vision, somme toute réductrice, devait être actualisée et complétée en profitant des découvertes récentes, souvent inédites. Le sujet englobe le Néolithique récent, de 3800 à 2900/2800 avant J.-C. L'aire d'étude s'étend de la Bretagne méridionale au sud de la Vendée, jusqu'au Centre-Ouest de la France. L'approche originale repose sur l'étude typo-technologique de la culture matérielle (productions lithiques et céramiques) complétée par des analyses physico-chimiques (pétrographie, spectrométrie RAMAN, chimie organique). Le projet peut paraître ambitieux puisqu'il embrasse productions matérielles, implantations humaines, contextes funéraires, échanges et diffusions, soit la totalité des données accessibles. Parmi les différents thèmes abordés dans cette synthèse, celui de l'habitat et les notions de pérennité/temporalité des implantations humaines sont nouveaux pour la période et le secteur d'étude. La mobilité du groupe et des individus est ainsi envisagée à travers les contextes et la culture matérielle. À cette occasion, l'importance des espaces maritimes et fluviaux dans l'organisation du territoire est reconsidérée, puisqu'ils constituent des axes de circulation privilégiés. Les pratiques funéraires et les constructions mégalithiques associées, représentatives de la société, assoient le discours. Au terme de ce travail, un phasage scindant la période en trois temps à l'image des rythmes différents offerts par les productions lithiques et céramiques est proposé.
La sidérurgie a livré de nombreux vestiges archéologiques dans le Poitou ; une quarantaine de sites d'extraction du minerai de fer, et plus de 900 ateliers métallurgiques, identifiables grâce aux grandes quantités de scories présentes à leur emplacement (les ferriers), sont recensés sur ce territoire et sur ses marges immédiates. À l'aide d'indices, environ 250 d'entre eux ont été découverts à l'occasion des prospections menées il y a moins de dix ans dans le cadre d'un travail de doctorat. Les ferriers sont très majoritairement de petites dimensions, ce qui semble témoigner d'une activité sidérurgique plutôt modeste, attestée du iiie siècle av. J.-C. au XVe siècle. Une vingtaine de zones vouées à la production sidérurgique, inégalement réparties dans l'espace, a pu être mise en évidence. Des prospections aériennes menées dans les années 1980-1990 avaient démontré que le sud de la Vienne était un secteur très dense en ferriers. Aujourd'hui, cette région apparaît toujours comme la plus riche, mais d'autres secteurs de ce département et de celui des Deux-Sèvres le sont aussi, tandis qu'en Vendée, les ferriers semblent beaucoup plus rares. Si la phase de transformation du minerai en métal (la réduction) a livré de nombreux sites, celle de la post-réduction (forgeage) n'a permis d'inventorier que 29 forges connues ou supposées sur l'ensemble du territoire. Des analyses chimiques ont permis d'aborder la question de l'approvisionnement en minerai des ateliers. Trois sites ont été étudiés de manière plus approfondie ; ils ont été choisis de façon à représenter l'ensemble de la période étudiée et différentes étapes de la chaîne opératoire. Le site de " La Basse-Flotte " à Saint-Cyr (Vienne), avec son unique fourneau de réduction directe à scories piégées (IIIe s. av. J.-C.), constitue le premier. L'atelier métallurgique médiéval de " La Chagnasse " à Viennay (Deux-Sèvres) est le second. Enfin, les scories de forgeage et les autres déchets liés à cette activité découverts sur la fouille de " La Petite-Ouche 2 " à Rom (Deux-Sèvres), datée du début de la période romaine, correspondent au troisième.
Le Mésolithique en Basse-Normandie, période obscure pour beaucoup, est méconnu car représenté par des vestiges souvent limités à des silex taillés de petite taille. Pour autant, les 5 000 années qu'il a duré, qui se placent dans la période de réchauffement après la dernière glaciation et jouissent d'un climat sensiblement identique au nôtre, correspondent à une véritable révolution pour les communautés humaines jusqu'alors peu nombreuses et dispersées sur de très vastes territoires. Les changements fondamentaux dans la faune et la flore, le retour de la sylve et la multiplication des animaux de climat tempéré, cerfs, chevreuils, sangliers et aurochs imposent aux hommes des méthodes de chasse nouvelles et leur permettent une alimentation végétale diversifiée. Cette mise en place du décor naturel et de son évolution est traitée en introduction. Elle est complétée par une mise au point sur le décor culturel, recensant la méthode et les caractéristiques typologiques et cartographiques du mobilier lithique, méthode de production et déclinaison de tous les types d'outils recensés, s'appuyant sur des travaux antérieurs en les complétant. Dans une seconde partie l'ouvrage présente une étude de l'outillage lithique associé aux populations qui ont occupé la Normandie durant cette période, entre 10 000 et 5 000 avant notre ère. Cet inventaire presque exhaustif pour la région est organisé comme un catalogue par site, conçu comme un outil de travail alimentant la recension des données. La dernière partie réalise la synthèse des données en comparant les assemblages à ceux des régions du quart nord-ouest de la France. Les essais de cartographie culturelle qui en résultent, même s'ils sont discutables d'un point de vue anthropologique, restent indispensables pour essayer de déterminer les affinités entre sites puis entre groupes. Certains effets de répartition très nets permettent ainsi d'évoquer des rapports entre le Cotentin et l'Angleterre mais également de mettre en évidence des frontières, comme celle que constitue la Seine/Marne, ou encore des influences méridionales sur les assemblages de la fin du Mésolithique. Le tableau final est celui d'un monde contrasté, partagé entre unités macro et/ou micro-régionales. L'irruption des populations néolithiques à la fin du VIe millénaire viendra bouleverser ce tableau et effacer totalement les traces matérielles de ces sociétés mésolithiques.
Ces dernières années, des avancés importantes ont eu lieu dans l'étude des sanctuaires archaïques des îles des Le Cyclades, tant sur le terrain que dans le domaine des publications.Le présent ouvrage rassemble seize études. La première partie comprend quatre études générales sur des sanctuaires cycladiques: un bilan sur les fouilles récentes des sanctuaires archaïques des Cyclades, une étude sur les cultes dans les Cyclades, une sur l'architecture ionique des îles et une sur les problèmes d'approvisionnement en eau. La seconde partie comprend des études de cas sur des sanctuaires et des cultes particuliers, faisant le point sur les résultats les plus spectaculaires de deux sanctuaires importants fouillés de manière systématique depuis 15 ans: ceux des îles de Kythnos et Despotiko. D'autres sanctuaires récemment fouillés (Ay. Andreas sur Siphnos) ou réétudiés (sanctuaire d'Athéna sur Koukounariés) sont inclus à l'ouvrage ainsi que les récentes recherches effectuées à Délos sur les cultes d'Héra et de Zeus. L'ouvrage comprend d'abondantes illustrations et permet non seulement de mettre à jour notre documentation sur les sanctuaires cycladiques de l'époque archaïque mais aussi de redéfinir le caractère original et multiple des lieux de culte du milieu insulaire.
Les pêcheries correspondent à une étape primordiale de la pêche permettant une exploitation des eaux peu profondes. Le paysage littoral du département de la Manche en porte les traces d'une intense exploitation. Un programme de recherche original a permis d'étudier un premier corpus qui se répartit en deux grandes périodes: la Préhistoire récente d'une part, et la période médiévale et moderne d'autre part. L'étude de trois sites préhistoriques de la baie du Mont-Saint-Michel fournit des informations techniques importantes aussi bien sur la construction des pêcheries que sur les stratégies de pêche. Vers 2200-2000 avant J.-C., cette activité a été pratiquée à large échelle, avec l'exploitation simultanée d'un ensemble de barrages. Au Moyen Âge, les sources historiques se multiplient lors de la refondation des grandes abbayes normandes au cours des XIe-XIIe siècles. À partir du XVIe siècle, le Roi cherche à contrôler l'estran, mais le littoral est encore densément exploité par l'aristocratie seigneuriale et religieuse. Plusieurs sites de grande emprise, fonctionnant depuis le VIe siècle jusqu'au XVIe siècle, apportent une première documentation technique inédite en France. Elle permet d'établir les premières hypothèses quant à l'évolution morphologique de ces pêcheries médiévales en s'appuyant sur les nombreuses références disponibles pour les îles Britanniques et l'Irlande. La documentation historique apporte dans ce cadre un précieux complément. Les archives de la pêcherie Grignard, à Donville-les-Bains, témoignent d'une riche histoire socio-économique et juridique. Les sources médiévales montrent l'existence d'autres types de pêcheries plus spécialisées ou précisent l'approvisionnement en poissons à l'arrière de la bande côtière. Ces études apportent un nouveau regard sur l'estran, paysage aménagé et constituant le prolongement des espaces ruraux de la bande côtière.
Quels volumes et quels poids de marchandises les navires grecs et romains pouvaient-ils transporter ? Le tonnage constitue en effet une donnée essentielle pour comprendre le commerce maritime antique. Comment mesure-t-on le tonnage ? Comment le tonnage a-t-il évolué au cours de l'Antiquité ? À travers le prisme du tonnage, ce livre aborde les principales questions sur le commerce maritime. Quelles marchandises les navires embarquaient-ils ? Sur quelle distance étaient-elles échangées ? À qui ce commerce bénéficiait-il ? Quelles contraintes techniques pesaient sur le commerce maritime ? Pourquoi le commerce antique n'a-t-il finalement pas " décollé " ? Ce sont des questions auxquelles l'auteur répond prudemment et simplement, promenant le lecteur de cap en cap et d'une épave à l'autre, de la Gaule au Levant. Ce voyage en Méditerranée aborde les sujets les plus divers, par exemple la façon dont les animaux, notamment ceux destinés au cirque, étaient chargés à bord des bateaux, ou encore l'entretien des ports. L'ouvrage constitue la première synthèse sur le commerce maritime qui s'appuie sur l'étude des épaves antiques. Il se fonde sur un imposant catalogue comprenant les notices détaillées de 102 épaves et constitue à ce jour l'un des dictionnaires d'épaves les plus complets. Les données livrées par ces fouilles sont analysées dans une perspective historique et sont rigoureusement confrontées aux sources écrites (textes littéraires, inscriptions et papyrus). Cet ouvrage permet aussi de faire le point sur de nombreux problèmes techniques abordés en archéologie navale, comme le gouvernail ou le lestage. Les spécialistes de l'économie antique y trouveront aussi les informations qui leur manquent souvent sur les découvertes sous-marines. Les multiples références à la marine à voile du XVIIIe siècle intéresseront les historiens modernistes. Plus généralement, l'ouvrage offrira une lecture savante à tous les passionnés de navigation et de plongée sous-marine qui veulent en savoir davantage sur la mer et son glorieux passé.
Ce volume est issu du colloque international " Jeunes chercheurs ", " La céramique dans les contextes archéologiques mixtes. Questions de méthodologie, typologie, terminologie " (université Rennes 2, 17-18 mai 2013), organisé par Mario Denti et Clément Bellamy dans le cadre des activités du Laboratoire d'Archéologie et Histoire Merlat (LAHM, UMR 6566 CReAAH). L'objectif était de rassembler de jeunes archéologues et céramologues autour des problématiques associées à la fouille et à l'étude du matériel céramique, dans le cadre particulier de contextes historico-archéologiques que l'on peut qualifier de " mixtes ", c'est-à-dire associant au moins deux cultures matérielles différentes qui coexistent, à travers des modalités qui sont déjà ardemment discutées dans la recherche actuelle. La nécessité d'élaborer ou d'adapter aux exigences actuelles de la recherche des typologies et des terminologies plus utiles, et la discussion autour de l'identité ethnique et/ou culturelle à traiter lors de chaque étape du processus de production jusqu'aux contextes de réception du produit fini, ont permis de proposer et confronter des réflexions méthodologiques importantes pour l'étude de la céramique dans les sociétés anciennes. Ces problématiques, abordées par des exemples concrets de terrain, ont embrassé un horizon chronologique entre Protohistoire et Antiquité, et un panorama géographique développé abordant en particulier la partie occidentale de l'Europe et du bassin méditerranéen. Il s'agissait donc d'accomplir une étape importante dans le questionnement et la réévaluation du matériel céramique dans des contextes archéologiques de mixité, et d'en tirer non pas de nouveaux paradigmes théoriques mais plutôt d'en extraire de nouveaux outils méthodologiques mieux à même de rendre compte des relations complexes qui existent entre céramiques et identités.
L'étude de la culture matérielle grecque en Thébaïde connaît un développement nouveau. Aujourd'hui, avec l'avancée des travaux archéologiques et des études récentes dans cette partie de la Haute Égypte, nous disposons d'une documentation variée, allant de la céramique aux monnaies sans oublier l'architecture et son décor. Comment interpréter ces éléments matériels ? Témoignages de communautés grecques ou d'origine grecque ayant vécu ou séjourné sur les rives thébaines avant et après la conquête macédonienne de l'Égypte ? Signes de l'adoption d'éléments de mode de vie grecs ? Importations isolées qui ne permettent pas de supposer une évolution majeure de la culture matérielle des communautés locales ? Ce questionnement justifie l'optique adoptée dans ce livre qui est l'étude de la présence grecque dans la vallée à travers la culture matérielle. Celle-ci permet de montrer une présence grecque, celle d'objets importés de Grèce, de reproductions égyptiennes d'objets grecs, voire si ce n'est de Grecs eux-mêmes, là où on l'attendrait le moins: au sein même des temples égyptiens, cette présence amenant à se poser la question des installations profanes au sein des temples égyptiens. L'étude de la culture matérielle grecque de la Vallée thébaine s'inscrit donc dans un double contexte. Un contexte local avec la question de l'implantation et du développement d'une communauté nouvelle sur les rives thébaines ; un contexte commun à toute l'Égypte avec la question de la cohabitation dans un même espace – celui des temples – de deux cultures différentes.
L'objet du présent ouvrage est de mieux appréhender les processus de la création artistique depuis les premières décennies d'existence des monarchies hellénistiques qui se partagèrent l'héritage politique d'Alexandre – au moment où apparaît un nouveau type de culture, tout différent de celui de la Grèce des cités – jusqu'à la fin de la République et à l'époque d'Auguste lorsque s'opèrent à Rome et dans les provinces de nouvelles formes de réécriture. En interrogeant les possibilités de croisement entre texte et image, il s'agit aussi de poser des questions d'ordre méthodologique sur la façon même de mettre en relation les deux formes de création artistique.
L'ensemble de la communauté scientifique s'accorde à reconnaître en la période carolingienne des temps féconds et prospères. Pour cela, il suffit de constater le nombre de monastères et de cathédrales érigés ou reconstruits sous les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux et qui ont donné lieu à de riches études archéologiques, architecturales, liturgiques (etc.). Pourtant, il est une question qui mérite encore une attention particulière: le phénomène de la pluralité des sanctuaires au sein des groupes cathédraux et des complexes monastiques. Les auteurs ont été amenés à s'interroger sur les origines de cette configuration architecturale et liturgique. Quelle part de nouveautés fut apportée à l'époque carolingienne? Qu'en est-il des emprunts aux productions mérovingiennes voire paléochrétiennes? L'ouvrage s'oriente vers le rapport entre architecture, fonctionnalité et liturgie. Ainsi, il est possible de préciser les motivations qui ont poussées les concepteurs à entreprendre la construction de tels complexes. Si le champ d'étude se resserre autour de la période carolingienne, les exemples convoqués sont le reflet de la large diffusion géographique de ce modèle architectural. L'ouvrage est également l'occasion de constater et de discuter la remarquable diversité formelle de cette notion de pluralité de sanctuaires.