En octobre 1955, la Radio Télévision Française crée la collection " En Votre âme et conscience ". Ses producteurs ambitionnent de raconter, dans un nouveau langage spécialement conçu pour le petit écran – la Dramatique –, les causes les plus célèbres du xixe et des débuts du xxe siècle. En décembre 1969, après avoir relaté soixante-six affaires criminelles, la série disparaît. La Dramatique en direct, concurrencée par des genres plus spectaculaires et divertissants, n'est pas parvenue à se maintenir plus de quatorze ans. Mais durant toute cette période, Pierre Desgraupes et Pierre Dumayet, les deux scénaristes, ont réussi à faire comprendre aux Français le fonctionnement de la justice et les ont amenés à réfléchir sur la difficulté de juger. Ils leur ont aussi, subrepticement et sous le masque de la fiction historique, parlé de leurs préoccupations présentes : de la décolonisation et des misères de la guerre, du débat sur la peine de mort, de l'émancipation des femmes et des attentes de la jeunesse.
EN 1954, Djibo Bakary, un activiste nationaliste de gauche nigérien fonda l'Union Démocratique Nigérienne (UDN), un parti politique qui visait non seulement à combattre la domination coloniale, mais aussi à réaliser une transformation large de la société nigérienne. Le parti fut salué par le cri de ralliement " Sawaba ", un terme haoussa qui indique le soulagement par rapport à l'adversité et un retour au calme et à la sérénité soulignant l'aspiration des Nigériens à être délivrés de la pauvreté et de l'oppression coloniale sous toutes ses formes. Le Sawaba, dont le noyau était constitué d'un " petit peuple " de ruraux ayant migré en ville, remporta les premières élections générales au suffrage universel du Niger en 1957 et forma le tout premier gouvernement autonome du pays, sous suzeraineté française. En 1958, le mouvement eut maille à partir avec le pouvoir gaulliste de France préférant l'indépendance immédiate à une nouvelle forme d'autonomie et appelant à rejeter la constitution de la Ve République. Les Français, compte tenu la situation stratégique du Niger, réagirent de manière implacable. En violation flagrante de la constitution, un nouveau gouverneur émascula le gouvernement Bakary. La campagne du Sawaba fut contrecarrée. Le parti, interdit, devint une organisation militaire menant la guérilla. Cependant, la guérilla du Sawaba (1960-1966), soutenue par des régimes gauchistes étrangers, aboutit à un échec entraînant la destruction définitive du mouvement. Le récit des luttes du Sawaba n'est pas dénué d'ambiguïté, ce qui renvoie au caractère hybride du mouvement et aux métamorphoses vécues au long de son existence. Les sawabistes se montrèrent un mélange singulier d'activistes politiques et de combattants qui, au lieu de faire violence à la population, s'engagèrent dans la bataille comme les agitateurs de rue qu'ils furent jadis – certes armés, mais avec l'espoir de plaire à l'électeur et d'entraîner une fin instantanée aux souffrances du peuple. Millénariste plutôt que militariste, cette mentalité donne la clef de la tragédie de leur défaite.
Expériences féminines du corps au Siècle des Lumières
À partir d'écrits personnels et de consultations épistolaires féminines, cet ouvrage revisite l'histoire du corps et de la médecine au Siècle des lumières en s'intéressant aux représentations et pratiques des femmes de la haute bourgeoisie et de la noblesse française et helvétique. En tant que lectrices des ouvrages de vulgarisation scientifique et patientes des médecins et chirurgiens-accoucheurs, elles jouent un rôle mésestimé dans la construction et la promotion de leurs pratiques professionnelles dans le contexte d'une médicalisation croissante de l'accouchement, des soins infantiles et de la sexualité. Elles n'en développent pas moins des visions singulières du corps, oscillant entre l'expression d'une corporéité mondaine – partagée avec les hommes de leur milieu – et d'une corporéité féminine – elle-même traversée par des rapports sociaux de classe et de " race " – qui mènent à repenser la réception des discours scientifiques sur la différenciation sexuelle et les corporéités sociales, comme celle des " gens du monde " caractérisée dans les discours médicaux par un " efféminement ". Si la corporéité mondaine constitue pour ces femmes un instrument viril de distinction et de domination sociale, la corporéité féminine les assujettit à une condition infériorisée, quoique difficilement assimilable à celle des femmes populaires ou non blanches qui renvoient à des féminités spécifiques. La physiologie sanguine qu'elles décrivent, liée aux menstrues et aux capacités génésiques, dessine les contours d'expériences plurielles de la maternité, entre intériorisation des rôles sociaux d'épouse et de mère et rejet des injonctions reproductives. Confrontées aux logiques patriarcales et populationnistes, leurs expériences liées à la santé et à la maladie, comme à la sexualité et à la reproduction, invitent donc à reconsidérer, du frisson au baume, ces corps féminins des Lumières.
Le rôle et la représentation des barbares figurent parmi les questions historiographiques les plus discutées aujourd'hui. Le terme " barbare ", désignant les peuples étrangers au monde civilisé gréco-romain puis, après la christianisation des royaumes du haut Moyen Âge, les peuples païens, garde un sens fort péjoratif jusqu'à nos jours. Les légendes des saints, pénétrées d'un christianisme militant, ont largement contribué à la mauvaise réputation des barbares (Huns, Goths, Vandales, Vikings, Hongrois...). Elles ont dramatisé la confrontation entre le saint défenseur de la communauté chrétienne et l'agresseur barbare ou encore le martyre du saint missionnaire, infligé par les païens cruels. Les contributions de ce volume explorent la diversité de l'image des barbares dans les Vies des saints qui ont vécu entre le ive et le xie siècle, tels que Séverin de Norique, Nicaise de Reims, Géminien de Modène, Adalbert de Prague, Olaf de Norvège et d'autres. Elles montrent comment l'idéal de sainteté, avec la glorification des victimes des barbares, est tributaire du contexte idéologique et politique de l'époque de la rédaction des récits. Au-delà de l'analyse du rapport entre réalité et fiction dans les textes hagiographiques médiévaux, ces études éclairent aussi l'attitude à l'égard de l'Autre, de l'Étranger.
Issu de la riche bourgeoisie des lendemains de la Révolution, dans un milieu éloigné de la religion, le jeune Charles Gay est avant tout un esthète brillant, qui fréquente à Paris les milieux littéraires et les musiciens, parmi lesquels son meilleur ami, Charles Gounod. Converti au sortir de l'adolescence, notamment par le biais du père Lacordaire, il s'oriente vers la prêtrise et met alors ses talents au service de sa foi. Ordonné en 1845, c'est par la prédication, la direction de carmels et la rédaction d'œuvres spirituelles d'une grande profondeur qu'il exprime désormais les facettes de sa sensibilité. Appelé auprès du cardinal Pie à Poitiers comme vicaire général et chanoine, il devient en 1877 évêque auxiliaire; écarté après la mort de son protecteur, il meurt à Paris en 1892, après avoir acquis la réputation de " plus grand mystique du XIXe siècle " (E. Lecanuet). L'œuvre abondante de Mgr Gay influence la pensée catholique jusqu'au milieu du XXe siècle et constitue une étape majeure dans l'histoire de la spiritualité française, après François de Sales et avant Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Contrôler, évaluer, conseiller les enseignants. Retour sur une histoire, France-Europe (XVIIe-XXe siècle)
Ce livre place au cœur de ses analyses la question de l'évaluation des enseignants en faisant le choix de la longue durée pour mieux dégager les continuités et les ruptures. Les familles et les autorités locales sont les premières évaluatrices de la compétence des enseignants mais on assiste progressivement à l'affirmation des prérogatives de l'État qui repose sur la création de corps d'inspection spécialisés. Il s'agit ici, au plus près des réalités locales, de présenter le travail au quotidien de ces inspecteurs mais aussi de mesurer l'impact de leur venue dans les classes (primaires, secondaires). Entre réalités locales et logiques d'État, les inspecteurs occupent une position stratégique d'interface. Ils viennent contrôler si les enseignants respectent les normes en vigueur, évaluer " l'homme " et son enseignement, n'hésitant pas cependant à les conseiller, tout en intégrant cette venue dans une logique de gestion des carrières et de formation. L'ouvrage propose des études de cas originales qui apportent beaucoup à une meilleure connaissance du fonctionnement et de l'évolution de ces procédures d'évaluation. Les quinze contributions proposées montrent également la pluralité des corps d'inspection et les évolutions majeures qui s'opèrent dans les années 1990-2000, face à ce qui peut être considéré comme une période de " crise " de l'inspection. Enfin l'approche comparée permet de saisir mais aussi de relativiser " l'exception française " en la confrontant à plusieurs pays d'Europe et de voir de nombreux points communs entre les pays étudiés ainsi que des divergences ou certains décalages chronologiques.
De l'" étrange défaite " aux premières années du XXIe siècle, ce volume dessine les lignes essentielles d'une pratique et d'une esthétique qui ont remis en cause les fonctions mêmes de la littérature, de sa création à sa diffusion. Les conditions politiques, les conditions psychiques se transforment, celles de l'édition également : l'imprimé n'est plus roi, la radio, l'image prennent une large place. Concurrencée, accompagnée ou soutenue par ces nouveaux médias, la littérature devient-elle obsolète ou prend-elle au contraire une place toute nouvelle dans la représentation du monde et dans l'élaboration de la condition humaine ?
Cette Histoire a l'ambition de renouveler le regard que nous portons sur la production littéraire de ce siècle. Comment rendre sensible le lien qui unit le temps de l'Histoire et celui des imaginaires littéraires ? Pour répondre à cette question, ce livre articule une histoire socio-intellectuelle du siècle et l'étude des individualités les plus fortes. Il entrelace des chapitres sur l'évolution générale des contenus et des formes, et des analyses consacrées aux auteurs.
À l'heure où l'on redécouvre le Moyen Âge, cette histoire de la littérature s'efforce de présenter une gamme d'œuvres aussi complète que possible, en tenant compte des découvertes effectuées par la critique moderne, et en dégageant la spécificité d'une période très longue, beaucoup plus riche et variée qu'on ne le croit généralement.
À l'époque où elle gagne la France, la Renaissance européenne est encore un espoir, et déjà une crise. Ses virtualités contrastées éclatent dans la littérature en enthousiasmes, dérisions, liturgies du plaisir, du désir et du deuil, en méditations ironiques ou graves, en visions, parfois en vertiges. Le présent ouvrage souligne ces traits divergents qui, de nos jours encore, posent les questions fondamentales de la culture moderne.
Cet ouvrage a voulu donner au XVIIIe siècle ses véritables dimensions : celles d'un siècle tout entier, de 1700 à 1799, englobant la fin du règne de Louis XIV et les dix années de la Révolution française. Dans son éclat, ce siècle ne peut être compris qu'en sa totalité diverse et contradictoire, où la littérature ne saurait être isolée des autres modes de création, ni la France de l'Europe. L'analyse littéraire fait ici largement appel à l'histoire des arts plastiques et de la musique.
Le livre de Jean Rohou présente et analyse les principales œuvres du XVIIe siècle dans leur originalité singulière, tout en les replaçant dans leur contexte littéraire et socioculturel, pour expliquer l'évolution des genres, des thèmes, des structures et des styles par la transformation des publics, des auteurs, de leurs protecteurs, de la fonction même de la littérature et de ses conditions de production et de réception. Destiné aux étudiants de lettres de tous niveaux (classes préparatoires, premier et second cycles des universités), l'ouvrage sera aussi très utile pour la préparation des concours.