Depuis les années 1990, le mal-logement gagne du terrain dans les grandes villes
européennes. On estime qu'il existe près de 900 000 personnes sans domicile en Europe
et 19 millions qui vivraient dans des habitats indignes.Ces chiffres sous-estiment très probablement la gravité du problème. En France comme ailleurs,
la cherté du logement et l'augmentation des inégalités résidentielles ont conduit les personnes les plus
modestes à se replier vers des habitations excentrées, parfois dégradées et, dans les cas les plus ex-
trêmes, à avoir recours aux centres d'hébergement et aux habitations de fortune.L'une des figures centrales de l'exclusion, le sans-abri, suscite une attention médiatique saisonnière.
Elle n'est cependant que la partie visible d'une nébuleuse de myriades de situations précaires. Un
nombre croissant de personnes vivent ainsi éloignées des grands centres urbains, dans des camions
ou des cabanes, campent à l'année, ou ne fréquentent pas (ou plus) les structures d'aide.Quelles trajectoires ont conduit ces personnes à vivre aux marges du logement ordinaire?
Quelles difficultés spécifiques rencontrent-elles? Comment vivent-elles concrètement au
quotidien? Quelles ressources et quelles stratégies mettent-elles en place pour (sur)vivre et
quels liens ont-elles avec les services d'aide?À partir des résultats de plusieurs enquêtes Insee et Ined, et d'un travail sur le ter-
rain auprès de ces populations mal-logées ou sans domicile, les contributeurs donnent ici
la parole à ces femmes et ces hommes que la vie a un jour laissés au bord de la route.L'ouvrage, préfacé par Manuel Domergue, directeur d'études à la Fondation Abbé Pierre, expert
des questions de précarité et de mal-logement, permet de dresser le portrait de ces invisibles, au
plus près de leur réalité quotidienne.
Cet ouvrage retrace l'histoire de la planification familiale en République démocratique du Congo, entre les années 1970 et 2020, à travers le témoignage d'une scientifique américaine de renom, spécialiste des questions de santé reproductive, Jane Bertrand.
Elle a, pendant cette période, accompagné des projets ambitieux de planning familial, aussi bien locaux au niveau des communautés et des centres de formation, que nationaux, institutionnels et internationaux, en coordonnant notamment l'utilisation des financements de l'USAID et de certaines fondations par les ONG.
L'amélioration de la santé des femmes et de leurs enfants, de l'accès aux méthodes de contraception et d'espacement des naissances, a été dès le départ au cœur de ces programmes, encore renforcés par la lutte contre l'épidémie du VIH et l'urgence des comportements de prévention.
Le récit est captivant. Il mêle la grande histoire, parfois chaotique, et l'expérience personnelle de l'auteure, au jour le jour. Il comprend plus d'une centaine de témoignages d'acteurs et actrices locaux pour la plupart, mais aussi de personnalités politiques et de coordinateurs de projets de dimension internationale.
Tout au long de ces décennies, dans un contexte d'instabilité politique et de crise économique et sociale, notamment dans l'Est de la RDC, les acteurs de la planification familiale ont travaillé sans relâche. Leur rôle est aujourd'hui d'autant plus crucial que l'aide américaine est suspendue depuis février 2025.
Cet ouvrage présente l'engagement et la conviction profonde d'une chercheuse qui a mis la science au service de la réduction des inégalités. Jane Bertrand nous offre ici un ensemble unique de données qualitatives et d'indicateurs permettant d'enrichir le travail scientifique et la recherche académique, notamment pour les historiens et spécialistes en santé publique.
Parce qu'elle touche à l'origine de la vie et à l'organisation sociale, la reproduction a de tous temps suscité l'imaginaire et les mythes. Qu'en est-il des imaginaires collectifs face aux technologies reproductives? C'est ce que tente d'explorer cet ouvrage à travers des questionnements et des réflexions autour des représentations littéraires, culturelles, sociales, qui laissent entrevoir la persistance d'un lien fort, dans les sociétés contemporaines, entre nouvelles possibilités reproductives et sentiment d'un basculement "civilisationnel". De quelle manière la recherche scientifique, la découverte en laboratoire alimentent-elles l'imaginaire public et quelle place ont, notamment, les fictions décrivant un monde où la maîtrise de la reproduction façonne un nouvel ordre social?On le sait, la technicisation de la reproduction et la maîtrise croissante de la biologie humaine forment un thème d'inspiration à la fois classique, fascinant et inépuisable. Du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley à la Servante écarlate de Margaret Atwood, la fabrique de l'imaginaire reproductif offre des projections prophétiques ou dystopiques qui font écho à des craintes séculaires. Les représentations, attitudes, actions guidées par des mythes culturels ou des références religieuses, perpétuent une forme de modèle profondément ancré dans nos sociétés.Les chapitres proposés dans cet ouvrage rendent compte, chacun à leur manière, du poids de ces imaginaires de la reproduction. Ils s'inscrivent dans différentes disciplines (histoire, anthropologie, sociologie, démographie, philosophie) et portent sur diverses régions (Europe occidentale, Afrique subsaharienne, Asie orientale).
Depuis 2010, l'accès à une eau de qualité et à des installations sanitaires est reconnu comme un "droit humain". Le parlement européen a légiféré dans ce sens en instituant l'eau comme "un bien commun de l'humanité, un bien public, et l'accès à l'eau comme "un droit fondamental et universel".Cet ouvrage est né d'un constat et d'une intention: l'existence d'un phénomène mal connu en Europe. Au sein des populations marginalisées et de ménages pauvres, il existe des difficultés croissantes à l'accès à l'eau, bien essentiel et vital. Cette réalité, jusque-là peu ou mal perçue, constitue un nouveau champ d'étude sociologique. L'ouvrage scrute des situations concrètes au travers de récits d'expériences du quotidien (accès aux bains-douches, logements dégradés, etc.).Au-delà des obstacles pratiques et matériels qui entravent l'accès aux ressources d'hygiène, il révèle combien l'accès à la propreté et à l'intimité reste fortement lié à la possibilité de disposer d'un espace approprié, balisé de repères et d'habitudes. L'absence d'un tel espace constitue une épreuve quotidienne et influe sur le rapport que l'on peut avoir avec soi-même et avec l'autre. Il a également des répercussions sur la santé et les relations sociales, le budget, le logement, la situation administrative mais aussi sur le rapport aux institutions. Privation en eau, privation hydrique, privation sanitaire constituent les différentes facettes de cette précarité. Les inégalités sociales et territoriales, dues notamment à un prix de l'eau trop élevé, à des équipements sanitaires dégradés et chers en réparation, à un système de gestion de l'eau privatisé, sont les grandes lignes qui ressortent à l'analyse de ce constat.
Les évolutions récentes de la famille et du monde du travail ont contribué ces dernières années à faire évoluer la manière dont le logement participé à la recomposition des identités sexuées et des rapports de pouvoir entre les sexes.La généralisation du travail salarié des femmes a-t-elle modifié le rapport à l'habitat et les stratégies d'achat, de location ou sous-location du logement? Le lien entre les femmes et l'habitat évolue-t-il avec le développement des formes contemporaines de domesticité et d'emplois à domicile? La maison est-elle encore principalement un lieu de domination masculine?Dépassant une vision réifiée des rapports de pouvoir dans la sphère privée, cet ouvrage montre que le logement peut, dans certaines conditions, constituer un lieu d'affirmation de soi pour les femmes, par exemple au sein de populations défavorisées, mais confirme aussi combien cet équilibre demeure fragile.
À travers les différentes contributions qui analysent la sphère du logement comme lieu de vie, et plus largement l'habitat comme environnement social, les auteurs insistent sur l'intérêt de le désenclaver en le reliant avec la sphère professionnelle. Considérant le logement dans ses dimensions matérielle, symbolique, économique et juridique, cet état des lieux propose de nouvelles perspectives de recherche.
L'évolution des mobilités, l'élargissement des espaces de travail et la transformation des modes de vie ont-ils une incidence sur la famille et les liens qui la constituent ? Comment se définit aujourd'hui une famille supposément éclatée en différents lieux ?Sous l'effet des mobilités et des migrations, la dispersion géographique des individus et leurs choix de localisation supposent, pour chacun, des arbitrages complexes, au centre desquels la proximité ou l'accessibilité du réseau familial prend toute sa place. Comment rendre compte et comprendre le fonctionnement de la famille à distance ?Au-delà du ménage, le groupe familial se définit comme un ensemble dont les différents membres ne résident pas nécessairement, et pas toujours, sous le même toit. Il se déploie sur un territoire aux contours variés. Distance, proximités et frontières administratives et internationales impriment des dynamiques particulières aux relations familiales.
La multirésidence ou le fait de vivre sous plusieurs toits différents, l'entretien des liens des migrants avec la famille d'origine, les relations avec les parents âgés, la vie de couple sans cohabitation, la pratique du télétravail ou la mobilité de groupes professionnels (personnels navigants par exemple), sont autant de manifestations du fonctionnement à distance de la famille qui, en s'adaptant à ces nouvelles contraintes, invente de nouvelles solidarités.
Naît-on fille ou garçon ou le devient-on ? Comment se constituent les différences sexuées en matière
d'éducation, de jeux, de droits, de représentations ? Quel regard portent les enfants sur leur condition de fille ou de garçon, comment sont-ils acteurs et actrices des dynamiques à l'œuvre à l'école, à la maison, au travail ? L'ouvrage revisite l'enfance et l'adolescence en prenant en compte le genre dans les processus de construction sociale. En divers lieux, sur des terrains situés en Afrique et en Europe, les auteurs croisent les regards, montrent comment se fabriquent les différences entre filles et garçons.
Les questions de l'accès à l'instruction, des tâches domestiques, du travail des enfants, de leurs migrations, prennent toute leur mesure lorsqu'il s'agit de définir l'enfance comme une période de la vie, différemment construite et définie selon les cultures et les normes dans lesquelles elle prend place. Les expériences abordées ici montrent à quel point ces questions sont fondamentales pour comprendre le devenir des sociétés contemporaines.