En rendant compte d'ouvrages historiques majeurs publiés ces vingt dernières années, ce livre s'attache aux mutations qui ont transformé notre compréhension du passé. Le bilan n'est pas sans préférences, celles dictées par le domaine de recherche de l'auteur. Le privilège donné aux trois premiers siècles de la modernité, entre l'invention de Gutenberg et la Révolution française, n'empêche pas de nouer plusieurs dialogues: entre l'histoire et la critique littéraire ou les sciences sociales, entre les traditions des historiographies européenne et américaine, entre la connaissance du passé et les questions ou inquiétudes du présent. Cet ensemble de textes qui en présentent d'autres est ainsi une invitation à la lecture des livres recensés ou préfacés, qui ont bousculé nos certitudes et frayé les nouveaux chemins du savoir.
L'anthropologue Rodney Needham (1923-2006) livre une réflexion sur la croyance, afin de répondre au double questionnement: " La croyance est-elle une expérience? " et " la capacité de croire constitue-t-elle une ressemblance naturelle entre les hommes "? En s'appuyant sur Wittgenstein, il procède à une dissection du concept, à travers l'histoire lexicale du terme anglais belief, intraduisible dans d'autres langues, et l'examen d'écrits philosophiques qui, de Hume à Kant, n'ont pu conduire à une compréhension convaincante de la notion.
Ce livre est une contribution majeure à l'histoire et à l'anthropologie politique de l'Afrique de l'Ouest précoloniale, et plus particulièrement au royaume de Ségou pendant les XVIIIe et XIXe siècles. Moussa Sow propose un éclairage nouveau sur le rapport entre le " Centre " du royaume et sa périphérie, notamment sur les chefferies qui ont joué un rôle politique et militaire majeur dans le renforcement de l'État de Ségou.Cette étude repose sur une enquête de terrain de grande ampleur menée dans cent cinquante villages où ont été recueillies ce que Moussa Sow nomme les " archives diplomatiques ".
L'Église Universelle du Royaume de Dieu au Sénégal
L'Église Universelle du Royaume de Dieu, une célèbre église néo-évangélique d'origine brésilienne, s'est implantée à Dakar.Ce livre est le résultat d'un travail de terrain saisi à l'échelle micro, au plus près des acteurs.En se mêlant aux adeptes, l'ethnographe Fabienne Samson décrit les modalités d'insertion de cette Église dans le paysage sociologique et religieux sénégalais. Elle démonte ses stratégies, évoque son essor spectaculaire, puis son déclin progressif, dont on ne sait d'ailleurs s'il est ou non définitif.Le lecteur est embarqué dans les pérégrinations et les aléas d'une enquête clandestine, dans un lieu où il serait périlleux de sortir des instruments d'enregistrement (magnétophones et caméras) et où il est même délicat de montrer que l'on prend des notes.L'auteur se glisse dans la peau d'une fidèle mais ne se départit jamais de l'indispensable recul critique, ce qui fait que ses réflexions ne se réduisent pas à ce qui se passe dans le lieu empirique de son enquête.
L'ouvrage rassemble des pièces éparses de travaux conduits sur un quart de siècle à propos des représentations de l'Orient arabe et des échos ou remplois qu'elles connurent dans les régions dont elles rendaient compte. Il s'attache à suivre dans toute leur variété les parcours biographiques de ceux qui les produisirent, auteurs connus ou au contraire insuffisamment identifiés, de façon à illustrer la multiplicité des modes de représentations et des itinéraires de ceux qui en furent les vecteurs. Partant du principe que l'on peut représenter la même chose (mais avec des contraintes différentes) par les différents procédés de l'image — dessin, peinture, affiche, photographie —, par la description littéraire ou scientifique (spécialement, pour notre cas, l'ethnographie), il réfléchit sur les conditions d'élaboration des figurations du social dans l'histoire, et leur legs aux sociétés d'aujourd'hui. C'est en effet un héritage difficile dont doivent traiter les États nouvellement indépendants, travaillés qu'ils sont par des recherches identitaires autant que par leurs confrontations à l'Occident, que d'avoir à traiter d'un stock documentaire, savant ou fantasmatique, produit dans le cadre de la curiosité coloniale, mais qui reste souvent le seul témoignage sur leur passé ou leur diversité interne. Bien que ces interventions soient rangées en phases, en thèmes et perspectives (y compris quelques aveux biographiques), l'auteur assume ici la "stratégie du lièvre", soit une démarche cherchant à sillonner l'espace, la durée et les points de vue, sur un Orient qui doit en ressortir avec d'autant plus de relief.
p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 11.5px Helvetica}p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px Helvetica}Depuis peu, l'apparition du terme d'ethnopragmatique exprime l'intérêt croissant pour les questions qu'elle soulève, et surtout, pour les manières dont elle les résout. L'expression a été utilisée pour la première fois dès 1993 – semble-t-il – par Alessandro Durante qui a formé un "mot valise" pour réunir deux traditions antérieurement séparées : d'un côté, l'anthropologie, discipline à laquelle il se rattachait par ses enquêtes, et de l'autre, la pragmatique du langage, type de linguistique développée à la suite de Wittgenstein et d'Austin.L'importance accordée aux discours enregistrés permet, pour sortir des thèmes canoniques de l'anthropologie, d'examiner n'importe quel objet à partir des propos tenus sur les pratiques par les acteurs et les témoins. Pour cela, l'ethnopragmatique, rendue possible par l'usage du magnétophone, utilise les instruments que nous fournit la pragmatique du langage appliquée à l'analyse des paroles recueillies lors des enquêtes, propos que l'anthropologue présente à son lecteur. Ces procédures s'appuient sur de nouveaux paradigmes (continuité entre discours naturel et discours sérieux, pluralité des points de vue, interaction, sources de première main, critique des informations, microanalyse) et font du processus d'enquête un instrument de connaissance.Ce livre retrace la démarche ethnopragmatique qui désigne, depuis une quinzaine d'années, les moyens utilisés pour surmonter les obstacles rencontrés à chaque étape des recherches.
L'auteur replace la migration malgache dans le cadre de l'ensemble des migrations en France : il s'agit d'une migration d'élite. Au départ ce sont des jeunes gens de la bourgeoisie de Tananarive qui viennent faire des études en France à Bordeaux. Puis face à la dégradation économique de Madagascar les parents les rejoignent. Cette population adopte une stricte stratégie d'invisibilité facilitée par une un éparpillement résidentiel.Cette installation commence dans les années 1950. L'auteur montre comment la paroisse protestante sert de champ de protection vis-à-vis de l'environnement étranger ou même par rapport aux autres migrants malgaches d'origine " côtière ", " catholique "…Le cœur de cet ouvrage se constitue sur le terrain de la production des identités individuelles et collectives. Des relations familiales aux relations associatives, des relations d'amitié aux relations instituées, les Malgaches ont bâti autour d'eux un réseau social à qualité variable.
- " Qu'est-ce que tu écoutes comme musique(s)? " Pourquoi est-il parfois si difficile de répondre à cette question alors que les mots pour désigner la musique ne manquent pas ? Quels sont les enjeux propres à l'expression d'une connaissance sur nos relations à la musique? - " J'écoute du rock, du métal, de la musique électronique... un peu de tout. "Quelles sont les conventions supposées par cette façon d'appréhender la musique en la catégorisant? Que disons-nous de la musique et de notre vécu en la parlant dans une diversité? Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de décrire et d'étudier dans le détail nos usages de catégories musicales, nos recours à la catégorisation et leurs contextes. C'est l'objet de ces Accords mineurs : revenir sur la condition de nos quotidiens d'amateurs de musique vivant et parlant avec des catégories musicales dans un monde de catégories musicales.
Excellence, qualité, proactivité, autodiagnostic, normalisation, processus, juste-à-temps, zéro défaut, bonnes pratiques, équipe projet, kaizen. Cette déferlante de mots aux consonances parfois américano-japonaises a marqué les entreprises depuis les années 1990, avant de se diffuser dans les autres types d'organisation. D'où vient ce discours ? Par quels moyens pénètre-t-il dans l'entreprise ? Comment expliquer son succès, sa généralisation, sa diffusion ? Les salariés, principaux destinataires, le comprennent-ils ? En quoi change-t-il les rapports au travail et à l'entreprise ?Présentés dans une abondante littérature et par des experts (consultants) comme efficaces, rationnels voire inexorables, le discours managérial – ainsi que les pratiques qui lui sont associées – devraient a priori concilier enfin les intérêts des salariés et ceux de leur hiérarchie. Or, l'enquête ethnologique, menée par l'auteur pendant plusieurs années dans une agence de communication parisienne, contredit la réussite de cette métamorphose du monde du travail. L'analyse de la collecte des propos des managers et des réactions de leurs subordonnés révèle que le pouvoir de ce discours réside précisément dans sa capacité à rester incompris et son autorité dans celle d'imposer sa supériorité statutaire.