L'édition, sous la Troisième République, encore largement artisanale et familiale, s'industrialise à grands pas cependant que des conquistadors de l'imprimé se battent pour défendre la cause du livre et le faire pénétrer dans toutes les familles de France. Ce sont les années de triomphe de Fayard, de Flammarion, d'Albin Michel, mais aussi de Gallimard, de Grasset, de Denoël et de tant d'autres. Insensiblement, au fil des décennies, le volontarisme s'efface pour laisser place à un libéralisme décontracté qui s'impose et qui conduit de plus en plus les éditeurs à publier dans une simple logique de marché pour offrir au grand public ce que celui-ci semble plébisciter. Comment les professionnels du livre sont-ils passés en un siècle à peine d'un monde vertical, ambitieux sur le plan culturel, à un monde ouvert, hyperdémocratique, favorisant l'essor des sous-productions et l'arrogant succès des marques commerciales? À partir d'archives inédites des maisons parisiennes et d'entretiens exclusifs avec les derniers témoins du livre au XXe siècle, Olivier Bessard-Banquy raconte un siècle d'édition où les manœuvres et autres intrigues abondent dans une langue qui n'exclut ni le rire, ni l'ironie, tout en étant toujours précise, rigoureuse et documentée. Où l'on découvre que les auteurs ne sont pas forcément plus vertueux que les éditeurs...
La lecture est plus que jamais au cœur des paradoxes : jadis réservée à quelques happy few, elle est devenue commune, usuelle ou banale. Rares sont les personnes qui déclarent l'aimer plus que tout alors que la plupart des activités imposent de plonger dans des textes. Après le livre, le web invite à parcourir sans fin des millions de pages que personne n'aurait pu espérer découvrir. Parallèlement, les études alarmistes sur la baisse des pratiques culturelles classiques se multiplient, annonçant la disparition prochaine des lecteurs passionnés, amoureux des lettres et sciences humaines.
Le livre érotique est une vieille tradition française. Contre l'acharnement des censeurs, en profitant parfois de la tolérance des pouvoirs affaiblis, les auteurs lestes ont cherché à livrer au public le récit des pires turpitudes par goût des obscénités ou de la bravade, pour affirmer la poussée du moi, la volonté de briser les fers de la vieille société, sinon pour moquer les ridicules prescriptions de la morale. L'époque du libertinage aura été la grande époque du livre lubrique, l'apogée de la littérature galante, mais le XIXe siècle et l'entrée dans le noir des conventions bourgeoises n'ont pas tué la flamme des écrits graveleux, loin s'en faut : jusque sous les rigueurs du moralisme le plus tatillon a survécu un véritable roman poivré, inventif et téméraire. Comment cette histoire du livre érotique a-t-elle été possible ? À quelles contorsions les éditeurs galants du XXe siècle ont-ils dû se livrer pour réussir à survivre malgré les tracasseries administratives et les condamnations pour outrage aux bonnes moeurs ? Quand et comment les choses ont-elles changé ? L'effondrement de la censure a-t-il révolutionné l'écrit polisson ? C'est à toutes ces questions et bien d'autres que répondent les éditeurs Jean-Jacques Pauvert et Claude Tchou, le pornographe Esparbec, les patrons des maisons Blanche et La Musardine Franck Spengler et Claude Bard, le libraire érotomane Alexandre Dupouy, l'avocat Emmanuel Pierrat. C'est sur ces différents points que Sarane Alexandrian a écrit le dernier de ses textes, ici recueilli, auquel est ajoutée une étude sur l'éditeur Éric Losfeld par un jeune libraire féru de curiosa, Florian Vigneron. Autant de contributions qui éclairent d'un jour neuf l'activité des professionnels du livre érotique, dans une double passion pour les enfers du sexe et les beautés de la grande littérature.
Du plomb au numérique, de la typographie classique à l'impression en offset, le livre français a plus évolué en un demi-siècle qu'il n'avait changé depuis Gutenberg. Les techniques de composition et d'impression des textes, hier " de plomb, d'encre et de lumière ", sont aujourd'hui électroniques ou numériques. Le design éditorial, austère et sage il y a encore cinquante ans, est devenu exubérant voire éclaté. Avec l'apparition de typographes de génie comme Pierre Faucheux, les volumes de l'édition de Paris et d'ailleurs se sont faits inventifs, surprenants, iconoclastes. Le développement des couleurs dans la société a donné en librairie des couvertures accrocheuses, pétaradantes de tons vifs ou acidulés. Dans le même temps l'essor de la photocomposition a permis de jouer des possibilités de la gamme typographique comme le chat joue avec la souris.La publication assistée par ordinateur (PAO) permet d'aller encore plus loin aujourd'hui et de varier à l'infini le traitement typographique des titres et des textes - mais le résultat est-il heureux pour l'oeil du lecteur ? L'utilisation facile des outils de mise en page, la " déprofessionnalisation " des métiers du livre qui s'en est suivi n'expliquent-elles pas la dégradation de l'objet-livre que déplorent de plus en plus de " bibliomanes " ? Qu'est-ce qui a changé, fondamentalement, dans la conception et la réalisation des livres ces dernières décennies ? Telles sont, parmi d'autres, les questions qui ont été posées à des typographes comme Jean François Porchez ou des graphistes comme Massin pour faire le point sur l'évolution de la mise en page. Quelques études en annexes sont l'occasion d'aller plus loin et de réfléchir sur les mutations de l'objet-livre et les changements techniques ou graphiques de l'édition française.
Qu'en est il donc aujourd'hui de l'édition littéraire ? Quels sont ses enjeux ? ses soucis ? Quelles sont ses perspectives ? Ce sont là quelques-unes des questions posées à Michel Tournier, Jean Jacques Pauvert, Maurice Nadeau, Paul Otchokovsky-Laurens, Irène Lindon, Raphaël Sorin, Gérard Bobillier et Georges Monti. Pour connaître enfin l'envers du décor éditorial. Pour savoir comment se prépare la rentrée littéraire. Comment se dirige une maison d'édition, un œil sur les manuscrits, l'autre sur les comptes d'exploitation… À ces entretiens, inédits, riches d'anecdotes et d'enseignements, ont été ajoutées une étude sur le comité de lecture chez Gallimard, une autre sur le département littéraire des Éditions du Seuil (à partir d'une plongée dans les archives de la maison), de même qu'une réflexion sur les problèmes de la librairie aujourd'hui.