Le recours aux catégories rhétorico-poétiques est l'une des stratégies les plus couramment employées par les critiques et les érudits de l'Antiquité et de l'Âge moderne pour qualifier les œuvres figurées et pour les comparer entre elles. La critique littéraire a ainsi fourni de manière répétée un cadre théorique et une terminologie stylistique permettant de célébrer certaines œuvres d'art et certains artistes et d'en disqualifier d'autres. Après un premier volume consacré à l'usage des notions stylistiques dans le discours critique sur les arts, le présent ouvrage se propose d'étudier la façon dont certains artistes ont pu s'approprier les théories stylistiques et éventuellement y répondre par des œuvres programmatiques.Si les auteurs littéraires avaient la possibilité de réélaborer les théories stylistiques, pouvons-nous en dire autant des peintres et des sculpteurs ? Cet ouvrage propose plusieurs études de cas où l'on peut légitimement supposer que les artistes étaient conscients de l'existence d'une terminologie critique largement empruntée à l'analyse des sources rhétoriques et poétiques et qu'ils ont souhaité y répondre par leurs œuvres. La dernière partie de l'ouvrage s'interroge enfin sur l'éventuelle influence de la lecture stylistique sur les modalités d'exposition des productions artistiques.
Douris est né à Samos vers 340 et mort vers 280 av. J.-C. Polygraphe, il est l'auteur d'ouvrages de critique littéraire, d'histoire de l'art, de musicologie (?) et surtout d'œuvres historiques, dont il nous reste 96 fragments. Il fut également tyran de Samos.Le naufrage presque total de son œuvre a longtemps obscurci sa place dans la vie littéraire de son temps et dans la tradition historiographique. Mais les jugements opposés qu'il suscite chez les auteurs d'époque hellénistique et romaine montrent qu'il a joué un rôle de premier plan: Douris est souvent associé à l'" histoire tragique " et à la mimesis comme fondement de l'esthétique historiographique. Cet ouvrage montre dans quelle mesure il transpose la notion aristotélicienne de mimesis dramatique dans l'historiographie; le cas de Douris permet ainsi de préciser le tribut de l'historiographie romaine à l'égard de l'histoire non-annalistique et hellénistique.L'activité politique de Douris, l'identification des cercles auxquels il a appartenu et la perception de sa personnalité constituent les angles d'approche de cet ouvrage, organisé selon les thèmes suivants: Douris et son temps; la filiation et l'héritage de Douris; Douris et l'histoire romaine.
Les catégories stylistiques dans le discours critique sur les arts
L'une des formes que prend la théorisation des rapports entre la création artistique et le patrimoine culturel n'est autre que la réflexion sur le style. Aborder conjointement, dans l'espace d'un même ouvrage, la question de l'héritage de Horace et de Virgile aux siècles classiques, la théorie des genres (l'héroïque et le champêtre), celle des styles (dans la filiation directe d'une tradition rhétorique séculaire), le dialogue des arts enfin (littérature, architecture, arts figurés, musique), tient de la gageure. C'est pourtant à l'intersection de domaines déjà correctement balisés que l'on peut espérer trouver des résultats nouveaux.Le présent ouvrage s'attache dans un premier temps, à la manière dont Virgile et Horace ont exploré les interactions possibles entre l'emploi des trois principaux styles définis par les théories rhétoriques (le simple, le moyen et l'ample) et le choix d'un genre littéraire (l'épopée ou la bucolique, par exemple). Ces deux poètes ont profondément marqué la postérité et leurs œuvres constituent une source majeure pour les réflexions stylistiques de l'époque moderne. La deuxième partie de ce volume adopte une perspective comparatiste : confrontant les points de vue de spécialistes de la période antique et de la période moderne, elle met en évidence la complexité et la variété des échanges qui ont nourri la critique littéraire comme le discours sur les arts à l'époque hellénistique, dans la Rome d'Auguste, puis aux XVIe et XVIIe siècles.
L'invention du Ravissement de saint Paul de Nicolas Poussin à Charles Le Brun
Au printemps 1650, le tableau du Ravissement de saint Paul de Nicolas Poussin (musée du Louvre) quittait Rome pour Paris. Il avait fallu cinq ans pour que le peintre finisse par satisfaire la demande du poète Paul Scarron. Vingt ans après, le même tableau était extrait des collections de Louis XIV pour être commenté deux fois au sein de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Les deux conférences, dont l'une de Charles Le Brun, soulignaient les exceptionnelles qualités formelles de l'œuvre et la complexité de son contenu.Comment comprendre qu'un tableau que Poussin a peint contre son gré ait le plus suscité l'attention des peintres français du xviie siècle ? Telle est la contradiction à laquelle cet essai se confronte, en scrutant le tableau avec minutie et en s'interrogeant sur la capacité d'un regard contemporain à rendre compte d'un tableau ancien. Comment un peintre isolé vivant à Rome pouvait-il concevoir un sujet religieux qu'il savait devoir être goûté dans un salon littéraire parisien ? À quels types d'attentes, mondaines, culturelles, poétiques ou spirituelles pouvait-il vouloir répondre ? En quelle mesure le lieu de création, la Rome baroque, participe-t-il de la spécificité du tableau ? Comment comprendre la fortune singulière de celui-ci dans la France du Grand Siècle ?À travers l'étude de la genèse puis de la réception du Ravissement de saint Paul, du milieu des années 1640 à la fin des années 1670, il s'agit de mieux cerner la manière dont un artiste éminent pouvait appréhender la production d'un tableau et les modalités par lesquelles une œuvre pouvait être attendue, réinventée, intronisée enfin en sa qualité d'œuvre d'art dans la société du xviie siècle.Marianne Cojannot-Le Blanc est professeur d'histoire de l'art moderne à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense.
Cet ouvrage s'intéresse à la culture visuelle de l'époque hellénistique et romaine et à la réception des collections artistiques auprès des lettrés de ces deux périodes. À partir d'un éventail de documents qui vont du IIIe siècle avant J.-C. à l'Antiquité tardive, il cherche à montrer comment les œuvres d'art pouvaient constituer, pour les Anciens, les supports d'un discours, que celui-ci soit d'ordre esthétique, idéologique ou même érotique. Les descriptions d'œuvres d'art dues aux érudits du début de l'époque hellénistique appellent un décryptage attentif ; en effet, les poètes utilisent le discours sur les œuvres d'art pour exposer leurs positions esthétiques ou pour répondre aux œuvres de leurs prédécesseurs. Il s'agit aussi de penser les relations complexes qui se noueront ensuite entre le discours érotique et le discours esthétique : chez certains auteurs, le corps de l'être aimé sera contemplé à la manière d'une œuvre d'art et l'introspection de l'amoureux s'appuiera sur des allusions à des schémas iconographiques courants, de manière à formuler un discours sur le sentiment amoureux. Ce livre, qui tente d'esquisser une histoire du regard ancien, s'attache tout particulièrement aux textes et ensembles de textes qui décrivent non pas une, mais plusieurs œuvres d'art. Il s'intéresse ainsi au discours suggéré par la juxtaposition signifiante d'une série d'images.