Jusqu'à sa chute, les électeurs ruraux ont massivement soutenu Napoléon III de leurs votes. Des derniers mois de l'Empire aux premiers de la Troisième République, un typographe du journal républicain modéré bordelais La Gironde, Théodore Blanc, se donne pour mission, dans un supplément dominical du journal, de détourner les paysans de l'Empire et de les convertir à la République. Dans ce but, il s'adresse à eux dans leur "patois", leur langue quotidienne, l'occitan gascon. Lui-même issu de la banlieue maraîchère de Bordeaux, et d'abord confiant dans son aptitude à créer ainsi une connivence avec eux, il prend peu à peu conscience du fossé que leurs interêts et leur idéologie individualiste creusent entre eux et la classe ouvrière urbaine à laquelle Théodore Blanc appartient désormais. De la déception, il glisse au désespoir avec l'instauration d'une République conservatrice qui déçoit ses aspirations démocratiques, non sans avoir opéré in fine un détour par la fiction en évoquant dans un roman feuilleton les derniers mois de la guerre de 1870 vécus par un garde mobile girondin.À ces chroniques sont joints en annexes les autres textes (poèmes, almanachs) publiés par Théodore Blanc, dans un volume qui regroupe ainsi les oeuvres complètes de cet écrivain méconnu.
Au printemps de l'année 1860, une série d'évènements secoue le canton de Codersac, en Gironde. Au décès du conseiller général Rameau, entraînant des élections anticipées, viennent s'ajouter les élections municipales de la commune de Blonzac, une des plus importantes du pays. Dès lors tous les coups sont permis, et les candidats en lice ne reculent devant rien. Un seul but: la victoire, collective bien sûr, pour leur parti, mais de préférence individuelle. Corruptions, duels, fausses promesses, trahisons: une folie s'empare pendant quelques semaines du paisible canton girondin, dont le récit donne une image saisissante, grossie mais vraisemblable, des moeurs politiques locales.Découvert en 2006 à la faveur d'une vente aux enchères, le manuscrit " Codersac " est à ce jour une des plus longues productions en langue d'oc connues pour la région bordelaise. Codé, sans date, sans nom d'auteur, ce document énigmatique pose bien des problèmes de datation et d'attribution. Mais le sens du rythme, le talent de narrateur et l'humour décapant de son auteur en font une oeuvre passionnante à lire en dehors de tout contexte historique. Menée tambour battant, cette épopée burlesque se conclut en apothéose par un Jugement dernier du plus pur délire.Le présent texte est une transcription dèle du manuscrit tel qu'il nous est parvenu. Il est reproduit avec ses choix de graphie, ses fautes, ainsi que la traduction et les notes d'origine, l'ouvrage nous étant parvenu bilingue avec une version française en regard du texte occitan. Les notes de l'éditeur, ainsi que les rares parties de la traduction qui pallient les lacunes de l'original, sont présentées entre crochets.
Alliant verve gasconne et conviction politique, les Lettres à Henri signées Peyrot ont été publiées pendant la période du Front Populaire (1936-39), puis l'immédiat après-guerre (1945-48) dans Le Travailleur landais, hebdomadaire de la SFIO. Quelle position prend leur auteur, instituteur laïque, face aux luttes locales (celle des métayers) et nationales, aux menaces de guerre et, après 45, face à la collaboration, aux problèmes du ravitaillement, aux débuts de la guerre froide?
Ces textes amènent à mettre en question la vulgate sur le pacifisme aveugle des enseignants, la " démission nationale " de la gauche, la France immunisée contre le fascisme, et l'usage exclusivement réactionnaire du "patois". Ils apportent le témoignage d'un acteur intermédiaire, ni tout à fait anonyme ni personnage politique reconnu, de ce temps d'où nous venons.
En quoi l'épisode provincial des félibres peut-il concerner l'histoire de la France contemporaine ? Pourtant ces intellectuels du Midi qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, entreprennent de refaire de la langue d'oc la grande langue de création littéraire qu'elle avait été au temps des Troubadours, ont bel et bien eu un impact sur la société de leur lieu et de leur temps. Tour à tour célébrés, attaqués ou moqués, ils ont suscité réactions et débats dans l'opinion - celle de leurs provinces, bien sûr, mais aussi celle de Paris, qui prime dans le système culturel français. Le projet félibréen dépasse l'aventure littéraire pour investir le champ politique, et historique. Frédéric Mistral et ses amis posent le problème de la reconnaissance d'une diversité linguistique dans une France ayant pour dogme l'indivisibilité. Par leurs revendications pour l'occitan, mais aussi pour la décentralisation voire le fédéralisme, ils soulignent que c'est l'image même que la France se fait de sa propre identité qui est en jeu. Cet ouvrage propose, en examinant l'entreprise des félibres et ses résultats, de questionner l'influence de ces derniers dans une perspective historique originale.
Depuis l'an Mil, la langue d'oc, ou occitan, fait entendre en Europe une voix singulière, à travers une oralité à la richesse bien connue mais aussi à travers une tradition d'écriture qui va des Troubadours, inventeurs de la poésie lyrique moderne, à Frédéric Mistral et, au 20e siècle, à des auteurs aussi considérables que Max Rouquette ou Bernard Manciet. Réunis à Bordeaux à l'occasion du 8e congrès de l'Association Internationale d'Études Occitanes (AIEO), chercheurs, enseignants, étudiants ou simples amateurs venus des cinq continents ont entendu une centaine de communications portant sur la langue, la littérature et la civilisation occitanes, tant médiévales que modernes et contemporaines, dans une approche renouvelée qui les replace, au-delà du cadre étroitement français (on parle occitan aussi au Val d'Aran et dans plusieurs vallées du Piémont italien), dans l'ensemble européen.
Ce volume en l'honneur de Marie-Françoise Notz est à l'image de sa curiosité intellectuelle : d'oc en oïl, du Moyen Âge à l'art contemporain, l'ensemble de ses travaux trace un paysage varié, révélateur de la lectrice insatiable qu'elle est.
Professeur à l'université Michel-de-Montaigne Bordeaux iii, la littérature médiévale est son domaine. Quasi-exception dans le contexte universitaire français, elle considère le fonds littéraire médiéval sous les deux espèces de l'oc et de l'oïl. Mais cette spécialité est sans exclusive. Elle n'aime pas l'idée d'être prisonnière d'une matière ou d'une période. L'extraordinaire variété de ses contributions, des Troubadours aux chats de Balthus, révèle néanmoins quelques intérêts constants : pour les femmes et les jardins, les enchanteurs et les merveilles, le sentiment du temps et aussi celui du temps qu'il fait et, plus encore, pour ses chères visionnaires, qu'elle prend bien soin de distinguer des mystiques, bêtement anéanties dans le ravissement : la visionnaire est bien éveillée, les yeux ouvert, et ne perd pas la tête. On retiendra aussi ses éditions, seule ou en compagnie, des Lais de Marie de France, des Nouvelles courtoises d'oc et d'oïl, ou d'Hildegarde de Bingen. Marie-Françoise Notz a mis beaucoup d'enthousiasme à diffuser ce savoir, notamment par ses missions à l'étranger, en Europe (Hambourg, Cracovie, Bucarest) comme en chine (Wuhan). Elle a, enfin assuré durant plusieurs années la direction de Centre d'études des cultures d 'aquitaine et d'Etude du Sud ( CECAES) et la revue Garona. Elle reçoit ici l'hommage des ses pairs, et d'étudiants devenus ses collègues.
Première histoire de la chanson occitane ce livre étudie les différentes périodes de cet art.
Se présentant, dans les années 60-70, comme un outil politique de la revendication occitane et autour des grandes manifestations du Larzac elle relève des protests songs.
À partir des années 80 la chanson occitane revient vers les musiques traditionnelles et réussit une interpénétration du politique et du culturel.
avec les années 90 elle intègre le reggae et le rap avec en particulier des groupes urbains comme les Fabulous Trobadors à Toulouse et le Massilia Sound System à Marseille. Ces deux groupes expriment le souci d'un ancrage social.
Renaissance littéraire et renaissance linguistique en pays de langue d'oc aux 19e et 20e siècles
Le 19e siècle a été, en Europe, "le siècle des renaissances" littéraires et linguistiques. Des langues connaissent alors des formes d'institutionnalisation dont elles n'avaient jamais bénéficié jusque-là, et, de ces langues accédant ainsi à la légitimation culturelle et politique, des traditions littéraires surgissent ou resurgissent. L'urgence des temps s'accompagnait alors d'une résurgence des mots. La renaissance littéraire occitane a fait partie de ce mouvement multiforme, avec ses caractéristiques propres. Elle n'est pas renaissance à partir de rien, mais retour sur une histoire déjà ancienne : celle de ses origines et de ses splendeurs médiévales, dont le souvenir a cependant très tôt été considéré bien davantage comme le signe d'une disparition que comme celui d'une continuité à restaurer. De Fabre d'Olivet, son théoricien, jusqu'à Frédéric Mistral, en passant par le Bordelais Antoine Verdié ou l'Agenais Jasmin, ce manque s'est transformé en désir d'écriture sans relâche travaillé par la question lancinante de la transmission des mots et de son interruption. Au 20e siècle, des écrivains comme Joseph d'Arbaud, Antonin Perbosc ou, plus près de nous, Max Rouquette et Bernard Manciet, ont ancré leur écriture dans cet exil des origines qui est ainsi devenu la forme première de leur expression et de leur imaginaire.